Accueil > Tous les numéros > N° 28 - l’école dans dix ans (2ème partie) > « Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il me reste peu de choses de cette (...)

« Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il me reste peu de choses de cette formation. »

vendredi 21 janvier 2011, par Greg

FAUT-IL RÉTABLIR LES IUFM ? Cette question en amène de nombreuses autres. On peut déjà commencer par se demander si la formation qui était il y a encore peu proposée par les IUFM était satisfaisante. Jeune titulaire (T2 dans le jargon de l’Éducation nationale), je sors tout juste de mon année de stage, et je peux donc aujourd’hui porter un regard sur cette formation, et ce qu’il en reste aujourd’hui, un an et demi après en être sorti.

La formation des stagiaires PLC (c’est mon cas) offrait quelques aspects positifs. Tout simplement, elle donnait la possibilité aux jeunes collègues de se rencontrer et d’échanger sur des situations rencontrées face aux élèves. Les échanges les plus intéressants avaient souvent lieu de façon informelle, lors de la pause clope ou au Restaurant universitaire le midi, mais dans tous les cas loin des formateurs la plupart du temps.

Eh oui, il ne faut pas oublier que les formateurs de l’IUFM étaient aussi les évaluateurs, ceux qui avaient souvent le pouvoir de bloquer ou non la validation du stage. Alors même qu’ils cherchaient à se mettre dans une position d’égal vis-à-vis du stagiaire, le rappel régulier de l’évaluation finale venait dès le départ biaiser ce rapport qui se voulait cordial, mais finalement hiérarchisé. La plupart du temps, cela ne portait pas à conséquence (peu de stagiaires en Bretagne n’étaient pas validés), mais pour certains (les plus fragiles donc les plus demandeurs de formation), cela pouvait s’avérer insupportable parfois.

Par ailleurs, les contenus de formation étaient réellement insuffisants. Aujourd’hui, j’ai le sentiment qu’il me reste peu de chose de cette formation. Cela pose évidemment le problème de la formation tout au long de la vie. Or rien ou presque n’est envisagé, c’est la démerde. Je souhaiterais par exemple vraiment ouvrir ma classe à d’autres collègues, et venir les voir, afin de pouvoir échanger sur nos pratiques. Concrètement, il y a peu de chances que ça se fasse dans le système actuel. Chez beaucoup de collègues il y a un vrai tabou sur ce qui se passe à l’intérieur des murs d’une classe, et la peur d’être jugé (l’inspection fait des ravages à ce sujet pour entretenir cette peur…). Et l’institution, si elle « encourage » parfois ce genre de pratique [1], c’est toujours d’un point de vue hiérarchique, et jamais dans un réel esprit de compagnonnage et d’entraide.

Toutefois, sans en faire une défense acharnée, il est évident que la disparition des IUFM conduit les futurs collègues vers des situations de mal-être et de stress au travail.

Alors, faut-il rétablir les IUFM ? Si je suis à la CNT, c’est aussi parce que je crois qu’un autre monde est possible, et bien entendu une autre école. Les IUFM ne me semblent pas compatibles avec cette nouvelle société. Je revendique en revanche une réelle formation des stagiaires, une entrée progressive dans le métier, et une formation pour les profs dans un réel esprit de compagnonnage !

Pierre, Syndicat CNT des travailleurs et précaires de la Mayenne

Notes

[11. L’année dernière dans mon collège, deux collègues de français ont tutoré une collègue d’un collège voisin à la demande de l’inspecteur, car la collègue en question était considérée comme une mauvaise prof… Il fallait donc qu’elle accepte cette « formation », sous la menace d’être virée de l’Éducation nationale !

SPIP | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0