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Actes de la recherche en sciences sociales

vendredi 29 octobre 2010, par Greg

-  Actes de la recherche en sciences sociales, n° 183

Les classes populaires dans l’enseignement supérieur

Si un enfant d’ouvrier a encore environ deux fois moins de chances d’obtenir le baccalauréat qu’un enfant de cadre supérieur, les étudiants issus de milieux populaires accèdent aujourd’hui à l’enseignement supérieur dans des proportions beaucoup plus fortes qu’au cours des décennies antérieures. L’enseignement supérieur s’en trouve transformé. L’Université a accueilli les vagues issus du programme de démocratisation des lycées (la part des bacheliers dans une classe d’âge est passée de 35 % à 65 % entre 1985 et 1995). Par ailleurs, les flières de l’enseignement supérieur n’ont cessé de se diversifer. Aujourd’hui, des mots comme ceux de « lycée », « baccalauréat »
ou « enseignement supérieur » recouvrent des réalités très différentes, parce que beaucoup plus diverses, que par le passé.

Le débat politico-médiatique aborde d’une façon très restrictive cet te question de la « démocratisation » de l’enseignement supérieur. On se focalise sur les « conventions ZEP » mises en place à Science-po, sur les slogans gouvernementaux enjoignant d’intégrer « 30 % de boursiers » parmi les admis aux classes préparatoires aux grandes écoles, ou sur les programmes offciels (fnancé par l’État et de grands frmes) tels que « Une grande école : pourquoi pas moi ? » Ce numéro d’Actes de la recherche en sciences sociales aspire à sortir de cette approche qui fait fi de quelques réalités sociologiques élémentaires. Il faut en effet rappeler que les élèves des classes préparatoires
ne représentent qu’une part très faible de la population estudiandine (et plus encore de celle qui est issue de milieux populaires) et que la voie privilégiée de promotion scolaire des classes populaires est historiquement en France celle de l’Université.

Comment peut-on par ailleurs poser la question de l’accès d’enfants d’origine populaire aux classes préparatoires sans s’interroger sur les diffcultés d’acculturation scolaire auxquels ces élèves sont inévitablement confrontés en entrant dans le monde des « prépas » qui reste largement composé d’« héritiers » et de « vainqueurs » ?
C’est avec un double souci que ce numéro d’Actes de la recherche traite de l ’accès des enfants de classes populaires à l’enseignement supérieur. Il s’efforce en effet, d’une part, de prendre en compte dans l’analyse les mécanismes « classiques » de reproduction sociale : celle-ci, loin d’être miraculeusement suspendue une fois franchi le cap du bac, continue d’exercer ses effets, sous une forme différente, dans le monde du post-bac. Il s’intéresse, d’autre part, aux dispositifs institutionnels susceptibles de les atténuer. En d’autres termes, le numéro cherche à comprendre précisément la place que les étudiants de milieu populaire occupent aujourd’hui dans le système
d’enseignement supérieur en prêtant notamment attention aux obstacles qu’ils rencontrent pour affronter et s’orienter dans ce monde nouveau pour eux et que le cas des rares élèves d’origine populaire qui accèdent aux flières les plus sélectives permet, mieux qu’aucun autre, d’analyser.

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