Dans le cadre de la semaine de commémoration des vingt ans du soulèvement zapatiste au Chiapas, semaine organisée par différentes organisations ou collectifs prenant part à la solidarité avec les zapatistes dont le SI de la CNT, il était incontournable que le SI de la Confédération marque son engagement infaillible auprès de ces communautés indigènes et paysannes rebelles du sud-est mexicain.

Vendredi 17 janvier 2014, le SI a donc inauguré une plaque apposée à l’entrée du 33, rue des Vignoles – siège officiel de la CNT – rappelant que ce lieu fut, en 1995, reconnu par un émissaire des zapatistes comme étant un des endroits comptant officiellement dans le soutien à leur rébellion.

La plaque dit précisément ceci : « Le 1er janvier 1994, les communautés mayas zapatistes du Chiapas se soulèvent pour un monde plus juste. En 1995 le 33 rue des Vignoles a été officiellement déclaré Aguascalientes (zone zapatiste) par Amado Avendaño Figueroa, gouverneur en rébellion de l’État du Chiapas. Encore longtemps en ce lieu la solidarité internationale vivra ! Plaque apposée par le Secrétariat international de la Confédération nationale du travail dans le cadre des célébrations du 20e anniversaire du soulèvement zapatiste au Chiapas. Janvier 2014. »

Un texte a été lu sur le trottoir devant le 33, en face de la plaque masquée d’un drapeau CNT et sous la lumière orangée des réverbères en ce froid début de soirée, avant l’hymne zapatiste joué à la trompette et au ukélé et chanté (les paroles ayant été distribuées peu avant) par quelques-unes de la petite centaine de personnes assistant à cette inauguration. Ce texte lu et écrit par un camarade du SI disait entre autre ceci : « La CNT a participé aux premières manifestations de solidarité en 1994 face à l’ambassade puis à la création du Comité de solidarité avec les peuples du Chiapas en lutte début 1995 dont les réunions continuent encore à être hébergées ici (…) Nous, anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires, ne pouvons qu’être interpellés et plus qu’intéressés pour ne pas dire enthousiasmés par cette expérimentation de la construction d’une société fondée sur une démocratie radicale, où tout un chacun et non pas des élites professionnelles autoproclamées peut être appelé à avoir un poste de responsabilité selon des mandats tournants et révocables définis en assemblée générales. Cette construction collective se fait en dehors et contre la logique de l’État dans un des espaces « libérés » les plus grands actuellement (…) Comme dit dans le communiqué de lancement de la Campagne mondiale pour la défense des terres et territoires indigènes et paysans autonomes du Chiapas, du Mexique et du monde en 2007 : « la lutte pour la défense de la terre et du territoire est la lutte pour la vie et la dignité. Dans ce nous que vous êtes, il y a ce vous que nous sommes ». Et c’est tous ensemble, collectivement, ici et là-bas chacun selon sa géographie, chacun selon son calendrier que nous construirons un autre monde, non pas un monde uniforme mais un monde ou résident beaucoup de mondes ; mais tous ces mondes résolument anticapitalistes, construit depuis en bas, à gauche par tous ceux qui luttent de manière conséquente. »

Hommage à la lutte zapatiste... - YouTube

Dans la foulée du dévoilement de la plaque et des quelques Zapata Vive ! La lucha sigue ! enthousiastes clamés et repris, entre flashs et applaudissements, le groupe Cumbia Bamba a entonné, toujours sur le trottoir, A las barricadas – rappelant par là l’autre plaque apposée devant le 33 rendant hommage aux anarcho-syndicalistes espagnols ayant participé à la Libération de Paris alors sous le joug nazi en 1944 avant de « trouver refuge en ce lieu » – pour amener tout le monde dans la grande salle.

Après la projection d’un film de Promedios montrant bien le discours que les zapatistes tiennent et assument devant les gouvernants officiels, quelques prises de paroles dont celle d’un camarade expliquant l’histoire du 33 et le danger d’expulsion que la mairie de Paris fait peser sur nos épaules (ce qui fait que la Campagne mondiale pour la défense des terres et territoires indigènes et paysans autonomes du Chiapas, du Mexique et du monde sus-citée a pour nous un écho particulier, le 33 faisant partie de notre territoire de lutte et de vie) ou encore la projection de dernière minute du trailer d’un documentaire en cours de réalisation sur la gentrification d’un quartier de la ville de Mexico, le groupe Cumbia Bamba a commencé à jouer après 22 heures. Plus de 300 personnes sont venues les écouter et danser sur leur musique de lutte et de fête. Une telle affluence a surpris tout le monde, et malgré la rapide pénurie de sandwichs ou de bières il n’y eut strictement aucun incident. À tel point que, le concert s’étant terminé vers 00h00 et le public discutant tranquillement dans la rue, il a suffit d’aller voir les gens et de leur demander paisiblement de ne pas rester à parler à voix haute au milieu de la rue – la mairie de Paris faisant feu de tout bois pour nous accuser de tous les maux – pour qu’ils se dispersent, tout aussi calmement, et dans la minute, en s’excusant presque. Sur les quelques 1 400 euros récoltés ce soir-là, 200 euros ont été donné au groupe Cumbia Bamba, le reste ayant été divisé comme suit : ¾ iront aux zapatistes, le dernier quart ira à la Commission locaux, qui s’occupe de la défense du 33.

Une fois ce dernier rangé et nettoyé, nous en avons fermé la grille vers 2 heures, épuisés mais avec du baume au cœur, sous la plaque rappelant l’histoire commune de ce lieu parisien avec nos sœurs et frères zapatistes. C’est ça, entre autre, la solidarité internationale. On en redemande !

Que soient ici chaleureusement remerciés ceux qui ont contribué à cette soirée, qu’ils soient membres de la CNT, du CSPCL, d’un autre collectif comme ceux qui sont venus à titre individuel.

Zapata vive ! La lucha sigue !

Le Secrétariat international de la CNT