Ce pays est l’un des plus riches du monde. Les entreprises du CAC 40 augmentent leurs profits de façon exponentielle. Pourtant la pauvreté semble normale.

Le constat est alarmant. La France compte quelque 3,3 millions d’allocataires des minima sociaux (plus de 6 millions de personnes concernées avec les ayants droit). Ceci sans oublier que les moins de 25 ans (qui n’ont toujours pas droit au RMI) et les stagiaires (800 000 stages proposés correspondant à 100 000 emplois potentiels) sont exclus de tout système d’indemnisation.

Les politiques s’accordent officieusement sur le chiffre de 5 millions de chômeurs. Malgré une médiatisation très discutable sur la baisse des chiffres, le chômage de masse persiste. Plus de la moitié des chômeurs n’est pas indemnisée et, pour ceux qui le sont, les durées d’indemnisation sont de plus en plus courtes.

La précarité devient la norme (1 700 000 personnes en CDD, 80 % des embauches en CDD avec une durée moyenne d’un mois et demi). L’intérim se développe. Selon les chiffres de la Dares (Direction de l’animation de la recherche, des études et des statistiques), ce dernier a en effet encore progressé de 5,6 % au deuxième trimestre 2006 par rapport au trimestre précédent, soit « la plus forte hausse depuis six ans », et de 8,6 % sur un an avec « un rebond dans tous les secteurs ». 637 500 salariés étaient employés en tant qu’intérimaires à la fin du deuxième trimestre.

Accroître encore la précarité

Face à cette situation plus que dégradée, les gouvernements qui se succèdent n’ont qu’un seul type de réponse : des mesures pour plus de flexibilité (CNE), des contrats aidés, des exonérations de cotisations patronales (24 milliards d’euros en 2006), etc. Bref, toujours les mêmes recettes, avec en plus un contrôle social accru, un harcèlement par les services de l’emploi, la stigmatisation, la discrimination et les radiations (voir article page 2 et rubrique juridique page 6)… Le chômage est une aubaine pour le patronat. Au nom de la lutte contre celui-ci, nos dirigeants remettent en cause les acquis sociaux, fruits de longues années de luttes. Plus la pression est forte sur les travailleurs, plus on leur demande de « faire des efforts » et d’accepter des conditions de travail dégradées.

Ce sont l’État et le patronat qui précarisent, licencient, délocalisent, privatisent, mènent des guerres économiques où nous sommes les dommages collatéraux… Mais la force des dirigeants capitalistes est de faire croire aux classes laborieuses (salariés et chômeurs) qu’elles sont la cause de leur propre malheur. Ils retournent la situation car leur idéologie domine et transpire à travers les médias qu’ils contrôlent. Nous entendons souvent que le droit des travailleurs est trop contraignant pour les employeurs, que les salariés coûtent trop cher…

La fausse excuse du chômage

C’est pendant que le chômage augmente que les capitalistes développent le plus la flexibilité des salariés et l’externalisation d’une partie de la production. Ce sont de fausses solutions qui ont eu pour conséquence de faire régresser les conditions de travail des salariés tandis que le chômage ne baisse pas. Le CNE, par exemple, mis en place par ordonnances au nom de la lutte contre le chômage, a eu pour effet d’attaquer un peu plus le CDI et de fragiliser les salariés qui peuvent se faire licencier sans motif pendant deux ans.

Les plans de restructuration et de licenciement frappent d’abord les CDD et les intérimaires. C’est le cas dans des entreprises qui sont prétendument en crise telles que Peugeot SA (10 000 suppressions d’emplois prévues en janvier 2007) et EADS-Airbus (le plan Power08 prévoit 2 milliards d’euros d’économies).

Partager les richesses

Chômage et conditions de travail sont intimement liés. Nous devons affronter ce fonctionnement capitaliste où lutter contre le chômage sert de prétexte pour attaquer les conditions de travail et faire baisser le coût de la main-d’œuvre. Nous ne voulons pas du modèle ultralibéral anglais ou américain où le chômage est peut-être bas, mais où les travailleurs salariés sont pauvres et sont obligés de cumuler plusieurs jobs pour survivre. Cela devient de plus en plus le cas ici. Notre démarche est détachée d’une logique de guerre économique où les hommes et les femmes sont soumis aux exigences du marché. S’il y a des richesses (et il y en a), alors elles doivent être partagées ! S’il y a du chômage, alors le travail doit être partagé ! Tout le monde devrait avoir le droit de vivre décemment. À la CNT, lorsque nous scandons le slogan « Travaillons tous moins et autrement », c’est pour affirmer que la production de biens doit se faire dans une logique utile et solidaire et non dans une logique de concurrence et de rentabilité souvent destructrice pour la planète. Nous devons développer l’entraide entre salariés et précaires pour lutter contre la misère qu’engendre ce système. Dans ce cadre, la CNT rejoint les associations de chômeurs. Nos luttes ont payé, et si nous n’avons pas toujours gagné, nous avons au moins eu la dignité de nous battre. Il est urgent que le droit à un travail choisi, le droit à un revenu décent soient des thèmes prioritaires et centraux, et que la justice sociale soit au cœur du débat public. Nous jugeons indispensable de refonder la protection sociale et les droits des personnes sans emploi, alternant emploi et chômage ou ne réussissant pas à vivre décemment de leur travail (travailleurs pauvres, paysans, intermittents, etc.). Nous revendiquons une continuité des droits et des revenus pour toutes et tous. Elle doit garantir quoi qu’il arrive (licenciement, fin de CDD, fin de mission intérim, démission, etc.) le droit à un revenu individuel décent, avec pour référence le Smic revalorisé, ainsi que des droits sociaux afférents (logement, santé, transports, formation, points retraite, progression de carrière, etc.). La lutte ne fait que commencer !

David Culture-Spectacle – RP