Secrétariat international de la CNT

Répression antisyndicale en Palestine par l’Autorité Palestinienne

Publié le mercredi 21 janvier 2015

Le Secrétariat internationale de la CNT et son Groupe de travail "Palestine" condamnent fermement la répression anti-syndicale de l’Autorité Palestinienne à l’encontre de nos camarades syndicalistes palestiniens du Syndicat des employés de la fonction publique et du Syndicat des travailleurs de la santé. Il n’y aura pas de vraie libération de la Palestine sans le respect de l’action syndicale ni sans émancipation populaire et sociale.
Un coup porté contre un syndicaliste, où qu’il soit à travers le monde, est un coup porté contre toutes et tous.
Solidarité internationale des travailleurs !
Secrétariat internationale de la CNT et son Groupe de travail "Palestine"

Mais pourquoi l’Autorité palestinienne arrête-t-elle les dirigeants syndicaux ?
Ahmed Nimer, The Electronic Intifada, le 17 janvier 2015
[http://www.protection-palestine.org/spip.php?article13223->http://www.protection-palestine.org/spip.php?article13223]

Une confrontation entre l’Autorité palestinienne (AP) et la main-d’œuvre syndiquée surviendra lundi, quand la Haute Cour à Ramallah entendra le recours contre une décision du dirigeant de l’AP, Mahmoud Abbas, décision qui déclare illégal un syndicat important.

La répression de l’AP contre le Syndicat des employés de la fonction publique s’est intensifiée en novembre dernier au milieu d’une série de grèves des travailleurs du secteur public pour leurs salaires et leurs conditions de travail.
Le 6 novembre, la police de l’AP convoquait pour interrogatoire à Ramallah le premier dirigeant du Syndicat des employés de la fonction publique et son adjoint.
À leur arrivée, Bassam Zakarneh et son adjoint Muin Ansawi, furent placés en détention et transférés au procureur général palestinien pour un prochain interrogatoire. Leur détention a été prolongée de 48 heures.
Quelques heures après leurs mises en détention, le dirigeant de l’AP Mahmoud Abbas déclarait illégal leur syndicat.
Le cabinet présidentiel d’Abbas a déclaré que la décision se fondait sur une note juridique de 2012 rédigée par un comité présidentiel qu’il avait chargé d’enquêter sur la légalité du syndicat, et qui l’avait considérée comme nulle et non avenue.
Quelques heures avant les arrestations, une coalition de syndicats du secteur public avait publié une déclaration condamnant l’intention de l’AP de déduire du salaire des employés les jours où ils faisaient grève. La déclaration affirmait que c’était violer le droit des travailleurs à s’organiser et elle citait un certain nombre de griefs latents contre l’AP.
L’ironie, c’est que la déclaration se terminait par le soutien de ces syndicats à la direction « légitime » d’Abbas, alors même que son mandat électif a expiré depuis 2009.

Quelques jours après les arrestations, l’AP poursuivait sa répression avec un autre mandat d’arrêt. Le dirigeant du Syndicat des travailleurs de la santé, le Dr Osama al-Najjar, s’est par la suite remis lui-même aux mains de la police. Al-Najjar a appelé les syndicats à se rencontrer d’urgence pour débattre de la répression par l’AP.
Après son arrestation, le Syndicat des travailleurs de la santé a lancé une grève partielle pour la semaine suivante. Cet appel fut annulé après qu’al-Najjar eut été libéré, quelques heures plus tard seulement.

Mais la répression de l’AP contre les syndicats s’est par la suite intensifiée, quand la question fut reprise par le Conseil législatif palestinien (CLP).
Dans la soirée du 12 novembre, le CLP, dans une déclaration prononcée par son secrétaire général, Ibrahim Khraisheh, a tenu Rami Hamdallah, le dernier Premier ministre non élu de l’Autorité palestinienne, responsable de toutes les mesures prises contre les syndicats, les considérant illégaux.
La déclaration annonçait aussi une grève illimitée et un sit-in, par le personnel du CLP, en solidarité avec les syndicalistes arrêtés. Elle demandait à tous ceux qui voulaient soutenir la grève de les rejoindre sous une tente de la solidarité dans la cour extérieure du bâtiment du CLP à Ramallah.
Selon l’ancien vice-président du CLP, Hassan Khraisheh, Ibrahim Khraisheh a reçu un appel téléphonique d’Abbas lui ordonnant de se rendre aux forces de sécurité palestiniennes, quelques heures après qu’il eut prononcé la déclaration.
Le président du Syndicat des employés de la fonction publique, Bassam Zakarneh, est membre du Conseil révolutionnaire du Fatah, l’organe exécutif de la faction politique dirigée par Abbas.

Pendant presque toute son histoire, le Syndicat a soigneusement évité de faire tout ce qui pourrait contrarier Abbas et les autres acteurs importants dans l’AP. Mais après qu’il eut appelé à un certain nombre de grèves depuis 2013, la relation entre l’AP et le Syndicat s’est dégradée.
La dernière d’une série de grèves fut lancée le 6 novembre, le jour des arrestations, pour protester contre une décision prise par l’AP de retenir sur les salaires le temps de débrayage des travailleurs.
Une grève d’une semaine un peu plus tôt avait porté sur les retards de l’AP à mettre en application ses différentes promesses, dont celle que le salaire des fonctionnaires augmenterait au même rythme que l’inflation.
Mercredi, Zakarneh participait une manifestation en solidarité avec neuf travailleurs du ministère des Finances qui furent mutés dans des bureaux régionaux en représailles de leur adhésion syndicale. Leur dossier doit être entendu par la Haute Cour en février.
Zakarneh et d’autres syndicalistes ont diffusé un appel aux travailleurs du public à quitter le travail quand le dossier du Syndicat sera plaidé lundi, et à se rassembler devant le tribunal à Ramallah.

Les syndicats ont servi le peuple palestinien avant et depuis la Première Intifada commencée en 1987. À cette occasion, ils ont posé d’importants problèmes au projet colonial d’Israël.
Des centaines de milliers de travailleurs palestiniens se sont mis en grève au début de la Première Intifada, bloquant la production dans les usines et entreprises israéliennes pendant des jours avant que les autorités israéliennes ne lancent une répression contre les organisateurs, déchirent les syndicats et créent des divisions.
Les syndicats ont joué un rôle majeur en organisant les communautés palestiniennes dans toute la Cisjordanie et la bande de Gaza occupées au cours des premiers temps de l’Intifada.
Ceci a jeté les bases pour créer différends comités locaux qui plus tard œuvreront au service des communautés dans des secteurs variés, tels la santé, l’éducation, la sécurité et la production alimentaire.

Depuis les Accords d’Oslo et la création de l’Autorité palestinienne en 1993 cependant, les syndicats ont eu tendance à être plus enclins à servir l’élite qu’à défendre les travailleurs.
Perdant beaucoup de leur influence auprès de la population, les syndicats sont devenus des organisations au sein desquelles le Fatah et le Hamas, les deux principaux partis politiques, se sont battus pour en prendre le contrôle.
Selon certains, la raison principale à l’origine de la création en premier lieu du Syndicat des employés de la fonction publique était de rendre plus difficile pour le Hamas de gouverner après sa victoire aux législatives de 2006.
L’ancien vice-président du CLP, Hassan Khraisheh déclarait récemment : « Le Syndicat a été créé avec le soutien des dirigeants de l’AP pour pouvoir se chamailler avec le gouvernement à direction Hamas. Il semble qu’ils aient pris la décision de s’en débarrasser, après l’avoir utilisé pendant un moment. Cela ne devait pas se réaliser.»
Ces tentatives d’Abbas pour contrôler les militants syndicalistes ont privé le peuple palestinien d’une autre occasion de surmonter les rivalités entre partis politiques.

Les syndicats ont une bonne occasion de regagner leurs liens solides avec l’opinion palestinienne en devenant plus démocratiques, et en organisant des élections tous les deux ans (sans les baser sur l’appartenance politique).
Les syndicats ont aussi besoin de rompre toute relation non indispensable avec les personnalités de l’AP, en commençant avec Abbas.
Les syndicats gagnent leur légitimité auprès des travailleurs et de la population en servant les intérêts des travailleurs, et non leurs relations avec un certain parti politique ou une certaine personnalité.

Depuis quelques mois, les travailleurs de Gaza sont privés de leur salaire en raison du conflit en cours entre le Hamas et le Fatah. Se déclarer en grève en solidarité avec eux serait une étape importante vers la restauration de l’indépendance des syndicats palestiniens.

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