Secrétariat international de la CNT

Tunisie : lourde répression pour la révolte de Gafsa

Publié le jeudi 12 février 2009

A Gafsa (sud-ouest) les leaders du mouvement social qui a secoué de
juin à janvier 2008 le bassin minier de cette région, ont écopé de 2 à 8 ans de
prison le 3 et 4 février. Une mascarade de procès. local/cache-vignettes/L300xH227/zinochet-f1c24.jpg?1422998420

Une nouvelle fois Ben Ali et son
État policier ont donc eu la main lourde avec ceux qui osent défier son ordre. A
quelques mois de l'élection présidentielle, Ben Ali, au pouvoir depuis 1987,
maintient
donc une chape de plomb sur ce pays de 10 millions d'habitants. Et donne un
avertissement à tous ceux qui souhaitaient s'inspirer de ce mouvement social
spontané
survenu dans une zone délaissée.

Malgré l'organisation le mardi 3
février d'une journée de mobilisation nationale pour le bassin minier (phosphate)
de Gafsa, en dépit de la présence
d'une délégation syndicale internationale, de quelques politiques et d'avocats,
le tribunal de Gafsa a choisi son camp : 33 des 38 prévenus, dont plusieurs
incarcérés depuis des mois,
ont écopé de peines comprises entre deux ans avec sursis à 8 ans de prison (Adnan
Hajji et Bechir Abidi, syndicalistes enseignants). Et pourtant, ces
syndicalistes et travailleur ordinaire n'avaient fait que protester
pacifiquement (manifestations, sit-in, grève de la faim, puis grève régionale)
pour leur dignité et leur droit à un emploi. C'est ce qu'ils ont réaffirmé lors
de leur audition mais ils n'ont pas été entendus.

Ce jugement est intervenu en
dépit des nombreuses irrégularités constatées dans le procès, les requêtes
formulées par les avocats aux magistrats qui demandaient la remise en liberté
de tous les accusés et le report du procès. Des requêtes déjà formulées auparavant
et restées sans réponse. (1)

A noter aussi la répression du soutien de l'extérieur comme
en témoigne la condamnation à deux ans de prison ferme de Mohieddine
Cherbib, président de la FTCR, pour avoir soutenu le mouvement depuis la France,
et celle de Fahem Boukadous (6ans ferme), correspondant de la chaîne Al hiwar at
tounsi, « coupable » d'avoir couvert les évènements du bassin minier,
notamment à Redeyef, siège principal de la mobilisation. (2)

L'UGTT, plutôt mal à l'aise à
l'égard de ce mouvement, avait cette fois-ci dépêché des membres du bureau
exécutif sur place. Après une période de défiance à l'égard du mouvement
–suspension d'Adnan Hajji avant de le réintégrer-, elle a commencé à soutenir
la lutte. Sans pour autant prendre le problème à bras le corps. Elle a surtout
négocié avec le régime une sortie de crise en insistant sur la redynamisation
économique de cette région, où le taux de chômage dépasse les 30%, et en
espérant une éventuelle grâce présidentielle dans les semaines à venir.

Les syndicalistes de l'UGTT, centrale
unique du pays inféodée au régime, n'ont pas tous apprécié l'attitude de leur
direction. Ils critiquaient même l'attentisme de la centrale. Certains,
principalement
dans les syndicats de base de la santé, de l'enseignement, étaient prêts à
organiser des grèves, ou des
manifestations dans les jours à venir.

Mobilisation à suivre pour l'un des plus
gros mouvements de l'histoire sociale récente en Tunisie, après la grève
générale de 1978 et les émeutes du pain en 1984. En France, un meeting est
organisé à Paris le 12 février à la Bourse du travail à 18H30 en présence de
militants actifs de cette lutte et de celle de Sidi Ifni, ville du sud du Maroc
qui connaît aussi un mouvement social de même nature. (3)

Mobilisée depuis le début, La CNT
rappelle tout son soutien aux acteurs de cette lutte légitime. Nous exigeons la
libération des prisonniers, et demandons également, à l'instar d'autres
organisations, que toute la lumière soit
faite sur les circonstances des morts de trois jeunes dans les manifestations
de juin 2008. A l'occasion de ces journées, la police et les brigades d'ordre
public avaient d'abord pillé les magasins de Redeyef avant de saccager,
violenter et arrêter de très nombreuses personnes qui manifestaient.

Les
coupables doivent être traduites en justice. Non à la criminalisation du
syndicalisme en Tunisie comme ailleurs, respect de la liberté syndicales et
d'expression !

DUSLAM (SI CNT)

1/ cf CS de
février et site international pour plus d'infos

2/ cf site du
syndicat de la presse (SIPM) sur son cas et site de la cNT

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