Secrétariat international de la CNT

Tunisie : Réactions au verdict du procès du bassin de Gafsa

Publié le lundi 15 décembre 2008

Le verdict du dernier procès du bassin minier vient de tomber. La parodie de
justice est parachevée. Nous sommes consternés par les peines prononcées
contre les accusés.

Une fois de plus, les juges apparaissent comme la main
lourde d'un pouvoir décidé à faire un exemple, à sévir et à
terroriser
toute une population.

Il faut chercher dans les archives noires des régimes les plus autoritaires
pour trouver des peines allant de deux à dix ans de prison, sans audition ni
plaidoiries, contre des militants « coupables » d'avoir des droits et
d'avoir manifester pour les revendiquer.

La condamnation de Mohieddine Cherbib, président de la FTCR, à deux ans de
prison ferme alors qu'il se trouvait à des milliers de kms du bassin minier
confirme, jusqu'à la caricature (sinistre en l'occurrence), la
volonté du
pouvoir de criminaliser toute forme de solidarité, et où qu'elle soit.

Mohieddine « paye » aussi son obstination militante, et celle de son association, à
demeurer indépendant et à toujours soutenir les luttes démocratiques en
Tunisie.

Tout en réaffirmant notre solidarité avec tous les condamnés, nous
appelons
tous les démocrates à se mobiliser quant à ce nouveau forfait du
régime de
Ben Ali.

Paris le 12 décembre 2008
Le bureau fédéral de la FTCR



Communiqué d'un groupe de syndicats et de fédérations de l'UGTT

Au moment même où le monde célébrait le 60ème anniversaire de la Déclaration
universelle des droits de l'Homme, le jeudi 11 décembre 2008, s'est tenu au
Tribunal de première instance de Gafsa, une parodie de justice pour juger 38
citoyens, militants du Bassin minier.

En effet, cette mascarade n'a de la
justice que le nom car aucune garantie de défense n'a été permise aux
prévenus. Outre la présence massive de policiers à l'intérieur de la salle
d'audience et autour du Tribunal, aucune règle de procédure n'a été
respectée : des accusations graves établies à la légère dans une visée
clairement vindicative, les preuves pour les étayer totalement inexistantes,
les témoins aux abonnés absents malgré l'insistance des avocats…

Ces
derniers ont demandé en vain le report du procès afin de réunir les
conditions d'un jugement équitable, les accusations ayant été dressées au
mépris des règles élémentaires et les détenus ayant été torturés lors des
interrogatoires.

Ajoutons que ces derniers n'ont même été auditionnés durant
le procès…

Ce procès a surtout été ponctué de protestations indignées contre
l'arbitraire et d'appels à une justice autonome.

Mais les juges ont décidé
de passer outre et de prononcer –autour de minuit après une interruption de
séance de 12 heures – des jugements exorbitants allant jusqu'à 10 ans de
prison ferme contre les militants syndicalistes Adnane Hajji, Bechir Labidi,
Taïeb Ben Othman, Tarek Hlimi, Adel Jayyar, Hassan Ben Abdallah et Maher
Fejraoui.

En dehors de cinq accusés, tous les autres ont écopés de deux à
six ans de prisons.

Ce procès confirme, une fois encore, la persistance du pouvoir dans la voix
sécuritaire pour traiter les problèmes sociaux du Bassin minier,
instrumentalisant une justice aux ordres et au mépris de tous les appels à
un examen des causes profondes qui ont amené aux protestations populaires
dans la région, à commencer par le mal-développement, le chômage endémique
et la marginalisation arbitraire de larges secteurs de la population.

Les syndicats signataires considèrent que ce procès inéquitable participe
aussi des atteintes criantes et multiple aux droits syndicaux.

Elles réitèrent leur refus de se résigner à ces procès et ces jugements et
condamnent, une fois encore, les choix politiques du pouvoir dans le
traitement de ce dossier.

Elles considèrent que ce qui arrivé ce jeudi 11 décembre 2008 constitue un
pas de plus dans l'escalade, un acte de persécution de nature à envenimer
les choses.

Témoin, les évènements survenus hier à Redeyef où on assiste de
nouveau au blocus sécuritaire autour de la ville.

Alors qu'un nouveau procès
est en cours, les raids policiers contre les maisons et les locaux publics
reprennent de plus belle, ainsi que les arrestations de nombreux citoyens
dont des syndicalistes.

Elles réitèrent l'appel aux autorités pour libérer tous détenus, classer les
affaires en cours et se pencher d'urgence sur les problèmes de chômage et
les ratés du développement qui frappent de plein fouet le Bassin minier
ainsi que d'autres régions démunies.

Elles appellent tous les militants syndicaux et leur organisation l'UGTT à
œuvrer activement pour combattre l'injustice manifeste découlant du procès
et réaffirmer la position syndicale de soutien aux luttes des populations du
Bassin minier pour la réalisation de leurs revendications légitimes.

Syndicat général de l'Enseignement secondaire

Syndicat général de l'Enseignement primaire

Fédération générale des P et T

Fédération générale de l'Enseignement supérieur et de la Recherche
scientifique.

Syndicat général des médecins de la Santé publique et des pharmaciens.

Tunis le 12 décembre 2008

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