Secrétariat international de la CNT

Solidarité avec la Minga de résistance indigène et populaire en Colombie

Publié le jeudi 20 novembre 2008

La Colombie assiste aujourd'hui à la mobilisation indigène la plus
importante et la plus généralisée de ces dernières années. Depuis le 11
octobre, les Indiens colombiens ont entamé un sommet itinérant de
résistance dans toutes les régions du pays et leurs luttes convergent avec
d'autres luttes populaires et paysannes. Ils se mobilisent depuis quarante
jours en affirmant : "Que l'Etat d'exception n'éteigne pas la voix des
peuples et le cri de la terre mère" et pour exiger du gouvernement
colombien le respect de leur vie.

Nous appelons à entourer de solidarité ce sommet historique et à veiller à
sa sécurité.

Ce vendredi 21 novembre, les 12 000 marcheurs de la Minga seront sur la
place de Bolivar à Bogota, haut lieu de rassemblement des mobilisations
sociales en Colombie. De nombreuses organisations colombiennes préparent
leur accueil.


A PARIS, nous appelons à un rassemblement de solidarité :

VENDREDI 21 NOVEMBRE de 18 heures à 21 heures

Fontaine des Innocents (Châtelet - Les Halles)

Signataires : Association France Amérique latine, Coordination populaire
colombienne à Paris, Collectif étudiant COPAL, Commission inter-ecclesiale
de justice et paix, Comité Polo Democratico Alternativo-Paris,
CSIA-Nitassinan (Comité de solidarité avec les Indiens des Amériques),
TIO-Tribunal international d'opinion (Sud Bolívar), Association des
ex-prisonniers politiques chiliens en France, Terre et liberté pour
Arauco, IJAN-Réseau international juif antisioniste à Paris, Association
"America Latina Publicaciones-El Chasqui de America Latina", Ligue
communiste révolutionnaire, Les Verts, Parti communiste français,
Confédération nationale du travail CNT-France, Comité MNS Oscar Romero de
Paris, SICSAL- Service international chrétien de solidarité avec
l'Amérique latine, Union des associations latino-américaines en France,
Conseil Pro-Bolivia, Comité Pérou, Collectif Manos Limpias (Pérou), ICRA
international-Commission internationale pour les droits des peuples
autochtones, Cercle bolivarien de Paris, AlterCultures, MRAP-Mouvement
contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples, La Maison
andine-Hatun Wasi, Parti nationaliste péruvien...

http://coordinadora.popular.googlepages.com/

Plus d'infos sur d'autres sites :

ONIC – Organisation nationale indienne de Colombie : http://www.onic.org.co/
CRIC - Conseil régional indien du Cauca : http://www.cric-colombia.org/
ACIN - Association des conseils indiens du nord du Cauca :
http://nasaacin.org/
Indymedia Colombia. Medias indépendants : http://colombia.indymedia.org/


DÉCLARATION DE L'ONIC

En octobre, les peuples indigènes de Colombie, les paysans, les
communautés afro-colombiennes et divers secteurs sociaux se sont mobilisés
au niveau régional, dans les villes et sur les routes du pays, avec notre
Minga nationale de résistance indigène et populaire. Nous demandions à
l'Etat et au gouvernement que nos vies et nos droits fondamentaux soient
protégés, que l'on fasse attention à la tragédie humanitaire qui
ensanglante et condamne à la misère des millions de citoyens colombiens ;
et nous dénoncions devant la communauté nationale et internationale les
allégations infâmes et criminelles du Gouvernement qui attribue un
caractère terroriste à nos luttes sociales et qui traite de délinquants
les leaders et les autorités ou organisations représentatives qui les
conduisent.

Nous nous mobilisons :

· pour exiger que le gouvernement honore les engagements souscrits par
l'Etat avec les peuples indigènes,
· pour défendre nos droits territoriaux ancestraux et les ressources
naturelles que, comme gardiens de la nature, nous avons protégées durant
des millénaires,
· pour exiger la dérogation des lois anticonstitutionnelles et non
discutées démocratiquement qui nous dépouillent des droits acquis
· et pour solliciter que l'Etat colombien signe sans réserve la
Déclaration des Nations unies sur les droits des peuples.

Nous nous mobilisons pour démasquer les mensonges accompagnés de
statistiques faussées et les discours populistes du gouvernement qui
cherche à justifier ses manquements dans l'accomplissement de ses
fonctions constitutionnelles et son absence de volonté politique pour
garantir la réalisation de nos droits légaux et humains.

En réponse à notre Minga qui a toujours eu un caractère pacifique et reste
dans les limites des droits légaux à la protestation sociale, à la liberté
d'expression et d'association, le président Uribe - seigneur de guerre et
de violence - a ordonné aux forces publiques de nous traiter comme des
terroristes et des objectifs militaires. Résultat : la police et l'armée
nationale, démontrant une fois de plus leur brutalité et leurs excès
contre la population civile désarmée, ont massacré trois frères et
estropié par des balles officielles et des engins non conventionnels une
centaine de nos compagnons.

Par dignité et pour l'honneur de nos morts, nous exigeons un débat ouvert
avec le président Uribe pour que, face à la communauté nationale et
internationale, il réponde de ses politiques génocidaires et explique les
mesures gouvernementales qu'il entend prendre pour conjurer les menaces
sur la vie, l'intégrité, le maintien et la survivance d'amples secteurs de
la population colombienne.

Il convient de signaler que depuis plus de quatre ans, nous, les peuples
indigènes, demandons un dialogue direct avec le Président, sans que cela
ne soit possible… Le président n'aime guère les auditoires qu'il ne peut
coopter et où son "ego" - en permanente campagne électorale - pourrait
être questionné. Il n'aime pas les vérités publiques, et encore moins,
nous qui les proclamons et travaillons à la création d'un état social
pluriethnique, multiculturel, ouvert à tous, tolérant, respectueux des
libertés citoyennes, garant des droits de l'homme et respectueux du droit
international humanitaire.

Après de multiples difficultés, après des morts, après la violence et le
terrorisme d'état, la Minga a enfin obtenu le 2 novembre de se réunir avec
le Président à la réserve La María de Piendamó.

De cette rencontre avec le Gouvernement qui n'a pas pu aborder ni
satisfaire les points du débat, il est clair pour nous :

· que le président ne s'intéresse pas à la protection et à la garantie des
droits collectifs, humains et du travail des citoyens colombiens
· que le président s'obstine à désigner comme objectif militaire - en tant
que terroristes et alliés de la guérilla - ceux qui défendent les droits
humains des Colombiens et refusent, parce qu'anticonstitutionnel, le
Traité de libre commerce avec les Etats-Unis
· que la Politique de Sécurité démocratique utilise le génocide,
l'alliance avec les paramilitaires, les crimes d'Etat, les "falsos
positivos" (assassinats camouflés en attaque terroriste) et l'utilisation
intensive de la violence pour intimider ceux qui s'opposent à la remise
des ressources naturelles de tous les Colombiens aux compagnies
transnationales.
· Il est aussi tout à fait clair qu'au-dessus du bien-être, de l'avenir et
des droits des citoyens colombiens, il y a les intérêts des compagnies
transnationales et des entrepreneurs alliés au gouvernement
· que le Statut de développement rural est une stratégie législative du
Gouvernement pour légitimer l'expropriation de territoires opérée à feu et
à sang par les paramilitaires pour imposer les monocultures et les
agrocombustibles au détriment de la sécurité alimentaire des Colombiens
· que le gouvernement continuera à impulser le Plan Colombie, pour nous
obliger au déplacement forcé de nos territoires.
· Mais surtout, il est clair que la comptabilité de la Sécurité
démocratique ne se contente pas seulement d'additionner les assassinats
perpétrés par la force publique contre les civils colombiens désarmés et
sans protection, mais encore qu'elle s'attache à transformer les soldats
et la police de la patrie en assassins et criminels pour satisfaire la
haine viscérale que son commandant en chef des forces armées professe aux
secteurs sociaux, populaires et démocratiques de la nation qui s'opposent
à sa violence militaire, politique et économique.

Face aux déclarations mensongères du gouvernement lors de la rencontre de
La María, à sa défense outrancière de la violence et du génocide pour
défendre des intérêts étrangers et légiférer en leur faveur, à son manque
d'engagement pour protéger et garantir les droits humains, légaux et
collectifs des citoyens colombiens et à sa volonté de continuer à
massacrer et appauvrir le peuple colombien :

La Minga a décidé de sortir des territoires indigènes et de marcher sur
Bogotá, capitale de la République, pour se transformer tout au long de son
parcours en une Minga nationale des victimes de la violence,
criminalisées, exclues, et rendues invisibles par l'Etat, le gouvernement,
les compagnies transnationales, le modèle paramilitaire de développement
et tous ceux qui prétendent se remplir les poches au prix de la faim, de
la misère et du manque de bien-être et d'avenir pour la majorité des
colombiens.

Du 10 au 25 novembre, la Minga se trouvera entre les villes de Calí et
Bogotá, pour partager au cours de la marche, recueillir et additionner les
clameurs pour la vie, la liberté et la souveraineté de tous les Colombiens
et pour se transformer en un forum social itinérant : le temps de l'unité
communautaire, sociale et populaire la plus grande de notre histoire.

Maintenant, la Minga, c'est tout le pays, nous, les étudiants blessés dans
leur dignité, les travailleurs méprisés et sans protection, les
syndicalistes, les journalistes et artisans assassinés parce que nous
pensons à une Colombie pour tous, les défenseurs de l'eau et des
ressources naturelles comme biens publics, les victimes de la violence
d'état et des groupes illégaux, les défenseurs des droits de l'homme qui
demandons un processus de vérité, justice et réparation pour les crimes de
guerre.

Maintenant, ce sont aussi les chômeurs et tous ceux qui sommes blessés
dans nos droits légaux et humains.

Maintenant, nous sommes la Minga nationale de ceux qui demandons avec
dignité la souveraineté du peuple colombien, de ceux qui ont été
assassinés par les soldats de la patrie pour satisfaire, avec des "falsos
positivos", le nombre de morts qu'exige la politique de Sécurité
démocratique. Nous sommes la Minga de ceux qui nous opposons aux
politiques génocidaires et xénophobes de l'actuel gouvernement et qui ne
voulons pas qu'elles se prolongent par une réélection présidentielle de
plus.

Nous sommes la minga des paysans "des étables et des basses-cours", la
minga des Afro-Colombiens qui ne voulons pas que les cultures de palmier
se substituent aux produits de notre sécurité alimentaire. Nous sommes la
nation des chrétiens et catholiques qui croyons à la paix dans la justice
sociale comme condition pour la réconciliation nationale et pour surmonter
les causes structurelles du conflit. Nous sommes aussi la Minga de ceux
qui refusons et nous opposons aux néocolonialismes et aux esclavages
économiques et militaires modernes, ces vieilles pratiques qui mettent à
ce jour au bord de l'extinction 18 de nos peuples indigènes.

Maintenant, nous somme la nation qui se dirige vers la place Simon Bolivar
de Bogotá pour exiger du gouvernement qu'il réponde du génocide, des
crimes de lèse humanité et des disparitions forcées qui sont des
assassinats d'Etat.

Qu'il réponde pour la misère, la dénutrition de nos enfants et le manque
d'avenir pour nos futures générations.

Nous sommes la nation qui dit "non" au Traité de libre commerce, qui exige
le démantèlement de l'actuel modèle de développement et demande que toute
la législation d'expropriation soit annulée puisqu'elle n'a pas été
discutée démocratiquement et qu'elle est contraire aux droits des peuples.
Nous sommes la nation qui lutte pour ses droits à la terre et à la
récupération des territoires dont ont été expropriés les légitimes
propriétaires, la nation qui demande au gouvernement de tenir les
engagements souscrits avec le peuple colombien.

Maintenant nous sommes la nation qui demande à la communauté
internationale et à ses organismes de protection de droits de l'homme
qu'elle nous accompagne et dénonce la crise humanitaire dont nous
souffrons, nous les Colombiens.

Maintenant, nous sommes une nation en résistance sociale et pacifique qui
demandons à la Cour pénale internationale qu'elle intervienne dans notre
pays pour châtier les responsables de notre tragédie.


CONSEIL SUPÉRIEUR DU GOUVERNEMENT INDIGÈNE, ONIC.

Bogotá, 11 novembre 2008.

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