Secrétariat international de la CNT

Niger : Malgré la crise politique... le business continue

Publié le samedi 14 novembre 2009

Dans le contexte actuel de durcissement du pouvoir, l'émergence d'un
débat démocratique autour des questions minières et la lutte de la
société civile sur les conditions d'exploitation de l'uranium étant
de plus en plus difficile, notre Collectif a porté l'attention sur la
question sensible des conséquences de cette industrie sur les
ressources en eau.

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Le Niger vit une très grave crise : un coup d'Etat constitutionnel du
président Mamadou Tandja qui, passant outre les règles de la
démocratie parlementaire, a organisé le 4 août dernier, un référendum
pour se maintenir au pouvoir. Les élections législatives du 20
octobre 2009 avaient pour seul but d'asseoir le nouveau régime et de
parachever son coup d'Etat. Le scrutin a été majoritairement boycotté
par les partis d'opposition et la population. En effet, en tenant ces
législatives le chef de l'Etat a finalisé son plan de confiscation du
pouvoir passant outre l'élection présidentielle prévue fin 2009 et
usant de moyens disproportionnés et insidieux lui permettant de
réduire à néant toute opposition.

Après s'être trop faiblement émue de cette situation, la communauté
internationale a réagi fermement : La Communauté économique des États
d'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) a « suspendu » le Niger « jusqu'à ce
que la légalité constitutionnelle soit rétablie », et a alerté
l'Union Africaine ; l'Union Européenne menace de suspendre son aide
au développement conformément aux prescriptions de l'article 96 des
accords de Cotonou, en laissant toutefois place aux négociations.

Quant à la France, elle a maintenu une position particulièrement
ambiguë jusqu'à la veille des élections législatives, contribuant à
l'attentisme général. Cette attitude revient à cautionner le coup
d'Etat constitutionnel et à contribuer à la normalisation d'une
situation illégale. A nouveau, la France privilégie ses intérêts
économiques sur la promotion de la démocratie et le respect de l'Etat
de droit. En effet l'exploitation de l'uranium par Areva se poursuit
et la mise en exploitation de la mine d'Imouraren lui offre d'énormes
perspectives.

Cette exploitation uranifère au nord du pays conduit à la
contamination des ressources en eau et à l'épuisement et la pollution
des deux grandes nappes phréatiques fossiles de la région d'Agadez,
qui assuraient jusqu'ici la survie des populations locales. Cela est
tout aussi dramatique que la spoliation des terres agro-pastorales
exploitées par les populations locales, la destruction de la faune et
de la flore ou la contamination radioactive de l'air dues à cette
même industrie.

Depuis des millénaires les populations nomades fréquentent l'immense
plaine de l'Irhazer et gèrent de façon traditionnelle les ressources
nécessaires à l'économie pastorale. L'aquifère des grès d'Agadez,
seule ressource en eau de cette plaine, est fossile. Or la région
regorge d'uranium, qui est en partie déjà exploité par l'industrie
uranifère avide d'eau : ce réservoir est fortement menacé par
l'octroi anomique de concessions minières et par l'exploitation en
cours et se vide inexorablement. Cela ne perturbe aucunement les
sociétés minières dont le comportement se résume à « prendre, polluer
et partir ».

Les quantités quotidiennes d'eau consommée par les miniers sont
effarantes :

- 10.000 m3/j sont prélevés à Rharous depuis 1980, pour les mines de
charbon (qui alimente en électricité les installations d'Areva à Arlit).
- 20.000 m3/j sont prévus par Areva, pour sa nouvelle exploitation
uranifère d'Imouraren,
- 4000 m3/j sont prélevés pour la mine d'uranium d'Azelik, exploitée
par une compagnie chinoise.

En comparaison : moins de 2 000 m3 par an et par habitant sont
consommés dans les pays où les ressources en eau sont faibles.

Et ce n'est pas tout : les sociétés COMINAK et SOMAÏR (filiales
d'Areva) qui exploitent les mines d'Arlit envisagent d'utiliser un
pipe line de 30 km et de déplacer leurs pompages vers l'ouest c'est-à-
dire dans la nappe des grès d'Agadez ! En effet, ils ont déjà épuisé
à 70% la nappe phréatique carbonifère qui se trouve plus au nord, à
raison de 22 000 m3/j depuis 38 ans.

Le prélèvement actuel est de 25 millions de m3 d'eau par an. Ce
calcul est non exhaustif car il ne tient pas compte de
l'accroissement exponentiel de la délivrance des permis
d'exploitation de l'uranium, du futur projet des salines de Tédikelt
et de projets pharaoniques d'irrigation. A ce rythme là, on peut
s'attendre au dénoyage, c'est à dire à l'épuisement complet de toute
la partie ouest de l'aquifère d'ici 40 ans.

Les effets pervers de l'exploitation uranifère : loin d'avoir
amélioré le niveau de vie des populations, elle condamne leur avenir
à moyen terme

Le Niger deuxième producteur mondial d'uranium figure paradoxalement
à la dernière place de l'IDH. Les populations nigériennes victimes
d'un pillage organisé des ressources naturelles, y compris de l'eau
ressource vitale, récoltent désordres et désolation et non pas les
richesses émanant de cette industrie stratégique et très lucrative.

Les compagnies minières ne s'inquiètent guère de cette catastrophe
annoncée : une fois les gisements d'uranium épuisés, une fois l'eau
épuisée, la région ne présentera plus d'intérêt pour elles et leurs
actionnaires. Ils quitteront cette région dévastée, désormais
impropre au tourisme et à l'économie pastorale et sans développement
pour aller piller ailleurs. L'avenir de toute une population, les
impératifs de protection de l'environnement et de la santé, sont
sacrifiés sur l'autel des profits à court et moyen terme.

À l'heure où la notion de développement durable, admise par tant
d'occidentaux, est mise en avant, le nucléaire, est présenté par les
industriels, dont Areva, comme une énergie « propre ». Or
l'extraction de l'uranium est terriblement polluante et dangereuse
puisqu'elle s'attaque à l'homme et ses ressources hydriques vitales
et épuisables. Il est hypocrite de nous vendre une énergie prétendue
sans effets négatifs et sans conséquences, alors que loin de nous des
populations, aux conditions de vie déjà très précaires, en souffrent
et en meurent.

Nos revendications :

Nous demandons instamment, pour l'exploitation de l'uranium au Niger,
le respect des droits de l'homme et des règles de transparence fixées
dans le cadre de l'initiative sur la transparence des industries
extractives (ITIE) à laquelle le Niger a adhéré en mars 2005 ainsi
que la fixation de normes sociales et environnementales, notamment
sur l'eau et la mise en œuvre d'organismes indépendants de contrôle
qui sanctionnent leurs manquements.

Collectif AREVA- Niger (auquel le GT Afrique du SI de la CNT participe)

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