Secrétariat international de la CNT

Manifestations pour la vérité et la justice au Burkina Faso.

Publié le vendredi 11 mars 2011

Suite au décès de l’élève Justin ZONGO dimanche 20 février victime de sévices infligés par la police, des manifestations, réprimées violemment, ont eu lieu dans différentes localités du pays.

C’est à Koudougou que les premières manifestations ont eu lieu dès le lundi 21 février. Les élèves et les étudiants de la ville de Koudougou sont sortis massivement pour exprimer leur mécontentement et exiger que toute la lumière soit faite.

Mardi 22 février, une dizaine d’élèves a été arrêtée par la police et de nombreux blessés et dégâts matériels ont été enregistrés. Le soir même le procureur de Koudougou a fait fermer les écoles de la région pour éviter tout regroupement. Les "autorités" (Ministre de la santé, Gouverneur, Procureur, Docteur, Directeur de la Police etc.) ont déclaré que Justin ZONGO était mort de méningite, ce qui a fait monter la tension encore plus et échauffé les esprits.

Le lendemain une nouvelle manifestation à Koudougou a opposé des milliers d’élèves et d’étudiants (qui exigeaient le départ du gouverneur et la libération de leurs camarades arrêtés) et les forces de l’ordre. Ces dernières ont fait usage de grenades lacrymogènes, de matraques, et de tirs à balles réelles. Deux manifestants ont été tués au cours d'échauffourées qui ont également fait de nombreux blessés. Dans leur colère, les manifestants ont incendié une douzaine de véhicules appartenant à la police, à la gendarmerie et au gouvernorat de la région. Le bâtiment du gouverneur a aussi été incendié.

Le gouvernement burkinabè a réaffirmé la thèse de la méningite et « condamné fermement ces actes de vandalisme », tout en promettant que « des enquêtes seraient diligentées ».

Jeudi 24 février, les manifestations se sont étendues à tout le territoire à Nandiala (25 km de Koudougou) et à Kokologho (55 km de Koudougou). Les élèves des différents établissements secondaires de la ville de Ouahigouya ont déserté les classes.
A Ouagadougou, la capitale, s’est déroulée une manifestation devant le palais de justice et le bâtiment du ministère des Enseignements secondaire et supérieur et celui de l’Éducation nationale et de l’Alphabétisation. Les élèves ont envahi l’enceinte de leur ministère de tutelle.
Deux élèves et un policier ont été tués à Poa et à Kindi, alors qu’au même moment les manifestants séquestraient les policiers de Réo.
Un étudiant de l’université de Koudougou a succombé à ses blessures, alors qu’il avait été admis la veille à l’Hôpital, suite à un traumatisme crânien.
Le gouvernement a ordonné la fermeture des écoles, collèges et lycées dans tout le pays jusqu'au lundi.
Le bilan de ces quatre jours de manifestations est de 6 morts et des centaines de blessés. Le gouvernorat du centre Ouest, des hauts commissariats, des commissariats de police etc ont été incendiés.

Lundi 28 février, élèves et étudiants de Koudougou se sont rendus au siège du gouvernorat lors d'une marche pacifique pour exiger que la « lumière soit faite sur les assassinats de leurs camarades ».

Pour tenter de calmer le jeu, le gouverneur a été relevé de ses fonctions samedi 26 février puis le directeur régional de la police a été limogé. Une délégation composée de ministres est allée présenter les condoléances aux familles des victimes à Koudougou. Le gouvernement à annoncé le 02 mars, des mesures d’arrestations des policiers mis en cause et l’ouverture de trois enquêtes : sur les événements de Koudougou, sur ceux de Kindi et sur ceux de Poa. L’enquête suite à la plainte de Justin Zongo pour coups et blessures est maintenue.

Les établissements scolaires du primaire à l'université sont restés fermés jusqu’au lundi 7 mars.

Ces mesures d'apaisement n'ont pas suffit pour empêcher la population de manifester pour réclamer vérité et justice. C'est comme si les élèves et la population ne croyaient pas les promesse du Gouvernement.

Lundi, une dizaine de localités ont en effet enregistré des manifestations plus ou moins violentes (quatre commissariats et une direction régionale de la police, ont été incendiés, des prisonniers libérés, des édifices publics attaqués, des barricades érigées, des grèves et marches organisée). Des manifestations aussi à Bobo Dioulasso, deuxième ville du pays, Koudougou , Gaoua , Fada N'Gourma , Tenkodogo , Pô et Léo.

Mardi 8 mars, difficile de savoir ce qui s'est passé ce jour si ce n'est qu'à Kindi les élèves se sont joints aux femmes pour une procession de 5 km jusqu’au domicile du regretté Michel. Le gouvernement a, de nouveau, annoncé la fermeture des établissements scolaires à partir de mercredi et jusqu'à nouvel ordre tout en haussant le ton contre les manifestants.

Mercredi 09 mars, jour annoncé par l'ANEB pour une marche pacifique à Ouga. C'est à Ouahigouya que des élèves, aidés par des citoyens en colère ont cassé et brûlé des emblèmes des services publics (le siège du CDP (parti au pouvoir), la résidence du gouverneur, tous les démembrements de la police, le Conseil régional, la mairie, la douane et une partie du Palais de justice). Il y a aussi eu des manifestations à Koupéla, Pouytenga, Gourcy, Yako, Dori, Boulsa, Diapaga, Fada N’Gourma

Hier, jeudi 10 mars lors d'une conférence de presse le CCVC (Coordination de la coalition nationale de lutte contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour les libertés ) a appelé à un meeting de protestation et de mobilisation le samedi 19 mars 2011. La coalition dénonce l'attitude des autorités qui ont « usé du mensonge pour étouffer la vérité », et l'utilisation de « la violence injustifiée pour réprimer les manifestations légitimes des populations de Koudougou ». Le CCVC exige que « cesse l’usage des armes à feu dans le maintien de l’ordre ». Elle en a profité pour exprimer sa réprobation et son indignation contre l’enchérissement des coûts des produits de première nécessité et rappeler que c'est dans ce contexte que le maire de la commune de Ouagadougou a annoncé le contrôle de la taxe de développement communal pour fin mars 2011

Aujourd'hui vendredi 11 mars, Des militaires se seraient postés à différents points stratégiques de Bobo-Dioulasso (deuxième ville). Selon l'observateur Paalga dans la capitale, la police et la gendarmerie ont eu aussi le soutien des militaires.
L'ANEB et l'UGEB appelaient à une nouvelle marche pacifiste à Ouagadougou. Toujours selon l'observateur Paalga, le cortège des étudiants et des élèves s'est heurté aux barricades dressées par les forces de l’ordre. Très vite, les affrontements ont commencé entre manifestants et forces de répression (jets de pierre contre tirs de gaz lacrymogènes et de balles blanches). Les manifestants ont été dispersés mais les échauffourées se sont poursuivies dans certains quartiers de la capitale jouxtant l’université de Ouagadougou.

A noter qu'au Burkina Faso comme en France, la presse parle de casseurs, voyous, vandales, pillages (…) pour parler des actions de protestation des élèves.

Chacun dans un communiqué, le collectif syndical CGT-B, l’Union d’action syndicale, le mouvement burkinabè des droits de l’homme et des peuples (MBDHP) et l’ Union Générale des Etudiants Burkinabè ­­ (UGEB) rappellent que ce n’est pas la première fois que le pouvoir tente de couvrir des coupables et des dérives policières par des mensonges :
Assassinat en 1990 de l’étudiant en médecine, DABO Boukary ; mort par bal dans le dos de deux élèves lors d’une manifestation des scolaires à Garango en 1995 ; assassinat du journaliste Norbert ZONGO en 1998 ; mort du jeune NEBIE Flavien tué par un gendarme lors d’une manifestation des scolaires pour exiger vérité et justice pour Norbert ZONGO et ses compagnons en 2000 ; les cas de GAOUA, POUYTENGA, BANFORA, REO, Commissariat de WEMTENGA à OUAGADOUGOU….

La CNT-F est solidaire de la CGT-B qui :

1. exprime toute sa compassion et son soutien aux familles éplorées ainsi qu’aux nombreux blessés à qui il souhaite prompt rétablissement ;
2. Condamne fermement la répression inqualifiable abattue sur les manifestants ;
3. Exige des autorités toute la lumière et la vérité sur la mort de l’élève Justin L. ZONGO et sur les six autres victimes de la répression ;
4. Exige la traduction en justice des auteurs et des complices de la mort de l’élève Justin L. ZONGO et des six autres victimes de la répression, ainsi que des nombreux blessés, afin qu’ils soient punis conformément à la loi ;
5. Exige le dédommagement des familles des victimes décédées et la prise en charge de tous les frais d’hospitalisation, de soins des nombreux blessés et leur dédommagement.

La CNT-F soutien le syndicat CGT-B dans son « appel à la mobilisation à l’ensemble de ses militantes et militants, à tous les travailleurs et à tous les citoyens épris de vérité et de justice, pour soutenir la juste lutte en cours, en vue de contraindre le pouvoir de la quatrième République à mettre fin à la culture de l’impunité et à la démagogie ».

La CNT-F rejoint l’unité d’action syndicale (UAS) pour saluer la mobilisation et la détermination de la jeunesse, celle scolaire en particulier dans l’exigence de vérité et de justice. Les réactions des élèves dans diverses localités témoignent d’une prise de conscience véritable de la jeunesse sur les dangers de l’impunité.

La CNT-F est solidaire de l’UGEB qui appelle à une mobilisation sans faille pour que la lumière soit faite sur ces crimes.

Vérité et justice pour Justin ZONGO
et pour tous les jeunes qui ont perdu la vie pour avoir réclamé plus de liberté et de justice !

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