Secrétariat international de la CNT

Infos Swaziland

Publié le mercredi 13 décembre 2006

Des reportages récents parus dans le journal The Star (25/11/06) prétendent que le développement de la branche de « combat armé » d'une section du mouvement pro-démocrate au Swaziland pourrait s'accélérer. Etant donné que le mouvement pro-démocrate s'est fixé comme objectif la libération en 2008, il est compréhensible que la frustration ait pu amener certains camarades dans cette voie.

Nous ne pensons pas qu'une approche par le « combat armé » soit appropriée. Les dangers qui s'y rattachent sont nombreux. Nous soutenons le droit des opprimés à s'auto défendre contre la répression.

Cependant, le « combat armé » n'est en général pas une stratégie efficace. Il substitue un petit groupe de militants au mouvement de masse des travailleurs, des paysans et des pauvres. D'un point de vue militaire, il n'est pas très efficace pour faire face et vaincre un régime bien en place. On peut reconstruire des immeubles, comme on peut remplacer des officiels et des fonctionnaires de l'Etat.Si une grande partie de la Royal Army ne rejoint pas le peuple, il n'y a pas de véritable chance de faire basculer le régime. Vaincre des soldats implique de les amener au sein d'un mouvement populaire pour la démocratie, la justice économique et sociale, et le pouvoir du peuple.

Les soldats sont issus des classes populaires, ils doivent les rejoindre et abandonner la classe dirigeante.

Il est aussi probable que, comme cela s'est produit au Lesotho, le SANDF puisse envahir le Swaziland pour défendre les intérêts Sud Africain et Britannique.

C'est la structure-même du pouvoir qui doit être contestée, pas uniquement quelques individus qui font partie de cette structure. Cela ne peut se faire que grâce à un mouvement du peuple. Il faut que les gens qui souffrent du régime Tinkhundla créent des organes de contre pouvoir dans les communautés et sur leurs lieux de travail, qui peuvent tous deux résister à la structure du pouvoir existant, et finalement remplacer les autorités traditionnelles et les capitalistes par une démocratie de la base.

C'est uniquement de tels organes, organisés et contrôlés par les masses opprimées qui pourront mettre le pouvoir entre les mains de gens ordinaires, et qui remplaceront le pouvoir de l'ancien régime par le pouvoir de classe du peuple.Ce système est le seul qui peut éviter l'émergence d'une nouvelle élite qui prendrait le contrôle de la structure de pouvoir déjà en place.

Le combat armé fournit un prétexte tout-prêt pour la répression de l'ensemble du mouvement pro-démocratie. Plutôt que d'agir comme un catalyseur pour faire avancer le peuple dans une action révolutionnaire, nous pensons que c'est le but à atteindre ; le combat armé fait peur et éloigne le peuple du combat. La confiance du peuple et les organisations sont difficiles à reconstruire, alors c'est seulement l'action de masse qui pourra tenir bon dans la perspective de changer vraiment la société.

Le pouvoir du régime réside aussi dans l'approbation populaire des instruments du régime Tinkhundla, comme celle des chefs de tribu. La conscientisation politique est cruciale : la bataille des idées est plus importante que quelques actes de sabotage.Cela peut en partie aider à défier le pouvoir existant et les idées qu'il prône.Le problème n'est pas simplement le roi et les chefs, mais les capitalistes et l'Etat et c'est aussi ce qu'il faut faire compendre aux masses. Ce pouvoir doit demeurer entre les mains du peuple, pas entre celle d'un groupe de dirigeants, qu'ils soient traditionnels ou non. Cette démocratie économique et cette justice sociale sont aussi importantes que les libertés politiques. Un « combat armé » et son groupe miliatire tendent à devenir d'eux-mêmes une nouvelle élite, qui va créer ou maintenir une structure du pouvoir qui placera les masses en bas de la pyramide, une fois de plus.
Ce dont on a besoin pour libérer le Swaziland du joug de l'opression royale est un mouvement de masse des travailleurs, des paysans et des pauvres, à la fois des régions rurales et urbaines. Cela n'arrivera que quand ils auront une conscience politique. L'activité principale des cadres pro-démocrates se doit d'aider à ce processus jusqu'à ce que les masses Swazi opprimées soient assez nombreuses et conscientes des ambitions et des buts du mouvement de libération, c'est à dire la révolution sociale. Se substituer aux idées et aux combats du peuple pour sa liberté par un groupe minoritaire insurgé pourrait compromettre le dur travail fait jusqu'ici par les cadres pour élever le niveau de connaissance de la société Swazi.

En résumé :
Nous soutenons de tout coeur le mouvement pour la liberté, la justice et la dignité humaine du peuple du Swaziland.
Nous soutenons leur droit à se défendre, et les acquis sociaux gagnés au combat, armé quand nécessaire, contre les forces violentes et répressives de l'état et des autorités Tinkhundla.
Nous n'envisageons pas le combat armé comme une option qui a des chances de réussite puisqu'à ce stade le mouvement de libération semble être insuffisant au regard du nombre, que les armes et le manque de soutien du peuple manquent pour faire une guérilla qui parvient à ses fins, et qu'une guérilla tend à créer d'elle-même une nouvelle élite.
Le combat pour la démocratie ne doit pas se restreindre à gagner des liberté politiques limitées, mais doit créer une économie participative prévue par le peuple, un système de socialisme libertaire.
Sans quoi les combats des masses auront plus de chance d'être utilisés comme un outil de transaction plutôt que comme un outil révolutionnaire, avec un système de domination de classe inchangé.
Nous continuons à croire que la seule force capable de libérer le Swaziland est un mouvement populaire, et que tout sauf cela ne peut qu'amener à la répression, à la collaboration, et de surcroît à des réformes limitées.

Avec solidarité
J. Payne


Recent reports in The Star (25/11/06) allege that the development of the “armed struggle” tendency within a section of the pro-democracy movement in Swaziland could be accelerating. Given that the pro-democracy movement has set itself the goal of liberation in 2008, it is understandable that frustration has led some comrades in this direction.

We do not believe that an “armed struggle” approach is appropriate. The dangers inherent in such an approach are many. We support the right of the oppressed to self-defense against repression.

However, “armed struggle” is generally not a very effective strategy. It substitutes a small cadre of militants for a mass movement of the workers, peasants and poor. Militarily, it is not very effective in confronting and defeating a well-entrenched regime. Buildings are replaceable, as are the officials and functionaries of the State. If a large section of the Royal
Army does not join the masses, there is no real chance of the regime
falling. To win over soldiers requires drawing them into a popular
movement for

Democracy
Economic and social justice
People's power

The soldiers are from the popular classes ; they must join them and desert the ruling class.

What is also likely to happen, as it did in Lesotho, is that the SANDF could well invade Swaziland in order to defend South African and British investment.

It is the structure of power itself that must be challenged, not simply a few individuals in that structure. This can only be done by a mass movement. What is necessary for the people suffering under the Tinkhundla regime is to create organs of counter-power in the communities and workplaces that can both resist the existing power structure, and eventually replace the traditional authorities and capitalists with grassroots democracy.

Only such organs, organized and controlled by the oppressed masses, will place power in the hands of ordinary people, replacing the centralized power of the old regime with the class power of the masses. Only such a system can prevent a new elite emerging to take control of the existing power structure.

Armed struggle provides a ready pretext for the repression of the whole pro-democracy movement. Rather than act as a catalyst to propel the people into revolutionary action, which we believe is the intention, armed struggle acts to scare them away from the arena of struggle. Popular confidence and organizations are difficult to rebuild, yet it is only mass action that holds out the prospect of really changing society.

The power of the regime also lies in popular acceptance of the instruments of the Tinkhundla regime, such as the chieftaincy. Political conscientisation is crucial : the battle of ideas is more important than a few acts of sabotage. This is partly about challenging the existing power structure, and the ideas with which it clothes itself. It is also about convincing the masses that the problem is not just the King and the chiefs, but the capitalists and the State. That power must rest in the hands of the masses, not a group of leaders, whether traditional or otherwise. That economic democracy and social justice are just as important as political freedoms. An “armed struggle” lends itself to the military group becoming a new elite, which will create or maintain a power
structure that places the masses at the bottom, once again.

What is needed for the liberation of Swaziland from the yoke of Royal oppression is a mass movement of the workers, peasants and poor, both in rural and urban areas. This will only come about when they have come into political consciousness, and the main activity of pro-democracy cadres should be in assisting this process until the point where sufficient numbers of the Swazi oppressed masses are conscious of the aims and goals of the liberation movement, namely social revolution. To substitute the ideas and struggles of the masses for their freedom with a minority insurrectionist group will jeopardize the hard work done by cadres in raising the level of consciousness of Swazi society thus far.

To summarize ;
We wholeheartedly support the movement for freedom, justice and human dignity of the people of Swaziland.
We support their' right to defend themselves and the social gains made during the struggle, with arms when necessary, from the repressive and violent forces of the state and Tinkhundla authorities. We do not consider armed struggle to be a viable option, as the liberation movement at this stage appears to be insufficient in numbers, weapons and lacking in popular support to wage successful guerrilla warfare, and that a guerilla force lends itself to creating a new elite.
The struggle for democracy must not confine itself to winning limited political freedoms, but to creating a participatory economy planned from below, a system of libertarian socialism. Otherwise, the struggles of the masses are more likely to be used as a bargaining tool than a revolutionary one, with the basic system of class domination unchanged. We maintain that the only force capable of liberating Swaziland is a mass movement, and that anything short of this is only likely to lead to repression, collaboration and, at most, limited reforms.

In Solidarity,
Jonathan Payn
International Secretary, Zabalaza Anarchist Communist Federation

www.zabalaza.net

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