Secrétariat international de la CNT

Féminicides au Canada

Publié le jeudi 25 juillet 2019

Au Canada, le résultat de cent et quelques années de politique raciste et sexiste laisse encore des traces profondes, près de trente ans après l'abolition de la Loi sur les Indiens de 1876, qui a consisté dans la stérilisation des femmes indigènes, et l'enfermement dans des internats spécifiques des jeunes indigènes, jusqu'aux années 1990. En effet, selon le rapport de l'Enquête nationale commandée par le gouvernement canadien, qui fait écho aux résultats de la Commission Vérité et Justice de 2015, les violences que continuent de subir les femmes et les filles indigènes, victimes de féminicides (entre 1000 et 4000 disparues et assassinées depuis les années 1970) sont le résultat direct de cette longue politique colonialiste qui a imprégné les structures sociales du Canada. L'enquête évoque un génocide indien, à travers la politique assimilationniste qui a sévi pendant plus de cent ans, et qui a exposé les femmes à des violences qu'elles continuent de subir en première ligne, de la part des gouvernements successifs, puis de la part des hommes, y compris de leur propre peuple : la première cause de mortalité féminine indigène au Canada semble bien être l'idéologie sur laquelle s'est construit le pays.

Entre 1980 et 2012, ce sont 1017 filles et femmes indigènes qui ont été assassinées ; alors qu'elles ne représentent que 4% de la population canadienne totale, elles sont 25 % à avoir été victimes de meurtres. Leur risque d'être assassinées ou de disparaître est seize fois plus élevé que celui d'une femme blanche, et elles sont celles qui restent les plus marginalisées et socialement exclues. 10% de toutes les femmes déclarées disparues sont indigènes. La moitié des homicides ont été commis par un membre de la famille, mais là encore, les femmes indigènes ont 1,4% fois plus de risques d'être assassinées par un inconnu. Elles sont aussi plus exposées aux violences sexuelles et physiques, et d'être battues par leur conjoint.
Selon les mots de Marion Buller, qui a dirigé l'enquête, "les circonstances sont différentes mais toutes les histoires de disparitions et d'assassinats des femmes indigènes sont liées à la marginalisation économique, sociale et politique, le racisme et la mysogynie qui constituent le tissu de la société candienne". Plus que des recommandations, les 231 mesures qui sont présentées à l'issue des 1200 pages du rapport sont des "impératifs légaux" pour "rendre justice" : un changement de paradigme complet est nécessaire pour obtenir plus de justice au Canada, imprégné d'une histoire violemment coloniale, raciste et sexiste, dont les femmes indigènes continuent d'être massivement victimes.

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