Secrétariat international de la CNT

Compte-rendu du procès du 7 décembre à Taroudant

Publié le mercredi 13 décembre 2006

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Amal Lahoucine, 8 décembre 2006

Depuis deux semaines la société civile d'Ouzioua avait mobilisé tous ses activistes pour soutenir les cinq militants du syndicat des paysans d'Aoulouz, qui devaient se présenter à l'audience du 7 décembre 2006 au tribunal de Taroudant, pour leur participation à la marche rouge du 13 mai 2006 pour la défense du droit aux biens publics. L'audience avait été reportée à deux reprises.
Le jeudi 7 décembre 2006 des représentants des associations paysannes d'Ouzioua avaient pris le départ de bon matin vers Taroudant. Un suivi de cet événement avait été organisé dans toutes les villes du Maroc où se trouvent des ouvriers originaires d'Ouzioua, surtout à Agadir, qui avait envoyé des représentant des ouvriers. Trois avocats amazighs volontaires originaires de Taroudant avaient pris en charge la défense des militants jugés.
A 9 heure du matin les portes du tribunal se sont ouvertes et les paysans pauvres d'Ouzioua ont été parmi les premiers dans la salle d'audience, où ont bien organisé leurs positions. Le juge a ouvert l'audience par une série de dossiers concernant des conflits personnels.

A 11 heures le dossier no 1287/06 a été ouvert. Nous étions trois devant le juge, deux inculpés étant absents : le professeur retraité Boubker Chakib qui était en Arabie saoudite depuis deux mois et l'ouvrier Id Bouichou Mohamed qui n'avait pas pu arriver à l'heure à cause de son travail à Agadir. Les trois avocats étaient présents.
Le juge a commencé par s'assurer de nos identités. Puis il a posé une question concernant notre organisation et participation à la marche rouge. Nous voulions bien expliquer la cause de l'organisation de cette marche pacifique mais monsieur le juge a refusé de nous laisser le temps de nous expliquer. On est sûr qu'il avait des instructions de la haute autorité de ne pas nous laisser l'occasion de nous exprimer, et cela bien que le PV de la police judiciaire ait contenu ces explications. Le malheureux juge lui n'avait qu'un seul objectif : le grief qui nous était fait d'avoir organisé la marche pacifique malgré l'interdiction de celle-ci par les autorités !

Les articles 5, 13 et 14 de la loi sur la constitution des associations sont à la base des chefs d'accusation du procureur. Ce sont des articles qui permettent aux autorités de contrôler les activités des associations en bloquant leur droit à la manifestation pacifique.

La défense avait bien organisé ses interventions, qui ont abordé trois niveaux :
- le niveau politique, qui dérange bien le malheureux juge, qui à chaque fois freine la discussion dans ce sens. Nouvelle preuve que la justice marocaine n'est pas indépendante des autorités.
- le niveau de la comparaison des lois marocaines aux lois internationales, qui montre d'après l'intervention des avocats que les droits civiles et politiques au Maroc son menacés par des lois qui ne sont pas conformes aux droits humains, surtout au niveau des libertés.
- le niveau de la décision de cette poursuite par le procureur qui n'avait même pas appliqué ces lois malgré leur caractère contradictoire avec les droits humains. À savoir que la marche était pacifique et qu'elle n'avait pas connu d'incident qui mette en danger la sécurité des citoyens, d'après le PV de la police judiciaire lui-même. Ce qui explique que le procureur est soumis aux ordres des autorités qui couvrent les violations des droits des paysans par le président de la commune d'Ouzioua.

À la fin des interventions de la défense, le juge nous a donné la parole mais bien sûr en limitant le sujet et le temps. J'ai été le seul à avoir parlé, m'efforçant de bien cibler les choses importantes. J'ai déclaré que le président de la commune d'Ouzioua a violé les droits des paysans pauvres et que les autorités couvrent ces violations. Ce procès vise à interdire le militantisme de la société civile et la justice doit prendre son vrai chemin et garantir l'exercice des libertés. Monsieur le juge ne m'a pas laissé le temps de parler et il a déclaré que le verdict sera rendu le 21 décembre 2006. Le procureur n'avait rien à ajouter.

A 11 heures 30 nous avons quitté la salle d'audience, les représentants des associations paysannes d'Ouzioua et le bureau syndical ont marché vers le siège de la province de Taroudant à quelques centaines de mètres. Un sit-in a été organisé pour dénoncer la poursuite des cinq militants de la société civile d'Ouzioua d'une part et protester contre les autorités qui couvrent les violations des droits des paysans pauvres par le président de la commune. Le sit-in a duré une heure.

Voici les slogans de la manifestation
- l'électrification, la terre et l'eau sont des droits humains.
- le président vole les biens publics, les autorités le soutiennent.
- deux barrages sont construits par la sueur et le sang des paysans pauvres, les indemnisations sont négligeables.
- le mouvement continuent, les autorités sont sourdes.
- deux barrages sont construits sur nos terres, où est le développement ?
- aujourd'hui et demain la lutte continue.
- 30 ans dans la commune, Ouzioua marginalisée.

Après ce sit-in, un nouvel épisode de lutte est ouvert, consistant à porter la protestation au niveau de la province.

Ci-dessous les photos de la manifestation

Devant le tribunal avant l'audience
À la fin de la manifestation.
Devant le siège de la province.
Les quatre inculpés, de gauche à droite Aakik, Id Bouichou, Bouichou et Amal
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