Secrétariat international de la CNT

Appel urgent à solidarité internationale pour la libération de Omar Radi et de tou-te-s les journalistes et prisonnier-ère-s politiques enfermé-e-s au Maroc !

Publié le mardi 22 septembre 2020

Le Syndicat Interprofessionnel de la Presse des Médias, de la Culture et du Spectacle (SIPMCS-CNT), ainsi que le Secrétariat International de la Confédération Nationale du Travail de France (CNT-F), tiennent à exprimer leur entière solidarité avec le journaliste marocain Omar Radi qui a été placé le 29 juillet 2020 en détention préventive à la prison de Oukacha à Casablanca. Il est accusé d’atteinte à la sûreté intérieure et extérieure de l'Etat, ainsi qu'atteinte à la pudeur et viol et risque plusieurs années de prison. Une première audience est prévue ce 22 septembre 2020.

Omar Radi n'est pas une exception, les poursuites qu'il subit s'inscrivent dans une continuité répressive marocaine. Il fait partie de ces voix libres qui ne plient pas et ne lâchent pas leurs convictions.
Avoir un discours clair, intransigeant, réaliste aujourd'hui publiquement sur la réalité du pays vaut intimidations répétées, risques de poursuites et d'enfermement. Il n'y a pas de liberté d'expression actuellement au Maroc. Faire un réel travail de journalisme d'investigation est risqué, la quasi totalité des journalistes qui se sont attachés à le faire ont eu des poursuites ou ont dû s'exiler. Aujourd'hui Omar Radi fait partie de ces journalistes indépendants qui n'accepte ni l'autocensure, ni la corruption.

Malgré les différentes accusations, c'est bien les sujets d'investigation menés par Omar Radi qui dérangent et sont sensibles pour le pouvoir au Maroc.

Déjà incarcéré en décembre 2019, il venait de rentrer d'un séjour en Algérie où il avait évoqué publiquement lors d'un interview sur la Radio Maghreb Emergeant ses travaux en cours et le projet d'une publication sur une question cruciale au Maroc : le foncier et la nouvelle réforme sur les propriétés terriennes. Cette réforme vise à supprimer toute propriété collective, dont celles de terres tribales. Une transformation de ces terres en terres privées atomisées obligera les populations à les mettre en vente et elles seront accaparées en vue de projets d'aménagement soit disant à visée publique mais voués concrètement aux classes les plus riches.

La question foncière reste centrale dans le système économique et politique au Maroc. Les anciens petits paysans sont depuis longtemps devenus des travailleurs agricoles exploités sur leurs propres terres. Dans le Rif comme le précisait Omar Radi, un an avant le début du mouvement massif fin 2016, des luttes d'habitants sur des questions d'accaparement de terres avaient lieu face à des grands projets. Les revendications se sont ensuite élargies à la construction d'hôpitaux, d'université, etc.
La privatisation des terres agricoles, balnéaires, ou périurbaines visées aujourd'hui, est la continuité d'un système de prédation et d'écrasement des classes populaires, les conséquences d'un capitalisme sauvage avec des situations dignes de l'époque coloniale, des conséquences sociales, économiques et environnementales catastrophiques. Face à cela, toute contestation des classes populaires pillées est prise à la gorge. Les mécanismes judiciaires aujourd'hui sont construits et mis en place pour défendre cette prédation. (cf. la page du Réseau Droit à la Terre qui relaie différentes luttes au Maroc à ce sujet ).
Omar Radi met également en lumière dans ses travaux les enjeux financiers qui sous tendent les liens entre pouvoir et prédation économique, il a aussi couvert des luttes comme le mouvement du Hirak du Rif.

local/cache-vignettes/L300xH200/kf2a2953-540f4.jpg?1600876650 local/cache-vignettes/L300xH200/kf2a3616-d4dec.jpg?1600876651 local/cache-vignettes/L300xH200/kf2a3282-8149a.jpg?1600876653 local/cache-vignettes/L300xH200/kf2a3823-b85ba.jpg?1600876653 Au Nord de Rabat, près de 300 familles de la tribu Ouled Sbita ont été expulsées de leurs terres collectives par le Ministère de l'Intérieur. Leur terres ont été cédées à 5 euros le m2 à la société Addoha pour construire des villas de luxe. ©Thérèse Di Campo, 2018.

Le harcèlement judiciaire comme outil du pouvoir marocain contre les journalistes !

Aujourd'hui sa nouvelle incarcération, et les accusations portées contre lui, nous le savons, sont la continuité directe d'un harcèlement judiciaire et s'inscrit dans un contexte marocain répressif contre tous les journalistes indépendants, tous les habitants qui osent user de leur liberté d'expression et mettant en cause la politique menée par le pouvoir en place.

L'exemple de l'acharnement judiciaire que Omar Radi vit depuis plus d'un an est un exemple significatif :

- Le 26 décembre 2018, le pouvoir annonçait la dissolution de l'association culturelle Racines. Une association qui promouvait du débat politique publique, et accueillait dans ses locaux une émission web à ce sujet. Cette association a été dissoute et attaquée suite à une émission qui a été tournée dans ses locaux. Plusieurs invités ont participé à cette émission pour évoquer différents sujets sans tabou. Dans celle-ci Omar Radi ainsi que d'autres personnes ont participé à l'épisode qui venait après le discours de Mohamed VI, à l'occasion de ses vingt ans de règne. Ont été évoqués un bilan des politiques menées par le pouvoir de cette monarchie, le lien avec la corruption, la précarité des populations, etc. Omar Radi avait à l'époque été le seul de l'émission à avoir eu une poursuite judiciaire, finalement celle-ci n'a pas eu de suite [1].

- En décembre 2019, le lendemain de son interview à Alger faisant état de ses travaux, Omar Radi est convoqué par la BNPJ (Brigade nationale de la police judiciaire). Il est alors placé en détention préventive et est poursuivi pour atteinte à personne d'autorité judiciaire en raison d'un tweet qu'il a publié neuf mois avant, en avril 2019, concernant le juge, Lahcen Talfi, qui a condamné 42 des prisonniers politiques du mouvement du Rif à de lourdes peines allant jusqu'à vingt ans de prison ferme. Omar écrivait « Bourreau de nos frères, souvenons-nous bien de lui. Dans beaucoup de régimes, les petits bras comme lui sont revenus supplier après, en prétendant “avoir exécuté des ordres”. Ni oubli ni pardon avec ces fonctionnaires sans dignité. » Il fut libéré le 2 janvier 2020 grâce à la vague de mobilisation au Maroc et au niveau international. Il est poursuivi en liberté et condamné en mars 2020 à 4 mois de prison ferme avec sursis pour outrage à magistrat. Il a fait appel contre cette condamnation.

- Le 22 juin 2020, Amnesty International rend public un rapport faisant état d'une expertise du téléphone de Omar Radi et révélant que celui-ci a été la cible de plusieurs attaques par « injection réseau » via le logiciel Pegasus, de l'entreprise israélienne NSO Group. Omar subissait donc depuis plusieurs mois une surveillance illégale. Les autorités marocaines sont directement visées comme auteur de ce piratage. Comme le signale Amnesty International, lors d'un rapport publié quelques mois auparavant, le journaliste marocain Maati Monjib avait subi les mêmes types d'attaques et de surveillance.

- Le 25 juin 2020, trois jours après, le pouvoir répond directement en convoquant Omar Radi une nouvelle fois à la BNPJ à Casablanca. Retournement contre Omar Radi suite au rapport de Amnesty International : il est alors accusé d'espionnage pour une puissance étrangère, donc d'atteinte à la sûreté de l'Etat. Accusation (d'atteinte à la sûreté de l'Etat) dont de nombreux journalistes font d'ailleurs l'objet actuellement au Maroc. [2] Ce joker est classique. Le harcèlement se renforce et il se fait convoquer plus d'une dizaine de fois à la BNPJ les semaines suivantes, convocations auxquelles il s'est toujours rendu (quasi deux fois par semaines, et pendant plus de 7h), pour « enquête préliminaire sur son implication présumée dans la réception de financements étrangers en lien avec des services de renseignements ». Il ne cessera de clamer son innocence et exprimait le 4 juillet dernier : « je n'ai jamais été à la solde d'une puissance étrangère et ne le serai jamais ».

- Une campagne de diffamation médiatique en parallèle est enclenchée contre lui.
En effet, sans compter les intimidations et menaces répétées qu'il a subi depuis ces dernières années, c'est une campagne publique acharnée qu'il doit affronter de la part de soit disant « journalistes » qui sont simplement des pions à la botte des services marocains (nous pensons aux journaux connus de leur proximité avec le pouvoir comme AtlasInfo, Le360, ChoufTv, Barlamane, etc). Par exemple lors de ses convocations à la BNPJ il se fait systématiquement diffamer et harceler avant d'entrer et à sa sortie par toujours les mêmes sbires de ChoufTv. Il subit des filatures continues et quotidiennes.
Nous saluons d'ailleurs la tribune des 110 journalistes qui est sortie le 16 juillet 2020 pour dénoncer ces médias du pouvoir qui mènent des campagnes de diffamations que subissent les journalistes indépendants.

-  Le soir du 6 juillet 2020, à la sortie d'un pub, Omar Radi et son collègue Imad Stitou, se font encore une fois intimider et harceler par le même caméraman de ChoufTv qui n'a cessé les semaines précédentes de diffamer Omar Radi. Suite à une altercation avec ce dernier, la police débarque en quelques secondes. Le coup est bien monté ! Les deux journalistes Omar et Imad sont alors interpellés et placés en garde-à-vue. Ils ressortent le lendemain avec une poursuite pour « ivresse sur la voie publique, insultes et violence », et un jugement pour septembre 2020.

- Suite à la convocation à la BNPJ du 29 juillet 2020, Omar Radi est placé en détention préventive à la prison de Oukacha, et avec plusieurs accusations contre lui. Celles déjà citées en lien avec une « atteinte à la sûreté de l'Etat », mais aussi en complément une carte habituelle du pouvoir marocain ces dernières années est sortie, une accusation sexuelle. Omar est alors accusé d' « atteinte à la pudeur et viol ». Il est depuis enfermé et en isolement en attendant l'issu de ses procès. Sa liberté provisoire a été refusée.

La carte d'accusation sexuelle et atteinte aux mœurs, devenue habituelle contre les journalistes !

En effet, dans cette politique de harcèlement des journalistes indépendants, le régime marocain n’hésite pas à instrumentaliser les luttes contre les violences faites aux femmes et sexistes, et les luttes des personnes LGBT, ainsi que les questions de « moeurs », à des fins de répression politique. Cette dernière année plusieurs journalistes qui dérangeaient par leurs travaux en ont fait l’expérience. Hajar Raissouni, qui était journaliste du journal Al-Khabar Elyoum a été accusée et emprisonnée pour "avortement illégal" et "relations sexuelles hors mariage" ; le journaliste Taoufik Bouachrine, directeur de Al-Khabar Elyoum a été condamné à 15 ans de prisons ferme sans preuve pour "viol" et "traite d'être humains". On peut également citer le cas du rédacteur en chef, toujours du même journal, Soleiman Raïssouni, emprisonné depuis le 22 mai 2020, et en isolement, son procès est prévu le 30 septembre prochain. Il publiait et menait des investigations en dénonçant ouvertement le Palais et les services de renseignements. Il est accusé de « viol et séquestration ». [3]
Il y a quelques années le journaliste Hicham Mansouri avait aussi été accusé à tord par le pouvoir, d'« adultère » et de « tenir un local de prostitution ». Il avait passé dix mois d'enfermement pour la première accusation.
Nous saluons la Tribune à l'initiative de marocain-e-s résident-e-s en France et signée de nombreuses organisations et personnalités en solidarité à Omar Radi  [4], que nous avons également signée, et qui rappelle à juste titre le contexte marocain où " nombreuses sont les femmes qui, en portant plainte après un viol, se voient poursuivies au titre de l’Article 490 interdisant les relations sexuelles hors mariage". (cf. le texte de la Tribune ci-dessous).
L'enjeu dans ces accusations portées aujourd'hui contre plusieurs journalistes est de diviser toute mobilisation de solidarité face aux attaques subies dans leur travail.
(Cf. l'interview (sous-titré) de Omar Radi le matin de son arrestation).

Et comme le souligne Hicham Mansouri dans un interview sur Rfi, le 1er août dernier suite à l'arrestation de Omar Radi, le pouvoir marocain surfe sur le climat médiatique international pour poser des accusations sur les journalistes... il y a quelques années la carte du "terrorisme" était utilisée.

Un contexte généralisé de répression

Omar Radi et les autres journalistes incarcérés incarnent aussi ce que vivent les marocains en terme de surveillance et de répression quotidiennes. Ces dernières années le Maroc connaît une escalade de répression contre toute voix discordante à celle du Makhzen. Chaque année la situation empire un peu plus.
Depuis le mouvement social de Sidi Ifni en 2008, celui du 20 février à partir de 2011, puis du mouvement massif qui a traversé la région du Rif à partir de la fin octobre 2016, sans oublier toutes les luttes réprimées à Imider, Jerada, Zagora, de celles des mineurs de l'OCP aux enseignants contractuels en grève, aux habitants expropriés de leurs terres, le Maroc connaît un renforcement féroce de l'appareil répressif pour verrouiller toute opposition politique et maintenir le pouvoir d'une classe dirigeante qui s'enrichit par tous les moyens sur le dos du peuple, et ce en usant également d'un appareil judiciaire digne des années de plomb : arrestations ciblées, interdictions de manifester, siège militaire permanent de la région du Rif, descentes policières et interdictions de toute activité de certaines associations comme l'AMDH, dissolutions d'associations comme Racines, poursuites judiciaires répétées, enfermement et tortures systématiques, corruption, menaces, procès préfabriqués avec de lourdes peines souvent sans preuve, appauvrissement des classes populaires, … la liste est longue.

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Au Nord de Rabat, près de 300 familles de la tribu Ouled Sbita ont été expulsées de leurs terres collectives par le Ministère de l'Intérieur. Leur terres ont été cédées à 5 euros le m2 à la société Addoha pour construire des villas de luxe. ©Thérèse Di Campo, 2018.

La réalité marocaine malgré l’omerta totale dans les différents médias commence à ne plus pouvoir être cachée.

Il y a plus de 600 prisonniers politiques aujourd'hui au Maroc - dont des enfants mineurs. La plupart des prisonniers politiques sont des personnes qui ont simplement manifesté, osé s'organiser et dénoncer les conséquences sociales de ce système et la répression directement liée. Certains prisonniers avaient simplement partagé un tweet, écrit un post sur Facebook, ou encore partagé un morceau de rap sur réseaux sociaux, comme la chanson #3ach_Cha3b du rappeur ElGnawi qui est lui aussi emprisonné depuis un an. (La chanson évoque la précarité, les différents mouvements populaires, et les inégalités sociales, et désigne ouvertement sans tabou les responsables de la situation, dont à sa tête le roi. Cette chanson a fait un buzz au Maroc).
Aujourd'hui de nombreux journalistes, artistes, défenseurs des droits humains, syndicalistes, étudiants, habitants, qui se sont soulevés ou ont simplement exprimé leur opinion politique face à ce pouvoir, sont derrière les barreaux, et dans des conditions atroces. Des peines allant jusqu'à vingt ans de prison ferme ont été prononcées en 2019 contre des prisonniers rifains, ce que dénonçait le tweet de Omar Radi, pour lequel il a été poursuivi en décembre 2019.
Nous exprimons d’ailleurs notre solidarité avec les prisonniers rifains qui étaient encore en grève de la faim il y a quelques jours.

Ce contexte nous rappelle les années de plomb au Maroc des années 70, plusieurs peines similaires, certaines allant même à la perpétuité y étaient prononcées. Or, n’oublions pas qu’en janvier 2013 déjà, des défenseurs des droits humains sahraouis du groupe de Gdeim Izik ont aussi été condamnés à des peines similaires et sont toujours enfermés.

Rappelons qu'avec la période du Covid c'est aussi plus de 80 000 personnes au moins qui ont été arrêtées pour non respect du couvre feu et ont rejoint les cellules des prisons qui étaient déjà surpeuplées.

Nous, Syndicat Interprofessionnel de la Presse des Médias, de la Culture et du Spectacle (SIPMCS-CNT), et le Secrétariat International de la Confédération Nationale du Travail de France (CNT-F), soutenons sans condition Omar Radi et exigeons sa libération, comme celle de tous les journalistes, et tous-tes les prisonnier-ère-s politiques au Maroc, avec abandon des poursuites judiciaires à leur encontre !

Nous dénonçons les conditions de musellement et l'acharnement répressif que vivent aujourd'hui les journalistes au Maroc, que ce soit leur surveillance quotidienne, les intimidations, les menaces physiques, les diffamations dans les médias du pouvoir, ainsi que les poursuites judiciaires, et l'instrumentalisation des questions de mœurs ou sexuelles à des fins politiques pour décrédibiliser leur personne.
Nous exprimons toute notre solidarité aux combats des journalistes indépendants pour être libres de s'exprimer et mener leur travail au Maroc.

Nous appelons à rejoindre toutes les actions de solidarité qui seront menées.

Liberté pour tous-tes les prisonnier-ère-s politiques au Maroc ! #FreeKoulchi

Ni oubli, Ni pardon !

La solidarité restera toujours notre arme !

Le Syndicat Interprofessionnel de la Presse des Médias, de la Culture et du Spectacle (SIPMCS-CNT) et le Secrétariat International de la CNT

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©Thérèse Di Campo, 2018.


Tribune à l'initiative de résident-e-s marocain-e-s en France, et avec de nombreux signataires en soutien, dont la CNT (publiée sur Orient XXI, ainsi que l'Humanité) :

Halte à l’acharnement contre Omar Radi et la répression de la parole publique au Maroc

Les mouvements de protestation au Maroc suscitent, et ce depuis toujours, des ripostes policières répressives et violentes. La plus marquante de ces dernières années est la répression du Hirak dans le Rif, un mouvement contestataire qui a agité le Maroc à partir de 2016. S’en sont suivies plus de 1500 arrestations, dont plus de 700 condamnations. Parmi ces dernières, cinq personnes ont écopé de 20 ans de prison ferme.

Omar Radi, journaliste indépendant, qui a assuré depuis le début la couverture de ce mouvement sur la scène internationale, a exprimé son indignation face à cette condamnation dans un post sur Twitter le 5 avril 2019. Ce Tweet lui a valu une première convocation le 18 avril 2019, par la Brigade nationale de la police judiciaire (BNPJ). Il y avait défendu son droit à l’expression libre et sa liberté d’opinion, garanti par la Constitution marocaine et les conventions internationales ratifiées par le royaume, notamment le pacte international relatif aux droits civils et politiques. Mais à l’occasion de sa seconde convocation, le 26 décembre 2019, Omar Radi a été déféré devant le procureur d’Aïn Sebaa et le juge a ordonné alors sa poursuite sur la base de l’article 265 du code pénal pour outrage à magistrat, refusant par ailleurs sa demande de liberté provisoire alors même qu’elle était justifiée par son état de santé. Il a d’abord été poursuivi en détention, puis en liberté provisoire (grâce au mouvement de solidarité nationale et internationale) avant d’être condamné à 4 mois de prison avec sursis pour outrage à magistrat.

Cette condamnation n’a pas mis fin à la machine répressive visant Omar Radi. Le 22 Juin, Amnesty International a rendu public un rapport concernant la surveillance illégale d’Omar Radi via Pegasus, un logiciel espion du NSO group, introduit dans son téléphone à son insu par les autorités marocaines.

Suite à cela, et depuis le 25 juin, Omar Radi a reçu de la part de la BNPJ plusieurs convocations pour interrogatoires (au nombre 10 du 25 Juin au 29 Juillet) qui ont duré jusqu’à 10 heures et durant lesquelles il a été suspecté d’espionnage. Suite à quoi il a été déféré le 29 Juillet devant le procureur du roi. Il est poursuivi en détention pour quatre motifs : réception de fonds étrangers dans le dessein de porter atteinte à la sécurité intérieure de l’État, établissement de contacts avec des agents de pays étrangers en vue de nuire à la situation diplomatique du Maroc, attentat à la pudeur avec violence, et viol – ces deux derniers motifs, effarants, ont été ajoutés au dossier sur le tard.

En parallèle, quelques médias à la botte des autorités marocaines (dont principalement Chouf TV), ont lancé des campagnes de diffamation contre lui. En plus de tous ces harcèlements "virtuels" pesants, Omar Radi subit aussi des harcèlements dans sa vie quotidienne : il est suivi à longueur de journée, et est intimidé par les journalistes de Chouf TV aux portes de la BNPJ. À ceci s’ajoute son arrestation avec son confrère Imad Stitou, la nuit du 5 au 6 juillet, suite à une "altercation" avec un caméraman de Chouf TV montée de toute pièce. Ils sont à ce jour poursuivis en liberté pour ivresse sur la voie publique, insultes et enregistrement vidéo d’une personne sans son consentement, en plus de faits de violences pour Omar Radi.

Enfin, comble de l’ignominie et à défaut de présenter un dossier quelque peu crédible à la justice, les services de la police marocaine ont finalement dégainé une de leurs armes favorites : les accusations fallacieuses en lien avec la sexualité. Omar Radi est donc accusé de viol, attentat à la pudeur et violences. La disqualification par les mœurs est une stratégie bien connue du régime comme l’ont prouvé cette dernière année les affaires de Hajar Raïssouni accusée de relations sexuelles hors mariage ou encore Taoufik Bouachrine, condamné à quinze ans de prison sans preuves et en toute violation de la présomption d’innocence . Rien de moins crédible que l’État se soit mis à s’intéresser aux conditions générales des femmes et en particulier aux violences sexistes et sexuelles ! Encore faut-il rappeler que nombreuses sont les femmes qui, en portant plainte après un viol, se voient poursuivies au titre de l’Article 490 interdisant les relations sexuelles hors mariage. Comme pour le reste des accusations, celle-ci semble être montée de toutes pièces et fait partie de la stratégie de neutralisation et de répression de toute voix journalistique indépendante au Maroc.

En parallèle, Amnesty International fait l’objet elle aussi de plusieurs campagnes virulentes de diffamation de la part de l’État marocain, de ses hommes politiques et de sa presse.

L’acharnement qui apparaît dans cette affaire n’est pas le fruit d’une guerre personnelle entre l’État marocain et un journaliste – Omar Radi –, mais d’une guerre que le régime mène contre « la parole libre et publique » au Maroc, et particulièrement contre les journalistes. De décembre 2019 à aujourd’hui, 16 personnes (dont deux lycéens) ont été emprisonnées pour avoir partagé du contenu sur Facebook, Instagram, YouTube, et encourent des peines allant d’un mois à 4 ans de prison ferme (voir le tableau plus bas).

Nous, Marocaines et Marocains résidant en France, ainsi que nombre d’activistes et des forces démocratiques en France et ailleurs, suivons avec inquiétude cette surenchère menée par l’État marocain contre la liberté d’expression et précisément contre le libre exercice de la profession de journalisme indépendant. Nous exigeons l’arrêt de toutes ces poursuites iniques que subissent au Maroc les défenseurs des droits et des libertés dont fait partie Omar Radi et la libération immédiate de tous les détenus politiques au Maroc.

Nous alertons les instances internationales quant à cette situation et appelons toutes les forces vives démocratiques en France et partout dans le monde à exprimer leur soutien à la cause de la liberté d’expression qu’incarne en ce moment le journaliste Omar Radi.

(cliquez ICI pour l'affichage de la liste de procès s'inscrivant dans le cadre de la répression de la parole publique, intégrée à la Tribune, ainsi que les signataires de celle-ci).

Notes

[1vidéo sous-titrée d’extraits d’interventions de Omar Radi dans cet épisode : https://www.facebook.com/freeomarradi/videos/2412818702354545/?v=2412818702354545

[2Nous pensons par exemple aux sept journalistes, dont font partie Maati Monjib, Hicham Mansouri, Samad Aït Aycha, qui attendent leur procès reporté plus de 15 fois depuis 2015.

[3Voir l’article à ce sujet de Hicham Mansouri publié dans Orient XXI : ICI

[4A lire ICI

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