Technique decroissance et idéologie, les humanoides rêveront t’ils de moutons électriques ? et nous ?

jeudi 21 octobre 2004
par  webmaster

Depuis les années 80, notre époque est marquée par la mort apparente des idéologies. Elle est aussi marquée par une incapacité à nous projeter dans l’avenir, provoquant chez nous un désenchantement pour ne pas dire une déprime, moteur de notre consommation.

Enfermés volontairement par les classes dites dominentes dans une logique de prise de pouvoir, les concept subjectifs comme, émancipation, luttes sociales, autonomie, révolution, apparaissent aujourd’hui comme éloignés de notre vie quotidienne.

Peu à peu, les notions de changement ou de radicalité, ont laissé la place à celles d’adaptation et de “compromis” au système. Le militant ne situerait plus son action que dans le champ des possibles (possibilisme) [1]
, dans ce qu’il est démocratiquement admis, ce qui rentre dans un cadre constitutionnel sur lequel il n’y a pas de prise, et qui, de fait, est présenté comme indépassable. L’efficacité sera le maître mot et à partir de là, il se cantonnera à des objectifs précis, à court terme, sans autre perspective ni subjectivité. Paradoxalement, ces mêmes militants passeront leur temps à définir ce qui n’est pas possible et seront les meilleurs gardiens des frontières préétablies par d’autres.

Du champs des possibles, nous n’entendons plus que le chant de l’impuissance, l’impuissance des urnes, l’impuissance de la délégation, l’impuissance de la soumission.

Définir la décroissance passe par une reconsidérait de la notion de progrès, donc par une remise en cause radicale de la science et de la technique. Remise en cause ne veut pas dire négation.

S’atteler à cette tâche sans idéologie conduit à considérer cette science comme indépassable et à enfermer toute contestation dans un rôle de gestionnaire de ses nuisances actuelles et à venir. Prétendre que la science peut être “citoyenne” sans en ébranler les fondements condamne notre libre- arbitre.

Notre héritage, quel est-il ? ”Galilée et la renaissance ont inventé l’immoralité dans une dimension humaine, celle de la techno-science” [2]
, le capitalisme naissait sur ces bases là.

Le siècle des lumières et 1789 ont pris à l’église ce qu’ils ont donné à la science. La vraie révolution fut technique et industrielle et depuis 200 ans nous subordonnons le progrès humain à l’évolution d’une technique présentée comme inéluctable, naturelle et toute puissante.

Il y a belle lurette que la sphère politique est perdue par ces méga- systèmes.

Non ! le progrès technique n’est pas synonyme de progrès humain. Non ! ce processus d’accumulation du savoir ne nous condamne pas à un avenir sur lequel nous n’avons plus aucune prise.

L’histoire de l’humanité est faite de choix et de bifurcations sur lesquelles nous avons encore aujourd’hui la possibilité de revenir.

de revenir. Plus simplement, si nous ne comprenons pas que la finalité inscrite dans notre mythe du progrès technique n’a pas pour autre résultat que d’étouffer toute tentative de penser nos vies par nous mêmes et si nous refusons la radicalité d’une incontournable remise en cause de cette démocratie technique, alors nous en serons réduits à soigner le mal par le mal, les nuisances de la technique par la technique, à considérer les dérives sociales comme des avatars ponctuels et à brouiller nos consciences vis à vis de notre place dans le monde.

Aujourd’hui, le “politique” dépossédé par la situation est devenu gérant de cette déviance et le poids du mythe progressiste est tel qu’il empêche toute possibilité de débat.

Avant de prétendre faire de la pédagogie pour expliquer au “peuple” les rouages de ce système, si nous voulons vraiment retrouver notre souveraineté et si nous voulons lutter par nos propres forces, nous avons tout intérêt à ne pas nous contenter de cette souveraineté de carton pâte que nous proposent les “élites” et que nourrit notre propre soumission.

propre soumission. Le réel progrès humain est à considérer quotidiennement autour de valeurs d’échange, de solidarité, d’épanouissement de l’individu dans la collectivité, de respect et d’enrichissement des diversités, d’imagination, de création, en puisant en nous mêmes, en sachant garder aussi ces sentiments de révolte et d’émerveillement propres à l’enfance...

Voilà pourquoi “remettre les OGM dans les laboratoires” ne me suffit pas. Voilà pourquoi déléguer ma contestation de cette techno-société à des élus locaux ne me suffit et ne me convient pas. Voilà pourquoi le réacteur nucléaire EPR n’est pour moi qu’un arbre d’une forêt, bien plus terrible et impénétrable de la conscience humaine.

impénétrable de la conscience humaine. Voilà pourquoi je ne saurais me contenter du moindre mal et que ce que nous nommons récupération mais que nous pourrions aussi bien nommer dépossession ne fait que renforcer depuis 200 ans la domination de l’homme sur l’homme mais aussi sur la nature.

Didier Leboeuf


[1Miguel Benasayag “Du contre pouvoir”

[2Alain Gras “Fragilité de la puissance”


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