Migrants travailleurs agricoles : une formation en demi-teinte

lundi 4 février 2008
par  webmaster

Les 22 et 23 mai derniers, nous sommes deux membres de la FTTE à avoir participé à une formation organisée par la Confédération paysanne sur le thème des travailleurs migrants en agriculture.

Cette formation était destinée aux organisations syndicales et avait comme objectif de créer des convergences sur les luttes des travailleurs migrants saisonniers employés majoritairement dans l’agriculture industrielle.

Elle s’intégrait dans un projet plus large qui vise à dénoncer les conséquences désastreuses de la P.A.C notamment sur la petite paysannerie et sur l’exploitation de la main d’oeuvre.

Les organisations syndicales présentes étaient, côté salariés, la CNT, le SOC (Sindicato de los obreros del campo, syndicat andalous de travailleurs saisonniers agricoles), la CGT, timidement Sud Rural et la CFDT ( le premier jour SUD et le 2ème jour la CFDT), et côté patrons, la Confédération paysanne, organisatrice, ainsi que Propact, un syndicat de paysans et de propriétaires terriens roumains. D’autres organisations (Forum civique européen, Gisti, l’Association des travailleurs maghrébins de France, Codetras 13) et quelques chercheurs ont participé aux débats et interventions qui ont eu lieu lors de ces deux journées.

Nous étions arrivés plutôt sceptiques à l’égard du projet Europe Solidaire dans le cadre duquel s’insérait cette formation.

Europe Solidaire est un réseau d’organisations de la société civile (syndicats, associations...) de l’Europe de l’Est et de l’Ouest dont l’objet est la dénonciation des politiques néolibérales européennes.

Il nous semblait que ce projet, en revendiquant l’amélioration des conditions de travail des étrangers dans l’agriculture industrielle, proposait de les humaniser plutôt que de les combattre. Sans compter qu’il reconnaissait implicitement l’Union européenne et ses “valeurs” dans la mesure où il revendiquait une Politique Agricole Commune plus juste.

Mais l’objectif de cette formation, qui était plus de créer des convergences sans chercher à atteindre l’unité, nous a fait tendre l’oreille sur un sujet qui rejoint les préoccupations de la CNT : l’exploitation des travailleurs de tous les pays au nom de l’agriculture industrielle capitaliste.

Bien que rien de concret n’ait émergé en termes de convergence des luttes, nous nous sommes accordés sur le fait que le travail en réseau était intéressant en ce qu’il nous permettait de mutualiser les connaissances (pratiques juridiques, jurisprudence, etc.) et de nous tenir informés de ce qui se passait sur le terrain.

Cette formation nous a aussi permis de bénéficier de témoignages intéressants comme ceux des luttes juridiques du Codetras et de la section nettoyage de la CNT ou des pistes de luttes sur la question de la santé des travailleurs.

Côté déception, et pas des moindres, il nous a semblé que trop peu de cas était fait de l’appropriation des luttes par les travailleurs étrangers eux- mêmes et que l’assemblée parlait bien trop souvent en leur nom et en leur absence. Ce qui a suscité des débats entre cénétistes.

Enfin, au niveau idéologique, nous ne nous attendions à rien de bien révolutionnaire, et nous n’avons pas eu de surprise. Nous avons également constaté, étant tous les deux salariés du secteur agricole, que nous manquait la voix des petits paysans de la CNT, notamment sur des prises de position sur la Politique agricole commune ou sur l’agriculture industrielle.

Globalement, les travailleurs migrants sont très souvent employés massivement pour des travaux saisonniers (de plus ou moins courte durée) et dans les secteurs viticoles, horticoles, maraîchers et arboricoles. Ils sont souvent “ logés ” sur place dans des conditions indécentes et sont majoritairement isolés de la population locale.

Le recrutement se fait dans leur pays d’origine : en France ce sont pour la plupart des Polonais, Marocains et Tunisiens, pays avec lesquels ont été signées des conventions bilatérales qui permettent cet envoi de main d’oeuvre. On se charge de les choisir en fonction des probabilités qu’ils vont avoir à rentrer dans leur pays d’origine ainsi que leur propension à s’opposer à leur exploitation : femmes analphabètes avec enfants en bas-âge semblent être les plus disposées...

Les violations du droit du travail sont donc de mise durant toute la saison et la dénonciation est difficile dans la mesure où leur réembauche l’année suivante est soumise au grand patron qui n’a aucune obligation envers les saisonniers.

Comment prendre le risque de dénoncer sans garantie de droit au séjour et au travail ?

Le salaire est souvent plusieurs fois supérieur à celui qu’ils toucheraient dans leur pays d’origine, donc même avec ces conditions pourries, ça reste compliqué de prendre ce risque, compte tenu de la source financière que cela représente...

Si tu es confronté à une situation concrète d’exploitation de travailleur(s) migrant(s) dans le secteur agricole ou si tu souhaites simplement te renseigner sur le sujet, n’hésite pas à contacter la FTTE.


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