Histoire Espagne 1936

vendredi 4 février 2011
par  webmaster

Il nous a semblé intéressant de reproduire un extrait du livre ILS ONT OSÉ, de Cédric Dupont, sur les réalisatons du communisme libertaire pendant la révolution espagnole de 36 à 39. Le texte ci dessous concerne les conclusions d’une commission chargée, par le Congrès Régional de Catalogne, du 5 septembre 1936, des Syndicats des travailleurs de la terre de la CNT, de réfléchir aux meilleurs moyens de collectiviser la terre.

Le Bureau, après une étude approfondie des différentes caractéristiques que présente 1 agriculture catalane, et après une profonde Analyse de la psychologie des paysans de la région, se permet d’indiquer les directives suivantes : il espère qu’elles serviront ou pourront servir de normes pour aplanir le chemin que nous devons suivre et qui nous conduira à la conclusion d’une complète collectivisation de la terre, finalement réalisée d’après les principes de la CNT.

Les caractéristiques de la propriété foncière en Catalogne tirent leur origine de l’esprit d’indépendance enraciné chez nos paysans : ceux-ci joyeux de s’être débarrassés de l’esclavage du salariat et de l’usure que représentaient pour eux le morcellement et les redevances, n’ont qu’une seule pensée, un seul but, la Terre, une aspiration très grande à en devenir propriétaire. Et comme un amoureux plein de passion mêlée d’égoïsme ancestral, le paysan prend le chemin le plus rapide pour atteindre son objectif. Il ne ménage pas ses efforts, il travaille jours et nuits sans arrêt, lui et les membres de sa famille, et l’on peut dire qu’il ruine sa santé et qu’il vit moins bien que ses propres bêtes de travail. Nous pensons que si nous prétendions obliger immédiatement la collectivisation de toute la terre, y compris celle acquise par tant de travail et d’abnégation, nous nous heurterions à une série d’obstacles qui nous empêcheraient d’atteindre normalement notre but final.

Le petit propriétaire est lié au morceau de terre qu’il est arrivé à acquérir au point de le considérer comme un morceau de sa propre vie. Nous nous avons la conviction qu’il regarderait avec méfiance tous ceux qu’il suppose vouloir lui enlever sa terre, même si c’était dans le but d’améliorer son bien-être.

Il y a une série de raisons qui justifie cette attitude de méfiance : le paysan a en effet compris que de nombreuses promesses n’avaient d’autre but que de le tromper misérablement et de tirer de lui un bénéfice. Les politiciens ont contribué à la formation de cette mentalité égoïste plus digne d’un petit bourgeois que d’un prolétaire et à la situation de méfiance absolue qui règne chez le travailleur de la campagne.

Pour toutes les considérations précédemment exposées, la Commission se permet de faire au Plénum les propositions suivantes :

  1. Procéder à l’établissement de la collectivisation de la terre de manière à ce que les petits propriétaire n’aient à aucun moment à souffrir de notre action émancipatrice et de ses conséquences. Afin qu’il ne se convertisse pas en ennemi ou saboteur de notre oeuvre, on respectera en principe la culture privée des terres qu’ils peuvent travailler de leurs propres bras. De la sorte, aucune obstruction ne sera rencontrée dans le développement des centres qui seront collectivisés. Nous avons la conviction que, sans contrainte, par l’exemple que donnera la collectivisation de la terre, on obtiendra le changement de la culture au moyen de la mécanique, de la chimie et de la technique, et qu’avec un moindre effort on obtiendra une plus grande capacité de production, donc une vie nouvelle plus digne du travailleur et élevant sa situation morale et spirituelle.
  2. Toutes les terres expropriées seront contrôlées et administrées par le Syndicat et seront cultivées collectivement au bénéfice direct des syndiqués, par conséquent de tous les travailleurs en général.
  3. C’est également le syndicat qui exercera le contrôle de la production, ainsi que de l’acquisition des produits nécessaires aux petits propriétaires, qui, provisoirement, continueront à cultiver directement comme il est dit ci dessus.
  4. Grâce aux relations intersyndicales entre les noyaux collectivisés s’instituera une collaboration entre paysans qui permettra de diriger la main d’oeuvre disponible sur les localités où l’on manquera de bras ; l’on pratiquera ainsi le principe de l’égalité de tous les ouvriers.
  5. Les syndicats de chaque village s’efforceront d’amener à eux avec leur assentiment les autres paysans du village et de leur faire admettre les normes libertaires qui dirigent les syndicats de la CNT en se soumettant aux indications suivantes :
    • S’il y a possibilité détablir dans le village la collectivisation sans danger de se heurter aux difficultés que nous avons signalées, on devra procéder à la collectivisation immédiate et de façon totale.
    • Si la majorité des paysans de la localité ou simplement quelques uns d’entre eux ne partagent pas ce point de vue les Syndicats respecteront l’exploitation des petits propriétaires dans la forme dite et procéderont à l’expropriation de la grande propriété et des biens des éléments factieux qui seront également collectivisés.
    • Si préparer l’établissement définitif de la collectivisation les circonstances exigent des délais, les Syndicats laisseront la faculté aux petits métayers de cultiver la terre de la manière admise pour les petits propriétaires, en réservant toujours la possibilité de collectiviser ultérieurement cette terre. On complétera la libération de la campagne par l’installation de fermes collectivisées où seront mis à contribution tous les avantages que l’élevage moderne offre aux réalisateurs hardis. L’électrification, l’urbanisation et l’assainissement des centres ruraux les plus éloignés, l’irrigation, le nivellement et le drainage ; bref toutes les mesures qui donneront le maximum de succès dans les installations nouvelles et seront le stimulant le plus actif pour convaincre tous les paysans et les amener aux nobles aspirations de la CNT.

Comme conclusion et en fidèle interprétation du fédéralisme qu’a toujours défendu la Confédération, on croit opportun de laisser la plus grande liberté à chaque localité paysanne pour le choix de la forme et du moment favorable à la suppression des accords antérieurs.