Stains (93) : un gendarme au lycée Utrillo

Communiqué de presse des personnels du lycée Maurice Utrillo à Stains mobilisés contre l’arrivée prochaine d’un nouveau proviseur adjoint GENDARME! Préavis de grève déposé pour le 5 novembre!

Tout au long de l’année 2017-2018, notre lycée a été frappé par des faits d’extrême violence qui ont eu lieu sur le parvis, devant l’établissement. C‘est dans ce contexte menaçant que nos élèves sont pourtant revenus en cours, ont continué d’apprendre, ont rendu leurs devoirs. Ils sont nombreux à avoir obtenu leur bac, avec tous les honneurs qu’on doit à ces héros ordinaires qui continuent d’étudier envers et contre tout et, il faut bien le dire, contre tous.

L’année scolaire se terminant tant bien que mal, un CLSPD – conseil local de sécurité et de prévention de la délinquance – ainsi que des «cellules de veille» rassemblant différents services de l’État ont été réunis : hélas, nous n’avons pas été collectivement associés à cette démarche. Pour le moment, nous n’avons aucun retour de cette instance, ni recommandations, ni solutions.

À la rentrée, nous avons appris que les moyens accordés par le rectorat pour l’année 2018-2019, ne nous permettaient pas de couvrir les besoins liés à l’augmentation du nombre d’élèves dans le lycée.

Alors que le rectorat et le ministère se félicitent régulièrement des très bons taux de réussite de nos élèves, on continue à nous supprimer toujours plus de moyens comme la possibilité d’organiser des devoirs de quatre heures le samedi matin ou des stages de vacances. Nos institutions se disent impressionnées de l’attention que l’équipe éducative accorde à chaque élève mais elles nous suppriment plusieurs dédoublements de classes nous empêchant de travailler en petits groupes avec eux. On nous encourage à favoriser l’ouverture à la culture et aux arts mais on nous supprime la possibilité d’enseigner le théâtre et l’histoire des arts en seconde. Autant de dispositifs à l’origine de très bons résultats au baccalauréat et qui participaient à réduire les inégalités face à la réussite scolaire. En parallèle, nous avons été confrontés ces dernières années à une baisse régulière des moyens horaires accordés au lycée et à la suppression de nombreux postes d’adultes dans l’établissement, principalement sur des contrats aidés mais pas seulement : des secrétaires de direction, des assistants d’éducation, des agents d’entretien, des médiateurs. Moins il y a d’adultes dans un établissement, plus le climat scolaire et les conditions d’éducation se dégradent. Parce que nos élèves subissaient cette double violence : celle d’une institution qui ne leur donne pas les moyens de réussir et celle extérieure au lycée, l’ensemble de la communauté éducative s’est fortement mobilisée pour réclamer davantage de moyens humains et éducatifs. On nous a promis que les institutions – la région pour le matériel et les locaux, le rectorat pour les postes et les heures supplémentaires – seraient particulièrement attentives au lycée Maurice Utrillo en cette rentrée 2018.

La situation est pourtant toujours alarmante. En effet, à ce jour, en dehors de la pérennisation du poste d’assistant d’éducation (obtenue de haute lutte après plusieurs jours de grève et une mobilisation massive des personnels), nous n’avons obtenu aucune aide pour enrayer cette violence. Le Conseil Régional a pris la décision, unilatéralement, de rehausser les clôtures du lycée quand bien même toutes les violences qu’on a connues se sont déroulées à l’extérieur de l’établissement. Nous n’avons jamais connu de problèmes d’intrusion et sommes réticents à enseigner dans une forteresse.

Alors que nous réclamons à cor et à cris plus d’assistants d’éducation, plus d’infirmières, plus d’assistantes sociales, plus de médiateurs et d’éducateurs à Stains et à Pierrefitte, on nous a annoncé à la rentrée la création d’un troisième poste de proviseur adjoint chargé des questions de sécurité.

La lettre de mission de ce nouvel adjoint ne nous a pas été communiquée et nous nous posons donc de nombreuses questions sur ce qu’on nous a présenté comme «une expérimentation». Nous avons appris que ce nouvel adjoint n’était jamais intervenu en milieu scolaire et qu’il occupait précédemment des fonctions dans la gendarmerie. Que connaît-il des problématiques spécifiques à l’éducation prioritaire? À quoi pourraient servir ses compétences dans un contexte où les problèmes de sécurité s’observent non à l’intérieur mais à l’extérieur de l’établissement?
Cette nomination suscite de vives inquiétudes au sein de toute la communauté éducative et nous sommes prêts à réagir. Nos élèves ont moins besoin d’un proviseur adjoint supplémentaire issu de la gendarmerie que :

  • De professeurs (en SES, en mathématiques, en vente, en anglais, certains élèves n’ont pas eu de professeur pendant un mois);
  • D’équipes stables, formées et expérimentées;
  • D’assistants d’éducations, de CPE, d’assistants pédagogiques, d’infirmières, d’assistantes sociales, de psychologues.

Nous ne le répéterons jamais assez, nous ne le crierons jamais assez fort : c’est d’éducation que nos élèves ont besoin. Les réponses proposées par l’institution sont, une fois de plus, largement en deçà de ce que nos élèves méritent.

Les personnels mobilisés du lycée Maurice Utrillo de STAINS

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Contre le SNU : insoumission générale

Contre le Service national, version Blanquer et Macron : SNU : en marche vers l’insoumission

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Pas de police, pas d’armée dans les écoles

Le communiqué : à diffuser

Suite à l’incident ayant eu lieu au lycée Edouard-Branly de Créteil et les réactions médiatiques qui ont suivi (lire ci-dessous notre précédent communiqué), Nicole Belloubet, Jean-Michel Blanquer et Christophe Castaner, respectivement ministres de la Justice, de l’Education nationale et de l’Intérieur, ont annoncé une série de mesures le vendredi 26 octobre.

Sans surprise, il n’était pas question de revenir sur les suppressions de poste, sur les dotations insuffisantes en personnel médico-social, sur la suppression des aides aux associations de quartier ou, pourquoi pas, sur les inégalités et les violences induites par le capitalisme.

Au lieu de cela, de la répression, de la répression et encore de la répression : ouverture de centres éducatifs fermés, des « centres d’accueil de jour » potentiellement encadrés par des militaires ou des policier·e·s, le renforcement des Equipes mobiles de sécurité (EMS), cow-boys des rectorats… Autant de mesures parfaitement inefficaces lorsqu’il s’agit de construire un climat serein permettant de travailler à l’émancipation individuelle et collective de nos élèves.

Cerise sur le gâteau, le gouvernement nous promet l’augmentation de la présence policière dans nos établissements. Cela n’est pas nouveau, depuis 1982, les conventions se multiplient entre l’Education nationale, l’armée et la police. La circulaire du 16 août 2006 instaurait des références « police / gendarmerie » pour chaque école. Depuis cette année, à Nice, ville du très droitier Christian Estrosi, une permanence policière peut être assurée dans les écoles primaires…

La CNT Education réaffirme son opposition à toute présence policière sur nos lieux de travail, que nous partageons avec une jeunesse déjà trop souvent confrontée aux abus des forces de police. Nous n’acceptons pas d’abandonner notre mission d’éducation pour satisfaire, à peu de frais, les besoins électoraux d’un gouvernement multipliant les coups aux classes populaires.

La réponse aux problèmes rencontrés dans nos établissements sera éducative, pas répressive.

C’est pourquoi la CNT Education appelle l’ensemble de nos collègues à :

signifier leur refus de la présence de policier·e·s et de militaires au sein de nos écoles ;

  • à arrêter de travailler en cas de présence de policier·e·s et de militaires ;
  • à favoriser les discussions entre collègues pour trouver, ensemble, des initiatives pédagogiques et éducatives afin de permettre à chacun·e de construire les conditions de son émancipation.

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Le sécuritaire ne sera jamais la solution

En version à télécharger

Depuis quelques jours, l’émotion est vive dans la sphère médiatique suite à la diffusion d’une vidéo montrant un élève du lycée Edouard-Branly à Créteil (Val-de-Marne) pointer une arme factice sur sa professeure afin qu’elle le note « présent ». Suite à cela, de nombreux et légitimes messages de soutien à notre collègue ont été publiés ainsi que plusieurs témoignages d’autres situations de violence ayant eu lieu dans des établissements scolaires où insultes, bousculades, dégradations, incidents se multiplient, entre élèves mais aussi contre les adultes.

Pour la Fédération des Travailleuses et Travailleurs de l’Education de la Confédération Nationale du Travail, la réponse ne pourra jamais être sécuritaire. Ces actes sont à relier à la dégradation des conditions de vie de millions de travailleuses et travailleurs dont les enfants ont pour seul horizon le chômage ou de nouvelles formes d’exploitation comme l’auto-entreprenariat, les Uber et autres emplois mal rémunérés et avilissants.

Ces violences sont le produit d’un système violent, le capitalisme, dont l’Etat est l’un des instruments de mise en œuvre. Chaque jour, des personnes sont licenciées de leur travail ou contraintes à exercer plusieurs emplois précaires pour survivre ; chaque jour, des travailleuses et travailleurs subissent des conditions de travail dégradées entraînant blessures, dépressions et, parfois, la mort ; chaque jour, des personnes sont obligées de renoncer à des soins essentiels faute de couverture médicale suffisante ; chaque jour, des personnes sont l’objet de l’acharnement de la police, des services sociaux, désignées comme des délinquantes potentielles.

Surtout, chaque jour, des jeunes des quartiers populaires et des régions rurales délaissées, sont soumis·e·s à un système scolaire dont les classements internationaux et les évaluations permanentes qui en découlent sont l’unique boussole. Les appels à « rétablir l’autorité », à renforcer les sanctions sont une impasse. Nos élèves subissent déjà la présence de la police, des contrôleuses et contrôleurs et des militaires dans leurs quartiers pour ne pas avoir à les subir de nouveau dans leurs établissements scolaires, même lorsqu’elle est estampillée « Éducation Nationale » comme les EMS.

Dans ce contexte, l’école ne peut pas tout car l’école n’est pas tout. Certain·e·s agissent pour favoriser l’émancipation autant que possible. Pourtant, les moyens alloués sont dramatiquement insuffisants : classes surchargées, personnel de vie scolaire en sous-effectif et peu formé, manque d’assistants sociaux, d’assistantes sociales et de personnel médical, dispositifs inadaptés pour les nombreuses et nombreux élèves en difficulté, non-francophones, en situation de handicap…

Si nous réclamons plus d’adultes dans nos établissements, conscient·e·s que nos élèves ont besoin de présence humaine avant tout, nous voulons plus d’enseignant·e·s, d’assistant·e·s d’éducation, de CPE, d’infirmier·e·s, d’assistantes sociales et assistants sociaux.

Le ministre Jean-Michel Blanquer a annoncé un « plan d’actions ambitieux » pour que les violences ne se reproduisent pas, quelques semaines après l’annonce de la suppression de 2600 postes à la prochaine rentrée. La CNT-FTE a, elle aussi, des propositions claires pour faire des écoles des lieux où l’émancipation culturelle, sociale, intellectuelle a sa place, dans le respect de chacune et chacun, adulte comme élève :

  • la diminution du nombre d’élèves par classe ;
  • la mise en place de réels temps de concertation afin de mettre en place des dispositifs et projets permettant aux élèves de trouver un sens à leur scolarité mais aussi de temps « d’analyses des pratiques » pour se former entre pairs ;
  • le recrutement massif d’assistant·e·s d’éducation formé·e·s et bénéficiant d’une réelle titularisation ;
  • un plan de recrutement conséquent pour doter tous les établissements d’assistants sociaux et assistantes sociales, d’infirmier·e·s et d’assistant·e·s pour les élèves en situation de handicap.

Il n’y a pas de recette miracle mais le sécuritaire ne sera jamais la solution. Nous, enseignant·e·s, animateurs et animatrices, personnels administratif, de vie scolaire, médico-social, technique continuerons de lutter, là où nous sommes présent·e·s pour construire, avec nos élèves et étudiant·e·s, un autre futur.

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Contribution au débat paru dans le Chat du neuf-Trois, bulletin du syndicat éducation de Seine-St-Denis

Faire entrer la police dans les écoles n’est évidemment pas anodin, notamment lorsqu’il s’agit de les faire intervenir au cours d’opérations de« prévention ». Ces dernières participent ainsi à la construction d’une analyse répressive de certains problèmes sociaux, présupposant ainsi des réponses à y apporter.

Il ne s’agit pas, ici, de faire la liste des nombreuses incursions de la police nationale ou de leurs compères gendarmes dans les écoles pour y dénicher des délinquants en puissance, par exemple en y recherchant des drogues en pleine classe, ou les plaintes plus inutiles les unes que les autres déposées en cas de conflit entre parents/élèves et professeurs, voire entre élèves, transférant la responsabilité du règlement de ces conflits de l’institution scolaire aux commissariats. Nous ne parlerons pas non plus du projet de la ville de Nice d’affecter des policiers municipaux armés à l’intérieur des écoles, en plus des nombreux cameras et contrôles aux entrées… Mais plutôt d’évoquer ces cours magistraux donnés par des policiers, en activité ou non, afin de parfaire les connaissances des élèves sur des sujets aussi importants que les incivilités, le harcèlement, la fabrication de la loi ou l’usage de drogues.

Pivots de ces interventions, les délégués à la cohésion police-population. Fonction créée sous la présidence de Nicolas Sarkozy en 2008 afin de « renforcer le lien entre la population des quartiers sensibles et la police » dans le cadre du plan Espérances banlieues, il s’agit d’une réserve de gradés de la police à la retraite mobilisables quelques jours par mois. Ces délégués seraient donc des « référents » pour les habitants des quartiers « difficiles » mais auraient également une tâche d’éducation à la citoyenneté, dans les établissements scolaires notamment.

Les habitants des quartiers populaires, dont beaucoup sont immigrés ou descendants d’immigrés et connaissant des situations économiques difficiles, sont régulièrement vus comme étant une population à « éduquer » dans le but de mieux les « intégrer » (en réalité désintégrer). Les intégrer au marché du travail, d’abord, mais aussi à la société voire à une culture françaises. Or, la police, délégataire du « monopole de la violence légitime » qui appartient à l’Etat selon le sociologue Max Weber, n’est-elle pas la mieux indiquée pour faire entrer, de force s’il le faut, la jeunesse de ces quartiers dans les cases étroites du capitalisme ?

Ainsi, ils interviennent dans nos classes pour délivrer la bonne parole sur des thèmes particulièrement divers, au point que nous sommes en mesure de nous demander quelle légitimité ont-ils en dehors de leur expérience dans la police, c’est-à-dire dans une institution pratiquant le contrôle au faciès, les propos racistes et sexistes, les interpellations violentes allant parfois jusqu’à la mort. Au regard du bilan de la présence policière dans les quartiers populaires, il est effectivement de bon ton de s’interroger sur le niveau de cohésion entre cette police et la population.

Ce serait donc à celles et ceux qui participent d’une institution structurellement raciste, sexiste, violente et oppressive, d’apprendre les bonnes manières à la jeunesse. Curieux paradoxe.

En réalité, ce type d’interventions a pour objectif de normaliser la présence de la police à l’école, en la chargeant d’une tâche honorable. Cela doit servir, comme pour la « police de proximité », à donner une bonne image, proche et au service de la population, ne s’en prenant qu’à ceux qui ne respecteraient pas la loi. Eux seront passés au karcher, comme l’avait délicatement promis Nicolas Sarkozy.

Nous devons affirmer que la police n’est pas une institution neutre. Nous ne sommes pas dupes, l’école de la République accentue la reproduction des classes sociales à travers son processus de certification duquel sortent quelques exceptions permettant de donner un contenu artificiel à l’expression creuse de « l’ascenseur social ». Pour autant, il réside encore des îlots de résistance, des marges de manœuvre dans lesquels nous pouvons faire autrement. Pour cela, nous devons être libérés des contraintes hiérarchiques et de ses injonctions contradictoires mais aussi de l’habitude sécuritaire promue par ces interventions.

Des réactions sécuritaires s’illustrent au quotidien par des sanctions incohérentes, disproportionnées et, rarement comprises par les élèves, lorsqu’ils adoptent un comportement conflictuel. Et la tentative de normalisation de l’intervention de la police dans nos établissements ne fait qu’empirer la situation.

Nous, travailleurs de l’éducation, n’avons pas vocation à servir de faire-valoir à un policier monologuant dans nos salles de classe pendant une heure ou deux. Bien entendu, nous ne nous opposons pas à des interventions extérieures ; mieux, nous les considérons nécessaires afin d’ouvrir nos écoles sur leur environnement. Nous souhaitons recevoir des juristes, des travailleurs de la santé comme ceux exerçant auprès de personnes toxicomanes, des éducateurs de rue et autres. Mais il est hors de question pour nous de recevoir des gardiens dits de la paix.

En définitive, nous croyons que l’école doit être une institution émancipatrice, permettant aux élèves de se questionner et, à terme, d’agir sur des problèmes de société effectivement présents dans nos quartiers. L’émancipation ne peut passer par la répression, elle doit passer par une démarche constructive et collective. Et que celle-ci ne peut se faire avec le bras armé de l’Etat et du capital.