On la sentait venir, ce fut sans doute la rentrée la plus dur et la plus barbare depuis des années. La réorganisation du samedi matin en maternelle et élémentaire fut une réelle désorganisation dans les écoles, sous la pression des inspecteurs. Dans le secondaire, les suppressions de postes et de classes conduisent à des sureffectifs, souvent 35 élèves, parfois plus, et à des emplois du temps très contraignants. Du primaire au lycée, la mise en place de soutien scolaire est une charge supplémentaire pour les personnels, sans moyen dédié, et qui programme à court terme la mort des structures d’aide qui avaient fait leurs preuves - les RASED - accompagnée de 8000 nouvelles suppressions de postes pour les années à venir. Déjà sont annoncées pour l’an prochain 13 500 suppressions - c’est-à-dire des difficultés insurmontables.
Les projets en cours, l’abandon de l’enseignement en maternelle remplacé par des activités d’éveil sous la responsabilité des municipalités, la réforme du lycée évinçant certaines filières technologiques et donc des passerelles vers l’université pour les élèves du professionnel, la fermeture de nombreux BEP, annoncent la disparition de postes de certifiés qui se feront sentir dans les effectifs au concours, dans les classes et dans l’offre de formations.
On le voit toutes les mesures gouvernementales courent vers un seul objectif : la réduction des moyens à des fins d’économie financière, dont chacune des crises économiques successives depuis 1995 sont la justification ultime. Toutefois, comme le reconnaissent les membres des gouvernements passés et actuels - Luc Ferry en tête - cette restriction budgétaire se produit et se poursuivra avec une réduction, on peut même parler d’abandon, des objectifs de qualités de l’enseignement, précisément pour les élèves les plus en difficulté.
Ceci ne se passe pas sans résistance des enseignants et des parents - il y eu des écoles occupées dès la rentrée - et nécessite un renforcement des hiérarchies pour imposer par la force toutes ces mises à mal : pression des inspections, EPEP, heures supplémentaires arbitraires imposées sous pression, mutation sur avis du chef d’établissement (rapport Pochard), nouveaux programmes toujours plus détaillés, presque minutés, toutes mesures qui mettent en causes la liberté pédagogique des enseignants. Aussi les enseignants nouvellement certifiés devraient directement supporter un service complet, quand les formations par des enseignants expérimentés se feraient sur le temps libre...
Une des questions essentielles que tous les enseignants doivent soulever est celle des contenus et des objectifs de l’éducation. Les programmes détaillés à l’extrême réduisent les enseignants à la récitation et éliminent le travail collectif au profit d’évaluations individuelles. L’exclusivité offerte aux savoirs fondamentaux et à la réussite professionnelle à venir élimine la formation à l’expression, ne prépare pas les élèves à la prise de parole, aujourd’hui et demain, par la maitrise des outils de diffusion ou de production. L’école devient un lieu hors du temps mais n’est plus un lieu de confiance et d’expression. Qu’enseigner à l’école ?, c’est aussi poser la question des méthodes pédagogiques. Refuser de poser cette question, c’est se contraindre à de rares établissements austères et solides pour les plus favorisés et à un enseignement bâclé pour les plus défavorisés. À cette perspective barbare opposons n’autre école et des classes en lutte.