Lycées pro.

Notre dossier en 3 pdf :

Un témoignage saisissant sur l’école de la république et la voie professionnelle

À l’âge de 7 ans, avec ma mère nous avons été expulsés de notre maison, à cause de dettes que ma mère n’avait pas faites et dont elle n’avait profité d’aucun centime, et tout cela avec la complicité d’avocats et d’huissiers corrompus (leurs différentes magouilles ont été prouvées de nombreuses années plus tard sur plusieurs affaires). J’ai d’ailleurs vu ma mère passer sa vie à combattre cette injustice, jusqu’à mes 25 ans, ou elle obtint gain de cause, mais aucune réparation pour raison de prescription…

Après quelques mois hébergés chez de la famille, nous avons emménagé en maison de HLM. Vint alors une période de scolarité importante dans l’avenir de tout enfant, celle de l’école primaire, ou entre deux fables de La Fontaine, on commençait à nous inculquer les premiers fondements de la République Française, à nous expliquer que grâce à cela nous vivions dans un pays de justice et de paix… Mon histoire n’ayant rien d’extraordinaire en France, et ne l’étant pas non plus dans mon école de campagne, je commençais donc déjà à perdre confiance en l’école et en l’enseignement qu’on nous y donnait, et j’étais bien loin d’être le seul dans ce cas.

Puis arriva le temps du collège, souvent vu comme un tournant dans la vie d’un élève. A l’époque, l’éducation nationale avait une politique élitiste un peu moins finement dissimulée qu’aujourd’hui, à l’entrée de la sixième, les classes étaient identifiées par des lettres allant de la 6A à la 6F. Les 6F étaient les élèves en gros échec scolaire, les 6A étaient ceux qui étaient vus comme une sorte d’élite, les plus prometteurs. Un premier tri était déjà fait, les quelques uns qui n’avaient pas été mis dans le bon sac le seraient au prochain tournant, celui du lycée. Bizarrement, plus on avançait dans l’alphabet plus le pourcentage d’élèves issus de milieux modeste augmentait, alors que dans ma classe, les 6A, nous n’étions que 2 sur 25 à venir d’un milieu modeste. Et toujours aussi bizarre, de A jusqu’à C, il n’y avait aucun prof en commun avec les classes E et F, seuls les D avaient des profs en commun avec les deux côtés, mis à part le prof de musique et un prof qui enseignait les arts plastiques (ou plutôt le dessin à la gouache exclusivement) pour les classes de A à D, et les mathématiques pour les autres… . Ce fut ainsi pendant les 4 années de collège, avec quelques exceptions certaines années. Ces exceptions étaient des profs qui étaient nouveaux dans le collège, et en général, on entendait très vite des rumeurs disant qu’ils avaient des problèmes avec la direction et certains autres profs. Comme par hasard, ils ne faisaient rarement plus d’un an ou deux dans le collège. Et toujours du même hasard, ils avaient des méthodes d’enseignement et de gestion des classes bien différentes des autres profs et de ce qui se faisait dans ce collège. En général, c’était avec ces profs que des élèves comme moi qui ressentaient de plus en plus de dégoût et de révolte envers l’enseignement, étions les plus à l’aise et avions le moins de problèmes en cours.

Pour ma part, plus je ressentais l’injustice de la société et plus je me rendais compte des aberrations de l’école dans laquelle j’étais, moins je faisais mes devoirs et moins j’apprenais mes leçons, au point de refuser presque tout enseignement sur les deux dernières années. Mais refuser l’enseignement ne voulait pas dire ne pas apprendre, j’avais juste décidé d’apprendre ce qui m’intéressait. Je préférais donc passer du temps à la bibliothèque plutôt que dans des livres scolaires qui m’expliquaient que tout était bien ainsi et que nous vivions dans une société idéale.

C’est en quatrième, que j’ai décidé qu’après le collège je n’irais pas dans une filière générale, puisque je savais que je serais obligé de continuer l’école jusqu’à seize ans. J’ai pris cette décision suite à une forte altercation avec un prof d’éducation civique. C’était en période de grève des profs. Après qu’il nous ait fait un cours sur la république et nous ait expliqué que grâce à la république française, plus tard nous aurions tous la chance d’avoir un travail dans de bonnes conditions, grâce aux lois qui nous protégeaient, je lui ai posé une question qu’il n’a pas appréciée. Je lui ai demandé pourquoi les autres professeurs faisaient grève si le travail était si bien que ça… Il s’est énervé en disant que les profs qui faisaient grève étaient des imbéciles et des feignasses, et qu’au lieu d’être profs ils auraient mieux fait de devenir femme de ménage ou secrétaire. Ma mère étant femme de ménage, je me suis à mon tour énervé, et je lui ai dit que je venais de lire un livre qui parlait de la grève, et que ce n’était pas ce qu’il disait, mais plutôt le contraire, et qu’un prof d’éducation civique qui ne comprenait pas ça était à la fois le roi des imbéciles, mais aussi qu’il ne méritait pas d’être prof ou devrait apprendre à lire… J’ai pris là ma première leçon de justice bourgeoise, car j’ai eu droit à 3 heures de retenue de sa part, et 3 autres de la part du directeur. Pendant ces heures de colle, on m’a demandé de copier des lignes, une phrase du genre « je ne dois pas contredire les professeurs ». A la place, j’ai écrit « Contredire un professeur stupide ne suffit pas, même quand on a raison, je ne dois plus écouter ses mensonges ». Cela m’a valu de passer en conseil de discipline, et si je n’ai pas été renvoyé du collège, c’est grâce à l’intervention de deux profs, des profs qui avaient fait grève d’ailleurs, des profs qui n’étaient plus là l’année suivante non plus. Ils faisaient partie de ces profs de passage dont je parlais plus haut…

A partir de ce moment, j’ai commencé à chercher ma future orientation après le collège, mais je ne me posais pas de question sur les études où le métier que je ferais, je cherchais surtout un moyen de subir le moins possible l’école, c’était ça pour moi, ma notion d’orientation. J’ai découvert qu’il existait l’apprentissage, mais il fallait avoir seize ans, je ne pourrais pas faire ça après le collège. Puis j’ai découvert qu’il y avait la filière de l’enseignement professionnel, je me suis dit que ça devait être un peu mieux, car le temps que je serais en cours de travaux pratiques, je ne serais pas obligé de suivre d’autres cours. Puis j’ai même trouvé mieux encore, l’alternance mais sans être en contrat d’apprentissage, non seulement il y aurait des cours techniques donc moins d’autres cours traditionnels, mais en plus je n’irais à l’école que deux semaines par mois.

L’année suivante, en troisième,  les conseillers d’orientations faisaient comprendre à ma mère et à moi que je ne pourrais pas aller dans des études générales à cause de mon attitude et aussi, si malgré tout ça se passait bien, à cause du fait que après le général, pour faire des études il faut avoir les moyens, et on tentait déjà de me pousser vers la filière professionnelle. J’ai donc dit que j’étais d’accord à condition qu’il s’agisse d’enseignement par alternance. C’est là que la question du métier s’est posée, « heureusement » elle ne s’est pas posée longtemps puisqu’il n’y avait que très peu d’école de ce type, et qu’en plus il fallait que je sois accepté et que ma mère puisse m’y envoyer.

 

L’année suivante j’entrais donc dans une école pour préparer un BEP gestion et protection de l’environnement par alternance…

Effectivement, je subissais moins l’école, mais j’ai aussi pu me familiariser avec le monde du travail, ce qui n’était guère mieux en fait. Après ces deux années de BEP, quitte à travailler deux semaines par mois, autant être payé, je suis donc entré en contrat d’apprentissage. Là encore, il n’y avait pas beaucoup de choix d’orientation. Il fallait rester dans une continuité, et en plus trouver un patron qui acceptait d’exploiter des mineurs sans demander à trouver des apprentis déjà formés, ce genre de patron avide est très fréquent, mais il est plus difficile d’en trouver un qui n’ait pas encore rempli son quota maximum d’apprentis…. Je me suis donc retrouvé en apprentissage en espaces verts, pour un bac pro travaux paysagers. En plus d’être toujours à l’école, et d’être toujours au travail, on devient aussi salarié. On nous expliquait en classe que c’était une chance de pouvoir gagner 310 euros par mois pour deux semaines de travail et que les patrons qui nous donnaient ce généreux salaire étaient des passionnés voulant transmettre leur métier… Bizarrement on ne nous parlait jamais des aides et subventions qu’ils touchaient pour nous avoir embauchés…

 

Une fois sorti d’un bac pro que je n’ai pas eu, j’ai eu le droit à une très longue période de chômage et d’intérim. Lorsque je travaillais en intérim, dans la plupart des missions où nous étions plusieurs intérimaires, il s’agissait d’autres personnes de mon âge, qui sortaient aussi de la filière professionnelle et ne trouvaient rien derrière, et jamais issues de classe sociale favorisée. En comparant nos parcours, on constatait toujours que même si nos raisons pouvaient être différentes, les chemins empruntés étaient toujours les mêmes, la filière de l’éducation professionnelle n’était jamais un vrai choix, mais plutôt la seule option, l’accompagnement reçu était toujours fait pour les pousser vers cette direction, il y avait toujours des professeurs qui sortaient du lot dans la vie de chacun et qui avaient fait du mieux pour les aider, mais toujours en vain car le système avait complètement lié les mains de ces professeurs pour qui enseigner ne signifiait pas formater, et certains profs qui avaient tenté de ne pas plier face à ce système mais avaient fini par devenir les ennemis de leur hiérarchie et de leurs collègues qui eux, acceptaient de ne pas laisser les choses évoluer.

 

Une véritable éducation digne de ce nom, ce n’est pas un bourrage de crâne et un conditionnement mental des élèves, ce n’est pas trier les élèves par catégories, ce n’est pas transformer les enseignants en robots juste bon à répéter un cour ! Une éducation digne et bénéfique,  c’est une éducation qui recherche avant tout le bonheur et l’épanouissement des élèves dans ce qu’il font, c’est une éducation qui offre aux professeurs la possibilité de vivre leur métier avec passion, un métier qu’ils ont rarement choisi au hasard (même si certains d’entre eux l’oublient parfois)

C’est chaque professeur digne de ce nom qui doit se battre pour pouvoir réellement éduquer et faire avancer les élèves, et chaque parent qui veut le bien de son enfant qui doit soutenir les professeurs qui tentent d’améliorer la condition des élèves, car un professeur qui refuse de voir ses conditions de travail se dégrader et tente de les améliorer, c’est un professeur qui tente d’obtenir plus de moyens pour accompagner et aider ses élèves, c’est un professeur qui pense à leur avenir et veut se battre pour les aider à le rendre meilleur.

Si les profs n’ont pas les moyens et les conditions nécessaires pour faire tout cela, qui d’autre pourra aider réellement les élèves et leur permettre de se préparer une vie sereine et épanouissante ???….

E.