lundi, 11 juillet 2011|

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Gaston Couté, un gâs de la Belle Epoque qu’a mal tourné, la revue de presse

- Le Combat syndicaliste, n° 227, novembre 2001, p. 18.

LITTÉRATURE OUVRIÈRE
Gaston, le gâs qu’a mal tourné

En publiant un ouvrage présentant la vie et l’œuvre d’un poète du début du XX’ siècle, les éditions de la CNT région parisienne rappellent, à ceux qui en douteraient, que notre combat syndical passe aussi par la réappropriation d’une mémoire culturelle qui est celle de notre mouvement. Cette culture ouvrière et paysanne, contre-culture de lutte, est très loin de l’image de « sous-culture », véhiculée par des décennies de critiques littéraires et universitaires.

Cette écriture de la résistance, que cette chronique mensuelle dans le Combat Syndicaliste essaye de faire connaître, s’inscrit dans bien des héritages, dont celui de Gaston Couté, ce « Gâs qu’a mal tourné ».

Poète, chanteur de cabaret, porte-parole des miséreux paysans venus chercher fortune à la ville, Gaston Couté porte en lui l’âme de la contestation ouvrière. En cette époque qui n’est « Belle » que pour les nantis, « Gaston Couté est avant tout un être lucide et révolté qui refuse de se taire » nous avertit l’introduction. Ces années 1900 sont celles de la lutte syndicale révolutionnaire de la CGT, de l’arrogance d’une bourgeoisie qui s’est installée confortablement au pouvoir, ce sont des années aussi où l’accès égalitaire à la culture devient un enjeu de la lutte des classes. Avec sa poésie sociale, engagée et prolétaire, Couté dénonce cette autre poésie aristo-bourgeoise qui a « Douz’ pieds pour mieux sauter par-dessus vos souffrances ». Artiste militant, Couté écrit dans et pour la rue (en choisissant comme forme d’expression la chanson) et prend parti : celui du « syndicat » et des libertaires, non par « mode » ou par pause, comme beaucoup à l’époque, mais par expérience personnelle de la misère.

Le livre de Maria José et Palma Borrego retrace l’itinéraire du poète Beauceron : sa vie, son rejet de l’école de la République où « Les p’tiots sont pus bon qu’à c’ qu’i les attend », son œuvre (étudiée sous ses différentes thématiques l’amour, l’opposition ville / campagne, le militantisme, la grève, l’anticléricalisme, l’antimilitarisme...) et son contexte politico-social. L’aspect linguistique est également abordé, à travers l’étude de ce patois, langue des opprimés, qu’il utilise pour s’adresser aux paysans déclassés alors qu’il préfère l’argot pour chanter la lutte des prolétaires. Les auteurs soulignent que Couté n’oppose pas le français et le patois mais la langue parlée et la langue écrite, ce qui là encore révèle la dimension sociale de son écriture. « Ainsi, nous pouvons dire que l’œuvre de Gaston Couté, par son contenu et sa forme, appartient au mouvement appelé la « littérature d’expression populaire », et plus spécifiquement à la « littérature ouvrière ». Avec justesse, Maria José et Palma Borrego rappellent que cette littérature est un véritable phénomène social indissociable « de la découverte par le prolétariat de l’époque d’une conscience de classe transformatrice qui entraîne une recherche de ses propres moyens d’expression ». Ce mouvement trouvera dans la poésie une forme évidente en tant que genre oral mettant en adéquation le contenu et la forme.

Un livre et un auteur à découvrir sans tarder, ne serait-ce que pour ces quelques vers sur les compagnons de Couté, les « traineux ».

« Nous sommes les crève-de-faim
Les va-nu-pieds du grand chemin
Ceux qu’on nomme les sans-patrie
Et qui vont traînant leur boulet
D’infortunes toute la vie
Ceux dont on médit sans pitié
Et que sans connaître on redoute »

Greg Kerautret, CNT Éducation 78. Gaston Couté, un gâs de la Belle Epoque qu’a mal tourné, Maria José et Palma Borrego, éditions CNT-RP et le Vent du Chemin, 60F

 
A propos de éditions CNT-RP
Michel Bakounine, présentation de Frank Mintz, 2006, 72 pages. Ce court livre, le second de la collection « Classiques » des Éditions CNT, rassemble deux textes essentiels de Bakounine, « La politique de l’Internationale » (paru en 1868 dans L’Égalité) et « Organisation de l’Internationale » (publié (...)
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