mardi, 29 mars 2016|

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Antifascisme radical ?, la revue de presse

La Révolution Prolétarienne n°792, mars 2016

Silence, n° 443, mars 2016

Sebastian Cortés s’attache à redéfinir le sens de l’adjectif "radical" apposé à la notion d’antifascisme. Il met en parallèle les points communs entre l’organisation technique mise en placedans les usines Ford aux Etats-Unis et l’organisation sociale visée par les nazis. Il explique ensuite comment les frustrations entraînées par le mode de production industriel plongent l’individu dans un profond désespoir où il est prêt à renoncer à ses libertés contre des promesses de sécurité, d’abondance et de bonheur. Il précise que le productivisme fabrique sa technologie créée par et pour le système et il pose la question de la réappropriation des outils de production. A quoi bon s’emparer d’outils qui conduisent à la mise en place d’un ordre totalitaire ? Puis l’auteur aborde les technologies numériques et conclut : "Cette critique [du numérique] n’est en aucun cas réactionnaire, c’est bien plutôt le numérique et l’industrialisme qui le sont et perpétuent l’exploitation de l’homme par l’homme". PM

Le Combat syndicaliste, n° 402, juin 2015

Du taylorisme au fascisme... et au numérique ?

Militant cénétiste depuis une douzaine d’année, Sebastián Cortés publie Antifascisme radical ? Sur la nature industrielle du fascisme, aux éditions CNT-RP

Le Combat syndicaliste : De quoi est née l’envie d’écrire ce bouquin ?

Sebastián : J’ai commencé à écrire juste après la mort de Clément Méric. J’avais l’impression que ce que l’on mettait en avant comme l’antifascisme ne correspondait pas à ce qu’il devrait être. Je milite depuis les années 1990 et je n’ai jamais été satisfait des discours et des pratiques de l’antifascisme. J’avais d’abord écrit quelques pages qui ont un peu circulé et les copains des éditions CNT-RP m’ont encouragé à en faire plus dans l’optique d’un bouquin.

À quoi attribuer l’obsession à "tenir la rue" pour reprendre le titre d’un bouquin sur les années 30 publié chez Libertalia ? Comment expliquer que d’autres terrains de l’antifascisme ont été désertés ?

Disons que le fascisme n’étant pas une actualité de premier plan, on s’est plus focalisé sur l’aliénation salariale et d’autres domaines. L’antifascisme a été déserté par les penseurs, et on n’a pas vu produire de théorie antifasciste depuis quelques dizaines d’années. Je ne suis pas hyper spécialiste ni universitaire, mais je n’ai rien lu de pertinent ces derniers temps sur l’antifascisme.

On peut constater une certaine fascination pour l’affrontement physique et le virilisme qui va avec. Est-ce que tu vois ça comme une facilité qui tombe dans les assignations sexistes, ou comme une immaturité, une forme de réflexe adolescent ?

C’est plutôt, à mon sens une forme d’immaturité et de manichéisme, qui effectivement se retrouve plus quand on est jeune et fougueux, où on aura plus tendance à rentrer dans le lard. C’est une tendance de l’être humain et je ne cherche pas du tout à culpabiliser les antifas. Ce ne sont pas eux qui ont imposé ça, c’est aussi la faute des théoriciens qui ont disparu de l’espace de réflexion. Avec le temps, on mesure que les choses ne sont pas toujours aussi simples et qu’il y a des zones plus grises.

Dans le bouquin, tu écris que l’antifascisme est un "hobby à part de la vie quotidienne". Qu’est-ce que tu veux dire ?

Disons que l’antifascisme est très peu présent dans les luttes et la vie ordinaire des gens. Du coup, c’est devenu une activité pour quelques-uns. Je me demande d’ailleurs dans quelle mesure le goût et l’esthétique de la baston n’ont pas été volontaire de la part de l’antifascisme actuel, qui s’autoproclame radical.

Au-delà de l’étymologie, l’adjectif radical est souvent assez flou, peut vouloir dire musclé, sans concession, ou révolutionnaire. Est-ce que cette imprécision n’est pas un handicap pour savoir de quoi on parle ?

C’est pour ça que je préfère revenir à la source, à l’étymologie, la racine du fascisme. Ce qui m’amène à son lien avec la capitalisme via l’industrialisme. Mais c’est vrai qu’il faut déjouer les mots piégés par le discours médiatique, qui nous arrivent dessus en perdant leur sens. C’est aussi vrai pour le pseudo "anticapitalisme " de gens comme Soral ou Dieudonné et les complotistes, qui se réclament du "peuple". Il faut faire attention à la manière dont ces mots sont perçus, et prendre avec des pincettes le discours médiatique qu’il nous faut déconstruire...

N’y a-t-il pas une contradiction à dire que le fascisme est encouragé par l’aliénation du système de production industriel, alors qu’en Europe où on vit, ce système, travail à la chaîne, taylorisme, est en voie de démantèlement ?

Justement. Le fordisme, le taylorisme n’ont pratiquement plus cours aujourd’hui ici-bas, les délocalisations et la mondialisation les ayant exportées ailleurs dans le monde. Ça c’est le modèle économique autour du numérique, qui est l’aboutissement logique du taylorisme et du fordisme. C’est l’exacte suite de l’affaire, la séparation entre penser et faire que préconisait Taylor. Ça n’a pas disparu. Juste changé de forme.

Tu parles des pièges du syllogisme facile. Tu pensais à quoi, quelque chose comme "Machin fréquente truc qui est lui même facho, donc Machin est facho", c’est ça ?

Oui, c’est le genre d’amalgame, de jugement par ricochet, qui ramène au manichéisme dont je parlais. Juger quelqu’un par ses fréquentations, les rapprochements, les références, oui, mais seulement si c’est régulier et assumé. Parce que sinon on peut croiser une ordure fasciste quelque part et une photo suffirait à être jugé proche. De la même manière on n’est pas responsables de ce que font les fascistes : s’ils se réapproprient des théories d’extrême gauche, doit-on jeter le bébé avec l’eau du bain ?

Ton livre parle de s’attaquer à l’industrialisme, racine du fascisme. Tu évoques quelques pistes, les servitudes de l’informatique et l’emprise numérique, l’eugénisme version high-tech, c’est pas un peu loin du syndicalisme ?

Oui et non, dans la mesure où le syndicalisme n’est pas seulement un outil de défense des conditions de travail, mais si on retrouve l’esprit de la Charte d’Amiens, le syndicat est à même de gérer la société future. Ce qui implique de tourner autour de la notion de travail, une fois débarrassé de l’industrialisme dont l’essence est de séparer penser et faire. Cette réflexion doit permettre d’aboutir à une forme de société où on sera sûr que le fascisme ne va jamais pouvoir renaître. Donc de s’attaquer à ses racines.

Tu dis : "L’informatique est un piège redoutable qui confère une apparente liberté pour mieux nous enfermer". Mais l’informatique comme moyen d’individualisation au travail, c’est peut-être un peu restreinte. Que dire du toyotisme, du lean management, du management par objectifs, de toutes ces nouvelles formes d’oppression ?

Ce sont toutes des logiques comptables, de réduction de coût de production, logiques qui fonctionnent de la même manière que l’informatique. Ce n’est pas un hasard si le numérique est né en même temps que le néolibéralisme...

Est-ce qu’il n’y a pas un paradoxe ou un risque d’être incompris à défendre l’idée du syndicalisme comme moyen de penser par nous même tout en dénonçant les expressions dévoyées du syndicalisme, ces formes les plus asservies, structure de service pour ses adhérents plus que d’autonomie collective ?

Si le syndicalisme de lutte est un instrument de gestion future, je ne vais pas vanter ceux qui ont abandonné les perspectives révolutionnaires, qui ont tout oublié de leurs idées de départ ! Il faut en revenir à quelque chose de véritablement radical, réadapté au goût du jour. Les nouvelles formes existent déjà, la CNT le prouve par son fonctionnement. Mais le nouvel esprit doit s’appuyer sur de nouvelles théories et du travail et de sa répartition, et du syndicalisme.

"Revendiquer son statut de producteur" suppose d’être producteur. Que dire à ceux qui sont privés de travail ou refusent volontairement de s’y soumettre ?

Retraité.e, chômeur-se, on a tous un rapport au travail, au moins au sens d’activité. Pour faire ce livre, j’ai effectué un travail, même s’il n’est pas rémunéré. Je pense au travail dans le sens d’une activité, détachée du salaire.

Tu évoques la perte d’une identité de classe, est-ce la transformation du travail, la précarisation, le perte de sens du métier et la déresponsabilisation qui en forment les sources ?

Oui. Toutes les conditions modernes de la société poussent à ne pas s’identifier comme travailleur ou producteur : et pas seulement l’aliénation salariale, mais aussi les médias, l’industrie du divertissement, etc. Mais qu’est-ce que notre classe ? Le débat est vaste, je l’esquisse à peine...

 
A propos de éditions CNT-RP
Michel Bakounine, présentation de Frank Mintz, 2006, 72 pages. Ce court livre, le second de la collection « Classiques » des Éditions CNT, rassemble deux textes essentiels de Bakounine, « La politique de l’Internationale » (paru en 1868 dans L’Égalité) et « Organisation de l’Internationale » (publié (...)
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