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Mohamed regarde passer les flots de l’Oued Oum Errabia, le débit de la rivière reste constant même au plein cœur de l’été. Mohamed avait l’habitude, lorsqu’il était plus jeune, de venir passer l’après-midi à se baigner dans ces eaux salées qui descendent de l’Atlas. Pourtant, ce n’est pas le temps qui lui manque : à 36 ans, il est au chômage depuis 12 ans malgré son diplôme de géologue. Il fait partie de l’Association Nationale des Chômeurs Diplômés du Maroc (ANDCM), association non reconnue par l’État marocain qui regroupe plusieurs milliers de manifestants à chacun de ses rassemblements.

C’est l’histoire de Mohamed à M’Rirt, mais c’est aussi celle de Said et de Samir à Ksar El Kébir, de Reda à Tanger et de tant d’autres à travers le Royaume. Tous titulaires d’un diplôme d’études supérieures et tous au chômage depuis une dizaine d’années. C’est le portrait d’une génération de marocains brillants que les études ont mené vers une impasse. Sacrifiés sur l’autel de la politique d’ajustement structurel initiée par Hassan II et poursuivie par Mohamed VI, imposée par le FMI et orientant l’économie exclusivement vers le tourisme ou l’agriculture.

Sans travail, pas de logement, pas de mariage et encore moins de petite amie à cause d’une pression familiale qui ne l’accepterait pas. Ils ne peuvent ni se construire un avenir chez eux, ni envisager de partir légalement. Les visas pour sortir du Maroc n’étant délivrés que sur justification d’un emploi stable. Leur vie se passe ainsi entre engagement associatif et attente. Il reste heureusement l’amitié, les discussions interminables et les rêves.


Le collectif à-vif(s) regroupe des photographes aux parcours professionnels très différents. Il s’est créé autour de l’idée que la photographie est aussi un travail d’équipe, où peuvent s’exprimer solidarité entre les membres et complémentarité des regards.

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