CNT 66

Tokyo : 170 000 Japonais disent non au nucléaire

jeudi 26 juillet 2012

En ce 16 juillet 2012 au matin plus de 170 000 tokyoites ont, par petits groupes hérissés de grandes banderoles verticales recouvertes de slogans, convergé vers le parc familial de Yoyogi du quartier de Shibuya à Tokyo pour exiger l’arrêt du nucléaire et exiger du gouvernement et des élus qu’ils refusent le redémarrage des réacteurs et centrales nucléaires.
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Le mouvement « Adieu l’énergie nucléaire ! » à l’origine de l’événement a su fédérer des groupes militants de longue date contre l’atome et des porte-étendards comme le compositeur Ryuichi Sakamoto ou le prix Nobel de littérature Kenzaburo Oe, autour desquels se sont rassemblés des individus pas forcément coutumiers des manifestations. Jeunes et moins jeunes unis, ils sont venus non seulement de la région du Tohoku (nord-est) où se trouve Fukushima, mais aussi de l’île de Kyushu (sud), de Shikoku (sud-est) et de Hokkaido (nord), des contrées du Kansai (centre-ouest de l’île principale de Honshu) et des environs de Hiroshima (sud-ouest de Honshu).

« Je veux rendre un Japon propre à mes enfants et à mes petits-enfants » : comme des dizaines de milliers de Nippons, Akiko Ichikawa est montée depuis sa province pour exiger l’arrêt du nucléaire, seize mois après l’accident nucléaire de Fukushima. Venue de la préfecture de Shiga (centre), cette retraitée espère que le premier ministre Yoshihiko Noda saura entendre la voix croissante de la contestation antinucléaire et renoncera à autoriser le redémarrage progressif des réacteurs du Japon.

De nombreux stands régionaux côtoyaient des ateliers-débats sur l’énergie et des projections de documentaires, tandis que des chanteurs de tous âges s’étaient joints aux manifestants. Puis trois défilés sont partis de l’esplanade en début d’après-midi sillonner différents quartiers de la capitale.

Les 170 000 manifestants ont fait explosé l’objectif des organisateurs de 100 000 faisant de cette journée une des manifestations les plus massives depuis l’accident de Fukushima amplifiant ainsi les cortèges de plusieurs dizaines de milliers de personnes qui défilent dans Tokyo tous les vendredis depuis plusieurs mois.

Le gouvernement place l’économie avant la santé

« Le gouvernement place l’économie avant la santé. Il faut continuer d’informer la population pour agrandir le réseau, jusqu’à ce que les autorités nous entendent », estime Kuniko Matsubara, arrivée de la préfecture de Miyagi, la plus touchée par le séisme et le tsunami du 11 mars 2011.

L’évacuation par la force de plus d’une centaine de milliers de personnes autour de la centrale nucléaire de Fuskushima-Daichi et les nombreux territoires rendus inhabitables pour un nombre de décennies illimitées ont conduit la population à s’opposer majoritairement (plus de 75%) au nucléaire.

A ce jour un seul des 50 réacteurs de l’archipel fonctionne, tous les autres ayant été arrêtés soit du fait des risques sismiques ou d’inondation, soit par mesure de précaution en attendant des examens complémentaires de sûreté.

« Un accident nucléaire a des conséquences ineffaçables et marque à jamais le territoire. C’est pour ça qu’il faut arrêter d’utiliser cette énergie », explique Satoshi Kobayashi, père de deux jeunes enfants qu’il a amenés « pour les sensibiliser » à l’enjeu.

Sur une vaste place non loin des stands, des orateurs, applaudis par la foule écrasée par un soleil de plomb, se succèdent pour fustiger l’aveuglement et le fanatisme des lobby économiques et de leurs relais politiciens. Les organisateurs promettent de ne pas relâcher la pression sur le gouvernement qui doit encore arbitrer les décisions sensibles de redémarrage des réacteurs : « La mobilisation augmente, mais il faudrait aller plus loin. Pourquoi pas un mouvement social avec des grèves ? », espère Mayumi Ishida, étudiant de l’Université du Tohoku à Sendai (nord-est).

Les médias pro-nucléaires dans la tourmente. Les journalistes obligent à des revirements

Depuis le 11 mars, des brèches sont apparus dans le bloc de médias pro-nucléaires et trois quotidiens d’envergure nationale ont fait le choix d’informer en détails leurs lecteurs sur l’accident et ses conséquences, voire pour certains de se positionner comme antinucléaire, la population étant pour une sortie du nucléaire à plus de 70% selon divers sondages. Il s’agit du troisième quotidien national, le Mainichi Shinbun, du quotidien tokyoïte Tokyo Shinbun, et du quotidien communiste Shinbun Akahata.

Ces quotidiens informent sur la situation de la centrale nucléaire en perdition et sur les terribles conséquence sanitaires de la radioactivités. Troisième quotidien national avec 5 millions d’exemplaires vendus chaque jour, Mainichi Shinbun s’est illustré aussi par des scoops et la dénonciation de scandales liés au « village nucléaire » (genshiryoku mura原子力村) qui désigne au Japon la collusion entre les grands groupes du nucléaire, le ministère de l’Economie et de l’Industrie (Meti) et le monde politique. En novembre 2011, le Mainichi avait notamment mis en lumière que les procédures de sécurité exigées par l’Agence de sûreté et sécurité nucléaire étaient rédigées entièrement par les compagnies d’électricités elles-mêmes. Par ailleurs, le Mainichi s’est distingué en donnant la parole plus nettement aux antinucléaires.

Le Tokyo Shinbun (1,5 million d’exemplaires) est encore plus emblématique de ce revirement post-Fukushima. Ce quotidien régional vendu uniquement dans la région de Tôkyô, est devenu célèbre pour courvir les manifestations antinucléaires qui apparaissent en une du journal, mais aussi la rédaction prend clairement fait et cause pour une sortie du nucléaire sans toutefois tomber dans l’écriture militante. Ce quotidien invite le Japon à « relever le défi de l’ère du zéro nucléaire » (genpatsu zero jidai ni idomu 原発ゼロ時代に挑む).

Un troisième quotidien connait aussi une "révolution" depuis le 11 mars, en consacrant une grande partie de ses pages à la critique du nucléaire et aux reportages sur les actions antinucléaires. Il s’agit du quotidien communiste Shinbun Akahata, un quotidien à grand tirage disponible quasi-exclusivement par abonnement. L’organe de presse du Parti communiste japonais (PCJ) s’écoule à plus de 240.000 exemplaires par jour –soit beaucoup plus que certains quotidiens français– et 1,3 million pour son édition du dimanche. Alors que le PCJ est resté pendant longtemps pro-nucléaire, les journalistes eux se sont orientés rapidement vers une critique radicale de l’industrie nucléaire. Akahata est reconnu chez les antinucléaires pour avoir soulevé certains « scoops » sur l’industrie nucléaire. L’édition du dimanche 10 juin titrait ainsi « Je dis non à la remise en marche de la centrale d’Ôi ! » (ôi genpatsu watashi ha saikadô nô 大飯原発私は再稼動ノー).

36% des enfants de Fukushima présentent des excroissances anormales

La progression bien plus rapide qu’à Tchernobyl : 36%, c’est le nombre très inquiétant d’enfants de la région de Fukushima au Japon qui présentent des excroissances anormales. Le rapport d’enquête mené sur 38 000 enfants à Fukushima un an après la catastrophe nucléaire précise que les kystes ou les nodules se trouvent sur leurs thyroïdes.

Le site Internet Fukushima Voice publie ainsi le rapport du Centre de recherche sur les symptômes de contamination radioactive à Fukushima, qui démontre « une progression bien plus rapide qu’à Tchernobyl » au regard de l’étude réalisée entre cinq et dix ans après la catastrophe de 1986 qui révélait qu’1,74% des enfants de la région ukrainienne présentaient des nodules à la thyroïde. A Fukushima ils sont près de 20 fois plus.

En France, la cohérence antinucléaire bouscule la co-gestion "anti-pro"

Un jeûne d’interpellation, entre le 6 août et le 9 août, dates « anniversaires » des premières expérimentations d’armes atomiques sur les populations civiles des villes d’ Hiroshima et de Nagasaki en 1945, a lieu tous les ans dans la ville de Taverny (haut lieu du commandement de la force de frappe mortifère nucléaire française). Ce jeûne, initié par Madame Solange Fernex et soutenu par Monsieur Théodore Monod, est l’expression de notre humanité sur l’animalité et représente un hommage à toutes vies. Il s’agit de s’opposer aussi à toutes les armes et technologies qui génèrent et dispersent la mort radionucléide.

La "Marche pour la vie pour l’arrêt immédiat et inconditionnel du nucléaire" sera aussi l’occasion, pendant une semaine du 18 au 25 août prochain d’exprimer sa solidarité avec le peuple martyr japonais, avec les générations martyrs de Tchernbyl et du Belarus, avec toutes les victimes des essais nucléaires français et de part le monde, avec toutes les victimes quotidiennes de l’industrie nucléaire dite civile, en France, en Provence, dans la vallée Rhône-Durance et partout dans le monde.

http://www.coordination-antinucleaire-sudest.org/

http://www.coordination-stopnucleaire.org/


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