CNT 66
« Non à n’importe quel État, démocratique ou pas ! »

Agustín García Calvo à la Puerta del Sol

dimanche 29 mai 2011

« Non à n’importe quel État, démocratique ou pas ! »

Agustín García Calvo à la Puerta del Sol

Assemblée de la Puerta del Sol. Intervention d’Agustín García Calvo

Madrid 19 mai 2011

Traduction de la retranscription : Marjolaine François et Manuel Martinez

Agustin Garcia Calvo est un auteur espagnol (philologie, théâtre, poésie, linguistique, essais et pamphlets).

Texte et ressources en espagnol http://librosdeagustingarciacalvo.blogspot.com/

En 1965 il fut destitué de son poste d’enseignant de Philologie latin-grec de l’Université de Madrid, pour sa participation au soulèvement étudiant. Il s’exila par la suite à Paris où il travailla notamment comme traducteur chez les éditions Ruedo Iberico. En 1975, il regagna son poste à l’Université de Complutense. Pour l’instant, seules deux brochures ont été traduites en français et publiées à http://www.atelierdecreationlibertaire.com/ : Contre la Démocratie - Contre la Paix (texte intégral à télécharger) et Qu’est-ce que l’Etat ?

Vous êtes la joie, la joie de l’inespéré, de ce qui n’est pas prévu, ni par les autorités et les gouvernements, ni par les partis politiques quelle qu’en soit la couleur, véritablement imprévu : vous-mêmes, ou la plupart d’entre vous, il y a quelques mois ou quelques semaines, n’aviez pas non plus prévu que cela pouvait surgir. La joie est l’inespéré et il n’y a pas d’autre joie que celle-là, il n’y a pas de futur, comme je le répéterai désormais. Malgré cela je vais dire quelque chose qui peut sembler contradictoire : j’espérais cela depuis quarante et quelques années, quarante-six ans. [Applaudissements.]

Je vous raconte un peu comment : dans les années soixante, comme l’ont entendu les plus jeunes, commença à se soulever de par le monde une vague d’étudiants principalement, dans les universités, les campus, de Tokyo, de Californie... En 65, en février, cette vague arriva à Madrid. Je me suis laissé emporter par elle avec beaucoup de joie, quoiqu’il m’en coûta. Comme vous le savez, la vague continua ensuite en Allemagne avec Rudi Dutschke le Rouge, puis en France, avec le fameux Mai français, où elle s’acheva plus ou moins. Je vais vous dire comment je perçois le lien entre l’année 65 et maintenant. Peut-être parmi les plus vieux, ou pas si vieux que ça, certains pourront vous le dire : sans doute les parents des plus vieux d’entre vous étaient alors étudiants à Madrid, courant avec moi devant la guardia civil, les gris comme on les appelait... mais pour ma part, je dirais qu’en ces années dans le monde avancé ou « premier », s’établissait un régime, un régime de pouvoir, qui est justement celui que vous subissez avec moi aujourd’hui... Je m’arrête un peu le temps que... [Beaucoup de bruits. Une voix : « Ne t’arrête pas, continue ! »]... ce régime était en train de s’établir, celui que vous subissez avec moi aujourd’hui, et qui est, pour le dire brièvement, le régime, la forme de pouvoir dans laquelle l’État, la gouvernance, l’administration étatique, se confondent entièrement avec le capital, les finances, l’investissement financier : entièrement confondus. [Applaudissements et cris.] En simplifiant, on peut dire que c’est le Régime de l’Argent, et je crois que beaucoup d’entre vous, par le bas, soupçonnent que c’est principalement contre cela que vous vous soulevez, que vous avez envie de crier, de dire la seule chose que le peuple sait dire : Non ! [Longs applaudissements. Des voix : « C’est ça ! »]

Ce qui me soulevait à trente-neuf ans, voilà quarante-six ans, atteint maintenant son point culminant, sa quasi-vieillesse : le régime de l’État-Capital, le régime de l’argent, donne effectivement des signes de sa fatigue avec, entre autres choses qui vous parviennent, sa fable d’une crise permanente, ses chiffres et statistiques, avec lesquels, chaque jour, ils tentent de vous distraire, pour que vous ne sentiez pas, que vous ne vous rendiez pas compte de ce qui se passe derrière ces chiffres et ces noms que les gouvernements et partis vous fournissent. Il est donc logique que je me trouve parmi vous en ce moment de vieillissement du Régime, plus que de maturité, comme je me trouvais à ses commencements. Selon moi, le soulèvement des étudiants de par le monde en 65 répondait à une prise de conscience de ce qui s’abattait sur nous ; à présent vous avez souffert beaucoup plus directement de ce qu’est le régime, quels que soient les noms que vous donnez à cette souffrance, et c’est donc aussi logique qu’inespéré que vous vous souleviez et portiez votre voix contre lui.

Je pourrais vous en dire plus, mais ce n’est pas ce que je voulais faire ici, car en collaborant à ma façon à ce soulèvement, ou peu importe le nom que vous lui donnez, je ne veux pas avoir l’air de venir vous donner des conseils, mais malgré tout je veux partager quelques suggestions, surtout négatives. La première est de ne jamais compter en quoi que ce soit sur l’État, quel qu’il soit : sur aucune forme d’organisation étatique. [Applaudissements.] Je vois que c’est une erreur que beaucoup d’entre vous perçoivent sans qu’il y ait besoin de le dire. Il en découle que l’on ne peut en aucun cas se servir de la Démocratie, ni du nom ’démocratie’. Désolé, je vois bien que cela n’éveille pas d’applaudissements immédiats, mais il faut insister là-dessus. Je comprends que choisir des devises comme « Démocratie réelle tout de suite » peut être, pour celui qui l’inventa, une tactique, une tactique pour ne pas trop se dévoiler, car il semblerait que dire frontalement et immédiatement « Non à n’importe quel État, démocratique ou pas ! », pourrait sonner mal. Cette timidité ou cette modestie peut l’expliquer, mais je crois qu’il est temps se défaire de cette tromperie. La Démocratie est un trompe-l’œil, c’est une tromperie pour ce qui reste en nous de peuple vivant ; ça l’est depuis qu’elle fut inventée par les grecs à Athènes ou ailleurs. C’est un trompe-l’œil fondé sur la confusion que le nom lui-même dénonce : démo et kratos. Kratos est le pouvoir et Démo serait supposé être le peuple, et, quels que soient les avatars de n’importe quelle histoire, le peuple ne peut jamais avoir le pouvoir : le pouvoir est contre le peuple.[Bravos.] C’est une chose trop claire, mais il faut bien la comprendre. [Applaudissements.] Je suppose que cette contradiction présente dans le nom même de démocratie vous encourage à comprendre cela véritablement. Le régime démocratique est simplement le régime le plus avancé, le plus parfait, celui qui a donné les meilleurs résultats, celui qui est arrivé à produire le Régime du Bien-être dans lequel ils nous disent que nous vivons ; c’est simplement ça, mais il ne cesse pas à la fois d’être le Pouvoir, le même que toujours. Au plus le régime se parfait, au plus il est avancé, au plus ses manèges pour tromper et pour manier le mensonge, ce qui est essentiel à n’importe quel État, se perfectionnent. De sorte que, si certains d’entre vous ont l’illusion d’accéder à une démocratie meilleure, je leur demanderai de se détourner de ce chemin. Ce n’est pas par là, ce n’est pas par là... Et si votre soulèvement parvient à atteindre un caractère organisé, semblable en définitif à l’administration de l’État, il serait déjà, par cela même, perdu, il ne ferait rien de plus que répéter une fois de plus la même histoire sous d’autres formes plus perfectionnées parce qu’il assimilerait ainsi la protestation, le soulèvement lui-même, ce qui est la façon par laquelle l’État a peu à peu avancé au travers de révolutions toujours manquées ; c’est justement ce dont ils ont besoin parce que pour continuer à être lui-même, l’Argent se doit de changer, changer pour demeurer le même : voilà le grand manège qui pèse au-dessus de nous. Quand je vous suggère ou vous demande de renoncer aux idées d’un autre État meilleur, d’un autre pouvoir meilleur et vous rappelle que... [Immense vacarme sur la Place.] … je vais terminer et vous laisser vous entretenir d’autres choses plus amusantes que moi. Quand j’ose vous recommander la désillusion de n’importe quelle forme de pouvoir, et que je barre par conséquent de la liste quelques-unes des revendications que vos dirigeants ont établies ou divulguées, j’essaye de vous détromper en même temps d’une autre chose, qui est le Futur, le Futur : voilà l’ennemi. Vous comprenez bien qu’en repoussant l’intention de trouver un meilleur régime par votre soulèvement, je cherche à vous détromper du Futur. [Une voix : « Que proposes-tu ? »] C’est avec le Futur qu’ils nous trompent, les vieux, mais surtout les plus jeunes, chaque jour. Ils nous disent : « Vous avez beaucoup de Futur. » ou « Vous devez construire votre Futur. », « Chacun se doit de construire son Futur. », et tout cela n’est rien de plus -bien qu’ils ne le disent pas- qu’une résignation à la mort, à la mort future. Le Futur, c’est cela ; le Futur, c’est ce qui est nécessaire au Capital ; l’Argent n’est rien d’autre que crédit, c’est-à-dire du Futur, une foi dans le Futur. Si l’on ne pouvait pas tenir de comptes, il n’y aurait ni Banque, ni budgets étatiques. Le Futur est à eux, c’est leur arme. Par conséquent, ne le laissez jamais résonner à vos oreilles comme quelque chose de béni ou de bénéfique : il doit résonner comme la mort, ce qu’est justement le Futur. Ce que nous sommes en train de faire ici, ce que vous êtes en train de faire ici, cela parlera de soi-même, mais nous n’avons pas de Futur. Nous n’avons pas de Futur parce que c’est le propre des entreprises, des finances et du Capital. Vous n’avez pas de Futur ! : C’est ce qu’il faut avoir le courage de dénoncer.

Je vais m’arrêter là, je n’avancerai plus de suggestions pour le moment. Une chose néanmoins, plus pratique : j’aimerais évidemment qu’après les fameuses élections du 22 mai, qui perturbent beaucoup (vous vous êtes aperçus que non seulement les Médias vous embrouillent avec la question des élections puisqu’ils n’ont rien de mieux à faire, mais aussi que beaucoup d’entre vous perdez beaucoup de temps à penser à ce qu’il faut faire, voter ou non, voter pour untel ou untel), c’est une perturbation formidable, mon désir serait donc qu’une fois passé cet emmerdement, cette idiotie du vote, vous continuiez à être vivants et plus ou moins ensemble, les uns avec les autres.[Applaudissements.] Et dans ce cas, je vous suggèrerai pour l’instant une tactique (continuer à faire les assemblées ici est probablement une erreur que l’on ne peut soutenir encore longtemps) : évidemment, je pense que vous le savez tous, il ne peut y avoir d’Organe ni décisif, ni représentatif autre que les assemblées. Et voici pourquoi [Applaudissements.] : Il ne peut y en avoir car les assemblées comme celle-ci ont un grand avantage : on ne sait pas combien on est, on y entre et on en sort à tous moments, et on ne peut jamais compter, de sorte qu’on ne peut jamais voter comme le font les Démocrates parce qu’on ne sait pas combien on est, et qu’il n’y a lieu de faire ni statistiques ni décomptes. C’est ce qui rapproche une grande assemblée de ce que peut être le peuple, qui n’existe pas mais qu’il y a et qui reste en dessous des personnes, qui elles, oui, peuvent être comptées en nombre d’âmes et en nombre de votes ; contrairement à ce qu’il y a en dessous d’elles. Ne renoncez donc jamais aux assemblées. Voilà pour la digression.

Maintenant je me tourne un moment vers ceux d’entre vous qui sont plus ou moins étudiants et qui me touchent de plus près : une des tâches les plus immédiates serait d’occuper les écoles, les facultés... [Applaudissements.] Et je termine en vous disant pourquoi : parce cela fait longtemps que sous le Régime du Bien-être, sous le Régime dont nous pâtissons, les centres d’enseignements, les Universités, ont été réduits à une seule condition réelle, qui est celle de l’examen : examiner, le reste n’est que littérature. [Applaudissements.] Ils doivent examiner pour produire ainsi les futurs fonctionnaires aussi bien du Capital que de l’État ou de l’Université elle-même, qui est aussi un instrument de l’État. [Interruption par des chants sur la place]

Donc, et pour finir, ma suggestion va dans ce sens : occupation des centres, leur faire reconnaître qu’ils ne sont là ni pour enseigner ni pour rechercher ni pour rien d’autre qui ne soit examiner, examiner et produire de futurs fonctionnaires. Ils sont en train de créer votre futur, en cela il ne vous trompe pas, et l’action la plus immédiate, quelle peut-elle être ? : eh bien naturellement la destruction, le boycott des examens en cours ; par exemple, de ceux qui viennent de commencer maintenant, en mai. Cela vient du cœur. [Applaudissements.] Avec ça, qui peut paraître un peu tiré par les cheveux, mais pas tant si vous y réfléchissez un peu, en se souvenant que la soumission aux examens est simplement une soumission au futur, que nous, nous n’avons pas de futur, et en se souvenant que les centres où vous êtes ne sont destinés qu’à cela, à la fabrication du futur et d’une quantité donnée de fonctionnaires, peut-être la proposition ne paraîtra pas aussi insensée. Mais qu’elle vous le paraisse ou non, je vous dis au revoir, en vous répétant la joie que cela m’a apporté, si inespéré et que j’espérais pourtant depuis 65. Salut ! [MERCI !]

http://www.youtube.com/watch?v=Yax9sYF81Es&feature=player_embedded

Agustín García Calvo en Sol y Zamora.

Asamblea de la Puerta del Sol

Habla Agustín García Calvo

Madrid 19 de mayo de 2011

[Ahora se puede escuchar tal cual fue en la página de Lucina. Gracias a los amigos de Las Aguas, a mi tocayo Rivero y a Teresa por lo mucho y bueno que hacen para que esto rule y haga quién sabe qué. Añado un vídeo con la intervención del maestro, al día siguiente, en la asamblea de Zamora. Gracias a Gndolfo por subirlo a su blog.]

Sois la alegría, es la alegría de lo inesperado, de lo no previsto, ni por parte de las autoridades y gobiernos, ni por parte de los partidos de cualquier color, verdaderamente imprevisto : vosotros mismos o casi todos, hace unos pocos meses o semanas, tampoco lo preveíais que pudiera surgir. Aunque esto es así, la alegría es lo inesperado y no hay otra alegría, no hay futuro, como repetiré ahora, sin embargo voy a decir algo que parece contradictorio, que es que yo estaba esperando esto desde hace cuarenta y tantos años, cuarentayséis. [vivas y aplausos]

Os cuento un poco cómo : por los años sesenta, como habéis oído los más jóvenes, empezó a levantarse por el mundo una oleada principalmente de estudiantes en las universidades, cámpuses y sitios así de Tokio, California… el sesentaycinco, en febrero, esa oleada llegó a Madrid ; yo me dejé arrastrar por ella con mucha alegría, me costara lo que me costara ; como sabéis, la ola después siguió en Alemania con Rudi Dutschke el Rojo y después finalmente en Francia, con el famoso mayo francés, donde fue más o menos terminando la ola. Os voy a decir cómo entiendo yo que aquello del año 65 se relaciona con esto. Tal vez alguno de los más viejos o no tan viejos os lo podrán decir (que aquí seguramente incluso los padres de los más viejos de vosotros eran en aquel entonces estudiantes en la ciudad universitaria de Madrid, corriendo conmigo delante de los guardias, que entonces se llamaban los grises...), pero por mi parte os lo voy a decir : es que en aquellos años en el mundo avanzado o “primero” se estaba estableciendo un régimen, un régimen del poder, que es justamente éste mismo que ahora estáis padeciendo conmigo… Me callo un poco mientras... [Mucho jaleo. Una voz : “¡No te calles, sigue !”] …se estaba estableciendo este régimen, que es el que hoy estáis padeciendo conmigo, y que es, para decirlo brevemente, el régimen, la forma de poder en que el Estado, la gobernación, la administración estatal está del todo confundida con el capital, con las finanzas, con la inversión financiera : enteramente confundida. [Aplausos, gritos.] Por tanto, se puede decir que es el Régimen del Dinero, simplificando, y por tanto yo creo que muchos de vosotros por lo bajo estáis sospechando que es contra eso principalmente contra lo que os levantáis, contra lo que sentís ganas de gritar, de decir lo único que el pueblo sabe, que es decir ¡NO ! [Aplausos largos. Voces : “ahí está”.]

Por tanto, aquello que me arrebató a mis treintaynueve años, hace cuarenta y seis, es lo mismo que ahora llega a su culminación, a su casi vejez : el régimen del estado-capital, el régimen del dinero, efectivamente da señas él mismo de estar cansado, con cosas como los cuentos de la larguísima crisis y cualesquiera otros que os lleguen, y con las cifras y estadísticas con las que cada día tratan de entreteneros para que no sintáis, no os deis cuenta de lo que está pasando por detrás de las cifras y de los nombres que gobiernos o partidos sacan para eso, para teneros entretenidos precisamente. De manera que es bastante lógico que me encuentre entre vosotros en este momento de, más que madurez, envejecimiento del régimen, como me encontraba en sus comienzos. Para mí el levantamiento de los estudiantes por el mundo en el 65 obedecía a que se daban cuenta de lo que nos venía encima ; ahora vosotros habéis tenido mucha más cantidad de sufrimiento directo de lo que el régimen es, aunque lo llaméis con diferentes nombres a este sufrimiento, y por tanto es, al mismo tiempo que inesperado, lógico que os estéis levantando y voceando contra ello.

Yo puedo contaros más, pero tampoco querría, por ponerme aquí a colaborar a mi manera con este levantamiento, como quiera que lo llaméis, no querría parecer que vengo a dar consejo, pero, a pesar de que no quiero parecer tal cosa, os voy a adelantar un par de ocurrencias que me vienen, ocurrencias negativas sobre todo. Lo primero es no contar para nada con el Estado sea cual sea : ninguna forma de organización estatal. [Aplausos y revuelo.] Es un error que por lo que veo muchos de vosotros percibís sin que haga mucha falta decíroslo. Por tanto, y a consecuencia y a continuación, tampoco se puede utilizar para nada la Democracia, ni el nombre de ‘democracia’. Lo siento, esto ya veo que no despierta tan inmediatos aplausos, pero sin embargo tengo que insistir en ello. Ya comprendo que lo de elegir lemas como “Democracia real ya” puede ser, por parte de quien lo inventara, una táctica, una táctica para no dar demasiado la cara, porque parecería que decir de frente y de inmediato “¡No a cualquier Estado, democrático o no !”, podría sonar mal y esta timidez o modestia puede esplicarlo, pero yo creo que es hora de irse desprendiendo de este engaño. La Democracia es un trampantojo, es un engaño para lo que nos queda de pueblo vivo y de gente ; lo era ya desde que se inventó entre los antiguos griegos en Atenas y otros sitios. Es un trampantojo que está fundado sobre todo en esta confusión que el nombre mismo denuncia : demo y kratos. Kratos es poder y Demo se supone que es pueblo, y, sea lo que sea de los avatares de cualquier historia, nunca el pueblo puede tener el poder : el poder está contra el pueblo. [Bravos.] Esto es una cosa demasiado clara, pero hay que entenderla. [Aplausos y vivas.] De manera que supongo que esta contradicción que está ínsita en el propio nombre de la democracia os anima mucho más a entenderlo de veras. El régimen democrático es simplemente el más avanzado, el más perfecto, el que ha dado mejores resultados, el que ha llegado a producir el Régimen del Bienestar en el que nos dicen que vivimos ; es simplemente eso, pero al mismo tiempo no deja de ser el Poder, el de siempre. Por el contrario, cuanto más perfecto, cuanto más avanzado, está más avanzado en sus trucos para engañar y por tanto en el manejo de la mentira, que es esencial para cualquier Poder. Esto espero que lo entendáis también bien : sin mentira no se sostiene ninguna forma de Poder. La mentira es el hacer creer, la fe, y ése es el cimiento, el fundamento para cualquier estado. De manera que, si alguno de vosotros tiene la ilusión de acceder a una democracia mejor, pues le pediría que se fuera desengañando de ese camino. No es por ahí, no es por ahí, y si vuestro levantamiento llegara a alcanzar un carácter organizado, en definitiva semejante al de la propia administración del Estado, estaría ya con ello mismo perdido, no estaría haciendo más que repetir otra vez la misma historia con otros colores y perfeccionada justamente porque ha asimilado el levantamiento, porque ha asimilado la protesta, que es la manera en que a través de revoluciones siempre fracasadas los estados han venido avanzando ; es lo que justamente les hace falta, porque para seguir siendo el mismo como lo es, el Dinero no puede menos de cambiar, cambiar para seguir igual : éste es el gran truco que tenéis encima. Cuando os sugiero o os pido la renuncia a ideas de otro estado mejor, de otro poder mejor y os recuerdo que… [Jaleo grande en la plaza.]

…ya voy a terminar para que os entretengáis con otras cosas a lo mejor más divertidas que yo. Cuando estoy atreviéndome a recomendaros el desengaño de cualquier forma de poder, y por tanto estoy borrando de la lista algunas de las reivindicaciones que vuestros dirigentes han establecido y divulgado, al mismo tiempo os estoy desengañando de otra cosa, que es el Futuro, el Futuro : éste es el enemigo. Comprendéis bien que al rechazar vuestro levantamiento como intención de encontrar otro régimen mejor, estoy desengañándoos de el futuro [“¿qué propones ?”]. El futuro es eso con que os engañan, a los viejos también, pero sobre todo a los más jóvenes, cada día : os dicen “tenéis mucho futuro” o “tenéis que haceros un futuro”, “cada uno tiene que hacerse su futuro” y eso es justamente, aunque no lo digan, una resignación a la muerte, a la muerte futura. El futuro es eso ; por tanto, el futuro es el que necesita el Capital ; el dinero no es más que crédito, es decir, futuro, fe en el futuro ; si no pudiera echar cuentas, ni habría Banca ni habría presupuestos estatales. El futuro es de ellos, es su arma. Por tanto, nunca dejéis que os suene como algo bendito o beneficioso : debe sonaros justamente a muerte, que es lo que es el futuro. Lo que estemos haciendo aquí, lo que estéis haciendo aquí, ello dirá lo que da de sí, pero no tenemos futuro ; no tenemos futuro porque eso es propio de las Empresas, de las finanzas y del Capital. ¡No tenéis futuro ! : esto es lo que hace falta ser valientes para denunciar.

Os voy a dejar ya, no voy a hacer más sugerencias por ahora. Una cosa mucho más práctica y de momento : desearía por supuesto que después de las famosas elecciones de… del 22, que estorban mucho (ya lo habréis visto cómo no sólo los Medios os enredan junto con la cuestión de las elecciones, que no tienen nada que hacer, sino que muchos de vosotros perdéis una gran parte de vuestro tiempo pensando cuál es lo que hay que hacer respecto a votar o no votar y votar por acá o votar por allá), es un estorbo formidable… de manera que mi deseo sería que, cuando pase ese coñazo, esa estupidez de las votaciones, sigáis vivos, sigáis vivos y más o menos juntos los unos con los otros. [Aplausos.] Y en ese caso me atrevería a sugeriros una táctica de momento (seguir haciendo las asambleas aquí es probablemente un error que no puede sostenerse mucho) : desde luego en esto, en una rebelión como ésta, como ya creo que todos sabéis, no puede haber otro Órgano ni decisivo ni representativo más que las asambleas. Y os lo voy a decir enseguida por qué [aplausos] : no puede haberlo porque las asambleas como ésta misma tienen esta gran ventaja : que no se sabe cuántos son, están entrando y saliendo, y nunca se pueden contar, y por tanto nunca pueden votar, como hacen los demócratas, porque no se sabe ni cuántos son ni cabe estadística ni cabe cómputo ninguno. Esto es lo que a una gran asamblea la acerca a ser eso de pueblo, que no existe pero que lo hay, y que es lo que queda por debajo de las personas, que ésas, sí, se cuentan en número de almas y en número de votos, pero lo que queda por debajo, no. Así que no renunciar nunca a las asambleas. Tal vez una dispersión.

Ahora me dirijo un poco a la parte de vosotros que son estudiantes más o menos y que me tocan más de cerca : una de las tareas más inmediatas sería ocupar las escuelas y facultades... [Aplausos.] Y termino diciéndoos por qué : porque hace mucho tiempo bajo el Régimen del Bienestar, bajo este régimen que padecemos, los centros de enseñanza, las Universidades, han quedado reducidas a una sola condición real, que es la examinación : examinar, todo lo demás son cuentos. [Aplausos.] Tienen que examinar para producir por ese camino futuros funcionarios tanto del Capital como del Estado o de la Universidad misma, que es también una parte de esos implementos del Estado. [Interrupción por cánticos en la plaza : “oé oé oé/ lo llaman democracia y no lo es”.]

Por tanto y para dejaros, mi sugerencia va en este sentido : ocupación de los centros, hacerlos reconocer que no están ahí ni para enseñar ni para investigar ni para nada, que están ahí para examinar, examinaros y producir así futuros funcionarios, están creando vuestro futuro, en eso no nos engañan, y por tanto la acción más inmediata ¿cuál puede ser ? : pues naturalmente la destrucción, el boicoteo de los exámenes en curso ; por ejemplo, los que ahora acaban de empezar en mayo mismo. Es algo de corazón. [Aplausos.] Con esto que a lo mejor lo primero os puede parecer un poco descabellado, pero que, si os dejáis pensarlo, a lo mejor no tanto, recordando que la sumisión a los exámenes es simplemente sumisión al futuro, que nosotros no tenemos futuro, y recordando que los centros en los que estáis metidos están destinados solamente a eso, a la fabricación de futuro y números de funcionarios, tal vez no os parezca tan insensata la propuesta. Pero os parezca o no, con esto ya me despido, volviendo a repetiros la alegría que esto tan inesperado me ha traído y que al mismo tiempo estaba esperando desde el año ’65. ¡Salud ! [¡GRACIAS !]


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