CNT 66

[Gard] solidarité avec les ouvriers de DUCROS

La CNT 30 lance un appel à la solidarité avec les ouvriers de DUCROS.
mercredi 11 mai 2011

LUTTE DES DUCROS : ÉLÉMENTS D’EXPLICATION ET INTERVIEW

Le samedi 26 mars 2011 à 10h30 depuis la place de la Mairie les 240 ouvriers, après la liquidation judiciaire de leur entreprise Richard Ducros sur Alès, appelaient à une nouvelle manifestation. La CNT 30 était présente. En effet, depuis le début de la lutte, les militant-es de la CNT Alès et de Nîmes se solidarisent des ouvriers. Ils et elles participent aux différentes actions comme ils et elles passent régulièrement sur les piquets de grève devant l’entreprise se tenir au courant des dernières nouvelles.

Cette entreprise avait été rachetée en décembre 2010 par un nouveau PDG, Bernard Castéran (groupe FAYAT), qui dès l’achat s’interrogeait sur la "viabilité de l’entreprise". La vérité est bien évidemment ailleurs comme le note Philippe Martinez de la CGT : "C’est un conflit emblématique. Nous sommes toujours confrontés à des financiers qui rachètent des entreprises pour s’emparer de leur carnet de commande et liquider les emplois".

Résultat : 240 ouvriers sur le carreau et plus largement près de 900 personnes touchées sur Alès et ses environs, car 1 emploi industriel représente environ 3 emplois induits. Cela ne fait, en outre, qu’aggraver la situation du bassin alésien (ancien bassin minier) déjà fortement touché par le chômage et la misère sociale.

Les ouvriers de Ducros en lutte sont en tout cas déterminés à se battre pour que vive l’entreprise. Les augmentations de salaires que viennent d’obtenir d’autres ouvriers en lutte dans les entreprises de la métallurgie alésienne (5.58 % à Shelbox, + 10 euros à ATS, + 75 euros à Tamaris industrie, 2% d’augmentation à Merlin Gérin) résonne pour eux comme autant d’encouragements...

A l’occasion d’une action de blocage d’un rond point en plein centre d’Alès, nous avons rencontré deux DUCROS : Frédéric, 53 ans et 33 ans d’ancienneté dans la boîte, technicien méthode et Gyslain 30 ans, 3 ans intérim, embauché depuis un an en tant que soudeur.
Témoignage sur les raisons de la colère ouvrière contre l’arrogance du profit et des riches :

Richard Ducros c’est quoi ?

Frédéric : Une entreprise de métallurgie (qui a environ 143 ans d’existence), avec différents pôles de savoir-faire (tôlerie fine, lourde, charpentes, œuvres d’art...) Il y a environ 300 employés sur 4 sites en France (Roquefort, Charmes, Paris et Alès). Alès compte 3 pôles, à eux trois ils représentent environ 240 employés.

Cela fait bientôt 4 mois que le Groupe Fayat a racheté l’entreprise afin de procéder à sa liquidation judiciaire, comment s’organise la lutte ?

Frédéric : Dans un premier temps une bonne partie des gars ont été mis au chômage partiel. Nous avons posé un barnum devant l’établissement de la montée de Silhol, on se relayait jours et nuits pour être présents. La population nous a de suite soutenu. Il faut dire que cela touche la population alésienne entière. Tout le monde connait quelqu’un dans son entourage qui travaille chez Richard- Ducros. Nous avons organisé deux manifestations. Les familles des salariés étaient très mobilisées pour la première qui a eu lieu en février. Il y a eu nettement moins de monde à la seconde. Dans certaines familles c’est très difficile. Même si nous avons repris le travail, notre situation est précaire.

Penses tu que la lutte s’essouffle ?

Frédéric : Au contraire, depuis début Mars tous les employés sont mobilisés. Nous organisons des actions ponctuelles comme aujourd’hui le blocage d’un rond point. Nous pensons que ces moyens d’actions sont plus efficaces aujourd’hui et permettent à tous de s’approprier la lutte. Cela permet d’interpeller la population et de s’interroger ensemble sur notre avenir.

Gyslain : Les gens sont plus motivés qu’avant. Nous avons tous repris le travail mais le carnet de commande a comment dire « disparu ». Du coup nous terminons d’anciennes commandes ou nettoyons les entrepôts. Vu que nous avons du « temps libre » nous en profitons pour nous organiser et lutter. Nous nous retrouvons tous les matins à 7h pour les différentes actions prévues et nous nous retrouvons le soir en AG.

Fréderic : Le but pour nous est de ne pas être oubliés et de rester unis. Nous sommes de plus en plus mobilisés, et nous sommes en colère de voir qu’un groupe comme Fayat se croit intouchable. Ils rachètent un savoir faire et des marchés puis mettent la boîte en liquidation judiciaire, mettant des familles en situation précaire. Et ils sont intouchables !! Alors qu’un militant à la moindre effraction, c’est direction le commissariat et le tribunal !

Comment voyez vous votre avenir ?

Frédéric : On attend la délibération du Tribunal de commerce de Paris, le 28 avril, qui doit se prononcer pour ou contre la liquidation judiciaire. La bataille continue aussi au niveau juridique et nous voulons que les politiques prennent leurs responsabilités. Ce n’est pas pour rien que nous sommes allés décrocher la banderole « Sauvons Richard-Ducros » de la Mairie d’Alès. On veut des actes ! En attendant nous restons unis, c’est la dernière ligne droite et nous irons jusqu’au bout. On se bat pour les générations futures, pour les jeunes qui bossent chez nous et tous ceux qui sont dans une situation précaire.

Gyslain : Si DUCROS est liquidé on cherchera un autre boulot. Nous on est jeunes, c’est pour les plus anciens que c’est chaud. Déjà que jeune on galère à trouver du travail alors pour ceux qui approchent de la retraite... Il y en a qui ont passé toute leur vie chez Richard Ducros. C’est des vies entières qu’on dégage pour des histoires d’argent. En tout cas on ira jusqu’au bout.

Interview extraite du Combat Syndicaliste n°357 de mai 2011

DUCROS LIQUIDE ! LA LUTTE CONTINUE !

Depuis cet interview la situation a évolué : Le verdict est tombé. Le Tribunal de Commerce de Paris a prononcé la liquidation judiciaire de Richard Ducros. Amanda de la CNT 30 les a rencontré lundi 9 mai et témoigne :

"Ils sortaient d’AG donc nous avons pu discuter avec les employés et les délégués syndicaux. D’anciens salariés étaient présents aux nouvelles et là pour les soutenir.

Lundi, ou courant de la semaine prochaine, certaines machines vont être mises en vente d’autres vont être récupérées par le groupe Fayat.

Des actions vont être menées. Tous les syndicats et la population sont appelés. Les autres sites en France n’échappent pas à la liquidation malgré des repreneurs potentiels.

Les ouvriers sont sous le choc et bien déterminés à ne pas laisser partir leurs machines, leur outil de travail. "
Publié le 10 mai 2011.


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