CNT 66
Sur le front des Antilles

Chroniques de la Martinique

mardi 24 février 2009

Lundi 16 février, 10 heures 30 Manifestation de Fort-de-France.

Cette fois le ton monte. Nous sommes une quinzaine de mille. Le cortège prend un itinéraire différent de la dernière fois et nous passons par la rue Orville le long du cimetière. On longe le canal pour remonter jusqu’au Malécon la grande avenue du bord de mer au centre de Fort de France.

« Rouge sera notre victoire ! » . Une forêt de poings levés. On passe devant la Préfecture. Les slogans sont martelés avec détermination. Une rumeur court à propos de la répression des forces de l’ordre en Guadeloupe. On lève le poing et on insulte l’Etat français colonialiste.
Ruée sur les carburants. Et malgré une distribution presque normale venant du dépôt de la SARA beaucoup de gens tentent de faire des stocks. D’où une pénurie anormale. Mais il est vrai que l’on sent une crise grave et longue.

Cette fois c’est plutôt la panique chez les békés.
Quand cela s’arrêtera t-il ? Si seulement il pouvait suffire de quelques pots-de-vin généreux pour que cela cesse ! Ah qu’il semble déjà loin le temps où, armés jusqu’au dents, dans des jeeps, épaulés par les gendarmes, on allait contrôler les routes, vérifier les papiers, humilier les uns ou les autres…
De partout on parle de construire enfin le pays.

Lundi 10 heures 30 Manifestation de Fort-de-France.

Cette fois le ton monte. Nous sommes une quinzaine de mille. Le cortège prend un itinéraire différent de la dernière fois et nous passons par la rue Orville le long du cimetière. J’achète un bakwa (chapeau de paille) pour 2 euros ! Alors là prix baissé

« Rouge pour la victoire ! » . Une forêt de poings levés. Des milliers. Ceux des mamies tenant leurs cabas. Ceux des vieux, des jeunes, des cadres, des ouvriers.... Je suis ému. On passe devant la Préfecture. Les slogans sont martelés avec détermination. Une rumeur court à propos de la répression des forces de l’ordre en Guadeloupe. On lève le poing et on conspue l’Etat français colonialiste.

Ruée sur les carburants. Et malgré une distribution presque normale venant du dépôt de la SARA beaucoup de gens tentent de faire des stocks. D’où une pénurie anormale. Mais il est vrai que l’on sent une crise grave et longue. Et un rationnement devra être de toutes façons organisé.

La résistance de la grande distribution.

La partie patronale de la grande distribution qui avait quitté la table des négociation, n’est revenu que tard dans la soirée. Cela a déclenché la colère des élus et même la désapprobation du Préfet. C’est toujours l’ambiguité des termes « produits » et « famille de produits » qui fait problème. Cette fois la grande distribution ne parle plus que de 54 produits - et non 100 comme elle s’y était auparavant engagé verbalement devant tous. Steeve LANCRY, leur représentant, a expliqué que 100 produits représentait un trop grand éventail d’articles et que cela mettrait par exemple son entreprise en difficulté.

Au point on en est, avec toute la lutte qui a été menée jusqu’à présent, on n’est pas prêt à renoncer !

Et on n’a même pas abordé la questions des salaires dans les entreprises.

Cette fois c’est plutôt la panique chez les békés.
Quand cela s’arrêtera t-il ? Si seulement il pouvait suffire de quelques pots-de-vin généreux pour que cela cesse ! Ah qu’il semble déjà loin le temps où, armés jusqu’au dents, dans des jeeps, épaulés par les gendarmes, on allait contrôler les routes, vérifier les papiers, humilier les uns ou les autres…

Que faire ?

Stéphane HAYOT, investisseur dans la grande distribution, fait circuler un communiqué sur internet, où il indique que les revendications des Martiniquais sont inacceptables et rendraient les entreprises de la grande distribution non rentables. On peut bien sûr en douter. La grande distribution - spécialité française de par le monde - a quadrillé cette petite île. Il y a un supermarché tous les 5 km ou presque. Ils sont construit, sans aucun souci du respect de l’environnement comme à Génipa, malgré les protestations et les manifestations. C’était édifié sur les immenses domaines de la famille HAYOT, alors…

Si l’investissement dans la grande distribution dans les Antilles était si aléatoire, si risqué, comment se fait-il qu’on ait quand même tant investi dans ce secteur dans lesdites Antilles ?

J’ai envie de « leur » répondre : nous comprenons vos graves soucis de gestion au milieu de ces nègres si turbulents. Ne vous inquiétez pas cependant. Nous allons vous soulager de ce fardeau en reprenant nous-mêmes en mains, par le biais d’intersyndicales, puis de coopératives, cette grande distribution. Et c’est nous qui nous en partagerons alors les misérables bénéfices. Adieu foulard…Et restez donc à Chamonix une fois l’hiver passé. C’est très bien toute l’année, Chamonix. Si vous faites ça, je promet de vous envoyer chaque année un panier garni des Antilles.

La répression en Guadeloupe.

Il semble que l’Etat français, comme il l’avait déclaré par l’intermédiaire du ministre, soit décidé à tenter de rétablir « l’ordre républicain ». Il avance prudemment ses pions, faits de provocations puis d’arrestations. Prétextant le dégagement de barrages routiers, plusieurs dizaines de manifestants ont donc été arrêtés. Un leader syndicaliste a été blessé, après avoir été insulté (« sale nègre, on t’a repéré… »). Au moment où j’écris un commissariat serait encerclé par les manifestants. Tout le monde s’accorde à dire que la Guadeloupe est une poudrière où les forces de l’ordre, au moindre blessé ou tué, seraient balayé par des dizaines de milliers de manifestants déchainés. Elles ne pourraient, pour s’en sortir, que faire usage de leurs armes. Et ce serait le bain de sang comme cela a déjà eu lieu dans le passé.

Et c’est pourquoi le Collectif du 5 février, manifestant sa solidarité avec les camarades de Guadeloupe, et l’ensemble des élus de la Martinique - y compris ALMOND de l’UMP - ont adressé une mise en garde solennelle au Préfet de la Martinique concernant toute intervention ou provocation des forces de l’ordre. Ce à quoi Monsieur Le Préfet a déclaré que, concernant cette intervention des forces de l’ordre, il en était le seul juge, ne recevant pas d’ordre de Paris.

Un mot sur les médias.

Il y a maintenant une méfiance et un désintérêt sur tout ce qui se dit sur les Antilles à partir de la métropole. C’est ici une politique de désinformation ancienne et connue, où l’on passe là-bas régulièrement, sur les médias, quelques potiches dont certains n’ont jamais mis les pieds aux Antilles - sauf peut-être pour les vacances, comme Jean MATOUK.

Les journalistes grévistes ou non, les pigistes, viennent donc de se grouper pour former Télé Otonom Mawon qui émet sur la petite chaîne locale associative KMT. Ce petit média est devenu au gré des évènements le rendez-vous de tous les téléspectateurs martiniquais. Quel succès pour le courageux Roland LAOUCHEZ !

Le collectif du 5 février émet sur internet via son blog. On peut y lire des articles plus approfondis (collectif5février.blogspot.com). Il y a aussi des sites en prise directe avec les évènements de Martinique et des Antilles en général : KMT , Caribcreole1.com , bandamanjack.com …
De partout on parle de construire enfin le pays.
Echange rapide avec Camille Chauvet chroniqueur nationaliste de KMT. Il me dit qu’il n’arrête pas de se prononcer en faveur d’un projet autogestionnaire. Bof. J’ai un doute. Je travaille sur une adresse que je compte présenter à un prochain congrès des travailleurs ici. Modestement j’irai le présenter, me faire aider par les uns et les autres.
« Il ne faut pas se contenter de plonger dans le passé du peuple pour y trouver des éléments de cohérence vis-à-vis des entreprises falsificatrices et péjoratives du colonialisme. Il faut travailler, lutter à la même cadence que le peuple afin de préciser l’avenir, préparer le terrain où déjà se dressent des pousses vigoureuses »
Frantz FANON (les Damnés de la Terre)

Martinique, mercredi 18 février.

Il y a eu encore un défilé dans Fort de France hier. Il y en a tous les jours en fait. Et les manifestants se désolent qu’ils ne soient pas plus nombreux que la veille ! Ils sont pourtant des milliers à chaque fois.
La situation évolue et le sens des mots y participe pour (mal) paraphraser quelqu’un. D’abord le créole, à travers cette lutte, retrouve sa place et il est communément utilisé dans les discours. Plus qu’avant. Au grand dam de certains journalistes métropolitains.

Vers l’autogestion ?

Sur KMT Jean-Claude WILLIAM a présenté son dernier ouvrage et surtout un manifeste signé par des intellectuels appelant à prendre la pays en main. Il a déclaré que l’on se devait de penser à une autre société, compte tenu de la crise qui s’avance, que l’on devait compter sur nos propres forces mais que finalement c’était une chance pour reconsidérer notre mode de vie, nos relations avec le travail et les autres. Si, à partir d’une petite île, on ne pouvait pas affronter tout seul le capitalisme, on pouvait néanmoins poser des jalons pour reconstruire autre chose.

Il a été suivi en cela un peu plus tard par le sociologue Jean LUCRECE qui a mis en évidence la nécessité de mettre en relation directe les producteurs et les consommateurs.

A la maison des syndicats des petits producteurs viennent donner aux manifestants des denrées comme des bananes. Ces gestes de solidarité impressionnent favorablement tout le monde.

Au marché aux poissons, certains vendeurs vendent moins cher leurs produits malgré la difficulté qu’ils ont à se déplacer. Les marins pêcheurs, à travers les défilés, ont manifesté en masse leur solidarité au mouvement.

Beaucoup éprouvent une satisfaction à « manger local », à « tenir » ainsi sans la grande distribution. Sans le reblochon vendu 200% plus cher qu’en métropole.

Mais dans les rues, malgré les inévitables spéculateurs - plutôt rares - les prix n’augmentent pas.

Il est vrai qu’ici, malgré la spéculation immobilière, le monde agricole est prégnant. On a tous un grand-papa qui a gardé son jardin. Et en ces jours de pénurie on apprécie !

Retournons sur terre car tant de questions et de problèmes se posent !

Les appels à la discipline

Maintenant il faut aussi voir les limites de ce civisme. En dehors des actes d’incivilités nombreux, notamment dans les files d’attente aux stations d’essence, les mentalités sont encore imprégnées de la pensée colonialiste qui fait du colonisé - ou de l’ex-colonisé - un éternel quémandeur n’osant pas prendre lui-même des responsabilités, les choses en mains en expropriant, par exemple les békés, au nom de l’intérêt général. On en appelle trop à l’Etat. Mais au fond c’est ce que l’on nous a mis dans le crane depuis la nuit des temps : on serait des nègres incapables et il faudrait, quand quelque chose va mal, résignés, enfants, en référer à Madame la France (puisque nous sommes des citoyens français) et attendre les bras ballants qu’elle donne un peu de fric aux békés. Et puis après tout il faut arrêter de se considérer comme des « cas à part » : en métropole aussi il y a des gens à la fois résignés et « inciviques« .

C’est pourquoi aussi beaucoup de citoyens - notamment les « grandes personnes » c’est-à-dire des gens d’un certain âge - appelent à la responsabilité, à la discipline, au respect de l’autre. Ces appels se multiplient notamment à l’adresse des plus jeunes qui resquillent aux pompe, sur leur moto, ou qui bénéficient des faveurs de tel ou tel pompiste. A mon avis il manque ici, dans les stations, la présence de quelques militants syndicalistes qui eux, sauraient se faire entendre, mieux que les quelques policiers régulièrement débordés.

Sur la Guadeloupe

Pas la peine de parler de ce que l’on ne connaît pas et donc de dire des c…comme j’en ai déjà dit.

Des généralités donc. Un conflit aussi long amène à des débordements. Et une frange exaspérée en arrive donc à la violence. Elie Domota et le LKP n’arrive plus à contrôler ces débordements. On s’aperçoit que certains manifestants sont armés - ce que l’on sait dans les Antilles. Je suis du côté du peuple et un mouvement qui mobilise ainsi des dizaines de milliers de manifestants est légitime, a des revendications légitimes.

Les Blancs

La « couleur » a été un de critères de la société antillaise. Suivant votre teint plus ou moins foncé vous étiez plus ou moins bien considéré. Pour donner une idée, la société martiniquaise était ainsi classifiée, au début du Xxe siècle en 28 catégories de « couleur » ! Les choses ont bien heureusement évoluées. Mais il en reste quelque chose et traiter quelqu’un de « chabine » (clair de peau) est un gentil compliment.

Les Blancs, les vrais, bien qu’il y ait entre eux des « passerelles », peuvent être classés en deux catégories : les békés (au nombre de 3000 en Martinique) et les métros dont les békés se méfient, qu‘ils rejettent sauf pour les embaucher comme employés. Les métros sont plusieurs milliers en Martinique, sans doute plus de 15 000 sur une population de 400 000 habitants. Ils sont généralement fonctionnaires, parfois commerçants. Beaucoup s’intégrent assez bien au milieu antillais. Mais beaucoup aussi restent peu ouvert à la culture créole, au créole lui-même (« puisqu’on est en France… ») et préfèrent vivre replié dans leur communauté. Il suffir pourtant de peu de choses, d’un petit geste sympa pour se faire des amis, même si personne n’est parfait ici.
Le « communautarisme » entretenu par certains Blancs représente évidemment un danger pour eux-mêmes et pour toute la société antillaise, car il entretient un ressentiment et une hostilité héritée de celle contre les békés et les colonialistes.

Martinique, le 19 février 2009.

Cette fois il semble bien que les choses avancent dans les négociations entre le Collectif et la partie patronale, notamment la grande distribution. Dans un premier temps, pour ce qui est de la diminution des prix de 20%, il avait obtenu que celle-ci accepte avant tout la définition de 100 familles de produits et non pas 100 articles. C’était pourtant ce type d’avenant qu’elle avait pourtant signé pour ensuite se rétracter et même ne plus venir sièger à la table des discussions.

Il a fallu l’intervention des élus et de Monsieur le Préfet pour que la partie patronale respecte ainsi sa première signature.

Ensuite un accord sur trois articles par famille de produits a pu être ratifié ce 18 février.

Concernant la téléphonie et internet - l’abonnement coûte bien plus cher aux Antilles qu’en métropole et cela s’arrête à 512ko - là encore on semble s’acheminer vers une dimintion de tarif.

Aujourd’hui la négociation achoppe sur les tarifs bancaires et les assurances - prohibitives dans les Antilles sous divers prétextes - où la partie patronale ne propose que des réductions ridicules de 5 à 10%.

Sur RFO, l’économiste Jean CRUSOL et le porte-parole du Collectif, Michel MONROSE ont été interviewés lors d’une émission préparée par les grévistes et les non-grévistes comme il en a été convenu.

Michel CRUSOL a rappelé que de décembre 2007 à décembre 2008, les prix des produits « depremière nécessité » ont augmenté en Martinique de 18%. A l’échelle internationale la baisse des matières premières n’est pas répercutée au niveau des consommateurs. L’animatrice de l’émission a demandé à Michel MONROSE les garanties que pouvaient obtenir le Collectif concernant la prévention à toute hausse ultérieure. Le porte-parole a répondu qu’un observatoire était déjà en place, constitué de bénévoles pour l’instant. Par la suite il faudrait employer et rétribuer quelques personnes pour ce contrôle.

Concernant la question des salaires, qui n’a même pas été abordée, on se rend compte que la revendication d’une augmentation des salaires de 300 euros sera difficile à faire accepter. Michel MONROSE a rappelé que c’était une des revendications du Collectif et qu’elle était ainsi posée sur la table des négociations.Des discussions qui concerneront les branches et les entreprises devraient s’ensuivre. Mais au moins la partie patronale est assise à la table des négociations et leur représentant, acceptant de parler aux médias, parait de meilleure volonté et décidé à avancer.

La grève générale continue. Plus que jamais. Car on a l’impression de tenir le bon bout.

Sé pou la viktwa nou ka alé !!!

Serge LETCHIMY, le maire de Fort-de-France, a finalement décidé d’organiser le Carnaval de Fort-de-France. Il a hésité. Et tout le monde était perplexe. Mais les manifestants qui ont défilé aujourd’hui par milliers, dans un impressionnant silence en mémoire à notre camarade Bino tué en Guadeloupe, semblaient en désaccord avec cette idée. Ici on ne confond pas les défilés de carnaval avec les manifestations de grévistes Et on craint que ces préparatifs et défilés tuent la mobilisation. Pour ma part - mais cette opinion est partagée par pas mal de personnes - je crains surtout les débordements et les violences, déjà que d’habitude il y a quand même quelques bagarres et exactions… Je me demande si le maire, à son retour de Paris, ne va pas revenir sur sa décision.

Le secrétaire du SUBTP-CNT Paris, en visite mais néanmoins au cœur de l’action, en plus de ses coups de soleil, remporte un franc succès avec son tee-shirt CNT.

Discours de Sarkozy sur l’Outre-Mer. Je l’ai trouvé très bien. Le discours, pas l’homme. Lui, je m’en méfie, comme tout le monde. Au fond, à l’heure où le capitalisme fait faillite, où la crise va se transformer en Armaguedon, toutes les idées ne seraient-elles pas bonnes à prendre ? Louis XVI avait bien du coiffer le bonnet phrygien. Où est la bouée ? Et quel bonnet adopter ?

Martinique, le 21 février

Le député-maire de Fort-de-France Serge LETCHIMY est revenu de Paris où il avait rencontré comme les autres représentants de l’Outre-mer, le Président SARKOZY. Et comme on pouvait s’y attendre il est revenu sur sa décision d’organiser le Carnaval de Fort-de-France. Malgré les avancées dans les négociations, les déclarations du Président Sarkozy, toute la population reste ici mobilisée, et solidaire de la Guadeloupe, depuis la grand-maman, en passant par les cadres, et les lolos (petits vendeurs de rue).
Le son de corne austère des lambis, le rythme des tambours bélés, les nouvelles chansons créées à la faveur de ces évènements, nous laissent dans une atmosphère étrange faite d’euphorie et de retenue.
La solidarité avec la Guadeloupe est sans cesse réaffirmée avec force.
Les rotations des tâches au sein de l’intersyndicale, et du Collectif, l’esprit de cohésion et dégalité, le besoin de démocratie directe, démontrent bien que l’on n’a pas de chef. Michel MONROSE n’est qu’un porte-parole - remarquable - se référant sans cesse aux décisions du Collectif.
Dans l’action, dans la gestion réelle, directe, le ou la Présidente de la République, on s’en fout. Parce que c’est nous qui reprenons directement les choses en main.

Le problème de la pollution

Pendant des années, les propriétaires terriens, la plupart békés, ont déversé sur les Antilles du chlordécone alors que celui-ci était depuis longtemps interdit en métropole. Ce scandale, que beaucoup connaissaient mais que personne n’entendait, a été remis sur la place publique voici peu par le professeur BELPOMME venant de métropole. 20% des terres agricoles sont ainsi polluées de façon quasi irrémédiable. Les cancers sont statistiquement plus importants dans les Antilles qu’en métropole ou en Europe. Et les explications d’ordre génétique ne tiennent pas. Il avère que c’est bien le chlordécone qui est à l’origine de cette augmentation. Un des fabricants de ce produit était Yves HAYOT, propriétaire d’une usine Monsanto au Brésil, qui en importait en masse en Martinique.
Aujourd’hui ce sont encore des produits contenant des pesticides mortifères qui sont déversés par avion, notamment par Monsieur DE RAYNAL, président du syndicat des producteurs de bananes. Ces pesticides polluent les eaux, notamment la zone côtière où le poisson est pêché en vue de la consommation. L’IFREMER effectue depuis très longtemps une enquête mais refuse de rendre public l’état de ses recherches prétextant qu’il lui faut parfaire ses études. Et on aura donc ces résultats…dans plusieurs années.
Ces trafics de produits chimiques ayant été couvert par l’Etat, inutile de dire que les populations lui demandent à présent des comptes, mettent en question la gestion de l’eau elle-même, sa qualité, et son prix. Car ce sont les mêmes grandes compagnies que celles de métropole qui nous vendent ici cette eau à un prix prohibitif.
Ces pratiques prouvent bien que les départements d’Outre-mer ne sont pas traités comme ceux de la métropole, mais qu’on en a toujours une vision colonialiste.
Solidarités
Les produits en passe d’être périmés, qui sont stockés dans les supermarchés (fermés) ou dans des entrepôts vont enfin être distribués aux plus nécessiteux. Ce sont d’abord les étudiants qui vont en bénéficier. Une association de bénévoles s’est rapidement constitué pour collecter tout d’abord lesdits produits. Un petit patron, avec son camion réfrigéré, participe à ce ramassage.
Les étudiants, comme ailleurs et peut-être plus qu’ailleurs, sont ici très démunis, notamment les étrangers qui n’ont pas de famille sur place. J’en ai connu beaucoup qui n’avait pratiquement rien à manger.
Je suis heureux que certains aient eu cette idée que j’exprimais de façon véhémente depuis plusieurs jours.
La laiterie du François a du jeter 6000 litres de lait du fait des premiers jours de grève. Quel gachis ! Et on est bien obligé de traire les vaches régulièrement. Les responsables et les syndicalistes sur place ont donc lancé un appel pour que l’on vienne acheter le lait directement au François. Le prix a été baissé. Il est vendu 1 euro 50 le litre. Tout le stock a été ainsi vendu en quelques heures. L’appel a été renouvelé car la production est en continu.
Devant la Maison des syndicats les camions des petits producteurs permettent aux passants de se servir gratuitement en ti-nain, en mandarines, en prunes de cythère. J’en ai pris tout mon bakwa.

Sur les médias (suite)

La présentation de la venue de BESANCENOT, par les médias métropolitains comme agitateur cherchant à mettre de l’huile sur le feu, pour vouloir ensuite revenir « semer le désordre en métropole » est significative de leur grossière manipulation, héritière des vieilles pratiques coloniales.
J’avais déjà fait part de mon hostilité, née de l’expérience, à l’égard des médias de métropole, notamment de TF1. Et ce rejet je l’avais manifesté en personne à Jean PATRICE, l’animateur d’ATV, la succursale de TF1, ici en Martinique.
Le Collectif , après une manip grossière d’ATV,comme on pouvait s’y attendre, a décidé, dès les premiers jours de ne plus communiquer à l’ensemble de la presse que par voie de « point presse » - qui n’est en rien une conférence de presse. Ses membres ne communiquent pas avec la presse, ou tout du moins ils ne le font qu’à titre personnel, de façon très restreinte.
Dans les premiers jours on a vu débouler plein de types venant de métropole, filmant et interviewant à tour de bras. Que deviennent ces images ? Quelle montage en fait-on ? Quand on les interrogeait pour savoir pour qui ils travaillaient, ils répondaient tranquillement avec un brave sourire que c’était pour des productions indépendantes, « destiné à être revendu ». J’ai vu quelque un - un manifestant - demander des comptes à un de ces souriants mais arrogants cinéastes « indépendants ». Et un responsable syndical lui a demandé gentiment de déguerpir.
Il y a un comité « communication » au sein du Collectif et il vaut mieux passer par lui.
Sur le terrain, la Télévision Otonom Mawo filme, elle en toute liberté car on a confiance. Le soir elle anime des débats d’enfer sur le le petit kanal KMT, qui n’a jamais eu tant de téléspectateurs. Hommage à ces pionniers que sont LAOUCHEZ et à MARAJO, notamment.


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