FRANCISCO ROLDAN
[Posté le 21/03/2010]
LA LETTRE VERSATILE DE JIMMY GLADIATOR n° 171, 19 mars 2010
FRANCISCO ROLDAN 17-03-2010
Francisco Roldán nous a quittés le vendredi 12 mars 2010. Il avait 95 ans. Le drapeau rouge et noir qui recouvre son cercueil aujourd’hui symbolise toute une vie. Francisco Roldán est l’image même d’une génération dont il était l’un des derniers représentants. Anonymes, discrets, constants, ces hommes ont insufflé sa force à un mouvement social singulier qui a fait trembler la société capitaliste sur ses bases. Ouvriers ou paysans, ils ont contribué à donner à ces catégories une dimension constructive unique. Révolutionnaires, ils ont fait la Révolution – nous ne pouvons pas tous en dire autant. Écrasés, emprisonnés, exilés, ils n’ont renoncé à rien, ils ont poursuivi leur combat, tantôt héroïque tantôt quotidien, toujours modeste, pour un monde plus juste. Pourtant obligés par les circonstances à intégrer le monde du travail dès 10 ou 12 ans, ces hommes et ces femmes de l’anarcho-syndicalisme espagnol ont développé une activité éditoriale inouïe qui laisse pantois historiens et spécialistes. Hier encore, après avoir durant des décennies administré la librairie de la CNT espagnole, au local comme lors des meetings de la Mutualité et participé à l’expédition de sa presse depuis l’imprimerie des Gondoles, Francisco Roldán contribuait à la permanence du bulletin que maintiennent les cénétistes espagnols « de l’extérieur », comme on dit maintenant. Dans le plus récent numéro, il y a à peine plus d’un mois, en tête de la colonne « souscription », on peut lire : « Francisco Roldán, Drancy, 32 € » ; et un peu plus bas : « Francisco Roldán, Drancy, 50 € ». Il avait 95 ans et à peine quelques semaines à vivre. Il a même laissé 50 € de plus, à titre posthume. Pourtant, ce sont ces compagnons-là, si enracinés dans le présent, que certains, juchés sur de misérables taupinières intellectuelles, ont traité de semi-analphabètes, ont jugé incapables de comprendre la vraie marche du monde, ont qualifié de passéistes ou d’immobilistes. Si peu soient-ils, ces anciens des barricades de Barcelone ou des collectivités d’Aragon ont la conscience aiguë que leur force, ils l’ont tirée et la tirent encore de l’action collective. Sans eux, le 33 rue des Vignoles n’existerait pas. Sans eux, sans les heures et les heures de permanence assurées par Francisco Roldán, sans sa simple présence amicale, la CNT française serait-elle exactement ce qu’elle est aujourd’hui ? Pour nous qui avons été les jeunes d’une autre époque comme pour les vrais jeunes d’aujourd’hui, Francisco Roldán restera le compagnon toujours souriant, le blagueur impénitent, le respectueux séducteur, la mémoire insolente et vive qui enjouait la sévérité des lieux et l’austérité des sujets qu’on y aborde. Poète à ses heures, mais sans la grosse tête, animateur bon enfant des spectacles et des tombolas de la rue des Vignoles, catalan jusqu’au bout de la moustache mais internationaliste comme personne, travailleur infatigable au service de la cause qu’il a embrassée dès ses plus jeunes années, tel est le Francisco Roldán que nous avons connu. Le reste, tout le reste, lui appartient… Nous savons qu’il va beaucoup nous manquer, comme il manque déjà à sa famille et comme nous manquent ses compagnons disparus avant lui. Aimé Marcellan
Et salut, l’ami, bien le bisou Jimmy