L’université n’est pas à vendre

Communiqué de la FTE

Lundi 3 décembre 2007 // Communiqués confédéraux

Depuis plusieurs années, la privatisation des universités pointe le bout de son nez. Déjà en 2003, la question de l’autonomie des universités avait été d’actualité par le biais d’un projet de loi de Luc Ferry visant la modernisation de l’université ; après des semaines de lutte, ce projet fut enterré alors qu’était mis en place le système LMD (qui, sous couvert d’harmonisation européenne des systèmes d’éducation, entérinait une inégalité des diplômes) puis la loi sur la recherche (qui soumettait la recherche aux investisseurs privés). Suppression de filières « non rentables », casse du cadre national des diplômes, introduction massive d’intérêts privés dans la gouvernance et le financement des universités, précarisation des personnels, cadre sécuritaire et flicage des étudiant(e)s... le spectacle suit son cours et l’Etat continue le massacre avec la loi du 10 août dernier dite « relative aux libertés et responsabilités des universités », dernière étape du processus de libéralisation et de privatisation de l’enseignement supérieur.

Conditions de travail : tout doit disparaître !

L’article 16 du projet Pécresse stipule que les universités peuvent demander « à bénéficier de responsabilités et de compétences élargies en matière budgétaire et de gestion des ressources humaines ». Qu’est ce que cela signifie ?

Le gel des créations de postes et le non-remplacement de nombre de départs en retraites annoncés pour la rentrée 2008 préfigurent le désengagement financier de l’Etat quant à la masse salariale. Cela encouragera le président de l’université à recruter seul et selon son bon vouloir toujours plus de personnels précaires sur ressources propres. C’est dès lors la porte ouverte à l’institutionnalisation des contrats précaires (pour une durée déterminée ou indéterminée) sans aucune garantie statutaire pour les personnels administratifs, techniques, de bibliothèque, d’enseignement ou de recherche. Salaires à négocier, primes au mérite, flexibilité, concurrence, conditions de travail au rabais, définition d’objectifs et évaluation des résultats... l’université devient une entreprise soumise au bon vouloir de quelques personnes, facilitant d’autant le copinage et autres abus déjà en cours.

Bail à céder, occasion à saisir !

Le constat est clair, l’université n’a pas assez de moyens (bâtiments hors normes, manque criant de locaux et de matériels...) et n’est plus, depuis de nombreuses années déjà, financée par l’Etat à la hauteur de ses besoins. Afin de pallier la baisse de budgets annuels déjà largement insuffisants, le choix sera laissé à l’université de devenir propriétaire des bâtiments. Mais qui financera les aménagements et les réparations ? Par manque de moyens, l’université doit chercher de nouveaux modes de financement. Une bonne part des financements viendra alors de l’investissement d’entreprises privées. Il ne fait aucun doute qu’elles ont plus vocation à dégager du profit qu’à faire de la charité. C’est pour cela qu’elles choisiront alors de financer les filières ou recherches universitaires jugées utiles et rentables (quand les autres n’auront que les maigres deniers de l’Etat pour survivre), imposant des formations spécifiques à leurs propres besoins. S’en suivra alors une double concurrence entre facs friquées et facs poubelles, entre filières rentables et les autres. Autre motif de crainte, la hausse des frais d’inscription qui renforcera encore l’inégalité sociale dans l’accessibilité aux études supérieures, obligeant toujours plus d’étudiants à travailler pour financer leurs études. Toujours plus de démocratie... la bureaucratie reste, les seigneurs changent Pour ce qui concerne l’administration des universités, les fastes de l’idéologie libérale apparaissent de nouveau. Sans cautionner la démocratie (dite « représentative » déléguant les pouvoirs à une minorité prenant les décisions pour tou(te)s) telle qu’elle s’exerce actuellement à l’université, on ne peut que s’opposer à la mise en place d’un Conseil d’Administration digne d’un CA d’entreprise avec à sa tête un « président manager ». Car grosso modo, c’est lui le boss ! Ayant déjà autorité sur l’ensemble de la communauté universitaire, ce nouveau « président manager » pourra être à peu près n’importe qui mais surtout un patron. Sa mission, s’il accepte... répartir les miettes que l’Etat daignera continuer à verser à l’université, proposer ses filières au plus offrant et dérouler le tapis rouge au MEDEF. A la tête d’un nouveau CA tout puissant, il sera seul maître à bord en matière de création ou suppression de filières ou de projet de recherche, de gestion de l’attribution et de la répartition des crédits. Enseignants, personnels, étudiants, filières peu rentables, aucuns ne seront désormais à l’abri de la totale main mise du patronat sur le fonctionnement universitaire. Du financement à l’évaluation des enseignements, le cursus universitaire passe sous le contrôle de la loi du marché. L’éducation, un marché comme les autres ?

Couplé à un financement privé désormais indispensable à la survie des universités « autonomes », le choix des filières d’études sera désormais régi par les règles du marché et jugé selon deux critères : taux d’insertion professionnelle et rentabilité. Cela accentuera les inégalités entre les étudiants et la concurrence pour la recherche d’un emploi. La réforme insiste ainsi sur l’objectif de professionnalisation des études à travers l’augmentation des relations avec le bassin socio-économique local. Sont donc institutionnalisées la mainmise des entreprises sur les enseignements dispensés, la diminution voire la disparition de filières (quid des sciences humaines dans ce processus ?) ainsi que la casse du caractère national des diplômes par leur régionalisation et leur mise en relation avec les contextes locaux. Ce souci de rentabilité passera également par la commercialisation des savoirs. Avec la mise en place des Pôles de Recherche de l’Enseignement Supérieur (PRES) financés à la fois par l’Etat et par les entreprises privées, la recherche se voit subordonnée à des résultats immédiats et rentables pour les investisseurs. La recherche publique à la merci de la logique du marché est sacrifiée sur l’autel de la rentabilité. Cette soi-disant « autonomie » annonçant bel et bien la privatisation de l’enseignement supérieur, aucune fac n’échappera à la sélection. Au delà de la question de l’autonomie des universités, on assiste donc finalement sans trop réagir pour l’instant à la remise en cause finale du principe et du but de la formation universitaire. L’université s’est transformée peu à peu en un grand centre de formatage au marché du travail et de consommation de savoirs. Nous ne sommes plus dans une logique de service public d’enseignement mais dans une logique financière globale où l’enseignement doit apporter non plus une valeur ajoutée humaine à la société mais de l’argent... et le plus rapidement possible. L’université doit redevenir un lieu d’échange, un endroit où l’on se forge un savoir critique, où l’on acquiert connaissances et capacités de réflexion.

Publié le 30 novembre 2007, par Secrétariat fédéral.

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