Interior’s : Décès non imputable aux risques professionnels ?

Au Havre, le 15 juillet 2007

Mercredi 18 juillet 2007 // Syndicat Interpro

Mourir au travail

Noël Michon , notre ami et camarade, est décédé le vendredi 25 mai 2007
vers 11H à l’Hôpital Jacques Monod.

La veille, il était au travail dans les ateliers d’Interior’s, dans la
zone « chaises » en fin d’après midi. Seul à son poste de travail, il a
fait un malaise entre 15H35 et 16H30 et personne ne l’a entendu tomber.
Personne n’a vérifié qu’il était parti de l’entreprise bien
qu’il n’ait pas pointé sa sortie.

Aussi, le lendemain matin, deux camarades le trouvèrent par terre,
gisant dans une mare de sang noirâtre, vers 8H30. Il avait passé la
nuit, seul, dans un état comateux, sur son lieu de travail.
Dès cette vision cauchemardesque, un camarade mit Noël en position
latérale de sécurité, il respirait encore. Il fut transporté
d’urgence à l’hôpital. Le soir même, nous n’avions plus beaucoup
d’illusions sur l’amélioration possible de son état de santé.
Un vaisseau avait éclaté dans le tronc cérébral, trop de temps
s’étaient écoulés entre l’heure du malaise et l’intervention des
secours, les dégâts étaient irréversibles.

Toute la soirée de jeudi ,ses enfants l’appelèrent sur son portable. Les
hôpitaux et la police furent questionnés. Il ne vint à l’idée de
personne que Noël pouvait agoniser dans les ateliers d’Interior’s...
Noël avait été le premier Délégué Syndical CNT chez Interior’s à
l’époque des procès à répétition que le syndicat subissait. Depuis il
avait été élu Délégué du Personnel CNT ainsi que d’autres
camarades, une fois deux ans et la dernière fois pour quatre ans.
Noël Michon est mort dans sa quarante cinquième année, Boulevard
Durand, au Havre.

Accident du travail non reconnu

Début juillet le verdict de la CPAM est tombé : la mort de Noël ne sera
pas considérée comme un accident du travail.
Le responsable du pole matérialité de l’Assurance Maladie écrit à la
famille : « Je vous informe que l’accident de Monsieur Noël Michon ne
peut être pris en charge dans le cadre de la législation relative aux
risques professionnels.
En effet après avis du médecin conseil, le décès n’est pas imputable
aux risques professionnels… »
Au-delà de cette décision que nous contestons, nous pensons en premier
lieu à la famille et aux quatre enfants de Noël. Nous pensons que mourir
dans des conditions aussi sordides devrait inciter le patronat à faire
profil bas et les autorités de la CPAM à un peu plus de réalisme voire
d’humanité.
Dans le compte rendu d’enquête il est indiqué que le jour du drame Noël
avait travaillé dans un local non ventilé à l’étage, avec un plafond en
tôle ondulée d’où une chaleur intense. Notre camarade avait travaillé
les bras en hauteur et manutentionné des cartons de plusieurs kilos…Des
collègues ont vu Noël en sueur venant se désaltérer à la fontaine (eau
réfrigérée) vers 14H45 puis 15H30…Cela n’aurait eu aucune incidence
sur son malaise ? De qui se moque-t-on ?

Sacrée médecine du travail !

Dans le procès verbal du CHSCT du 28 mai 2007, il est mentionné que le
jeudi 24 mai,( au moment où notre camarade faisait un malaise), le
médecin du travail et un membre du CHSCT ont effectué une visite de
l’atelier (seulement le rez-de-chaussée !!!) vers 16H-16H15 !!!! Chacun
appréciera la situation…
Cette visite était programmée dans le cadre de la préparation de la
rédaction de la fiche entreprise établie annuellement par le médecin du
travail.

Par ailleurs le médecin du travail avait délivré une fiche médicale
d’aptitude à Noël datée du 25 avril 2006 à revoir dans 24
mois…Bref il était bon pour travailler sans contre indications .
Dans un premier temps, c’est la démarche, nous demandons un recours à
l’amiable. Si le recours est rejeté la famille aidée par le syndicat
saisira le TASS afin de contester la décision et obtenir la
reconnaissance de l’accident de travail.

Nous ne nous faisons aucune illusion sur le recours à l’amiable…On ne
désavoue pas ses pairs…

D’ores et déjà la CNT du Havre demande l’appui de la Confédération
mais aussi de tous les travailleurs écoeurés par cette décision, tant sur le
plan financier que pour faire campagne afin que :
- tout malaise mortel sur le lieu de travail soit considéré comme un
accident du travail avec les droits afférents pour la famille, notamment
les enfants.
- tout salarié ne travaille plus seul sur son lieu de travail
- toutes les dispositions soient prises pour stopper les
accidents du travail, véritable saignée dans les rangs ouvriers depuis
des décennies.

Chaque salarié doit se sentir concerné par cette affaire car demain ce
sera peut être son tour avec son lot d’incertitudes, de paperasseries…
pour ceux qui restent, au-delà de la douleur de perdre un être cher.

Parce que nous ne laisserons pas les enfants de Noël face à
l’inadmissible

Parce que nous les aiderons dans le dédale des démarches administratives
et juridiques

Parce qu’enfin nous représentons l’Humain et que nous ne sommes pas de
vulgaires sacs à viande

Pour la dignité ouvrière
Solidarité avec les enfants de Noël

Nous avons besoin de 2000 euros pour faire appel au Tribunal des
Affaires de la Sécurité Sociale avec notre avocate. Les chèques ,même
d’un montant modeste, sont à envoyer à :

syndicat CNT

BP 411

76057 Le Havre Cedex

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