Argentine info N° 8 / 9 20 mai 2006

Dimanche 21 mai 2006 // Amérique du sud

http://www.fondation-besnard.org/article.php3?id_article=455

Sommaire

1)Tartagal : les ponts et le néo libéralisme

2) Le gouvernement et la manipulation des piqueteros

3) le gouvernement et les droits de l’homme

4) Entreprises récupérées

5) Luttes en cours

6) Nouvel organe anarchiste de lutte sociale

7) Les voisins bougent

1) Tartagal : les ponts et le néo libéralisme

Une bonne partie du mois de mars, Tartagal s’est retrouvé isolé par la rupture de pratiquement tous les ponts, ce qui s’explique non pas par une crue - certes exceptionnelle du Rio Seco - mais par un abandon systématique de presque vingt ans de l’entretien sérieux des infrastructures. La mise à disposition de l’armée avec peu de moyens a été peu efficace.

Sans investissements lourds et canalisations sur des dizaines de kilomètres la situation d’isolement se répétera à l’infini. Et on attendra à la télévision d’autres déclarations de sinistrés, comme en mars 2006, se demandant si Tartagal fait partie de l’Argentine ou si l’Argentine sait que Tartagal est dans le pays.

2) Le gouvernement et la manipulation des piqueteros

Une des caractéristiques du gouvernement peut être résumé par une évocation cinglante : “ Le facteur Barrionuevo [célèbre syndicaliste mafieux, péroniste de droite, parlementaire crapuleux, cité dans le film Mémoire d’un saccage]

[...] Il est également certain qu’aucune blague, maximes ou phrase qu’on peut citer ne sera aussi drôle que celle qui démarre ce texte : “ Barrionuevo est kirchnériste”. Quelle sorte de rire mérite cette phrase ” Amère, parce qu’il existe des rires amères. Triste, parce qu’il il y a des rires tristes. Contrarié, parce qu’il se trouve des rires contrariés. Ou désenchanté ou blasé ou déçu. Jamais gai. Parce que ce cas ne l’est pas. Il ne s’agit pas d’une bonne nouvelle. Pour personne : ni pour Kirchner ni pour la politique argentine. Quand on incorpore à la cité quelqu’un qui devrait en être exclus, en purgeant, ni plus ni moins, ses ravages, personne n’en tire de bénéfices ; sauf, peut-être, celui qui auparavant était expulsé des vertus publiques ; sauf, sans doute, Barrionuevo lui-même. [...]

On dirait fort bien une notule anti kirchnériste. Cela arrive parce que, gauchement et même pathétiquement, il y a une furie et jusqu’à une vielle rancoeur “cette éternelle rancoeur de péronistes et d’antipéronistes” qui continue à obscurcir la politique argentine, et tous, en lisant ce texte, avant de le comprendre se demandent : “ c’est pour ou contre ? C’est pour ou contre le gouvernement ? Expliquons-nous : cette ote cherche à être contre les usages pragmatiques de la politique. [...] Le fait est que beaucoup désiraient que K ne fasse pas ce genre de cho
ses. Il se trouve que K est arrivé au gouvernement avec la promesse de ne pas les faire. Il est venu pour démenemiser le pays [rejeter l’influence des deux mandats de Menem, péroniste de droite corrompu]. Et introduire Barrionuevo dans les rangs de K, c’est menemiser jusqu’à la moelle. “ Comment alors pourrait-il démenemiser celui qui intérieurement se menemise ? ” [...]

Fonctionnaire K : écoutez, Barrionuevo, nous connaissons ses principes. Il a la franchise de les exprimer publiquement. “ On fait pas de fric en travaillant ”, par exemple. Ou aussi : “ Ce pays se tire d’affaire, si nous cessons de faucher pendant deux ans ”. Vous voyez, avec de tels principes nous ne pouvons rien établir avec vous. En effet nous sommes contre la corruption. Nous sommes ici pour créer un pays différent de celui de Menem et vous êtes trop contaminé par ce virus ”. “Ne vous en faites pas”, dit Barrionuevo. “ Si vous n’aimez ces principes, j’en ai d’autres. ” Et l’alliance devient possible. [...]

K a entaché ses principes originaires en prenant les supporteurs de Duhalde [président précédent, péroniste de droite, mafieux efficace et discret]. Et maintenant (avec ou sans photo, ce que K est suffisamment habile pour l’éviter) le “ facteur Barrionuevo ” est la consécration de la politique du caméléon [alacranisme].

Perón disait : “ Je dois arriver avec tout le monde. Si je marche avec les bons, je ne vais pas arriver ou alors avec très peu de gens. ”. Que peu de glamour offre la politique lorsqu’on la regarde d’un point de vue éthique, depuis les principes qui justifient le sacrifice, la foi, le dévouement et même la vie ! Il se peut que “ toutes les scories de la politique dans les faits, toutes ses impuretés Morales ” soient necesaire. Et même : peut-être qu’en ce moment, la Politique est impossible sans elles. Mais comme le disait Groucho Marx : “Je ne ferais jamais partie d’un club qui m’accepterait comme membre ”. Certains aujourd’hui vont devoir dire : “je ne serai jamais dans un club dont Barrionuevo fait partie ”. “ A-t-on gagné quelque chose ou a-t-on trop perdu en incluant un syndicaliste contesté ? ” “ Un homme qui a été et sera dans les groupes infinis qui fragmente une cité ” (José Pablo Feinmann, Página 12, 30 avril 2006)

On appréciera la pirouette finale : pour faire avaler aux lecteurs du très suiviste Página 12 la pilule infecte de la fidélité à Kirchner. Il faut savoir également que des piqueteros passés au kirchnérisme adopte des attitudes de SO de la CGT française d’il y a quelques années, d’où ce titre de Rebelión du 28-06-2005 “De piqueteros vendus à para policiers déclarés”.

Et il faut saluer de nouveaux arrivants parmi les “ para policiers patentés ” des soi-disants libertaires [il suffit de lire leurs déclarations pour sentir qu’on est proche d’un parti politique kirchnériste], ex membres d’AUCA de La Plata [voir les données nationales dans Argentine info n° 4]. Vue de l’intérieur, la manoeuvre est intéressante. Le groupe Auca s’est dissous en février 2005 et l’organisation de masse qu’elle animait - le MUP, Mouvement d’Unité Populaire - s’est également scindée en deux. La raison principale est toujours la même : travailler de concert ou pas avec le gouvernement. Deux militants anarchistes connus dans leur ville, et de moi-même, ont commis une agression visiblement pour couper saboter le travail réalisé par d’autres anarchistes et militants sans étiquette (cantines pour indigents, rattrapage scolaire, centre de multiples mouvements de chômeurs, etc.) dans un squat - Centro Olga Vázquez à La Plata, ex école privée ayant fait faillite il y a une dizaine d’années - occupé depuis 4 ans. La tentative est tellement artificielle que le juge chargé de l’affaire a rendu le squat aux anciens occupants.

Les faits se situent les vendredi 7 et samedi 8 avril 2006. Les protagonistes ont été interviewés par d’indymedia argentine.

Federico Martelli (= FM) “C’est ainsi que vendredi soir nous sommes entrés avec une quarantaine de 40 camarades dans le centre sans exercer de violence. Nous avons indiqué au camarade présent que comme délégation nationale du MUP nous reprenions possession du local et que nous étions prêts à négocier. Rien de ce qui était sur place n’a été touché. En fait, on a protégé les pièces où se trouvaient des affaires personnelles de ceux qui y vivaient, pour que personne n’y touche. Nous avons ensuite communiqué aux gens du del MUP-FPDS [note de la rédaction : Mouvement de Unidad Populaire dans le Front Populaire Darío Santillán] pour dialoguer à propos du lieu, mais ils ont refusé. Plus tard, vendredi dans la nuit, nous avons eu une réunion avec des gens du Front Populaire Darío Santillán (FPDS), plus précisément avec les membres du groupe Verón, et en présence de camarades de HIJOS, CAUCE y COPA.

Ils disent que nous les avons attaqué et qu’ils ont un blessé. Bon, il faut voir le contexte des événements...ils lançaient des pierres et essayaient de couper la chaîne que nous avions mis à l’entrée...

Indymedia La Plata : Ils disent que c’est vous qui avez lancé des pierres ...

FM : Non, c’est impossible que ce soit nous parce que ce que nous voulions c’est avoir une réunion et éviter l’affrontement.

Au milieu de tout ça, nous avons mis des choses pour empêcher le passage dans le couloir...C’est un mensonge que de dire qu’on a mis le feu au local, il n’est même pas certain qu’on ait mis le feu au couloir, car c’est du matériel qui ne peut pas brûler...Ce que, bien sûr, nous avons fait c’est que quand des choses étaient en train d’être incendiées, nous en avons ajoutées pour qu’ils ne puissent pas passer en courrant vers le local...

FM : Un aspect n’est pas clair pour moi, mais je crois que ce sont eux qui cherchaient à couper la chaînes et nous à l’empêcher. Ensuite, oui, nous avons rajouté des choses à l’incendie, mais il faut que ce soit clair que nous n’avons pas incendié le local...

Indymedia La Plata : Concrètement, on dit que toi et Coco vous avez tapé sur quelqu’un avec une pelle à la main, en lui causant une blessure importante. ¿Comment ça s’est passé ?

Juan Manuel Fonrouge (=JMF) : À ce moment j’étais à la porte, et des militantes de la COPA ont apporté un très gros sac plein de pierres et ils ont essayé de couper notre chaîne pour mettre la leur. Nous avons mis une statue de métal devant la porte comme barricade. On me crachait dessus, et même Cieza m’a menacé de mort, en me disant que “tu vas pas t’en sortir vivant”, avec une trentaine de personne qui nous agressaient de différente manière...Pour la pelle, il n’est pas vrai qu’il y ait eu “une grosse colère (mala leche)” de ma part, car si je l’avais voulu, j’aurais pu lui couper le bras. Mais s’il faut parler de blessure, moi aussi j’ai eu mal car le peu de cheveux que j’ai a brûlé ; C’est vrai que dans la bagarre, il y a eu agression des deux côtés. Le problème du feu est le suivant...

Indymedia La Plata : On peut reconnaître qu’il y a eu des deux côtés agressions et menaces...

FM : Agressions oui, menaces non. Nous étions à l’intérieur et eux cherchaient à entrer de force. Il est évident que tu défens ton espace. Nous avons essayé de faire une réunion, mais nous rendons compte que cela aurait montré que le lieu est aux deux groupes. [...]

Nous n’avons pas voulu [en faisant une déclaration au commissariat de police]mentionner l’incendie car ce serait une accusation grave mettant en danger la vie des camarades qui étaient dans le local...

Indymedia La Plata : D’après le Front c’est le contraire et c’est vous qui avez donné des noms ...

FM : Ce n’est pas certain. Nous n’avons donné que le nom de Cibelli [représentant de l’autre tendance du MUP], qui était avec nous et qui s’est présenté devant le commissaire. Nous n’avons ensuite indiqué personne et nous n’avons porté aucune plainte, [...]

JMF : Je veux d’abord expliqué que sur le plan personnel, je suis un employé à la législation qui bosse six jours par semaine pour un salaire 730 pesos (Note de la Rédaction, il montre un bulletin de salaire). Ces gens sont en train de mettre en péril mon poste en me dénonçant comme fonctionnaire alors que je suis simplement un employé d’administration. Si on ne peut accuser un ouvrier d’usine d’être capitaliste parce qu’il travaille pour une entreprise capitaliste, on ne peut pas non plus accuser un employé du public d’être un fonctionnaire du gouvernement vu son emploi. [...]

Notre position politique en ce moment c’est qu’à la différence des années 90, actuellement les classes populaires doivent être offensive. Nous pensons qu’aujourd’hui la classe dominante ne forme pas un bloc homogène comme durant la dernière décennie. A partir du gouvernement de Duhalde et de la consolidation d’un pouvoir populaire le rapport de force a changé. Aujourd’hui nous sommes dans une étape d’offensive, non seulement en Argentine mais dans toute l’Amérique latine, conduite par Chávez au Venezuela et par exemple Evo Morales en Bolivie, avec un ennemi évident qui est l’impérialisme. Ce que nous voulons c’est continuer à construire le pouvoir populaire et à approfondir les outils qui se créent, en cessant de lutter pour les revendications habituelles pour passer à la construction de nouveaux éléments que nous voulons appliquer. Lors de ce processus nous avons rencontré des organisations et des secteurs qui font une lecture favorable par rapport au gouvernement, pour différentes raisons. C’est politique et nous savons que pour des questions tactiques, beaucoup de gens adoptent une affinité que nous partageons. Ceci dit, aucun membre du MUP n’est fonctionnaire ou ne reçoit un salaire de la part des officiels et encore moins un poste politique...

Indymedia La Plata : Mais, bien sûr, il existe des projets communs.

FM : Oui, bien entendu. Nous croyons que le gouvernement de Kirchner est en train de commencer une profonde transformation du pays, avec des nuances, naturellement. Nous ne donnons pas un chèque en blanc au gouvernement, mais nous croyons qu’il y a des aspects de la politique sociale, salariale et économique qu’il faut soutenir. Ensuite il y a des choses que nous n’appuyons pas, comme par exemple le problème de Las Heras [voir les précédents Argentine info]. Si nous devons dire que le gouvernement se trompe sur tel ou tel aspect nous le faisons, mais nous reconnaissons également la contribution de ce gouvernement aux avancées des classes populaires en Argentine...

Indymedia La Plata : Mais en tenant compte du fait que le gouvernement ne s’oppose pas au système et qu’une grande partie des fonctionnaires qui y sont ont participé aux gouvernements qui ont affamé le peuple, est-il plausible de penser que ces mêmes personnes vont changer les choses ? ¿N’y a t-il pas cette lecture critique dans votre mouvement ?

FM : Bien sûr. Nous ne croyons pas que le gouvernement va changer les choses, nous pensons que c’est le peuple organisé qui le fera. Nous ne faisons pas confiance ni à ce gouvernement ni à aucun, notre confiance va au peuple et à ces organisations. Ce que nous croyons c’est que ce gouvernement a ouvert des espaces, qu’il y a des ruptures et qu’on peut avancer avec ce gouvernement sur certains aspects. Ensuite la responsabilité de changer l’Argentine reviendra au peuple...

Indymedia La Plata Comment expliquez-vous le terme “socialisme libertaire plus réaliste” ? (Note de la rédaction : il est apparu dans des forums d’Indymedia comme une caractérisation d’un membre du MUP)

JMF : Nous continuons à nous présenter comme socialistes libertaires, nous nous positionnons comme un mouvement qui construit le pouvoir populaire pour la libération nationale et sociale de l’Argentine, avec ou sans le gouvernement...et notre objectif est toujours la révolution sociale, le socialisme et la liberté, de notre point de vue. En ce moment notre priorité est le débat idéologique avec les autres mouvements au moment de la coordination politique. Le terme “plus réaliste” se réfère à un débat plus avec les autonomes ou les anarchistes qui ont une vision plus individualiste ou qui ont peu de rapports avec la réalité sociale concrète que vit notre peuple. C’est dans de cadre que nous disons que ce gouvernement a concrétisé certaines revendications anciennes de la classe populaire, comme sur le plan des droits de l’homme. Donc nous ne voulons plus démoraliser les gens. Nous avons connus des défaites et aujourd’hui nous croyons que le moment est différent et qu’il faut passer à l’offensive. Cette analyse a entraîné la division du FPDS [Front Populaire Darío Santillán] : ils pensent que la position à suivre est la résistance, et nous optons pour l’offensive. [...]

Nous revenons d’un congrès de la CTA où un plan de lutte a été présenté et adopté, parce qu’en dépit du maquillage, le cadre des salaires ’a pas changé. Maintenant nous allons participer à un congrès de la FUA [Fédération Universitaire Argentine] où nous allons poser le problème de l’université. Ce n’est pas une augmentation de 5 % du budget [qui va changer]. Il faut la transformer et la mettre au service du peuple. Il me semble que le peuple pousse vers l’avant. Maintenant responsabiliser le gouvernement pour ce qui ne va pas bien, je trouve qu’en ce moment c’est puéril. Cela ne signifie pas que je ne vois pas les choses dont il est responsable, comme par exemple les plans “ Jefas et Jefes ”. Sur ce point nous pensons qu’on ne peut pas continuer avec des plans de 150 pesos, car ils doivent passer désormais à 380 et devenir universels. Mais, quelle est la méthode à suivre ? Couper le pont Pueyrredón ? Faire une manif avec 2000 mecs sur la place de Mai ? Il me semble que l’étape a changé en Argentine et que ce que de nombreux mouvements ne veulent pas assumer c’est que maintenant il faut faire de la politique, qu’on obtient les choses non pas en coupant une route, un pont ou en disant “comme je suis dur parce que j’ai un manche de pioche et que je suis piquetero”, mais en construisant un pouvoir populaire et en sachant ce qu’est un rapport de classes et que tant que le rapport de forces ne changera pas, les classes dominantes vont continuer à imposer leur volonté. Sans une discussion politique profonde l’Argentine ne va pas changer. Le changement ne va pas venir de Kirchner uniquement. Aucun changement dans l’histoire n’est venu d’un seul président. Un président le fait avec un peuple organisé.

JMF : Ce que nous croyons c’est que la position que prennent certains partis et mouvements, reflète l’incapacité qu’ils présent actuellement pour faire sérieusement de la politique et à partir de cela ils critiquent ceux qui ont des différences avec leurs options. Pour eux l’Argentine est un calque de 2001 et de la décade des années 1990. Pour nous ce n’est pas le cas et pas seulement à cause de Kirchner, mais vu les nombreuses mesures qu’il a prises et que nous voyons comme un triomphes de nos luttes. Evidement nous sommes à des années lumière de l’Argentine que nous désirons et nous continuons à poser profondément la destruction de ce système et le chemin vers le socialisme, discussion que mènent sur le plan mondial Chávez et Castro et dont nous sommes très loin comme pays, mais vers lesquels nous nous dirigeons. L’autre version des événements :

Vendredi dernier, nous nous sommes retrouvé à quelques uns quand nous sommes allés au centre social, face à la façon arrogante et violente d’un groupe d’une trentaine de personnes, qui se sont introduites dans le local en poussant un camarade qui attendait à ce moment là une réunion qui devait y avoir lieu. Ils l’ont bousculé, en étant bien organisés : on en voyait peu et après un groupe est apparu par derrière. Ce camarade s’est débrouillé pour nous contacter, nous qui commencions à être à la porte pour voir ce qu’on pouvait faire. C’était le vendredi vers 20 h. D’abord nous avons fait une assemblée pour que nous tous nous ayons un peu d’info sur la situation.

Ensuite un groupe s’est approché pour parler avec ces gens pour voir ce qu’ils voulaient, en cherchant à dialoguer, tout en étant conscients qu’il s’agissait visiblement d’une usurpation car on vit pas seulement dans ce local, il y avait des objets de valeur pour nous et nous ne savions pas ce qu’il en était. Ces gens nous disent alors que le lieu leur appartient, avec une attitude intransigeante et très peu respectueuse. Face à cela, nous avons essayé de ne pas envenimer la situation et nous leur avons expliqué que de nombreuses activités étaient en cours et que même certains voisins y participaient. Pendant ce temps là, les gens du quartier nous ont alerté parce que les usurpateurs étaient sur les toits et nous surveillaient. Donc le vendredi nous sommes restés sur le trottoir d’en face en attendant.

Le samedi nous sommes concentrés tôt le matin et la situation était la même, mais les voisins étaient de plus en plus nerveux en attendant la fin des événements, tout en se plaignant qu’on marchait sur leur toit. Nous avons alors notre réunion où il y avait pas mal de tension parce que les mecs n’offraient pas une possibilité de négociation et les gens voulait récupérer le lieu. [...]

C’est dans ce cadre qu’ils s’approchent de la porte en disant qu’ils étaient les propriétaires. Les camarades alors commencent à se fâcher, parce qu’en plus des matelas et de trucs devant la porte, les attitudes des gars se crispaient. Une situation de bousculade se produit, des camarades veulent entrer et une volée de pierres jaillit de l’intérieur arrivant jusqu’au trottoir d’en face. Là on a vu que les gens à l’intérieur commençait à avoir peur parce qu’on entendait des cris. Cette situation a déclenché que des matelas ont été brûlés. Des copains ont voulu rentré pour éteindre le feu et ont été agressés. Par exemple, un camarade a pris un coup de pelle dans la main entraînant une lésion importante. Peu après, on a vu qu’un voisin a eu peur parce que la police est arrivé et aussi les pompiers qui ont éteint le feu. La situation s’est alors calmée. La police a pris le contrôle et finalement le groupe qui occupait le lieu est sorti et nous aussi.

Indymedia La Plata : Politiquement pourquoi pensez-vous que vous devez assumer en tant que Front Populaire et pas seulement comme MUP ?

Laura Cibelli : Parce que cela fait plus de deux ans que nous construisons le front, avec une politique consensuelle, et que nous croyons que le Front est le projet du MUP. A La Plata, les biens ont commencé à être réparti, même ce local, et donc pour cet affrontement et la réponse à donner il y a une position du Front.

Indymedia La Plata : Au delà de la méthode qu’ils ont utilisée, d’après eux ils ont un motif pour s’approprier le local parce qu’ils faisaient partie du mouvement qui occupait ce lieu. Quelle analyse politique faites-vous des événements, au-delà de la situation particulière vécue ?

Nicolás : Evidemment ces camarades ont fait alors partie d’un mouvement qui était uni, mais la réalité est que lamentablement les couples se séparent parfois parce que la fragmentation est une donnée de la réalité. Nous au départ nous avons eu de bons rapports avec la majorité d’entre eux, même de ceux qui étaient dans le local l’autre jour. Mais à un moment nous avons commencé à ne plus être d’accord sur le chemin politique et chacun a suivi une direction. Maintenant si à un moment ils ont été avec nous en travaillant dans ce local, il est également certain qu’ils ont cessé de le faire depuis plus d’un an. Depuis lors il n’y a pas eu de proposition pour bosser ensemble vu qu’évidemment les orientations étaient très différentes. [...]

Nicolás : Le fait concret est que nous bossons dans ce local depuis pas mal de temps avec des activités comme des cycles de cinéma, des ateliers de guignols pour les enfants, d’autres ateliers, l’éducation populaire, l’alphabétisation. Le lieu sert aussi de dépôt de marchandise pour les quartiers et comme foyer pour des camarades qui n’ont pas de quoi loger. Tout cela se faisait normalement. Alors [...]

Indymedia La Plata : Mais concrètement vu la position politique qu’a ce groupe aujourd’hui, vous comme Front vous n’étiez pas prêts à négocier le lieu ; C’est une justification politique...

Nicolás : Ce qui se passe est qu’il y a des différences politiques visibles dans la façon de construire et de militer, et ce n’est pas nous seulement les camarades qui parlons ici qui le voyons, dans les quartiers il y a une forte colère parce qu’il y a des gens qui ont de gros besoins et qui voient comment leurs ressources baissent par catégories. On joue sur la famine des gens, sur leurs besoins. On peut le voir aux dernières élections quand il y a eu une baisse de prix des électroménagers, des tôles, de la nourriture, etc., que les personnes à faible revenu recevaient, mais uniquement s’ils étaient dans les mouvements liés au gouvernement et les autres nous avons regardé de loin. Nous pensons donc que dans le cadre unitaire que doit avoir le peuple pour affronter le capitalisme et ceux qui ont liquidé le pays il y a plus de trente ans. Et ici il y a une donnée de la réalité qui marque qu’on est avec ceux qui veulent lutter. Cela n’implique pas que s’il y a des gens qui veulent être avec ce gouvernement, ils ne doivent pas le faire. Nous acceptons une diversité et que l’on construise autrement, mais je ne dois pas coucher avec cette personne. Je crois que nous avons le droit de choisir avec qui nous dormons. [...]

Ces faits nous semblent graves parce qu’il y a une série d’épisodes qui se produisent et qui ne touchent pas que nous, ni non plus les organisations de chômeurs, mais les coopératives qui subissent des agressions de la part de ces groupes qui répondent objectivement à un même espace politique proche du gouvernement, puisqu’ils signent des communiqués ensemble, se mobilisent ensemble et ont une capacité de mobilisation étrangement grande, alors que l’ensemble du mouvement piquetero diminue considérablement à cause d’une politique absolument restrictive venant du gouvernement.

Nous savons que ces mouvements ont été pourvus de plans en plus directement depuis le secrétariat général de la Présidence. Des plans PEC accordés par le gouvernement national alors qu’aucune autre organisation n’en a obtenus. Une question se pose : pourquoi le gouvernement est-il si intéressé par la croissance de ce type de mouvements qui sont si intéressés par la désorganisation de la protestations dans les rues ? Nous ne faisons pas trente six hypothèses, nous disons carrément les choses. Ces groupes devraient donc faire leur politique mais sans interférer sur le développement des autres orgas. S’ils sont convaincus que le kirchnérisme est la solution pour le pays, et que cela est en train de devenir un modèle national et populaire, c’est leur affaire. Mais nous, bien sûr, nous trouvons des inconvénients lorsqu’ils viennent nous emmerder, quand leur pratique s’avère contradictoire et hostile à la nôtre.

Toujours dans la série des piqueteros pro gouvernementaux, une association a pris des positions intéressantes début avril 2006 récupérant une grande part des critiques des opposants présentées le 24 mars 2006. Il s’agit de Movimiento Libres del Sur regroupant Movimiento Barrios de Pie (maos), Partido Comunista Congreso Extraordinario, Agrupación Martin Fierro, Frente Barrial 19 de Diciembre, Agrupación Envar El Kadri (nom d’un chef montonero) et Corriente Patria Libre, avec des individus.

On peut lire des points du programme en politique :

1) Nous croyons à la démocratie participative, où le protagoniste est le peuple. Avec des mécanismes de consultation et de décision directe des citoyens sur les grandes questions nationales, provinciales et municipales ; et avec la possibilité concrète de révocation des mandats des gouverneurs. [Il faut lire des gouverneurs non kirchnériste et on note l’absence de révocation des députés et du président]

Les autres points dénoncent “la corruption, la dégradation éthique et le clientélisme” (le 2), une armée pour “le peuple” (le 3), une justice sans “corruption” (le 5), la “vérité et la justice pour les crimes de terrorisme d’Etat, et pour ceux commis par la répression en démocratie” (le 6).

Pour la partie économique, “un Etat fort” (le 1), participation des travailleurs “aux entreprises publiques et privées, et participation des usagers aux services.” (le 2), renationalisation du pétrole et du gaz (le 3), des impôts sur les revenus (5), meilleures retraites (6), appui aux PMI - curieux pour toute cette bande de maos et de communistes - (8), “guerre contre la monoculture du soja” - rien sur les OGM - (9), “une plus juste redistribution de la richesse” (11), “défense inconditionnelle de l’environnement” (12), “fort soutien du développement scientique-technique national” (13).

Pour le social, “ éducation, santé et logement pour tous” (1), pour les femmes “ liberté de disposer de leur corps et la dépénalisation de l’avortement” (2). Sur le plan international, non “à l’ALCA, aux pressions du FMI, de l’OMC” (1), les Maldives (2), défense de Cuba, le Venezuela, la Bolivie, rejet de “l’invasion US en Irak (7), non à Bush (8).

Tout un ensemble où manque le retrait des troupes argentines à Haïti, les hausses des plans et du salaire minimum, mais où on peut avoir l’illusion d’un Kirchner de gauche. Par contre, ces groupes apportent une caution de gauche - comme les Mères autour de hebe de Bonafini - à la politique pro FMI du gouvernement.

Un article décrit “ une gigantesque manœuvre [de Kirchner] pour créer des personnes sources (referentes), des opposants et de vieilles “gloires politiques” comme compagnon de route. Les captations sont multiples et les prix varient.”

Parmi les nombreuses personnes citées, on trouve “Hebe de Bonafini, auparavant intransigeante face au pouvoir, critiquant même ses camarades acceptant des indemnisation [allusion au slogan de Hebe indemnisation = prostitution...]” silencieuse devant la “politique d’exclusion et de famine. Il y aurait-il un rapport avec “son” université qui pourrait octroyer des diplômes valables ?” Et les appuis financiers à Página 12, devenu un bulletin du gouvernement.

Eduardo Maturano, argenpress 06.05.06

3) le gouvernement et les droits de l’homme

Une mère de la place de Mai publie sa position sur Hebe. Je veux te dire que nous, de nombreuses mères nous n’allons pas abandonner cette lutte que nos enfants ont commencée. Nous continuerons à demander justice, à exiger que l’armée par l’intermédiaire de l’Etat, réponde pour tous et chacun de nos enfants et que nous, les mères qui réclamons leurs corps, nous ayons une réponse et qu’il y ait une réponse pour les nouveaux disparus d’aujourd’hui. Car on ne peut décrocher le portrait d’un président au siège des Mères [apparente allusion à Menem] des 30.000 disparus alors que un enfant meurt de dénutrition toutes les deux heures, alors qu’au lieu d’un vrai travail, on jette des bons ou des paquets de nourriture avec les misérables plans chef de foyer. En dépit des promesses avec une telle marginalisation et d’indigence, on rembourse avant terme le FMI, on flirte avec l’impérialisme, on ne pense pas aux enfants, ce qui indique une absence totale de projet de país. il devient plus incompréhensible de comprendre ta déclaration que les disparus le sont pour toujours.

Ils ne disparaîtront jamais.

Celina Kofman, Mère de la place de Mai,III 2006

Second rapport sur la situation des droits de l’homme en Argentine, sous le gouvernement Kirchner (pour 2005)

“L’Argentine est un pays qui en 2005 continue à vivre dans un état de d’urgence sociale et institutionnel, visible par l’extension de la pauvreté, la persistance de la famine et le taux élevé de chômage. En dépit des recettes fiscales, ni la politique économique ni la politique sociale n’ont été orientées vers la solution de ces problèmes de fond : la famine de millions de personnes, l’injuste redistribution de la richesse et la destruction de la vie sociale ...

Selon l’INDEC [statistiques officielles] 56,4% des moins de 18 ans sont pauvres (7.730.708) et 23,6% des indigentes (3.234.835). Plus de la moitié des mineurs pauvres et indigents sont concentrés dans 3 districts : Buenos Aires, Córdoba et Santa Fe. [...]

Les atteintes aux droits les plus élémentaires s’appuient sur deux axes fondamentaux : d’un côté, l’Etat développent des stratégies de rétention de la pauvreté, au moyen de la distribution - de plus en plus massive - de plans sociaux et d’assistance alimentaire aux populations affectées et mobilisées ; de l’autre, l’Etat s’est dirigé vers le renforcement du système répressif institutionnel, en visant le contrôle des populations pauvres et la répression et la criminalisation des conflits sociaux.

Dans un contexte d’approfondissement des inégalités, en 2005, la situation de non protection et de violation des droits de l’homme dans le pays a enregistré de nouvelles orientations. Parmi les principales, nous voulons souligner les suivantes :

I - D’abord, la réponse de l’Etat aux conflits sociaux se fonde sur le triple axe de la répression judiciaire, la criminalisation et les tentatives de militarisation.

Ce dernier point est justifié par deux faits qui sont le blocage du centre de Buenos Aires et l’interdiction de fait des manifestations publiques entre fin août 2005 et, grosso modo février 2006. On peut y ajouter l’envoi de la gendarmerie pour impressionner les manifestants de Las Heras en Patagonie début 2006.

“D’autre part, les effets entraînés par la sélectivité exercée, par la répression judiciaire, produisent au sein des organisations une véritable usure et une fragmentation. D’un côté, on subit la répression, de l’autre on ressent de façon sous-jacente le mécanisme de discipline ou de rappel à l’ordre, dont la menace implicite tend à empêcher de futures protestations. [...]

Dans ce sens, la localité de General Mosconi, situé au nord de Salta, est un cas emblématique et anticipateur, qui exprime parfaitement la prédomination de grands capitaux privés et étrangers dans le cadre d’une économie d’enclave ; l’existence d’autorités provinciales et municipales de très basse qualité institutionnelle, combinées avec l’extension de la corruption sur les plans politique et économique. La mise en place de ce modèle d’exploitation et de contrôle des ressources naturelles s’est concrétisé par le développement de politiques répressives et autoritaires criminalisant la pauvreté et la protestation sociale, de même que par la progression freinée du contrôle des ressources naturelles et stratégiques par des entreprises étrangères, visibles dans la pollution et la déforestation. [...]

Dans la même logique, couvertes par le cadre actuel, des entreprises multinationales comme Repsol-YPF envahissent et polluent plusieurs communautés mapuches, comme c’est le cas dans la province de Neuquén [Patagonie]. Le conflit le plus connu est celui de la contamination du gisement de Loma de la Lata, où les communautés Kaxipayiñ et Paynemil présentent des niveaux d’intoxication alarmants vu l’accumulation de plus de 17 métaux lourds dans leurs tissus. En 2004, le premier cas d’anencéphalie fétale est apparu. Encore que depuis des années le problème soit débattu à la Cours Iberoamericaine des Droits de l’homme et que de leur côté les mapuches aient porté plainte contre Repsol en demandant 445 millions de dollars par voie de justice ordinaire, les possibilités de survie culturelle ont été amputées pour ces communautés. [...] ”

Le cas des employés du métro de Buenos Aires est ainsi présenté : “un conflit professionnel qui, comme tant d’autres a été criminalisé : Actuellement, 2.900 personnes travaillent dans le métro de Buenos Aires, dont 900 sont des précaires. Ces travailleurs précaires sont sous contrats et dépendent d’une douzaine d’entreprises où ils touchent des salaires inférieurs à ceux fixés par la convention collective de Metrovías-UTA, et font des journées de 8 ou 10 heures, bien qu’une loi ait établi un maximum de six. ”

C’est la raison de plusieurs arrêts de travail (octobre 2005, mars 2006)

Le rapport dénonce la situation des prisons" " Dans la province de Buenos Aires il y a environ 31.000 personnes en prison.

- Neuf prisonniers sur dix sont des pauvres.

- 75 % des emprisonnés de la province de Buenos Aires sont passés en première instance sans être condamnés, c’est-à-dire que la justice n’a encore établi s’ils sont coupables du délit pour lequel ils sont accusés.

- D’après les statistiques diffusées par la “Procuración General provincial”, 28 % des sentences dictées pour les personnes détenues sont "des acquittements ou des non lieux". Donc trois emprisonnés sur dix fininssent par être déclaré innocents. Près de 9.000 personnes.

- Huit personnes sur dix ont pour avocat un défenseur officiel. Il n’y en a que 162 pour toute la province, ce qui fait que chacun d’eux doit s’occuper d’une moyenne de 150 personnes.

L’entassement, les conditions infrahumaines de vie et de refus d’accès à la justice représentent, donc, un manque de responsabilité dont doivent rendre compte les fonctionnaires et les législateurs. Les conséquences en sont, entre autres résultats dramatiques, les mutineries qui ravagent les prisons du pays, avec une suite de homicides pas encore sanctionnés. Et on peut citer la mutinerie de la prison de San Martín, à Córdoba, qui se termina par 8 morts et des dizaines de blessés graves [...] ; lors d’une mutinerie commencée par une bagarre entre internes de la prison de la ville de Coronda, une unité pénitentiaire proche de la capital de Santa Fe ; enfin, la mutinerie d’abord dans l’ unité pénitentiaire 28 du service pénitentiaire, à Magdalena (province de Buenos Aires), le 16 octobre 2005, dont le bilan fut de 33 détenus tués à cause de l’inhalation de monoxyde de carbone produit par la crémation de matelas et de couvertures.

II Les dimensions de la féminisation de la pauvreté

Les donnés de l’INDEC (2005) soulignent que la distribution des possibilités de travail entre l’homme et la femme sont très déséquilibrées. 46 % des hommes trouvent un emploi de qualité raisonnable alors que cette proportion est de 27 % pour les femmes en âge active. La différence s’explique par les postes de travail salariés enregistrés, 37 % d’hommes et 23 % de femmes.

1 femme sur 4 uniquement trouve un emploi de qualité. Le fait que 35 % des femmes en âge de travailler se déclarent inactives masque, en grande partie, les graves disfonctionnement dont soufre le marché du travail argentin et comment la législation punit plus intensément les femmes.

III La persistance de l’impunité et la progression de la militarisation en Amérique Latina

Enfin, encore que brièvement, nous désirons montrer la situation d’impunité de l”Etat et de ses institutions, comme une constante de l’histoire argentine, surtout en ce qui concerne les faits graves de répression politique, attentats et cas de gâchette facile, ainsi que la progression de la militarisation à l’échelle du continent.

Dans ce sens, on n’a avancé que pour le jugement sur les assassinats de Maximiliano Kosteky et Darío Santillán, survenus le 26 juin 2002. Rappelons que la sentence judiciaire (9/01/2006) a imposé des peines sévères aux responsables matériels des crimes, tout en permettant la possibilité d’une plainte contre les responsables politiques de ce massacre. Néanmoins, la situation d’impunité concerne des faits antérieurs de répression, assassinat de Teresa Rodríguez, à Cutral Có, province de Neuquén (avril 1997) ; d’ Alejandro Matías Gómez et d’Orlando Justiniano (Mosconi, mai 2000), d’ Aníbal Verón (Mosconi, novembre 2000) ; la répression de juin 2001 à Gral Mosconi, encore, où deux piqueteros sont morts -Carlos Santillán et Omar Barrios- avec plus de 200 blessés, parmi lesquels, un jeune de 19 ans, Iván Dorado, est devenu paraplégique.

D’autre part, rappelons la réponse de l’Etat à une des plus grandes crises enregistrées dans l’histoire du pays, en décembre 2001. La répression déployée par l’Etat, qui déclara l’état de siège, pendant les journées des 19 et 20 décembre 2001, ont laissé le bilan tragique de 33 morts dans tout le pays (chiffre qui s’élève à 37 aujourd’hui, vu que certaines personnes gravement blessées par des impacts de bales de plomb, sont décédées ces trois dernières années). Ainsi, la situation d’impunité se reflète également dans de nombreux cas de gâchette facile, comme l’indique le rapport annule de Correpi [voir le livre Argentine généalogie ... de Zibechi].

La situation d’impunité implique l’Etat argentin en personne, si nous nous reportons au plus grand attentat de l’histoire argentine, l’explosion de la mutuelle israélite, l’AMIA. Douze ans après les faits, il a été démontré que la procédure juridique, loin de trouver les coupables, a garanti leur impunité, par la destruction des preuves, les fausses pistes de l’enquête, des pots-de-vin pour faux témoignages et autres irrégularités. Ces faits, montrant la complicité de l’Etat argentin, ont abouti en 2004 à l’évincement du juge et des adjoints au départ de la procédure. Cependant, et malgré les promesses de la gestion actuelle, le cas piétine.

Rappelons qu’en 1974, 10 % des plus riches gagnaient 12 fois plus que les 10 % les plus pauvres. Durant les dernières décennies, les données de l’inégalité se sont multipliées de telle sorte, qu’aujourd’hui la brèche entre les 10 % les plus riches et les 10 % les plus pauvres est de 31 fois. ”

Ce rapport est de mars 2006 et y ont collaboré des personnalités et des organisations comme Mouvement Teresa Rodriguez (MTR),MTD de Solano, MTD Maximiliano Kosteki, Ammar Capital, lavaca.org, Maristella Svampa, ont également collaboré : Collectif d’Investigación y Acción Jurídica, Casa del Liberado (Córdoba), Equipo Patagónico de Derechos Humanos, Unión de Trabajadores Desocupados (UTD) de Mosconi, Salta, ..., Familles des emprisonnés de Haedo

[novembre 2005 : un train de banlieue part vers 8 heures vers la capitale, accumule plusieurs heures de retard et en plus s’arrête pour problème de freins dans une gare du trajet, celle d’Haedo, où une bonne partie des voyages excédés met le feu au train et à la gare], Familles et survivants du Massacre de Cromañón [voir Argentine info N° 2],

Coopérative de Travail du Bauen Hôtel, récupéré par ses travailleurs.

4) Entreprises récupérées

Le livre édité en août 2005 à Buenos Aires Obreros sin patrón (sistemetización de la experiencia de los obreros y obreras de Zanón) [ouvriers sans patrons, systématisation de l’expérience des ouvriers et ouvrières de Zanón] (159 p., 14 pesos, environ 4 €, un prix raisonnable) est bien fait. Il s’agit d’une réalisation collective encadrée par Claudia Korol, connue par le sérieux de ses écrits. Pour ce bref compte-rendu, je prends des données brutes. Cette usine de céramique de Patagonie, à Neuquén, à 1.200 km de la capitale est passée par plusieurs phases.

Au départ un entrepreneur italien profite des offres locales et fonde dans les années 90 une usine qui fonctionne à la baguette pour exporter une production de qualité. Le représentant syndical, Montes, travaillait de concert avec le patron en approuvant les licenciements ou en virant les ouvriers qui n’étaient pas d’accord avec lui. Lors d’élections syndicales en 1998, des délégués syndicaux oppositionnels se présentèrent et furent élus et un de leurs slogans était (et est) de faire ce qui est promis. En décembre 2000, la nouvelle tendance syndicale fut majoritaire, malgré les combines des bureaucrates. Les assemblées avec les travailleurs devinrent la règle pour que le syndicat prenne des décisions et la solidarité entre les ouvriers en fut une autre. “ Il ne s’agit pas seulement de combattre les patrons mais de lutte contre tous les bureaucrates. Nous l’avons vu dans l’usine. Trente-six copains ont été virés. Nous demandions pourquoi aux bureaucrates et ils nous disaient : “ la boîte ne les embauche pas et ils doivent partir. ” Ils n’ont rien fait. C’est ce qui se passe dans toutes les usines d’Argentine. Dans les syndicats où il y a des bureaucrates, on ne travaille pas avec les collègues, mais avec et pour les patrons. C’est comme ça. Ce ne sont pas uniquement les patrons qui te cognent dessus, c’est aussi les bureaucrates syndicaux eux-mêmes qui soutiennent l’exploitation. Tant qu’il n’y aura pas de commission intérieure pour lutter contre ces bureaucrates et pour reconstituer les syndicats, les travailleurs vont continuer à recevoir des baffes. Parce que les bureaucrates empêchent l’unité des travailleurs. C’est ce que nous avons vu. (pp. 41-42)

Il s’agit évidemment de la CGT (argentine) même si elle ressemble à celle d’ici.

Le 1 octobre 2001 l’équipe du matin rencontre l’équipe de nuit qui n’a pas pu travaillé parce que la direction a fermé la boîte à cause des pertes financières. Nous étions 331. Finalement nous avons décidé de monter une tente dehors et d’y rester. Ca a été difficile parce que nous avons été quatre mois dans la rue et nous devions faire vivre nos familles sans en avoir les moyens. Nous ne pouvions pas non plus nous regarder sans rien faire. On a commencé une lutte de tous les jours dans la rue pour parler aux camarades, aux étudiants, à donner une brochure en échange de nourriture, circuler avec haut parleur sur une voiture dans les quartiers pour demander de quoi manger pour que notre lutte continue.

Ensuite il y a des décisions de justice en notre faveur pour toucher les salaires en retard, on s’est mis à vendre de la céramique et les gens nous en ont acheté. Ensuite en mars 2002, nous avons décidé en assemblée de rentrer dans l’usine et de la metre en marche. On a mis une partie de notre argent pour acheter des fournitures. On a reçu une aide de camarades étudiants qui avaient fait des stages dans l’entreprise. La solidarité des organisations de chômeurs a été très importante durant les cinq mois dehors.

Quand nous campions, les prisonniers d’une prison qui est derrière l’usine ont fait la grève de la faim pendant trois jours et nous ont donné de la nourriture. Leur attitude nous a beaucoup touché et réellement nous avions en dette envers eux. Lorsque nous avons commencé à travailler et avoir des fonds, nous avons décidé tous ensemble de faire une salle d’attente pour les membres des familles des détenus, parce que la prison n’en avait pas. Les gens, qu’il pleuve, qu’il fasse froid u chaud, devait attendre dehors. Alors nous avons décidé de faire une salle d’attente alors que c’est le rôle de l’Etat. En connaissant notre décision, le gouvernement fit construire immédiatement une salle d’attente. Aujourd’hui les familles ont une salle d’attente qui provient de notre effort. Actuellement les amis en prison font leur tables et d’autres choses qu’ils savent faire et nous nous faisons des tombolas dans l’usines et nous leur donnons l’argent que nous recueillons. (p. 52)

Nos rapports avec la communauté [de la ville de Neuquén] sont excellents. Lors de la dernière menace d’expulsion le 8 avril 2003, il y avait 10.000 personnes dans la rue pour protéger la gestion ouvrière de Zanón. Des organisations de quartier, des gens qui venaient nous soutenir pour défendre l’outil de travail.

Nous travaillons pour la communauté. Quand nous avons commencé à produire et que ça tournait bien, nous avons entamé des donations. Nous avons aidé pour une salle de premiers soin infirmerie, pour des écoles qui avaient besoin de céramique, des cantines scolaires, des hôpitaux publics. (pp. 45-48)

Avec les Mapuches nous sommes en rapports depuis des années. Zanón avait une concession dans des carrières sur des terres appartenant aux Mapuches. Ils leur voler la terre, la glaise et en faisait la céramique. Les Mapuches coupèrent plus d’une fois la route des carrières pour l’en empêcher. Nous avons été solidaires avec eux. C’était bien avant l’occupation de l’usine. Les rapports ont commencé à se faire quand nous avons été élus à la commission syndicale. Quand nous avons occupé l’usine les Mapuches sont venus nous proposer leurs carrières pour que nous puissions travailler, mais comme il y avait un procès, nous n’avons pas pu le faire, les payer. C’est au point mort. Par contre ce que nous avons fait c(est comme la glaise vient de la région mapuche, nous avons fait une série de céramique avec des noms de chefs et de « lonkos » de Neuquén. Zanón étant Italien, la majorité des céramiquesavait des noms de son pays. (p. 51)

Il y aura plus d’infos dans le prochain.

5) Luttes en cours

Visite au local de Simeca (03.04.06)

Contrairement à ce qu’indique le portail internet du syndicat, le local a changé, il est beaucoup plus central, en face du métro San Juan. Le local, en rez-de-chaussée, est beaucoup plus fonctionnel, mais il demeurent de nombreux aménagements à faire. Le syndicat est capable d’assurer le paiement du loyer.

Retour sur le portail, qui montre un aspect particulier du syndicalisme argentin. Le portail est enregistré auprès du ministère de l’Intérieur et pour le modifier il faut un nouveau numéro. Comme un camarade est parti du syndicat pour former un syndicat de messagers, et que le problème de la représentativité syndicale n’est pas encore réglé, le portail ne peut être modifié actuellement.

Pour continuer sur le plan externe, Simeca a décidé, il y a quelques mois d’adhérer à la CTA, afin de renforcer sa capacité d’être reconnu comme représentatif. Comme la CTA n’existe pas dans ce secteur, elle est d’accord et ne pose aucune condition actuellement.

De toute façon, la CTA est traversée par le même problème que tous les mouvements sociaux : sa position vis-à-vis du gouvernement Kirchner, exprimée par un affrontement interne autour de deux personnalités.

Sur le plan interne, Simeca représente une force de travail de 50.000 motards - rien qu’à Buenos Aires - effectuant des tâches de livraisons et de messageries, avec les mes messagers en vélo et en pieds, qui sont au moins la moitié.

De plus, le syndicat est en pleine expansion géographique, avec des antennes au nord - Jujuy - et dans la province de Buenos Aires - la Plata, Mar de Plata - et en banlieue.

Le problème clé est que les messagers sont considérés comme des entrepreneurs réalisant une tâche avec des clients (système qui se répand en France). Madame ou Monsieur Y ont donc des clients, comme MacDonald, la chaîne de pharmacies X, etc. Sur le plan pratique, non seulement les impôts sont élevés, mais surtout il n’y a aucun lien avec la réalité : pas d’ancienneté, pas de retraite, pas de couverture sociale, pas d’indemnité de licenciement. Et pourtant les messagers doivent porter des tenues de leurs employeurs et font des horaires de plus de dix heures.

Forte protestation au chantier naval devant le siège du gouverneur

Les travailleurs du chantier naval de Río Santiago [à La Plata, quartier d’Ensenada] ont fait une marche d’Ensenada au siège du gouverneur de la province [environ 10 km, La Plata étant la capitale de la province de Buenos Aires]. Ils réclament la réalisation des travaux promis en 2004.

Commentaire. Les travailleurs du chantier naval de Río Santiago sont allé à pied au siège du gouverneur pour demander au gouverneur Felipe Solá la mise en place des commandes qui devraient être effectuées dans les chantiers navales locaux, comme : Venezuela, projet PAM, Granadero et Barcos Griegos, entre autres.

Ils soulignent qu’en juillet cela fera deux ans que Hugo Chávez est venu à Ensenada, où il s’est engagé, avec le président Kirchner, à fournir du travail au chantier naval [sept pétroliers, puis deux].

Les manifestants préparent une autre marcha pour le 31 de mai, mais cette fois à la Capitale Fédérale [Buenos Aires]. “

(El Día de La Plata, quotidien bourgeois opposé à Kirchner, reproduit par Indymedia argentina)

6) Nouvel organe anarchiste de lutte sociale

Hijos del Peuple [allusion évidente à l’hymne de la CNT espagnole, mais en dehors de ce contexte évoque les enfants du peuple ... donc, tous les anonymes qui luttent], année 1, n° 1, mars 2006 a une première page sans équivoque “ Face à l’avancée de la bourgeoisie, organisons la résistance populaire ”.

L’éditorial situe la ligne du groupe éditeur. “ ... lorsque nous disons camarades [au masculin et au féminin] nous le faisons en pensant à un sujet qui dépasse largement les anarchistes. Nous faisons référence à nos camarades de classe. A tous et à toutes celles qui subissent la répression, les coups, l’ignominie. A tous ceux qui, sans prétendre s’appuyer sur les autres, cherchent une issue collective. A tous et à toutes celles qui, sans théories et sans grandes lectures, souvent avec plus d’obstination qu’autre chose, essaient de construire une vie meilleure. C’est à eux tous que s’adresse ce périodique qui parle de rues, de rendez-vous, de banlieue et des enfants du peuple. [...] L’anarchisme a été inventé par les pauvres. Ils l’ont tiré de leurs besoins et de leurs urgences. Si les Bakounine, les Kropotkine et les Malatesta ont existé et ont joué un rôle très important et si nous allons toujours les revendiquer (beaucoup ont abandonné une situation de privilège économique pour rallier la tranchée du peuple), on ne peut nier qu’aucune de leurs pensées n’auraient été possibles s’ils n’avaient pas vu la situation où se trouvait la classe. [...]

Beaucoup des expériences qui ont lieu sur le plan social ces derniers temps (assemblées populaires, MTD, occupations d’usines sous forme assembléaire, luttes étudiantes, en marge des syndicats, etc.) contiennent beaucoup d’aspects libertaires. Notre mission est de renforcer, accroître, dynamiser.

7) Les voisins bougent

La résurrection de los groupes anarchistes et libertaires au Chili Ainfos donnent le 10.05.06 ces infos [de la presse bourgeoise, Miguel Paz et Javier Rebolledo, La Nación, 7 mai 2006]

Le 1 mai 2006 a été violent à Santiago et le journal se demande pourquoi. Les anarchistes ont été les premiers à jeter des pierres. Les cibles étaient “le ministère de l’Education et le local proche d’un Burger King. Les jeunes étaient cagoulés. [...] la librairie Lápiz López, une succursale du Banco Santander ont été caillassées. Le bilan a été de 51 arrestations pour dommages à la propriété publique et privée, deux pour vol, et de 19 carabiniers contusionnés, un journaliste et un photographe blessés.

On a vu des groupes peu connu pour les Chiliens moyens : Bloc Anarchiste, Hip Hop Activistes, CRA, OCL, FEL, Red Anarchiste du Sud, Classe contre Classe, Guachunei). Un anarchiste a indiqué sur Indymedia : "Ca fait bien des an n’a pas été aussi chargé du vrai sens de cette date : la lutte contre le capital".....

Le Front des Etudiants Libertaires (FEL) regroupe « des anarchistes, des marxistes et des libertaires. Son pont de rencontre est l’anticapitalisme. Il est formé d’environ 150 étudiants et de lycéens à Arica, Valparaíso, Quilpué, Santiago, Concepción et Osorno. En ce moment, ils disent que leur tâche “est de créer un mouvement étudiant fort, avec des orientations révolutionnaires. Le FEL est un des groupes qui a été désigné par Chilevisión et TVN comme étant parmi les organisateurs des troubles du 1 mai, ce que ses membres nient catégoriquement.

La Organización Communiste Libertaire (OCL) recueille l’expérience des anarchistes de la guerre civile espagnole et des anarchistes russes en exil. Elle procède des cendres du CUAC (Congrès d’Unification Anarchocommuniste), qui s’est dissous à cause de différence entre des tendances internes. L’OCL est inscrit dans les organisations de base de Valparaíso, Santiago et la VIII Région. Son travail est dans la rue. C’est ainsi qu’elle se définit dans un questionnaire reçu par mail. »

Classe contre Classe, trotskistes, avec un sous-groupe universitaire, Les Armes de la Critique, a plus de poids parmi les étudiants, parce que "les vieux sont très disqualifiés", explique un militant d’un collectif de Pédagogie. On a aussi le Front Antifasciste, les opposants au service militaire. Ces groupes et d’autres - d’après le journal - « défendent tous le pillage comme symbole "d’action contre le capitalisme" et assument sans problèmes l’usage de la violence pour des buts politiques.

« Du côté des théoriciens de l’anarchisme, la principale critique adressée à ces groupes n’est pas l’usage de la violence, mais de l’usage de la violence pas la lier à des propositions concrètes. Le journaliste et chercheur sur l’anarchisme Andrés Pérez, tout en partageant le diagnostic de l’OCL, sur l’origine de la violence, ne la suit pas sans de bonnes raisons. Pour lui, les troubles ont lieu à des dates symboliques, comme le 29 mars, jour du Jeune Combattant, et le 1 mai, n’est qu’une démonstration que ces groupes sont inséré dans le système et répondent à la logique des anniversaires.

Sur la même ligne que Pérez, le sociologue Felipe Tombolini dit que ces groupes n’ont pas encore dépassé le stade des troubles. Un autre chercheur donne un exemple : "Si le pillage de la librairie de Lápiz López avait été fait pour récupérer des crayons, des cahiers et des livres pour les répartir ensuite dans une localité, avec toute une campagne publicitaire et de presse ; ça pourrait passer. Mais ce n’est pas le cas". »

Ils indiquent que ces comportements sont compréhensibles dans un pays avec un des pires indices d’inégalité dans la distribution de la richesse et où l’accès à une bonne éducation et à l’emploi est fonction de la naissance. » Il existe des squats qui ont une fonction importante pour des activités culturelles

L’université organisé des ateliers sur l’anarchisme depuis 1992, avec Óscar Ortiz,qui fut secrétaire et disciple de Clotario Blest grand dirigeant syndical chrétien]. A ce travail s’ajoute celui de l’IEA -Instituto de Estudios Anarquistas - et les éditions Espíritu Libertario, avec des auteurs comme Noam Chomsky. L’IEA vient de lancer un appel pour un colloque sur "Historia del anarquismo en Chile", qui se tiendra à Santiago en janvier prochain, pour commémorer les 100 ans du massacre à l’école de Santa María de Iquique.

Une des réalisations de l’IEA « a été l’organisation de la visite au Chili l’année dernière du psychanalyste Eduardo Colombo, fait qui a marqué le mouvement. Colombo, référence contemporaine de la philosophie anarchiste, a participé à des ateliers, des causeries et des activités ouvertes dans les universités de Concepción, Arcis et Chile. »

“Torres, un "viejo crack" de l’anarchisme, 52 ans et 33 lié à cette philosophie [...] L’historien Ortiz” refusent le terme de mouvement anarchiste. Ortiz parle de groupes anarchistes qui sont incapables de se mettre d’accord sur un minimum de points ; le personnalisme et les inquisiteurs foisonnent, plus attachés à s’accuser les uns les autres qu’à construire un mouvement unitaire". Il existe aussi une mystique de la violence et des cagoules.

Pour le 1 mai en Uruguay, les camarades de l’OLC ont publié cette vision un an et deux mois après l’institution du gouvernement Tabaré (apparemment de gauche)

[...] la perpetuation de la criminalizacion de la protestation de la part du sisteme. Ce vieux mécanisme s’accentue avec ce gouvernement, le nombre de prisonniers politiques dans la capitale n’a pas cessé. Des camarades cognés avec hargne et des condamnations pour des militants sociaux, des procès contre des militants des droits de l’homme, les 65 accusés et les 3 emprisonnés de COPROGRAF [coopérative ouvrière], procès de 4 travailleurs de Naussa et les ouvriers de la canne à sucre dans le collimateur. Cela fait partie de la recette néo libérale pour l’étape actuelle, le modèle n’offre que la répression, parce que il y aura toujours des protestations. La justice puante continue à jouer le jeu de la droite.

Raúl Zibechi (livre traduit par la CNT-RP) et le moment actuel en Amérique latine (ALAIAMLATINA, 29.04.06) Rien à voir avec les illusions de Noam Chomsky

Nous vivons un moment d’inflexion dans le rapport de forces continental, mais on ne voit pas clairement les forces motrices d’une intégration alternative. [...]

Le sentiment d’une partie considérable de la gauche continentale, où se trouve Chávez lui-même, la crise des accros existant comme la CAN et le MERCOSUR est positive puisqu’elle va permettre un redéploiement plus large et plus englobant de l’intégration régionale. A leur place, on attend du gazoduc du sud (qui unira le Venezuela, le Brésil et l’Argentine et ensuite d’autres pays du sous continent) qu’il soit la « locomotive » d’une intégration régionale pouvant avoir comme référence l’Alternativa Bolivarienne (ALBA - jeu de mots donnant Aube, nouvel avenir, etc.). [...]

Pour ajouter de la confusion au tableau, la Bolivie, le Venezuela et Cuba s’apprêtent à signer le Traité Commercial des Peuples (TCP) avec des droits de douane zéro pour les produits de leurs pays. [...]

Le gazoduc unira Puerto Ordaz au Venezuela avec Buenos Aires, il aura 10 mille km de longueur, un coût qui varie entre 20 et 25 milliards de dollars et sa construction commencera entre 2007 et 2009 pour finir dix ans plus tard. Le projet entraîne plusieurs critiques, depuis ceux qui considèrent qu’il s’agit d’un investissement exagéré jusqu’à ceux qui soutiennent que qu’il vaut mieux que le transport de gaz se fasse avec des méthaniers. [...]

Au-delà des déclarations et des discours, on ne voit pas encore de quel type d’intégration nous parlons. [...]

Dans le prochain Argentine info une analyse des événements de São Paulo.

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