Mexique un massacre de trop

Dimanche 7 mai 2006 // Amérique du sud

Jusqu’à mourir, pour être précis", répéta le sous-commandant Marcos de l’EZLN (Armée Zapatiste de Libération Nationale), le 1er Mai à la fin de la manifestation des travailleurs et travailleuses de la Otra campaña.

Il citait ainsi les nombreux témoignages de jeunes, ouvriers, ouvrières, artisans, artisanes, paysans, paysannes, indigènes, travailleurs et travailleuses de la ville et de la campagne, que l’on avait écoutés lors de ces quatre premiers mois de rencontres entre le sous-commandant Marcos, ou délégué zéro de la Otra, et les adhérents et adhérentes à la Otra campaña, et qui montraient la détermination de ceux et celles "d’en bas à gauche" à lutter, jusqu’à la mort, si il faut.

Deux jours après ce discours, les autorités mexicaines démontraient qu’elles étaient prêtes à tuer pour rétablir « la paix sociale ». Prêtes à tuer un adolescent de 14 ans. Javier Cortes Santiago, c’est son nom, a été frappé par l’impact d’une bombe de gaz lacrymogène en pleine poitrine, le 3 mai, vers 17 heures, durant les affrontements entre la police et les habitants de San Salvador Atenco (à peu près 40 kilomètres de Mexico), Etat du Mexique (1 des 32 Etats qui composent le Mexique).

Les affrontements avaient commencés tôt le matin, vers 7 heures, quand des fleuristes de Texcoco, situé à quelques kilomètres de San Salvador Atenco, s’installèrent sur la place du centre-ville alors que les autorités municipales avaient pris la décision d’interdire aux fleuristes de vendre leurs fleurs, et ce, depuis le 11 avril. Selon le président municipal (appartenant au PRD, Parti de la Révolution Démocratique, soi-disant de gauche), il s’agissait de les « rediriger vers un lieu plus commode ». Mais, pendant qu’il est entrain d’expulser les commerçants du centre-ville vers « un lieu plus commode », il donnait un espace privilégié à un Wall-Mart (plus grande entreprise de supermarché au monde, états-unienne) qui va détruire la vie des petits commerces, en vendant tout ce que vendent ces commerçants locaux, mais moins cher (et de moins bonne qualité).

Face à cela, 8 fleuristes de Texcoco avaient décidé de s’allier au FPDT (Front des Villages en Défense de la Terre) de San Salvador Atenco. Ce groupe de paysans est connu à travers le Mexique, et le monde, pour avoir empêché la formation d’un complexe industriel et touristique, basé sur la construction d’un aéroport, sur leurs terres. Cette lutte digne, pour la défense de la terre et des ressources naturelles, mena les habitants les habitants de ces villages à un rude combat contre les gouvernements de l’Etat, du niveau local au national (qui provoqua notamment un mort du côté d’Atenco), dont le symbole est la machette (principal outil du paysan mexicain) qu’ils et elles amènent lors de chaque manifestation. Lorsque la police municipale décide, le mercredi 3 mai, d’expulser les fleuristes de leur lieu de travail, ceux-là se trouvent en compagnie d’un groupe de personnes appartenant au FPDT. Commence alors un affrontement entre la quarantaine de manifestants et la police. Vers 8 h 30 la police fait reculer les fleuristes, accompagnés du groupe de « macheteros » (ceux qui portent la machette), qui se réfugient dans une maison, non loin du centre.

A partir de là, les autorités exigent, sans jamais vouloir négocier, que les fleuristes se rendent et renoncent à vendre leurs produits sur la place du centre. Vers 17 h 30, la police, après avoir littéralement bombardé, à coup de gaz lacrymogènes, les assiégés qui se trouvaient dans une maison dans le centre de Texcoco, commence à sortir un par un les occupants, n’hésitant pas à frapper durement (certains sortiront quasi-inconscient). Parmi eux, Ignacio Del Valle, considérés par les autorités, comme le leader du FPDT.

Un peu avant cela, dans l’après-midi, Ignacio Del Valle avait appelé des habitants de San Salvador Atenco à venir à Texcoco pour les aider. Ce qu’ils firent.

En effet, plusieurs milliers de personnes vinrent pour couper les routes menant à Texcoco afin d’empêcher les policiers de l’Etat d’arriver à Texcoco. De là commencèrent les affrontements violents entre la police (celle de Texcoco, de l’Etat de Mexico et bientôt la PFP, Police fédéral préventive, police nationale) et membres et sympathisants du FPDT. Les premiers essayant d’ouvrir les routes en attaquant, avec matraques et gaz lacrymogènes, et les seconds stoppant les premiers avec des pierres, des bâtons, leurs machettes et des cocktails Molotov. Ces affrontements durèrent du début de l’après-midi jusqu’à 21-22 heures, lorsque les habitants de San Salvador Atenco se retirèrent à Atenco alors que la police décidait de rester à quelques kilomètres d’Atenco, préparant l’attaque du lendemain.

A la fin de la journée la police comptait une trentaine de blessés, dont quelques-uns gravement et 11 personnes retenues à Atenco. De l’autre côté, on comptait de nombreux blessés (il est toujours impossible de savoir combien), une centaine de personnes détenues et un mort de 14 ans tué par l’éclatement d’une grenade lacrymogène tirée par la police. Le gouverneur de l’Etat du Mexique arriva alors pour dénoncer « ces délinquants qui dépassent l’Etat de droit en utilisant la violence » et les médias passaient en boucle, des images d’un policier frappé par un groupe de manifestants. Ils ne mentionnaient, alors, la mort du jeune manifestant que dans le but d’accuser Ignacio Del Valle de cette mort (à l’aide d’un témoignage du père de l’adolescent qui accuse le leader du FPDT de la mort de son fils).

Aucune mention n’était faite, de la raison de ces violences, et des responsables de cela. Car les responsables sont bel et bien, premièrement, les autorités municipales de Texcoco (du PRD) qui expulsèrent les commerçants locaux du centre-ville, dans le but de favoriser un Wall-Mart, la police de l’Etat (Etat au main du PRI, Parti révolutionnaire institutionnel) qui intervint de manière brutale, sortant de manière très violente les fleuristes et ceux qui les accompagnaient et tuant un adolescent de 14 ans, et enfin le gouvernement fédéral (du président du Mexique, Vicente Fox, du PAN, Parti d’action nationale) qui envoya des centaines de membres de la PFP pour réprimer les habitants d’Atenco et ceux qui étaient venus pour les aider, le 4 mai, au matin. En effet, le jour suivant les affrontements, à peu près 3 000 policiers, municipaux, de l’Etat et fédéraux, investirent les rues de San Salvador Atenco pour effectuer une razzia des membres du FPDT et de ceux et celles qui le soutiennent et récupérer les 11 policiers retenus à Atenco. Une centaine de personnes furent prises durant cette matinée. Parmi eux des personnes âgées pouvant à peine se déplacer, des enfants, des femmes, des hommes, sans aucun ordre d’appréhension, dont certains furent frappés très durement, malgré leurs volontés de ne pas opposer de résistance. On compte une centaine de personnes détenues, en plus, de ceux et celles d’hier, ce qui amène le tout à près de 200. Les policiers retenus furent presque tous relâchés avant ou pendant l’arrivée des policiers et mis à part deux ou trois amenés à l’hôpital, les autres retrouvèrent la liberté sans blessures.

Le FPDT est une organisation adhérente à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone et à la Otra campaña, initiative civil et pacifique de l’EZLN au niveau national, dont le but est de joindre les personnes « d’en bas à gauche » en dehors des partis politiques, afin de sortir les riches du pays et de détruire le système capitaliste. En tant que telle, cette organisation a demandé l’aide des autres organisations, association, collectifs, groupes, individus adhérents à la Otra campaña et présents dans tout le pays, pour ne pas rester seuls, car « seul, on ne peut rien faire » (paroles de America Del Valle, fille d’Ignacio Del Valle).

Hier, 4 mai, s’est donc effectuée une journée de protestation contre les violences policières qu’ont subies les habitants de San Salvador Atenco, dans, au moins, 25 villes du Mexique. Quant à l’EZLN, elle s’est déclarée en alerte rouge, suite à ces événements et a, par conséquent, fermé les caracoles (lieu ouvert faisant le lien entre les bases d’appuis de l’EZLN et la société civile nationale et internationale). De plus, le lieutenant-colonel Moises de l’EZLN a appelé les adhérents et adhérentes à la Sixième Déclaration de la forêt Lacandone du monde entier, à réaliser des actions contre les ambassades mexicaines pour montrer leurs oppositions à la répression de l’Etat mexicain.

Au Mexique se poursuivent les actions en soutien à toutes les victimes des violences policières de ces deux derniers jours, et en soutien à la lutte que mènent les habitants d’Atenco.

Sous-commandant zero

Ezln

Répondre à cet article