Un jour de grève, et après ?

Mardi 4 mai 2004 // Actualité SSE

Un jour de grève, et après ?

Après le mouvement du printemps, massif dans l’Education, et qui avait commencé à développer des solidarités interprofessionnelles dans la lutte, nous revoilà en train de battre le pavé pour un jour de grève symbolique, centré sur les problèmes de l’éducation.

Certes, la situation dans l’éducation nationale est catastrophique et ouvre une seule perspective d’avenir : dégraissage massif et explosion de la précarité !

- Dans la recherche : la précarité (travail peu ou pas rémunéré, absence de droits sociaux, pas de garantie d’emploi) n’est pas nouvelle mais aujourd’hui les précaires représentent plus de la moitié des chercheur.se.s et enseignant.e.s-chercheur.se.s (au moins 80 000, chercheur.se.s et enseignant.e.s-chercheur.se.s, doctorant.e.s inclu.e.s, contre environ 70 000 titulaires). Plus de la moitié de ces précaires n’ont pas de contrat de travail.

- À l’université : pour la première fois depuis 1945 il n’y a aucune création de postes cette année. Et avec la mise en place des ECTS et du LMD ces universités deviennent l’anti-chambre de la formation d’un main d’ oeuvre docile aux intérêts du patronat.

- Dans le secondaire : les coupes budgétaires ne font pas dans le détail, des filières entières et des options vont disparaître, des classes vont fermer. Nombreux sont les établissements qui voient leur DGH amputée, et ainsi les travaux de groupe et de soutien devenir impossibles. C’est une fois de plus les élèves les plus démunis qui paieront les frais... des économies de l’État !

- La baisse des postes aux concours engagée depuis plusieurs années atteint des records pour 2004 avec une chute de 30 à 40 % dans certaines disciplines. Quand on sait qu’au moins 15 % des postes ouverts ne seront pas pourvus, y a qu’à compter les restes...

- À la suppression de 4 560 postes dans le secondaire, ajoutons 16 000 départs à la retraite (les recrutements prévus sont de 11 000) : cela fera 13 560 postes de profs en moins pour la rentrée 2005 !

Un avenir radieux, donc, quand on pense à ajouter encore la suppression de 26 500 aides-éducateurs et surveillants, et de 1 150 ATOS !

Et dans le primaire, va-t-on nous sortir l’argument de la baisse démographique quand 1 460 postes vont être crées pour faire face à l’arrivée de 53 000 nouveaux élèves ?

La loi de la calculette nous promet donc 46 500 adultes en moins dans l’éducation nationale !

Alors que faire : se contenter de demander des moyens ?

Peut-on revenir à une contestation sur les moyens ? La casse du service public d’éducation s’inscrit dans une entreprise de régression sociale que le Medef applaudit de toutes ses mains, et qu’on est déjà allé combattre dans la rue ?
Que faisons nous des revendications de mai 2003 ?

La disparition du statut de surveillant, la mise à la rue des aides éducateurs et de tous les précaires, enseignants ou agents, qu’on jette après utilisation ? La décentralisation des Tos, la réforme des retraites. Avons-nous accepté de travailler toujours plus, pour toujours moins, toujours plus mal alors qu’il y a toujours plus de chômeurs ?
Allons nous accepter que la fonction publique file vers la privatisation en laissant quelques miettes pour les plus pauvres, que la précarité se généralise, que le droit du travail implose, sous prétexte qu’il ne faudrait pas « tout mélanger » ? Le gouvernement, lui, n’a pas peur d’attaquer sur tous les fronts et lorsqu’il parle du projet de création d’un CDD de 6 ans dans l’éducation nationale, il rappelle à ceux qui veulent l’oublier qu’on est tous embarqués sur la même galère...

Nous à la CNT, nous refusons de nous résigner à encaisser chaque nouveau recul social en restant cloisonnés chacun dans son secteur.
Nous portons évidemment des revendications dans l’éducation, celles qui étaient déjà les nôtres pendant la grève reconductible du printemps dernier :

- Pas un d’entre nous hors de l’éducation nationale
- Retrait de la décentralisation
- Titularisation de tous les précaires sans condition de concours ni de nationalité, accompagnée d’une formation à la hauteur de la difficulté des tâches
- Arrêt total de la précarité et création massive de postes de titulaires pour répondre
aux besoins d’enseignement, d’encadrement et de recherche.
- Sauver les retraites par répartition et revenir aux 37,5 annuités.

Pour une reprise des luttes dans la solidarité interprofessionnelle !

Mais bien plus largement, ce qu’il nous reste à construire, c’est une véritable solidarité des luttes contre la société de misère et de morcellement qu’on est en train de nous bâtir.

Nous n’oublions pas que le corporatisme et la courte vue nous ont déjà fait perdre au printemps dernier. Ce n’est pas la grève qui est à remettre en cause, parce qu’elle ne servirait à rien (même si c’est dur à avaler que l’état se soit fait 230 millions d’euros d’économie sur le dos des grévistes de l’éducation nationale !), c’est l’absence de volonté de rupture des tenants de l’ordre syndical (Fillon a même loué le sens des responsabilités des « leaders » syndicaux qui ont su ne pas aller trop loin...)

Lorsque les grandes centrales ont sifflé le retour au travail après qu’on ait couru des semaines après les promesses d’élargissement du conflit et de grève générale, les travailleuses et les travailleurs du spectacle et de l’audiovisuel, eux, ont continué à courir pendant l’été, bien plus seuls.

La liste est longue de ceux qui ont intérêt à reprendre la rue avant que l’hystérie répressive des lois Sarko-Perben leur en interdise l’accès : des personnels de l’éducation et des éducateurs qui refusent de gérer la pénurie et de devenir flics en dénonçant les enfants pauvres (cf. encadré), aux chômeurs qui refusent d’être condamnés à la misère par la réduction de leurs droits à l’indemnisation en passant par les femmes que le
gouvernement voudrait renvoyer aux fourneaux.

Et pour cela, il y a nécessité de s’organiser, de se coordonner à la base, de dépasser les corporatismes en initiant des actions interprofessionnelles en vue de la construction d’un nouveau mouvement de grève.

Et nous ? On continue !

L’appel à la délation : « Tout professionnel qui intervient au bénéfice d’une personne présentant des difficultés sociales, éducatives, ou matérielles, est tenu d’en informer le maire de la commune de résidence ou la personne par lui désignée aux fin de le substituer. » Seront donc soumis à cette disposition, les éducateurs, enseignants, animateurs, assistants sociaux, éventuellement les médecins des services sociaux, etc...

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