Communiqué de soutien de la CNT FTE aux personnels en lutte du collège Bellefontaine à Toulouse

Mardi 30 juin 2015, par raf // Communiqués confédéraux

Juin, c’est le mois des ouvertures de classes à prévoir dans le primaire pour la rentrée. Faute de moyens suffisants, c’est plutôt, la saison des fermetures. Cette fin d’année coïncide avec rassemblements et manifs devant les directions académiques. Quant à la réforme du collège...

Rassemblement devant l’Assemblée Nationale mercredi 1er juillet à 15h Palais Bourbon, 33 Quai d’Orsay, 75007 Paris Métro Invalides ou Pont de l’Alma.

Les chefs ne supportent pas d’être malmenés. Pour un recteur, un directeur des services académiques ou un chef d’établissement, un professeur, ça fait cours, point barre. Revendiquer, manifester, faire grève, cela dérange, surtout dans un contexte où il faut gérer la misère.

Au collège Bellefontaine à Toulouse, six enseignants viennent d’en faire l’amère expérience. Parce qu’ils revendiquaient un peu trop haut et fort l’application des décrets sur l’éducation prioritaire, ils viennent de subir une mutation arbitraire "dans l’intérêt du service". Légitimement, ils s’y refusent et une collègue a engagé depuis le 22 juin une grève de la faim.

Une délégation du collège se rendra à Paris cette semaine. La CNT-FTE sera à leur côté.

St Étienne le 29 juin 2015

Pour plus d’infos :

Collectif Bellefontaine vient de publier une mise à jour sur la pétition intitulée "M. Le Président de la République, François Hollande, Mme la Ministre de l’Éducation Nationale, Najat Vallaud-Belkacem, Mme la Rectrice de l’Académie de Toulouse, Hélène Bernard : Réintégrez immédiatement les 6 enseignants sur leur lieu de travail et levez"

Pour soutenir financièrement les collègues dans leurs démarches : /https://www.lepotcommun.fr/pot/knumk5y7

Juin, c’est le mois des ouvertures de classes à prévoir dans le primaire pour la rentrée. Faute de moyens suffisants, c’est plutôt, la saison des fermetures. Cette fin d’année coïncide avec rassemblements et manifs devant les directions académiques. Quant à la réforme du collège…

… A lire, l’argumentaire de la CNT…

Une réforme ? Encore ? Ça va tout changer ? Les programmes ? Les méthodes ? Les objectifs du collège ? Les évaluations ?…

Eh oui, nouvelle ministre, nouvelle réforme. Tout changer ? non. Surtout pas ! Les programmes vont peut-être changer à la marge. Les méthodes resteront peu ou prou les mêmes, au gré des modes imposées par les inspecteurs-trices*. L’objectif principal du collège restera de faire le tri social. Quant aux évaluations, elles resteront au service de ce tri, qu’elles soient chiffrées ou par compétences. Elles continueront à être anxiogènes pour les élèves et sources de casse-tête pédagogiques pour les enseignant-es. Sans parler de la division en classes (classes d’âge, classes de niveau ou classes sociales) dont on ne parlera même pas. Quelques idées paraissent bonnes, comme les Enseignements pratiques interdisciplinaires prévus dans l’emploi du temps. Ça permettra à la ministre de mettre de son côté les mouvements pédagogiques peu regardants sur les modalités d’application. Ils tiendront compagnie aux syndicats collabos qui signent des deux mains et les yeux fermés. Pourtant, il suffit d’avoir déjà travaillé dans l’éducation nationale depuis quelques années et deux ou trois réformes pour voir qu’une bonne idée comme celle-ci ne sera pas mise en œuvre comme il le faudrait : aucune heure de concertation dans l’équipe, choix limité des disciplines croisées pour des questions d’emploi du temps impossible, pressions des conservatismes pour maintenir le nombre d’heures et les lourdeurs dans les programmes, etc. Par ailleurs, tout porte à croire que les décisions ne seront pas concertées, collégiales et portées par les enfants et les travailleurs-euses. Procès d’intention ? Non, expérience. Tout sera imposé par des petits chefs et leurs chien-chiens, dans un esprit démocratique digne d’un pouvoir militaire. Nous parlerons bien sûr encore moins des conditions de travail des adultes et des élèves : précarité, « flexibilité », concurrence entre établissements, entre disciplines, travail à la maison trop important (et source d’aggravation des inégalités), classes surchargées, journées trop longues, enfermement, infantilisation, etc. Et les inégalités sociales ? Et le manque de moyens humains ? Et les créations de postes qu’on attend toujours ? Et les conditions d’accueil des élèves en situation de handicap ? Et celles des élèves isolés, qui se retrouvent de plus en plus souvent déscolarisés et à la rue ? Tout est prévu pour continuer à se détériorer, austérité oblige. Alors, ça, une réforme ? Non, c’est comme d’habitude l’expression carriériste d’un-e ministre pour faire avancer sa promotion vers plus de pouvoir, en laissant son nom sur une action politique qui ne sera même pas critiquée ; pas le temps, avant la prochaine réforme d’un autre ministre, qui n’aura surtout rien changé… Au passage, ça aura sûrement aidé à faire quelques économies. En fait, c’est clair, ce n’est pas d’une n-ième réforme dont on a besoin, mais d’une révolution !

* Il n’est jamais inutile de rappeler que l’inspection n’est pas obligatoire et qu’il est assez émancipateur et très peu risqué de la refuser (voir le site du Collectif anti-hiérarchie : www.abasleschefs.org).

Argumentaire

La nouvelle mascarade de la réforme du collège

1/ L’esprit de la « réforme » . Ce que dit la loi :

- Les nouvelles modalités d’enseignement (les enseignements pratiques interdisciplinaires, l’accompagnement personnalisé et le travail en petits groupes) représenteront 20 % du temps des enseignants qu’il leur reviendra d’organiser (en conseil pédagogique) en fonction des besoins des élèves. Les nouveaux programmes, plus cohérents, laisseront à chaque enseignant plus de souplesse et de temps pour mettre en œuvre des pédagogies plus actives.

- Entre les lignes : il revient au conseil pédagogique d’organiser le travail interdisciplinaire, de définir l’accompagnement personnalisé (qui n’a pas grand-chose de personnalisé car se fera en groupe ou avec l’ensemble de la classe), de choisir les heures à dispenser en effectif réduit. Aucune heure de concertation entre les équipes pédagogiques n’est envisagée pour mettre en place une telle usine à gaz !

- Nos revendications : commencer par libérer du temps de concertation pour permettre de réelles pratiques de travail en équipe, pour discuter des pédagogies « actives » et les mettre en œuvre selon des modalités choisies par les enseignants et non pas par le conseil pédagogique qui est présidé par le-la chef d’établissement et dont les membres sont désigné-e-s par lui. Créer des postes pour compenser ces temps de concertation. Pour vraiment répondre aux besoins des élèves, nous sommes pour une éducation intégrale dans un lycée polytechnique.

2/ Conditions de travail des adultes et des enfants

- Ce que dit la loi : les équipes pédagogiques et éducatives disposeront d’une réelle capacité d’initiative pour définir qui fera quoi pendant 4 à 5h par semaine, dans le respect des horaires disciplinaires. Chaque établissement disposera d’une réelle autonomie dans cette redéfinition des emplois du temps.

- Entre les lignes : sous prétexte d’autonomie et de flexibilité, l’État se protège, et se déresponsabilise. Comme chaque établissement fera « comme il veut », les tensions pour récupérer les heures disciplinaires dans ce nouveau dispositif se porteront entre les équipes éducatives et pédagogiques et non pas sur le gouvernement qui souhaite éviter un mouvement social collectif. Les disciplines vont tout simplement être mises en concurrence, ce qui ne manquera pas de détériorer les relations entre collègues. Il s’agit de la même stratégie étatique que pour l’accompagnement personnalisé au lycée : donner l’initiative à chacun de faire au mieux sans pour autant donner les moyens nécessaires, et faire porter la responsabilité de l’échec inéluctable de ce dispositif sur les enseignants qui l’ont organisé. Ce dispositif est totalement incompris des élèves de lycée, il en sera de même au collège car aucun enseignement n’en a été tiré ! Les bahuts entrent en concurrence car l’éducation devient locale et non plus nationale. Les heures « matière » sont garanties sur une période de cycle de 2 ans dans les bahuts ECLAIR (ancien ZEP et nouveau REP) et peuvent être lissées à la guise des établissements… mais on se demande comment ça se passe pour les enfants qui déménagent ou changent de bahut en cours d’année. En matière « d’autonomie » à moins que ce soit « d’innovation », les groupes langue sont plus chargés que les groupes classe et dans certains bahuts on donne à choisir aux profs de langue « 3h en groupe chargé ou 2h30 en demi-groupe », un chantage qui ne respecte pas les horaires plancher.

- Nos revendications : Baisse des effectifs d’élèves dans les classes et pas seulement sur quelques heures dans l’année, recrutement massif de personnels éducatifs, réaffirmation de la liberté pédagogique des enseignant-es. Les décisions relatives aux nouvelles modalités d’enseignement qui concernent des questions pédagogiques doivent être prises exclusivement par les équipes éducatives et non par le CA dans lequel le chef d’établissement a tout pouvoir (droit de veto).

3/ Aggravation des inégalités

- Ce que dit la Loi : La mise en place d’allocation progressive permet dors et déjà de « mettre fin à la ghettoïsation des collèges ». Les enseignants ayant exercé au sein des établissements les plus difficiles de l’éducation prioritaire accéderont aux plus hauts échelons de rémunération. A l’intérieur de chaque établissement, les pouvoirs des coordonnateurs de discipline, de cycle et de niveau ainsi que des référents seront renforcés, dans la mesure où les missions de ceux-ci sont désormais reconnues grâce à des indemnités pour missions particulières qui peuvent aller jusqu’à 3 750 euros par an.

- Entre les lignes : Hypocrisie et ironie se mélangent ! Des établissements en REP souffrent et luttent pour conserver leurs moyens. Chaque nouveau label des « établissements prioritaires » n’a fait que réduire leurs nombres et les moyens qui leur sont alloués (ZEP, ECLAIR, REP). La seule favorisation des salaires en REP ne suffit pas, d’autant que tous les personnels ne la touchent pas (animateurs, AED, AVS, remplaçants). Actuellement, des établissements qui sont déjà passés en REP+ ne perçoivent pas plus, voire parfois moins car les calculs se font sur des bases aberrantes. De plus les élèves de ces établissements perdent des heures d’enseignement car les heures de concertation , environ 1h30 retirées aux EDT prof, réduisent les heures élèves, le temps de cours, donc. Les heures de concertation ne sont pas remplacées par d’autres profs, ne crée pas d’emploi. On maintient les inégalités entre les établissements mais aussi en leur sein avec des inégalités salariales et le renforcement hiérarchique grâce aux IMP. Ces IMP ressemblent fort à la part modulable des ECLAIR en primaire (tellement désorganisatrice que bientôt supprimée). La seule mesure qui tendait à éviter la ghettoïsation des ZEP était la carte scolaire qui garantissait un peu de mixité sociale. La suppression de la carte scolaire a accéléré la fuite des élèves de classe sociale plus élevée vers des collèges publics « bourgeois » ou des collèges privés. Bref toutes les mesures de cette réforme sont totalement hors sujet pour répondre au phénomène de « ghettoïsation » !

- Nos revendications : Rétablir la carte scolaire. Clarifier et augmenter les moyens pour les établissements accueillant les élèves les plus en difficultés. Faire profiter plus d’établissements, y compris les lycées pro, de réels dispositifs d’aide. Revenir sur la sortie scandaleuse de nombreux établissements de l’éducation prioritaire. Revalorisation salariale de tous les personnels. Mise en place d’équivalent RASED pour le secondaire. Le service public doit revenir à une obligation de moyens : à travail égal, salaire égal. Les moyens dont disposent les REP représentent, pour nous, un minimum qui devrait être pour tous.

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