Célestin Freinet. Le maître insurgé

, par cnt09

Célestin Baptistin Freinet

est un pédagogue français né le 5 octobre 1896 à Gars dans les Alpes Maritime, mort le 8 octobre 1966 à Vence dans les Alpes Maritimes.

Reçu au certificat d’études primaires il est admis à l’école primaire supérieure (en internat) à Grasse en 1909. Il obtient son brevet et entre à l’école normale d’instituteurs de Nice qu’il fréquente de 1912 à 1914. Le 26 octobre 1914 il obtient un poste d’instituteur intérimaire à Saint-Cézaire en remplacement du titulaire appelé sous les drapeaux. Mobilisé à son tour, incorporé le 10 avril 1915 et nommé aspirant le 1er janvier 1916, il est versé dans l’infanterie. Il participe à l’offensive du Chemin des Dames. Le 27 octobre 1917 il est grièvement blessé par balle au poumon (il en gardera des séquelles sa vie durant). Il passe sept mois à l’hôpital militaire de Soissons. Reconnu mutilé de guerre à 70 %, il est décoré de la croix de guerre et de la médaille militaire. Il demande à son administration une affectation compatible avec son état de santé4. En janvier 1919, il est nommé à La Croix Villard, où il ne se plaît pas. Le 31 décembre 1919, il reçoit son avis d’affectation au Bar-sur-Loup.

En tant qu’instituteur, Freinet doit adapter son enseignement à ses blessures de guerre. Rapidement, il s’intéresse à la pédagogie. Tout d’abord en écrivant des articles dans la revue syndicale l’Ecole émancipée puis dans l’éducateur prolétarien.
Il se lance dans le mouvement de l’Éducation nouvelle. Certaines lectures l’aident à concevoir une pratique pédagogique qu’il appellera « moderne » : il s’inspire notamment du philosophe américain John Dewey. Divers voyages lui permettront de découvrir des méthodes alors inconnues en France.

L’été 1922 son premier voyage à l’étranger l’emmène en Allemagne, où invité par Siems, il visite les écoles primaires de Hambourg, et notamment les écoles libertaires de Hambourg. Il rend compte de ce voyage dans un article (en octobre et novembre 1922 sur deux numéros, dans L’École émancipée). Il n’avait guère trouvé probante cette pédagogie, la trouvant trop individualiste et trop peu organisée.

En 1924, Freinet développe dans sa classe deux idées révolutionnaires :
L’imprimerie à l’école, à travers une publication hebdomadaire réalisée par les élèves, La Gerbe. Ainsi que la correspondance scolaire.

Freinet hors de l’école publique : l’affaire de Saint-Paul, 1932.
Sous la pression de l’Action française et de Charles Maurras, Freinet est la cible d’attaques virulentes et de calomnies. On l’accuse par exemple d’inciter les élèves au meurtre car il les a fait travailler sur ce sujet dans un numéro de La Gerbe. Sous ces pressions qui iront jusqu’à des menaces physiques, Freinet quitte l’éducation nationale en 1935.

Il décide alors d’ouvrir sa propre école. Mais il devra attendre 1936 et la victoire du Front Populaire en France pour qu’elle soit autorisée. En 1937, Freinet et sa compagne, elle aussi institutrice accueillent des enfants réfugiés de la Guerre d’Espagne.
Durant la Seconde guerre mondiale, comme beaucoup de militants communistes, et à la suite de la signature du pacte germano-soviètique, C. Freinet fait l’objet d’une surveillance policière renforcée en septembre 1939 ; il est assigné à résidence hors de la zone des armées le 29 octobre 1939. Il est interné au centre de séjour surveillé de Saint-Maximin la Sainte-Baume le 16 mars 1940. (Un texte tardivement rendu public donne le 20 mars comme étant sa date d’arrestation). En avril 1940, Freinet est interné dans plusieurs camps du Sud de la France, à Chabanet dans l’Ardèche, à Chibron dans le Var et à Saint-Sulpice dans le Tarn19. Son école est fermée par un arrêté du ministre de l’Éducation nationale en date du 3 mai 1940.
Freinet rejoint en 1944 le maquis FTPF de Béassac dirigé par son beau-frère Lagier-Bruno. Avec l’étiquette P.C., il se retrouve ensuite au Comité départemental de libération à Gap25 où il a notamment la charge de la liaison avec le monde agricole.
À la Libération, Raymond et Lucie Aubrac lui confient la responsabilité pédagogique des centres d’accueil destinés à accueillir notamment les orphelins de guerre de la région26. Dans les locaux réquisitionnés du grand séminaire de Gap il crée un centre scolaire destiné à héberger des orphelins de fusillés ou victimes de guerre, des enfants Juifs ayant échappé au génocide. Il prend la direction du centre scolaire de Gap en février 1945. C’est aussi en février 1945 que reparaît L’Éducateur.
De 1945 à 1964, Freinet poursuit son travail et son projet d’éducation nouvelle. Enfin en 1964, l’éducation nationale reconnaît son expérimentation et l’école de Vence est officiellement reconnue.

Comment rattacher l’école à la vie

"Comment rattacher l’école à la vie demande le "brûleur de loups (pseudonyme d’un des collaborateurs de l’Ecole émancipée). Pour moi, la réponse est bien simple. Je trouve même que la question ne devrait pas être posée ainsi, car c’est avouer implicitement la faillite de l’Ecole si on est obligé de la rattacher à la vie.
L’Ecole est isolée dans la vie. Mais c’est nous qui l’isolons. Il n’y a qu’un moyen de la rattacher à la vie, c’est de faire en sorte de la rattacher à la vie.
Pourquoi persistons-nous à en faire un anormal lieu de dressage où règne l’autorité souveraine du maître ? Nous continuons à traiter nos enfants comme des machines qu’on nourrit de matières indigestes- et à qui nous ne reconnaissons pas même le droit de se plaindre.
L’Ecole n’est pas le lieu où on apprend telles ou telles choses d’un programme défini. L’école doit être l’apprentissage de la vie. Et c’est ce qu’on oublie totalement. On apprend des connaissances à l’enfant : on ne lui dit même pas ce qui sert ou nuit à l’homme son frère ; on ne le prépare pas à vivre en société. Et l’on s’étonne ensuite qu’il soit égaré quand l’école le rejette et qu’il ne soit pas sociable (du point de vue d’une société harmonique). [...]
Mais l’Ecole soutient l’Etat. Et le jour où cette école sera définitivement débarrassée de l’emprise de l’Etat, toute exploitation - capitaliste ou communiste - sera impossible.
Il faut donc donner la vie à nos enfants. Pour cela, il n’y a qu’un moyen : les faire vivre, non de la vie factice et réglée d’aujourd’hui, mais de leur vie à eux - qui est moins incohérente qu’on le croit. Il faut les faire vivre en république dès l’école. [...]"

L’Ecole émancipée, n°32, 7 mai 1921, rubrique "chacun sa pierre", extrait de Célestin Freinet, Le maître insurgé. Articles et éditoriaux 1920-1939, collection "N’AUTRE ECOLE", éditions Libertalia, Paris 2016, p.33-36

Pour aller plus loin :

http://www.cnt-f.org/fte/2016/12/01/la-mauvaise-herbe-n3/
http://www.questionsdeclasses.org/
https://www.icem-pedagogie-freinet.org/node/8309
http://www.editionslibertalia.com/c...