Articles avec le tag ‘syndicalisme’

Mémoire ouvrière et locale : la coopérative « L’Union de Lille »

mardi 7 février 2017

L’Union de Lille est une coopérative créée en 1892 par un groupe d’ouvriers et d’ouvrières. Au début, il s’agit uniquement d’acheter du pain en gros afin de le revendre aux sociétaires à un prix plus bas que celui pratiqué au détail dans les boulangeries lilloises. Le succès est fulgurant et, en 1897, la coopérative compte 4053 adhérent.es. L’union de Lille décide alors d’élargir son champ d’activités…

En 1902, elle produit son propre pain et fait construire dans le quartier populaire de Lille-Moulins un bâtiment de 3000 m2 dont le style monumental symbolise la fierté de la classe ouvrière et rivalise avec les productions architecturales du patronat de l’époque (usines-châteaux, hôtels particuliers, etc.). Situé rue d’Arras (en face de la place Vanhoenacker et à 450 mètres du local actuel de la CNT), cet édifice abrite non seulement une boulangerie mais aussi une épicerie, une mercerie, un magasin de confection, une bibliothèque, une école de musique, une salle de gymnastique, une imprimerie militante, un café de 200 places et une magnifique salle de spectacle de 2000 places. L’Union de Lille accueille aussi des sociétés de secours mutuels destinées à venir en aide aux ouvriers et ouvrières en cas de chômage, de maladie ou de décès (bien avant la création de la Sécu). Enfin, elle sert de siège social aux organisations syndicales et politiques du mouvement ouvrier lillois. C’est dans les locaux de L’Union de Lille que se préparent les grèves et les manifestations. C’est là qu’ont lieu les causeries populaires et les grands meetings. C’est là aussi que sont organisées les fêtes de soutien (comme en 1937 et 1938 pour les antifascistes espagnols). Bref, un bel exemple d’auto-organisation des travailleurs.euses !

Dans les années 1950, la coopérative de consommation disparait à cause de la désindustrialisation du quartier et, sur le plan militant, le lieu perd peu à peu de son importance. Un cinéma est créé dans la salle des fêtes mais, à la fin des années 1960, il disparait lui aussi. À partir des années 1970, les locaux sont désaffectés, à l’exception de l’imprimerie qui fonctionne encore mais qui est devenue une entreprise privée liée au PS. Au début des années 1980, un cabinet d’architectes chargé par la mairie de Lille d’une étude pour l’aménagement et le développement du quartier de Moulins préconise de « conserver et protéger un ensemble architectural dont les qualités de composition et de construction ne pourraient plus être égalées ». Au milieu des années 1980, Pierre Mauroy (maire PS de Lille) déclare son intention de créer à cet endroit une « fondation du mouvement ouvrier ». Mais rien n’est fait et le bâtiment continue à se détériorer. Une association est alors créée par les habitant.es du quartier pour défendre ce qu’ils/elles considèrent comme un « lieu de culture et d’expression ».

Finalement, en 1994, la mairie décide de faire démolir le bâtiment pour le remplacer par des appartements et un supermarché. Ne subsiste aujourd’hui que l’imposante façade, classée à l’inventaire des monuments historiques et sur laquelle sont gravés ces mots : « COOPÉRATIVE L’UNION DE LILLE ». Mais ne cherchez pas un panneau expliquant à quoi correspond historiquement cette façade car, comme pour l’emplacement de l’estaminet lillois où fut composée la musique de « L’Internationale » (en savoir plus à ce sujet), la mairie de Lille n’a pas jugé utile pour l’instant d’en installer un !

> Plan d’accès et vue actuelle de la façade de l’ex-coopérative

Naissance du syndicat CNT Emploi Formation Insertion Nord Pas-de-Calais Picardie

lundi 4 avril 2016

logo-cnt-efi-npdcpLe 24 mars 2016, des salarié-e-s de la région Nord Pas-de-Calais Picardie (NPDCP) travaillant à Pôle emploi ont créé un syndicat CNT de l’emploi, de la formation et de l’insertion (EFI).

Les membres fondateurs de la CNT EFI NPDCP sont engagés dans la lutte depuis quelques années, notamment à Amiens aux côtés de la CIP (coordination des précaires et intermittents). Pour en savoir plus, lire ci-dessous le texte de présentation qu’ils/elles ont rédigé…

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Pour tout contact, utiliser l’adresse e-mail de l’ancienne section « Pôle emploi » du syndicat CNT-SSEC 59/62 : efi-npdcp [at] cnt-f.org

Contre l’extrême droite : offensive sociale et populaire !

lundi 7 décembre 2015

L’extrême droite se nourrit des contre-réformes libérales menées depuis des décennies par tous les gouvernements successifs, qu’ils soient UMP ou PS. Elle se délecte des renoncements idéologiques politiques et syndicaux.affiche-CNT-ami-entends-tu Elle prospère sur le terrain du recours aux faux-semblants de patrie, d’État protecteur et de personnalisation du pouvoir. Elle grossit des affaires de corruption à répétition entre détenteurs du pouvoir politique ou économique. Elle s’extasie de la destruction des systèmes de solidarité comme du repli sur soi et de la peur qui s’ensuivent. Si nous voulons renvoyer l’extrême droite dans les poubelles de l’Histoire, nous devons reprendre l’offensive sociale, renforcer l’auto-organisation des travailleurs/euses (avec ou sans emploi), reconstruire des lieux d’entraide et refuser de déléguer notre pouvoir de décision à qui que ce soit. L’extrême droite hait les syndicats, les grèves et les victoires sociales parce qu’elle ne vit que de la misère, de la peur et de la victimisation. Nous ne la vaincrons qu’en construisant un syndicalisme de combat, capable d’inverser le rapport de force avec l’État, le capitalisme et le patronat, capable de conquérir de nouveaux droits.

> Notre dossier d’info et de lutte contre l’extrême droite
> Les résultats du 1er tour des élections régionales 2015 en Nord Pas-de-Calais Picardie

Antifascisme : tract de la CNT 59/62 face à l’extrême droite

vendredi 6 novembre 2015

Réalisé à partir d’un texte du syndicat CNT de la presse et des médias :

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> Télécharger ce tract au format PDF
> Lire notre dossier d’info et de lutte contre l’extrême droite

Petit jeu de l’oie estival pour les salarié-e-s de l’industrie

samedi 11 juillet 2015

Salarié-e-s de l’industrie : avant, pendant ou après vos congés d’été, voici un jeu de société pour préparer la rentrée sociale…

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Position de la CNT éducation 59/62 sur la grève du 3 février

lundi 19 janvier 2015

greve-education-3-fevrier-2015Mardi 3 février 2015, la FSU et ses syndicats (Snes, Snuipp, etc.) appellent les personnels de l’Éducation à se mettre en grève pour l’emploi, les conditions de travail, la formation et les salaires.

Lancée sans concertation avec les autres organisations syndicales, cette grève apparaît un peu comme une opération de promotion de la FSU, ce qui est bien sûr tout à fait son droit mais qui pose problème en matière d’action unitaire.

Dans le Nord Pas-de-Calais, la CNT éducation a décidé de ne pas s’associer formellement à cet appel.

Toutefois, les réalités de terrain étant diverses (établissements déjà en lutte, mobilisations locales menées par des intersyndicales ou des comités de grève unitaires, possibilités de reconduire le mouvement…), à chaque fois que cette journée pourra constituer localement un point d’appui pour les luttes, la CNT éducation se trouvera du côté des grévistes.

> Télécharger cette position au format pdf
 

terrains-de-lutte-cnt-educationTract de la CNT éducation 59/62 sur la stagnation des salaires, le manque de postes, la précarité, l’arnaque sur l’éducation prioritaire, la gestion managériale des équipes éducatives, l’inspection-notation, etc. : mobilisons-nous pour défendre nos conditions de travail et les conditions d’apprentissage de nos élèves !

Industrie et BTP : 7 110 emplois supprimés en un an dans la région !

samedi 18 octobre 2014

JT_France3_Ile-de-France_11nov2010_19h 025L’URSAAF vient de publier son étude annuelle sur les chiffres du chômage. On peut y lire que, de juin 2013 à juin 2014, le Nord Pas-de-Calais a perdu 4 730 CDI dans le secteur industriel et 2 380 emplois dans le secteur du bâtiment et des travaux publics (BTP), ce qui, tous secteurs confondus et depuis 10 ans, fait monter à plus de 25 000 le nombre de postes supprimés dans la région.

Concernant plus spécifiquement les entreprises de travaux publics (sociétés privées chargées par les collectivités territoriales de construire et d’entretenir les routes, les ponts, les réseaux d’assainissement, etc.), en 6 ans, 3 000 d’entre elles ont fait faillite dans le Nord Pas-de-Calais, ceci en raison des restrictions budgétaires que l’État impose aux collectivités territoriales.

Face aux licenciements (et plus généralement bien sûr), il est important de ne pas rester isolés car les patrons, eux, sont organisés ! Dans la région, pour se syndiquer, les salariés travaillant dans le secteur de l’industrie et du BTP peuvent contacter le syndicat CNT de l’industrie, du commerce et des services du Nord (stis59@cnt-f.org) ou celui du Pas-de-Calais (stics62@cnt-f.org). D’autre part, pour en savoir plus sur les combats de la CNT dans le secteur du BTP, on peut consulter le site du syndicat unifié du bâtiment, des travaux publics, du bois, de l’ameublement et des matériaux de construction de la région parisienne (www.cnt-f.org/subrp) qui est très bien fait.

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Boîte à outils pour préparer la rentrée sociale…

jeudi 31 juillet 2014

 

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Dessin extrait du “Combat Syndicaliste” (journal confédéral de la CNT)

 

Texte paru en juin et juillet 2014 dans « Le Combat Syndicaliste »
(journal confédéral de la CNT) qui donne quelques lois, trucs et astuces
pour mener une grève dans une entreprise privée comme publique :
www.cnt-f.org/59-62/wp-content/uploads/la-boite-a-outils-du-greviste.pdf

 

Articles et fiches pratiques pour s’organiser sur le lieu de travail, construire une lutte syndicale, faire une prise de parole, une AG ou un piquet de grève, mener une négociation, déclarer une manif, rédiger un tract, etc. :
www.cnt-f.org/59-62/formation-syndicale

Mémoire sociale : la section syndicale CNT de La Redoute (2002 – 2003)

mardi 11 février 2014

cnt-vpc-la-redouteLe texte ci-dessous est extrait d’un travail universitaire réalisé en 2003 par Hélène Duriez (“Le conflit de représentativité syndicale dans l’entreprise La Redoute : l’encadrement de la liberté syndicale contre la lutte des classes”). Pour sa parution cette année-là dans le bulletin régional de la CNT 59/62 et dans le « Combat syndicaliste » (journal confédéral de la CNT), il a été relu et adapté collectivement par Hélène Duriez et un militant de l’UL-CNT de Lille.

L’évolution de la politique sociale de l’entreprise

La configuration économique, sociale et politique de La Redoute est particulièrement spécifique. Plusieurs éléments permettent de déterminer le contexte de conflictualité sociale propre à l’entreprise.

On peut tout d’abord émettre l’hypothèse que la situation géographique du siège social de l’entreprise dans la ville de Roubaix joue un rôle intéressant à l’égard du potentiel contestataire qu’elle pourrait susciter. Une partie du travail de la direction des ressources humaines tient à l’entretien des relations de l’entreprise avec la municipalité de Roubaix. Le siège de La Redoute étant situé à la frontière du quartier populaire de l’Alma-gare et du centre ville, tout laisse à penser que la politique de “redynamisation économique” mise en œuvre actuellement par la mairie roubaisienne constitue un enjeu pour l’entreprise. Cette politique crée à tout le moins un climat de tension sociale auprès des habitants du quartier proche du siège social, puisqu’une décision municipale de réhabilitation en locaux commerciaux de certains logements d’habitation situés à proximité du siège de La Redoute a d’ores et déjà suscité la mobilisation des habitants et de l’Atelier populaire d’urbanisme (APU) de l’Alma-gare, qui s’indignaient de cette décision municipale unilatérale alors qu’ils auraient pu être consultés préalablement, à l’instar d’autres procédures précédentes similaires (voir l’interview réalisée auprès du permanent de l’APU de l’Alma-gare dans la revue “Territoires” d’octobre 2002).

D’autre part, à cette date (avril 2003), La Redoute est la plus grande entreprise privée du département du Nord. Elle distribue aujourd’hui près de 8 millions de catalogues en France et son fichier est le deuxième après celui de la Poste. Après avoir connu un taux de croissance extrêmement important dans les années 80 et un besoin massif de main d’œuvre, le secteur VPC est aujourd’hui devenu un secteur stagnant et le chiffre d’affaire de La Redoute chute. Ainsi, d’après la direction des ressources humaines, La Redoute aurait atteint un certain seuil de saturation qui imposerait à l’entreprise de revoir son organisation en matière de relations sociales et d’adopter une posture de resserrage sur le recrutement et les rémunérations. Cette évolution conjoncturelle se traduit notamment par l’emploi de nombreux intérimaires, plus avantageux en terme de flexibilité que les emplois à durée indéterminée. L’entreprise bénéficie cependant d’une conjoncture récente relativement favorable puisque son concurrent le plus proche a négocié l’année dernière un plan social.

D’après les propos d’un DRH de La Redoute, l’effet de la conjoncture économique de l’entreprise sur sa politique sociale tiendrait à ce que “l’organisation de l’entreprise est évolutive, ce qui est le cas de toute organisation aujourd’hui. Et ensuite, du coup, on est relativement gêné pour faire coïncider l’organisation des relations sociales qui est une organisation légale, avec une entreprise qui est en perpétuelle mutation (…) L’organisation qui avait été mise en place dans un premier temps, elle n’est plus adaptée aujourd’hui, et c’est très dur de faire changer les esprits là-dessus. Et c’est très dur en matière de relations sociales”. Dans ce contexte, la direction de l’entreprise est actuellement en train de négocier un accord sur l’exercice des droits syndicaux ayant pour but d’officialiser des corpus de textes relatifs à ces droits datant des années 70 et s’appliquant depuis dans l’entreprise, mais non signés. Cet accord en perspective semble aller dans le sens d’une harmonisation des règles en matière de relations sociales dans les différents secteurs de l’entreprise suivant l’idée d’un contrôle plus strict de leur application, ce qui semble d’ores et déjà susciter des tensions comme le révèle le discours du DRH cité précédemment : “Un syndicaliste vous dira que c’est pour déstabiliser. Nous, on vous dira que c’est pour remettre à plat les choses et voir que faire d’autre, (…) [pour] que les règles soient claires pour tout le monde. Parce qu’il y a beaucoup de petites choses du coup qui se développent, si vous voulez, de manière épisodique. Le danger pour nous c’est qu’il y a pas mal de cas où certains viennent nous dire “bah, donc, moi je veux qu’il se passe ça”. Alors là, on a un responsable qui revient avec des yeux en billes de loto en vous disant “mais, je vois même pas de quoi il parle” et on nous dit “si parce que ça se passe comme ça dans le secteur d’à côté”. En gros, parce qu’il y a un chef un peu sympa dans un coin, qui est peut être un peu moins strict, et du coup, systématiquement, on doit s’aligner sur la marge la plus basse, principe de négociation classique. Bon du coup, nous ce qu’on dit, c’est qu’on n’est pas contre accorder certains avantages : les syndicats nous parlent de difficultés de fonctionnement. Eh bien pourquoi ne pas parler de leurs frais de fonctionnement, ce sont des sujets à la mode. Et puis ils nous parlent d’heures de délégation. Et bien, pourquoi ne pas reparler des crédits d’heures de délégations, pour vous donner une idée mais au moins, mettons tout à plat et mettons tout clairement par écrit”.

Ainsi, la politique sociale de l’entreprise apparaît comme de plus en plus restrictive en matière d’emploi, de rémunération et de conditions de travail, ce qui entraîne par ricochet un encadrement croissant de l’action syndicale. Cette évolution se traduit également par un contrôle social individuel sur les salariés de plus en plus strict, marqué par une valorisation de l’initiative individuelle au détriment du groupe.

cnt-vpc-la-redoute-roubaix-2002L’évolution du contrôle social individuel sur les salariés

Pour en savoir plus à ce sujet, nous avons interrogé Martine et Sylvie, deux militantes CNT qui occupent à peu près le même poste depuis leur arrivée dans l’entreprise, l’une en 1987, l’autre en 1997.

Pour Sylvie, l’immobilité de sa carrière dans l’entreprise est liée à son rapport à la hiérarchie. D’autres employés arrivés à des postes similaires après elles ont évolué dans l’entreprise mais, d’après Sylvie, “si on est pas un petit chien, un petit toutou, on n’évolue pas”. Sa syndicalisation semble d’ailleurs s’expliquer en partie sous cet angle du refus de la soumission au chef : “J’ai toujours été une grande gueule finalement. C’est sûrement pour ça que j’ai pas évolué dans l’entreprise ; je suis toujours à la même place. Mais c’est par rapport à ça aussi que je me suis syndiquée (je me suis dit “comme ils savent comment je suis, je vais me protéger”)”. Il importe de préciser ici la perception de Sylvie à l’égard du contrôle social individuel exercée par la hiérarchie sur les salariés. Ce contrôle s’exerce essentiellement à travers la fixation mensuelle de la “valeur personnelle” (VP) qui correspond à une procédure de notation des salariés en fonctions de critères divers et aboutissant à une augmentation de salaire individuelle, fonction de la note obtenue. Les critères appliqués pour l’établissement de cette augmentation sont la production journalière du salarié, son comportement et son engagement (mesuré à partir de sa disponibilité à effectuer des heures supplémentaires et de son esprit d’initiative). Au moment de son arrivée dans l’entreprise, Sylvie respectait la cadence de production fixée par l’entreprise en vue d’obtenir cette VP, mais depuis l’augmentation des cadences (passées en 1999 de 164 à 225 articles par heures dans le cadre de l’application de la loi Aubry), elle refuse de “faire sa production” et a perdu sa VP. Sa méfiance à l’égard de l’entreprise va jusqu’à lui faire penser qu’il s’agit d’une secte, tant les conditions de travail sont à ses yeux trop asservissantes pour être non seulement légales mais acceptées comme telles par les salariés de l’entreprise. Elle tire également ce jugement du témoignage d’une salariée dont l’agent de maîtrise aurait dit avoir été obligé de lire l’autobiographie de François Pinault, propriétaire de La Redoute.

Martine, secrétaire du syndicat CNT de la vente par correspondance, a quant à elle toujours refusé de respecter les cadences de travail fixées. Son discours pour convaincre les salariés de ne pas respecter les cadences est significatif du sens qu’elle donne à cet acte de résistance : “Je veux montrer aux gens que si on le fait pas, ils peuvent rien nous faire (…) Pour maximum 100 balles en plus par mois, ça sert à rien de courir”. Cette pratique de persuasion consiste dans certains cas à effectuer la démonstration suivante en la présence d’une chef qui interpelle quelqu’un dont la production chute : “Si tu respectes vraiment la cadence, dans quelques années tu seras trop fatiguée pour travailler, tu seras moins efficace et ils vont te licencier parce que tu seras plus assez productive”. Martine précise en outre que dans ces cas de figure, le supérieur hiérarchique en question n’émet aucune protestation à l’égard de ses propos, ce dont elle déduit qu’il reconnaît la véracité des conclusions émises. Elle ajoute enfin que de plus en plus de personnes arrêtent de “faire leur production”, provoquant une baisse de leur VP. Cette pratique perdure, même si les salariés qui baissent leurs rythmes de travail sont pourtant d’avantage surveillés (pressés par exemple de moins fumer alors que les autres bénéficient d’une relative tolérance à l’égard des pauses supplémentaires).

Parallèlement à cette augmentation des cadences de production, intervient une légère modification dans la nature du travail demandé aux 1 600 salariés du site de la Martinoire à Wattrelos (près de Roubaix), site le plus important de La Redoute, site dont font partie Sylvie et Martine.

L’évolution des conditions de travail et la spécificité du site de la Martinoire

A la question “Comment ça se passe ton boulot au quotidien ?”, Sylvie (qui est « préparatrice de commande ») répond : “Je prépare les commandes, c’est à dire je marche toute la journée, je marche et je pousse une charrette. Et voilà, je ramasse les articles, je colle une étiquette, après je vais les vider et je recommence. Et je rame toute la journée, pour le SMIC”. A la question “Comment tu décrirais tes conditions de travail ?”, Martine (qui est « entreuse de retour ») répond : “Monotones. T’es là toute seule avec ton bip et tu remets dans le casier initial les articles renvoyés”.

La préparation des commandes et le retour des articles refusés s’effectuent suivant l’ordre taylorien du travail à la chaîne, dont l’agencement est légèrement modifié en 1999 sur le site de la Martinoire. Tous les articles ramassés sont classés, regroupés en lots puis déposés dans des grands bacs fixes au lieu des petits bacs qui défilaient sur une chaîne mécanique auparavant. Un nouveau système de lecteur optique a été instauré pour chaque article ramassé et les lots préparés sont moins volumineux mais plus nombreux, d’autant que la journée de travail dure une heure de plus depuis l’instauration des 35 heures. Cette modification du travail change la perception des salariés quant à leur production journalière, et par ricochet quant aux nombres de commandes faites à La Redoute. Celle-ci est devenue confuse et suscite chez Martine et Sylvie le sentiment de ne plus maîtriser la quantité de travail que requiert l’entreprise et par déduction l’évolution de la conjoncture de celle-ci : “Eux (la direction), ils disent qu’ils font pas de bénéfices, mais nous on sait très bien qu’ils en font, on voit comment on travaille, on voit bien le boulot. Mais comme là, depuis les 35 heures, ils nous font travailler sur une plus longue journée ; ce qui fait qu’on voit moins le nombre de colis qu’on prépare ; le travail il est réparti pour faire en sorte qu’on voit plus le boulot qu’on avait avant. Et c’est vrai qu’on trouve qu’on n’a plus le boulot qu’on avait avant. Mais, en fait, on en a toujours. Bon, y avait la chaîne… Peut être qu’on le voyait plus, maintenant on le voit moins”.

Au vu des conditions de travail décrites par les militantes CNT, l’organisation taylorienne du travail a été maintenue et la pénibilité des tâches ne semble pas avoir été altérée par le changement intervenu en 1999. Pour nos camarades, l’atelier de la Martinoire constitue à ce titre un site spécifique: “Le travail qu’on fait, il est très très physique (…) Là où on travaille, à la Martinoire, on appelle ça la base, parce que c’est nous qui avons en fait les plus grosses responsabilités, puisque c’est nous qui préparons les commandes. Après, elles sont dispatchées vers les emballages, mais c’est quand même nous qui avons le travail le plus ingrat et la première des choses, c’est le ramassage, et c’est nous qui sommes les moins payés de tous les ateliers”.

Le site de la Martinoire est très significatif de la nature de l’engagement syndical des militantes CNT et de la construction de leur mobilisation. De façon plus générale, la Martinoire apparaît particulièrement propice à la mobilisation ouvrière puisque, malgré l’indifférenciation du taux de syndicalisation dans cet atelier par rapport aux autres, une certaine conscience de groupe et d’appartenance subjective à la classe ouvrière apparaît clairement à travers l’auto-appellation de “base”. Les changements intervenus en 1999 ont cependant produit des effets allant plutôt dans le sens de l’atomisation des individus qui, sous l’effet de l’augmentation des cadences, ont perdu leurs liens de solidarité et de convivialité, comme en témoigne Martine : “Avant l’augmentation de la cadence, on s’amusait bien, y avait une bonne ambiance, on était cool. Et puis il y avait de la solidarité entre nous. Avec la nouvelle cadence, c’est chacun pour soi et Dieu pour tous ! C’est rare qu’une fille aide quelqu’un qui a pas fini”.

La dégradation des liens à l’atelier constitue un obstacle à la mobilisation ouvrière. D’une façon plus générale, cette perte de sociabilité traduit une partie des effets de la transformation du travail sur la construction de la mobilisation ouvrière et son potentiel contestataire. Cependant, les conditions de travail propres à l’ordre taylorien que l’on retrouve sur le site de la Martinoire semblent produire précisément les effets décrits par Stéphane Beaud et Michel Pialloux dans leur texte sur la crise du militantisme ouvrier” dans le livre “Retour sur la condition ouvrière” (Éditions Fayard, Paris, 2001). L’engagement de syndicalistes cénétistes interrogées correspond à un militantisme encore naissant mais prenant déjà les formes de celui décrit par ces auteurs lorsqu’ils analysent les modes d’action et la politisation des délégués syndicaux avant que la transformation du travail ouvrier ne produise ses effets : “Dans le cadre de l’ancien ordre taylorien, les conditions de travail étaient l’objet de multiples luttes au cours desquelles le délégué faisait ses preuves. (…) Les délégués avaient conquis, se référant à l’analyse marxiste de l’exploitation et en “traquant” sur place les mécanismes d’extorsion de la plus-value (les mille et un “truc” de la direction pour grappiller du temps sur les chaînes…), une capacité de négociation informelle qui faisait aussi leur pouvoir symbolique et qui forçait le respect des autres OS. (…) La politisation des OS s’appuyait sur ce moteur de la “prise de conscience de classe” qu’était l’ “exploitation” au travail, les multiples formes qu’elle revêtait, sa brutalité. Les militants étaient aussi soutenus dans cette entreprise par la possibilité de s’opposer violemment aux figures emblématiques qui incarnaient physiquement l’ordre taylorien – les petits agents de maîtrise, les chronométreurs, le bureau des méthodes, ceux qu’on appelait les “chiourmes”. Ces personnages détestés cristallisaient l’animosité des OS et concentraient les tirs croisés des militants. Ils incarnaient un ennemi commun, concret, bien identifié : ceux qui cherchaient à capter les combines des OS, qui relevaient les rythmes de travail pour augmenter la productivité au profit du patron, qui étaient là pour te coincer”.

Tant la dénonciation de l’exploitation et de la brutalité du travail que l’opposition aux agents de maîtrise prennent des formes parfaitement similaires dans les modes d’action des militantes interrogées. Ainsi, Martine nous a expliqués comment, à plusieurs reprises, elle avait provoqué le départ d’agents de maîtrise auxquels elle s’était directement opposée, à la différence de certains militants de la CGT qui, pour un même agent de maîtrise ayant justement quitté l’atelier de Martine, s’étaient simplement plaints au supérieur hiérarchique, sans résultat.

On peut également relever le contraste entre l’analyse de Beaud et Pialloux à l’égard du comportement des intérimaires (courage, ténacité, abnégation, respect des chefs, incompréhension à l’égard du sabotage, du freinage et autres formes de résistance des ouvriers à l’entreprise et surtout rejet de la part des ouvriers syndiqués à leur égard) et la perception des syndicalistes de la CNT. La perception des intérimaires et de leur travail, développée par Sylvie, est révélatrice : “Moi, je suis sûre qu’elle est hors la loi, La Redoute. Ils font travailler des gens, des fois, alors qu’ils n’ont pas le droit. Et si nous on va pas les voir, ils disent rien (…). Ils font venir des intérims à 5 h du matin, ils les font travailler jusque 5 h du soir. Bon, bien sûr, ils demandent à l’intérim. Et l’intérim qui arrive, bien sûr, il va pas dire non, il va dire “ben euh oui”. Mais en fait, ils n’ont pas le droit de faire travailler les gens comme ça continuellement de 5 h du matin à 5 h du soir. Donc nous, on le dit. On entend : “ouais, tiens, la chef, elle a fait travailler cette fille…”. Donc on va voir la chef. Elle, elle sait très bien qu’elle a pas le droit mais… Il se passe tous des trucs comme ça, ils font vraiment ce qu’ils veulent, ce qu’ils veulent. Ils manipulent les gens comme ils veulent”.

Sur les 1 600 salariés travaillant à la Martinoire, environ un tiers seraient des employés intérimaires. Selon les interrogées, les intérimaires seraient de plus en plus nombreux à refuser de venir travailler pour La Redoute et les militant-e-s CNT prennent leur défense à l’égard de la hiérarchie, notamment parce qu’ils apparaissent à leurs yeux comme les premières victimes du comportement de la direction. Elles reconnaissent pourtant qu’aucun intérimaire ne se syndique. Pour autant, ce n’est pas ça qu’elles mettent en avant, mais plutôt la logique de dénonciation qui consiste à traquer les nouvelles techniques d’exploitation du patronat dans l’entreprise, telles qu’évoquées plus haut par Stéphane Beaud et Michel Pialloux.

Note du webmaster :

code-du-travailLa section CNT de La Redoute a été créée en 2002. A cette époque, le droit syndical dans les entreprises du secteur privé n’était pas le même qu’aujourd’hui. Il fallait alors créer clandestinement une section syndicale, s’assurer de remplir des critères de représentativité (activité, ancienneté et nombre d’adhérents notamment, tout ça clandestinement) et déclarer la section ; celle-ci étant ensuite très souvent attaquée par l’employeur devant un tribunal d’instance pour… non-représentativité ! Ce fut le cas à La Redoute où la section CNT, malgré une cinquantaine d’adhérent-e-s, s’est vue recalée 3 fois de suite par le tribunal d’instance de Roubaix et a finalement disparu fin 2003 suite à la répression menée par la direction de l’entreprise à l’encontre de plusieurs de ses militant-e-s. Depuis le 20 août 2008, la loi « portant rénovation de la démocratie sociale et réforme du temps de travail », même si elle est critiquable, a refondé le droit syndical dans les entreprises du secteur privé et a facilité la reconnaissance des sections syndicales CNT. Pour en savoir plus à ce sujet, cliquer ici.

Formation syndicale : comment mener une négociation avec l’employeur

dimanche 9 février 2014

patron-et-travailleurs-cntNous avons retrouvé dans nos archives un texte de formation syndicale intitulé « La négociation ». Ce texte a été publié à la fin des années 1990 sur un site internet aujourd’hui disparu. Après quelques recherches, nous n’en avons trouvé aucune autre trace sur la Toile. C’est pourquoi nous le reproduisons ci-dessous.

La négociation

Le premier conseil utile qu’il faut donner à tout négociateur est simple : n’entrez jamais en négociation avant de savoir quelle sera votre position si celle ci échoue et quelle alternative vous allez choisir à ce moment-là. Négliger ce conseil équivaut à sous estimer vos interlocuteurs et peut amener certaines situations très inconfortables tout simplement parce que vous ne les avez pas prévues. Le deuxième conseil est simple : ne confondez jamais tactique et stratégie ! La tactique est la science des moyens, la stratégie la science des buts.

Ne confondez pas les buts et les moyens. Vous avez un but (préserver les emplois, améliorer les conditions de travail, parvenir à un partage plus équitable des richesses etc.) et pour cela vous  pouvez employer plusieurs moyens : la négociation, la pression, l’influence, la dénonciation, la subversion, etc. Fixez vous toujours des buts car ne pas savoir ce que l’on veut est une des plus sûres manières de ne jamais l’obtenir. Choisir les buts se nomme définir une stratégie. Choisir les moyens c’est élaborer une ou plusieurs tactiques. La négociation doit toujours être considérée comme un des moyens prioritaires pour parvenir à un but. Entrer en négociation signifie déjà que des concessions seront admises de part et d’autres afin de parvenir à un accord (voir plus bas le triangle de la négociation) et, pour ces raisons, certains refusent de négocier. Cette attitude doit toujours être considérée comme négative et vous devez la rejeter.

Une négociation doit toujours être forcée par la grève, la dénonciation, la médiatisation, le boycott ou par tout autre moyen légal. Un site internet peut faire partie de ces moyens…

Une négociation n’est jamais une partie de plaisir, aussi elle se prépare avec soin. Richard Nixon (!) disait : « Il faut toujours être prêt à négocier mais ne jamais négocier sans être prêt ». Préparez les faits, les chiffres, les arguments, les objections, les réponses aux objections. Bien négocier c’est souvent bien prévoir et souvent la partie qui s’en sort à son avantage est celle qui a le mieux prévu le futur déroulement d’une négociation. Si vous désirez progresser dans l’art de négocier, exercez-vous à la pratique de celle ci… Un habile négociateur est pareil à un maître des arts martiaux : il affine et travaille ces techniques, il apprend de nouveaux “coups”, de nouvelles “parades” et il les met en pratique sans tarder. Le parallèle le plus judicieux qui puisse être trouvé est celui des échecs. Pratiquer les échecs permet non seulement de mieux négocier, plus facilement et plus habilement mais aussi de progresser dans l’art d’appréhender globalement la négociation. Le jeu d’échecs est une suite de retournements où menaces, contre-menaces, attaques et défenses se succèdent constamment exactement comme dans une négociation. Pratiquer les échecs permet d’améliorer son attitude en négociation, de rester calme, de réfléchir, de ne  jamais s’avancer sur un terrain dangereux sans avoir prévu et mesuré les risques. Il s’agit de connaître à l’avance les risques mais aussi les gains éventuels. Avant de jouer un coup aux échecs, le joueur expérimenté regarde quelles sont les menaces qui pèsent sur lui, il les évalue et choisit son mode de réponse en fonction de ce qui doit arriver ensuite. Un joueur habile voit les coups à l’avance, il prévoit les coups qu’il va jouer et les réponses de son adversaire. C’est ainsi que l’on dit aux échecs que des coups sont forcés. L’adversaire est obligé de se protéger d’une menace importante (sinon il perd la partie). Il en est de même en négociation. Aux échecs, un joueur qui subit une menace peut : soit défendre, soit organiser une contre-menace, soit attaquer à son tour une pièce plus importante de son adversaire. Le choix de la riposte n’est jamais gratuit ni  hasardeux. Il est toujours réfléchi et cohérent. Un joueur d’échecs ne s’emporte pas. Il analyse froidement  la situation et joue le coup qui lui est le plus favorable et qui perturbe le plus son adversaire. Soyez redoutables aux échecs et vous deviendrez de redoutables négociateurs. C’est une évidence peut-être étonnante pour certains mais bien réelle. Un des principes de base doit être celui en négociation : n’acceptez jamais aucune concession sans contrepartie. Un joueur d’échecs ne sacrifie jamais une pièce s’il n’est pas certain d’avoir une contre-partie au moins équivalente (mais souvent supérieure car alors le sacrifice n’est pas motivé).

Voici maintenant quelques outils simples qui vous permettront de bien approcher une négociation. Si vous ne connaissez pas ces techniques, apprenez-les et ceci pour une raison bien simple : vos interlocuteurs eux les connaissent. Et s’ils ne les connaissent pas, tant mieux pour vous !

L’art des questions :

Garder la maîtrise
Au cours d’un entretien ou d’une négociation, il est important de savoir diriger celui-ci en fonction du but à atteindre. Ce qui peut sembler difficile et rebuter le débutant, c’est de pouvoir contrôler ceci face à face avec l’interlocuteur. L’art des questions permet de garder la maîtrise de l’entretien et d’amener l’autre où vous voulez le conduire.

Faire parler l’autre
Si vous voulez obtenir des opinions, des impressions générales, du vague, du flou, faites parler l’autre, aidez à se vider, recherchez les problèmes. Vous poserez une question générale ou imprécise du genre : “Comment vont les affaires ? “. A mauvaise question, mauvaise réponse ! Et l’interlocuteur pourra alors vous dire n’importe quoi et souvent ce qui lui passe par la tête dans l’instant.

Des faits
Vous avez identifié un problème : il vous faut des faits, du concret, du solide, des réponses précises. Vous désirez connaître le chiffre d’affaire sur une période, les ventes des produits ou d’autres données essentielles : vous poserez une question directe ou précise. Cette question commencera par : « Qui ? Que ? Quoi ? Comment ? Combien ? Ou ? Pourquoi ? ». Et vous obtiendrez des réponses précises, des chiffres, de l’information immédiatement exploitable.

Désarçonner la mauvaise foi
Vous voulez alimenter indéfiniment la conversation ou désarçonner la mauvaise foi ? Vous poserez une question piège. Ces questions pièges commencent toujours par : “Pourquoi ? Pourquoi pas ? Et à part cela ?”. Si votre interlocuteur est de mauvaise foi, vous allez l’obliger à expliciter (ce qui n’est pas agréable) et il commettra certainement une erreur que vous relèverez. En fait, il a de grandes chances de se couper, de se contredire lui-même s’il pousse son raisonnement jusqu’au bout. Vous désirez des précisions indispensables, vous voulez vous débarrasser d’un contradicteur ou écarter le danger si vous êtes embarrassé ? Il vous faut éviter les discussions stériles car vous manquez de temps. Il faut alors poser des questions en retour à l’envoyeur, demander à ce même contradicteur qu’il vous précise sa pensée et demander des faits, du concret, du solide à  l’appui de son opinion, en un mot : les preuves de ce qu’il avance.

Éviter les malentendus
Si vous voulez vérifier si vous êtes bien d’accord, évitez tout malentendu, esquivez un point au profit d’un autre ou grossissez un point que l’autre esquive. Puis posez des questions en relai dans lesquelles vous reformulerez arguments ou contre arguments avec vos mots et à votre manière.

Détourner l’attention d’un point dangereux
Vous êtes en difficulté car la partie adverse a soulevé un problème épineux qui vous gêne quelque peu. Renvoyez la question délicate à plus tard, au prochain rendez-vous, à la fin de l’entretien, et oubliez-la…

Attirer l’argument de votre côté
Une objection, un contre argument vous dérange ? Vous souhaitez l’attirer de votre côté, à votre avantage ? Vous poserez une question en relai déformant. : il faut reformuler  l’argument à votre façon en mettant en valeur ce qui vous intéresse et ce faisant vous ferez ressortir ce qui est positif pour vous. Une objection, un contre argument vous dérange ? Vous souhaiter l’attirer de votre côté, à votre avantage ? Vous poserez une question en reformulant l’argument à votre façon en mettant en valeur ce qui vous intéresse. Ce faisant, vous ferez ressortir ce qui est positif pour vous.

De même, il peut être très utile de connaître la PAE ou « analyse transactionnelle » :

Le triangle de la négociation
Lorsque chaque partie qui entre en négociation n’a que son objectif en tête sans prendre en compte son interlocuteur, cela conduit rapidement à une relation sans issue. Pour en sortir, les négociateurs vont devoir communiquer pour parvenir à un accord. La situation met en jeu trois éléments : le 1er négociateur “A” (ou son équipe), le 2e négociateur “B” (ou son équipe) et l’accord “C” auquel il faut parvenir. Ces 3 éléments, eux-mêmes liés par 3 relations, forment une figure et un concept appelé le triangle de la négociation. La ligne reliant A vers B est la relation. La ligne A vers C sont nos propositions, la ligne B vers C leurs propositions. En cours de négociation, chaque camp se déplace d’une zone à l’autre au gré du déroulement de celle ci. Dans une négociation, le concept du triangle de la négociation permet d’établir la différence entre les aspects de contenu (la manière dont l’accord est à établir) et ceux des problèmes relationnels (la façon d’établir l’accord). La seule manière de s’en tirer est de traiter au fur et à mesure les zones qui posent problèmes.

Déjouer la manipulation
Un des pièges systématiquement tendu par les directions, et aussi un des plus redoutable, est la manipulation. Avant de d’apprendre à déjouer la manipulation, il faut savoir certaine choses. Négocier implique qu’il faut avoir un certain courage relationnel qui n’est malheureusement  pas à la portée de tout le monde. Mais il peut s’apprendre. La timidité, l’introversion sont des obstacles qu’il faut franchir rapidement. Pour cela, le meilleur conseil est de vous lancer sans vous posez de question sur vous même. En négociation, ne laissez jamais ceux d’en face vous juger, vous définir, vous critiquer sans relever le fait et faire (ou menacer de faire) immédiatement la même chose à leur égard. Si vous suivez ce principe, personne ne vous agressera car l’agresseur comprend qu’il risque d’être agressé à son tour. Si quelque chose ne vous plait pas, dites-le ! Si l’on vous fait quelque chose qui ne vous plait pas, dites le aussi ! Et menacez de faire la même chose. Tout ceci pour que vous compreniez qu’en négociation il faut communiquer sur la négociation elle-même. Ceci se nomme : méta-communiquer. Ne retenez pas le terme si cela vous complique les choses mais faites-le ! Des phrases comme : “On tourne en rond !” ou “Le serpent se mord la queue !” indiquent que vous sentez que la négociation se dirige dans une impasse et votre interlocuteur peut réagir en faisant une concession (par exemple). Des phrases comme “Nous prenez vous pour des gens stupides ?” ou “Vous pensez que nous allons vous croire sans vérifier ?” indiquent que vous sentez venir la manipulation et vous permet de la dénoncer. Et voila une autre des réactions possibles face à la manipulation : la dénoncer sans attendre… Un manipulateur découvert est en mauvaise posture. Souvent, il se met en colère (ce qui ne fait que confirmer qu’il voulait manipuler l’autre). Aussi vous lui ferez remarquer cette attitude pour le recadrer : “Pourquoi diable vous mettez vous en colère ?”. Ceci ne fera que l’enfoncer davantage et vous parviendrez peut-être à obtenir un accord partiel sur un point déterminant en le soulevant tout de suite et en échangeant l’oubli de l’attitude de votre interlocuteur contre cet accord. Ce faisant, vous manipulez à votre tour car l’oubli d’une attitude est une fausse concession et les phrases du genre “J’oublie votre attitude envers le personnel de l’entreprise et ses représentants contre 3% d’augmentation cette année ” sont d’énormes manipulations mais un manipulateur découvert peut être tenté d’y souscrire car il a mauvaise conscience d’avoir essayé de manipuler l’autre. Aussi, contre la manipulation, vous pouvez manipuler à votre tour ! Qui manipule s’expose à être manipulé en retour par un négociateur habile… La manipulation ne doit jamais faire partie d’une tactique. Si vous excellez dans l’art de la contrer, jamais vous ne l’emploierez de peur d’être contré à votre tout de la même manière. Face à la manipulation, ce qu’il ne faut jamais faire c’est se taire, de peur de paraître ridicule par exemple, car c’est ce que l’autre souhaite… Une des tactiques préférées de certains (ils se reconnaîtront) est basée sur la vitesse pour embrouiller les autres. Ces gens, qui au départ travaillaient dans la lessive, ne font pas dans le tout blanc. Une fois reconnues et dénoncées par la partie adverse, ces tactiques sont perdantes et exposent ceux qui les utilisent à des déroutes cuisantes car, ici, leur mauvaise foi est mise en évidence et vous pouvez aller jusqu’à refuser de négocier avec ces personnes, mettant ainsi en cause leur mandat et leur existence… Idéal si vous désirez changer d’interlocuteur ! Pour ne pas être manipulé, il est impératif de ne pas dépendre de l’autre pour autre chose que l’objet même de la négociation. Aucun  délégué ne doit  rien attendre de son employeur. S’oublier soi même (et sa carrière personnelle) est la règle de base pour pouvoir défendre et représenter efficacement les salariés d’une entreprise. Qui oublie ce principe fondamental est indigne du mandat qu’il a obtenu par son élection. Inutile de vous préciser ce qu’il faut penser de ce genre d’individus (pas si rares il faut bien le dire).

Voici quelques exemples de manipulation et les parades à celles-ci :

le-manipulateur-et-la-parade

Derniers conseils utiles :

  • N’approchez jamais une direction ou ses représentants avec enthousiasme.
  • Réagissez toujours mal à une première offre ou aux premières propositions. Vos interlocuteurs vont les améliorer…
  • Demandez toujours l’impossible. Tout ce que vous risquez, c’est de l’obtenir !
  • Répondez-leur « qu’il va falloir proposer beaucoup mieux que ça ! » Ils peuvent le faire…
  • Soyez toujours le sous-fifre de quelqu’un. Un négociateur expérimenté n’apparaît jamais comme étant décisionnaire, ceci lui évitant de faire des concessions qu’il ne pourrait pas tenir…
  • Soyez intelligents… faites les idiots ! Demandez que l’on vous explique, dites que vous ne comprenez pas. L’autre partie risque effectivement de vous prendre en pitié et de faire des concessions ou de vous sous-estimer et de faire des erreurs (trop en dire, vous donner des arguments…).
  • Ne faites jamais de conclusion sans demander de contrepartie (tactique du donnant-donnant). Essayez d’obtenir des contreparties sans concession ou en faisant de fausses concessions…
  • Soyez toujours prêt à rompre les discussions et la négociation et dites-le ! La pression du risque d’échec est alors sur la partie adverse…
  • N’oubliez pas qu’il existe souvent des “bons” et des “méchants” et que des concessions peuvent être obtenues par les “gentils”…
  • Appliquez le principe de “Pareto”. Dans une négociation, 80 % des concessions sont faites dans les dernières étapes (les derniers 20 % du temps de négociation). Aussi, formulez vos demandes les plus importantes en fin de négociation !
  • Ne vous laissez pas enfermé dans une impasse. Exercez vous à contourner celle-ci et à proposer à ce que la négociation porte sur d’autres points sur lesquels vous formulerez d’autres demandes. Il sera toujours temps de revenir sur les points qui posent problème.
  • Si vous êtes en difficulté, sachez changer de sujet et oubliez ce qui vous pose problème. Si la partie adverse refuse,  proposez un report à plus tard pour manque d’information ou d’éléments. Si la partie adverse vous joue le même scénario, notez le report à plus tard et revenez y en fin de négociation pour emporter le morceau. Désigner quelqu’un dans l’équipe pour revenir sur les renvois à plus tard, les noter immédiatement et les remettre sur la table. Il obtiendra des concessions majeures…

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Deux autres textes intéressants :

> Quelques conseils pour s’organiser sur le lieu de travail

> Conseils pour mener une lutte syndicale

Formation syndicale : quelques conseils pour s’organiser sur le lieu de travail

dimanche 9 février 2014

union-syndicat-revendicationsNous avons retrouvé dans nos archives un texte de formation syndicale intitulé « Organiser un syndicat ». Ce texte a été publié à la fin des années 1990 sur un site internet aujourd’hui disparu. Après quelques recherches, nous n’en avons trouvé aucune autre trace sur la Toile. C’est pourquoi nous le reproduisons ci-dessous.

Organiser un syndicat

Certains, quand ils sentent pour la première fois qu’ils sont traités injustement, s’énervent et commencent à protester bien fort contre le patron. Cela peut être dangereux. L’encadrement tient très fort à son autorité sur le lieu de travail et, quand tu commences à contester cette autorité, tu deviens une menace. Dans la plupart des entreprises, à partir du moment où tu contestes l’autorité, tu deviens un élément gênant aux yeux de l’encadrement. Si avant tu n’avais jamais fait de vagues là où tu travailles, il se peut que tu sois choqué, blessé ou révolté de voir à quelle vitesse l’encadrement se retourne contre toi. C’est une bonne raison pour être discret quand tu commences à parler aux autres.

Parle à tes camarades de travail et demande-leur ce qu’il pense de ce qui se passe au travail. Que pensent-ils des problèmes qui les concernent ? Écoute ce que les autres ont à dire. Récolte leurs façons de voir et leurs opinions. La plupart des gens pense qu’un syndicaliste est un agitateur (et il y a des fois où un syndicaliste doit être cela), mais un bon syndicaliste est avant tout celui qui pose les bonnes questions et écoute bien les autres. Si tu as bien écouté, tu seras capable d’exprimer non seulement ta façon de voir et tes opinions, mais aussi celles de tes collègues.

Presque inévitablement, il y aura quelques personnes qui seront plus concernées par les problèmes que nous rencontrons que les autres. Et une petite partie des ces personnes voudra faire quelque chose. Ces quelques individus forment maintenant le noyau initial de votre “organisation”. Tu peux inviter les deux les plus intéressés à prendre un café ou manger, les faire se rencontrer et poser la question « Que pensez-vous de cela ? ». S’ils sont réellement prêts à faire quelque chose et pas seulement se plaindre, alors vous êtes presque prêt à commencer à vous organiser.

Fais un plan de ton lieu de travail. Le Savoir, c’est le Pouvoir. Ou c’est au moins le début du pouvoir. Tu devras connaître tout ce que tu peux de ton lieu de travail et de ton employeur. Ce sera une formation continue de longue durée. Il vaut mieux commencer par son service. L’encadrement a depuis longtemps compris l’intérêt d’identifier les groupes de travail informels, leurs animateurs naturels et leurs faiblesses. En fait, un des principaux trucs de la formation des cadres est de développer des stratégies pour transformer la psychologie du lieu de travail. Par exemple, la multinationale United Parcel Service (UPS et ses camions de livraisons marron) a développé des techniques de manipulation psychologiques très raffinées. Le manuel de formation de l’encadrement d’UPS, intitulé “Observer les sphères ou groupes d’Influence”, montre comment faire une carte du lieu de travail pour identifier les groupes de travail informels, isoler les animateurs naturels ou agitateurs dans ces groupes, exploiter leurs faiblesses et, finalement, casser ces groupes s’ils ne peuvent être utilisés à l’avantage de l’encadrement. Bien que la plupart des entreprises n’a pas développé des techniques de gestion de la main d’œuvre d’une manière aussi raffinée que le Big Brother “UPS” l’a fait, la plupart utilise quelques-unes des mêmes méthodes. Est-ce que des travailleurs qui osaient dire ce qu’ils pensaient, des agitateurs ou des syndicalistes ont été transférés, ont reçu un poste de chef ou ont été frappés d’une sanction disciplinaire ? Est-ce que les équipes de travail sont régulièrement cassées et réarrangées ? Est-ce que le lieu de travail a été configuré pour rendre la communication difficile entre les travailleurs ? Dois-tu te déplacer pour ton travail ? Qui doit ? Qui ne doit pas ? Est-ce que l’encadrement s’en prend publiquement à certains travailleurs ? Voire les punit ? Quel effet cela a-t-il sur les collègues ? As-tu l’impression que tu es toujours sous surveillance ? Fais le point. Tout cela peut être utilisé pour briser l’unité et la communication entre les travailleurs dans ton entreprise. Cependant, cela ne rend ni nos employeurs invincibles, ni nos efforts vains pour autant (malgré toute la formation reçue par leurs cadres, les travailleurs d’UPS ont gagné une grève de masse en août 1997). Dis que tu as un message important à communiquer, mais que tu n’as ni le temps ni les moyens d’atteindre chacun de tes collègues. Si tu peux contacter les animateurs naturels des groupes de travail informels et les mettre de ton côté, tu peux parier que le mot va passer à tout le monde. Une fois que les animateurs ont été identifiés et acceptent de coopérer, il est possible de développer un réseau qui peut exercer une influence et un pouvoir considérable. Les groupes de travail informels ont l’avantage de créer une certaine loyauté parmi leurs membres. Tu peux utiliser cette loyauté pour élaborer des stratégies unifiées sur vos revendications et profiter de la tendance naturelle des individus à défendre ceux qui sont proches d’eux.

En plus de travailler avec les animateurs de groupes, il est important d’entraîner les travailleurs isolés aussi. Il est plus que probable que leur apathie, leur isolement ou leurs opinions anti-syndicales viennent de leur sentiment personnel d’impuissance et de peur. Si l’action collective réussit et qu’une certaine sécurité s’instaure grâce à l’action du groupe, la peur et le sentiment d’impuissance peuvent être diminués.

Si vous avez une personne sur votre lieu de travail qui menace sérieusement l’unité, ne soyez pas effrayés d’utiliser la pression du groupe de travail pour que cette personne se tienne tranquille. Ceci s’applique au personnel d’encadrement aussi, spécialement aux chefs qui aiment penser qu’il ou elle est l’ami de tout le monde.

Le but de cette organisation sur le lieu de travail est de faire pencher le rapport de force à la faveur des travailleurs. Cela peut permettre de gagner des revendications. Si les revendications restent des problèmes individuels ou sont délégués à des responsables syndicaux, l’organisation naturelle et la loyauté qui existe parmi les groupes de travail est perdue. Il y a beaucoup de chances que les revendications aussi.

Si les groupes de travail peuvent être utilisés pour faire démonstration de notre unité, la menace que la production puisse être interrompue peut être suffisante pour forcer l’encadrement à un accord. Les revendications peuvent être seulement gagnées quand l’encadrement a compris que la revendication ne concerne plus seulement un individu, mais est devenu la préoccupation de tous et qu’il y aura toujours des problèmes tant que cela ne sera pas résolu.

Quelques principes basiques

La liste suivante est composée des principes que les syndicalistes victorieux trouvent les plus importants.

Contester l’autorité
L’organisation syndicale commence quand les gens contestent l’autorité. Quelqu’un dit : “Qu’est-ce qu’ils nous font ? Pourquoi font-ils ça ? Est-ce que c’est juste ?”. Il faut amener les gens à se demander : “Qui prend les décisions ? Qui est obligé de subir ces décisions ? Et pourquoi ce serait comme ça ?”. Les gens ne devraient pas accepter une loi ou une réponse simple parce que cela vient d’une autorité, que cette autorité soit le gouvernement, le patron ou le syndicat ou toi-même. Un syndicaliste doit encourager ses collègues à penser par eux-mêmes.

Parler à chacun
Presque tous les syndicalistes expérimentés sont d’accord pour dire que “la chose la plus importante pour organiser est de discuter personnellement avec chacun.” Les tracts sont nécessaires, les réunions sont importantes, les rassemblements sont merveilleux, mais rien ne remplace une discussion personnelle. Souvent, quand tu écoutes un de tes collègues et que tu comprends ce qu’il a dans la tête, tu l’as gagné parce que tu es le seul ou la seule qui l’écoutera. Quand tu parles à Isabelle à côté de toi à la chaîne (ou au bureau) et que tu surmontes ses peurs, réponds à ses questions, remonte lui le moral, invite-la à la réunion ou au rassemblement. C’est tout cela l’organisation syndicale.

Trouver les animateurs naturels
Chaque lieu de travail a ses groupes de collègues et d’amis. Chaque groupe a son faiseur d’opinion, son animateur naturel. Ils ne sont pas toujours les plus bruyants ou causants, ils sont ceux que les autres écoutent et respectent. Tu auras fait un bon bout de chemin si tu gagnes ces animateurs naturels.

Impliquer chacun dans l’action
La vie n’est pas une classe d’école et les gens n’apprennent pas seulement en allant aux réunions et en lisant les tracts. La plupart des gens apprennent, changent et progressent au cours de l’action. Prendras-tu ce tract ? Le passeras-tu à un collègue ? Signeras-tu la pétition ? Si tu veux qu’il y ait de nouveaux syndicalistes, il faut impliquer les collègues dans l’organisation.

Nous sommes le syndicat !
Le but de l’organisation syndicale n’est pas seulement d’impliquer les individus, mais de les relier par une conscience d’être un groupe solidaire. Nous voulons créer un groupe qui se considère comme un ensemble : « Viendras-tu à la réunion ? Peut-on entraîner tout le service pour aller voir ensemble le patron ? Peut-on compter sur tout le monde pour le piquet de grève ? ».

Les actions doivent progresser dans le temps
Demande aux gens de s’impliquer dans des activités plus risquées et difficiles progressivement. « Porteras-tu un badge du syndicat ? Voteras-tu pour la grève ? Es-tu prêt à participer au piquet de grève ? Es-tu prêt à être arrêté ? ». Des campagnes syndicales ont vu des centaines de militants aller en prison pour ce qu’ils croyaient être juste ? Pour la plupart, cela a commencé par cette première question : “Prendras-tu ce tract ?”.

Affronter l’encadrement
Le syndicalisme a pour but de changer les relations sociales, le rapport de force entre le patronat et les travailleurs. La confrontation avec l’employeur doit être préparée dans le temps par la progression des actions. Si les collègues ont peur de faire de la peine au patron, ils perdront.

Gagner des petites victoires
La plupart des mobilisations, d’un petit groupe sur un lieu de travail à la grève générale se développe sur la base de petites victoires. La victoire donne la confiance que l’on peut faire plus. Elle permet de rallier de nouveaux soutiens qui réalisent que l’”on peut battre l’employeur”. Avec chaque victoire, le collectif de travailleurs prend confiance et devient capable d’emporter de plus grandes victoires.

Se préparer à la retraite
Rien ne s’est passé comme on voudrait dans la vie et le syndicalisme ne fait pas exception. Si ça ne marche pas au début, sois patient. Les données changent toujours avec le temps, de nouvelles personnes vont et viennent. Peut-être qu’en quelques mois, tes camarades de travail seront plus intéressés qu’ils ne le sont actuellement. Tôt ou tard, ton employeur fera quelque chose qui accélérera les choses.

Ne pas oublier que tu fais partie d’une grande famille : le prolétariat
Les conflits entre les travailleurs et leur patron ont une grande influence sur la confiance des autres travailleurs à se mobiliser pour eux-mêmes. C’est notre intérêt de construire des liens et des réseaux de soutiens mutuels avec les travailleurs des autres entreprises et des autres industries car, en se battant ensemble, nous augmenterons grandement notre capacité à gagner plus de contrôle sur nos propres conditions d’existence.

Produire sa propre propagande
C’est la meilleure manière de faire passer son message, mais n’oublie pas d’impliquer tes collègues dans sa production.

Garder le sens de l’humour
Ne sois jamais mortellement sérieux dans tout ce que tu fais. Faire du syndicalisme peut et doit être sympa. Utilise des dessins, des chansons, des blagues et des histoires. Dans ta propagande, ne parle pas seulement de la dure réalité mais aussi des tes aspirations et désirs.

Tout est dans l’organisation
L’organisation syndicale ne nécessite pas un excès de formalisme ou une lourde structure, mais elle doit être effective. Une chaîne téléphonique et une liste d’adresses peuvent suffire à une organisation. Mais si vous avez besoin de cela, vous devez alors les avoir. L’histoire du mouvement syndical est remplie d’exemples de sections syndicales qui se sont durement battues, qui eurent des victoires et qui disparurent simplement parce qu’elles ne restèrent pas organisées. Comme disent les syndicalistes : “Seules les organisés survivent”.

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Autres ressources intéressantes :

> Conseils pour mener une lutte syndicale
> Conseils pour mener une négociation avec l’employeur
> Comment organiser une assemblée générale
> Comment organiser un piquet de grève
> Le représentant de la section syndicale (RSS)
> Le délégué du personnel (DP)
> La section syndicale (vidéo 1)
> La section syndicale (vidéo 2)
> Interview vidéo de deux RSS de la CNT 59/62
> Syndicalisme révolutionnaire et droit syndical
> Page juridique du site CNT 59/62

Formation syndicale : comment organiser un piquet de grève

dimanche 9 février 2014

piquet-de-greve-CNTVous trouverez ci-dessous quelques conseils utiles lorsque vous voulez organiser un piquet de grève (extraits d’une fiche pratique circulant sur internet)…

Prévenir des personnes qu’il y aura un piquet de grève. C’est important de ne pas se retrouver tout-e seul-e dans le froid du petit matin. Vingt ou trente personnes nous semble un bon ratio pour pouvoir bloquer suffisamment les portes et avoir le nombre de notre côté. L’effet du nombre nous rassure sur notre force et nous rend plus solidaire. Il dissuade aussi les forcenés près à tout pour passer outre le piquet de grève.

Prévenir les médias que vous aller faire un piquet de grève si vous voulez qu’on parle de vous.

Essayer d’être en forme. La veille, se coucher tôt et ne pas trop boire ni fumer. La fatigue nous fait nous emporter facilement.

Amenez des cadenas et des chaînes pour fermer les grilles. C’est toujours mieux que 5 gros bras qui font peur. Un antivol de vélo peut faire l’affaire.

Retrouvez-vous au moins ¾ d’heure avant l’ouverture du bâtiment que vous voulez bloquer pour être sûr que personne n’est encore entré.

Une fois que les personnes sont devant le bâtiment tôt le matin, se répartir les portes selon les affinités de chacun-e.

Poser les chaînes si c’est possible. Si ce n’est pas possible, faire une chaîne humaine devant les portes et ne laisser entrer personne en expliquant clairement pourquoi vous faites cela.

Si les gens sont des forcenés qui essaient de forcer le piquet de grève, se tenir par les coudes et ne pas céder. Il est important de ne jamais élever la voix et, lors des bousculades possibles, de ne pas répondre de manière violente. Utiliser l’humour pour désamorcer les tensions. L’humour est notre meilleure arme. Si le ton monte, il faut calmer les personnes.

Tout le monde est responsable de tou-te-s. Ne jamais laisser les gens seuls. C’est dans ces cas-là que le ton monte. Si vous voyez quelqu’un de pris à partie, aller le/la rejoindre pour l’entourer. L’effet du nombre calme souvent les esprits bien échauffés.

Il est important que les gens qui ont peur ou se sentent mal puissent le dire. Nous ne sommes pas là pour nous sentir mal et faire des choses que nous ne voulons pas faire. Il n’y a pas de honte à avoir peur, mais il faut le dire. Les personnes doivent alors réconforter la personne. Si cela ne suffit pas, la personne doit pouvoir partir sans qu’on lui fasse des remarques désobligeantes.

Avoir des tracts, des journaux, des bonbons et du café à offrir car ça détend l’atmosphère et c’est toujours bon de partager avec les gens qui nous entourent.

Un autre texte intéressant :

> Comment organiser une assemblée générale (AG)

Formation syndicale : comment organiser une assemblée générale (AG)

dimanche 9 février 2014

assemblee-generale-AGCi-dessous une fiche pratique circulant sur internet ainsi que deux tracts CNT sur le sujet…

Les fonctions de l’assemblée générale :

L’AG sert à avoir se rencontrer et à avoir des discutions collectives sur les problèmes qui traversent votre vie. Elle sert à élaborer des stratégies, des expressions et des décisions collectives pour construire et affirmer un mouvement d’appropriation des problèmes et des soucis que l’on pense individuels mais bien souvent collectifs. L’AG n’est pas le mouvement, c’est le lieu de décisions collectives du mouvement. Ce dernier est constitué de l’AG, mais aussi des commissions et de toutes initiatives individuelles et collectives. Rechercher à tout prix un discours unique n’est pas forcément pertinent puisqu’un mouvement est toujours multiple. La force d’un mouvement est dans l’expression de toutes ses différences plutôt que dans une unité factice et superficielle.

Les différents éléments d’une AG :

La tribune
La tribune sert à éviter que les AG soient trop bordéliques. Elle est un outil technique important pour le bon déroulement de l’AG. Sa fonction est d’organiser les débats en prenant en compte les différentes positions des gens. Elle peut être composée de 3 personnes aux tâches différentes :

  • Le/la coordonnateur-trice : il/elle lance le débat en introduisant les différents points à l’ordre du jour et distribue la parole. Il/elle doit être à l’écoute des attentes de l’AG (énervement, confusion, enthousiasme, longueur…) et rythmer le déroulement de celle-ci. Sa fonction la plus difficile est d’essayer tout au long de l’AG de récapituler les différents points de vue et de formuler des propositions qui prennent en compte les paroles dites en AG. Quand cela est nécessaire, il/elle doit aussi formuler des propositions de vote claires sur certains problèmes soulevés en AG. Pour éviter que ce soit ceux qui ont une grande gueule qui parlent tout le temps et imposent leur point de vue, on peut organiser un tour de parole : le/la coordinateur-trice inscrit sur une feuille les gens qui désirent intervenir. Il/elle distribue ensuite la parole dans l’ordre des inscrits.
  • Les 2 preneurs de notes : ils/elles prennent en note les différentes propositions, questions et débats qui parcourent l’AG et qui seront ensuite proposés par le/la coordinateur-trice.

L’ordre du jour
Afin que l’assemblée générale soit bien organisée, il est utile de proposer un ordre du jour qui soit discuté et qui convienne à tous et toutes (demander par exemple s’il y a des oppositions motivées à cet ordre du jour…). Il peut être aussi utile d’inscrire l’ordre du jour sur un tableau et de rayer progressivement les sujets qui ont été réglés.

L’assemblée en elle-même
Une AG est toujours longue et prendre des décisions collectives suppose une attention et une participation de chacun et chacune. C’est une chose que l’on ne pratique pas couramment car on nous apprend surtout à penser individuellement et pas collectivement. Les débuts sont souvent chaotiques. Faire des AG, c’est apprendre à penser et agir collectivement sans que d’autres personnes décident à votre place de ce que vous devez faire. C’est apprendre à faire les choses soi-même et ne pas les déléguer. De même, intervenir oralement en AG n’est pas une chose facile à faire. On peut alors écrire ses interventions sur un papier qui sera lu par les gens de la tribune. On peut également noter les quelques idées que l’on veut développer sur un papier pour ne rien oublier quand on parle. Il est aussi important de s’adresser avant tout à l’assemblée et non pas à la seule tribune : c’est l’assemblée qui décide et pas la tribune.

Les commissions
Tout ne peut pas être discuté en assemblée : il est parfois utile de créer des commissions où les conditions sont plus propices aux discussions qui seront évidemment soumises à l’AG suivante. Pour que les AG ne soient pas trop lourdes dans leur fonctionnement, il semble nécessaire de laisser une autonomie à ces commissions. Elles peuvent donc sortir leur propres textes, mais en leur nom et pas en celui de l’AG.

Les votes
La tentation de voter à tour de bras est souvent forte. La démocratie ne réside pas dans le vote, mais dans la participation de chacun à l’élaboration des problèmes que l’on juge importants. Alors voter, oui, mais pas sur n’importe quoi. La façon dont on pose les problèmes détermine généralement l’issue d’un vote. Soyez donc attentifs aux questions soumises au vote.

Tracts CNT sur le même sujet :

Ces deux tracts ne sont pas une copie du texte ci-dessus mais ils en reprennent quelques unes des idées et en présentent d’autres.

> Tract “AG mode d’emploi” de l’union régionale CNT Nord Pas-de-Calais
> Tract “AG mode d’emploi” du syndicat CNT éducation 59/62

Un autre texte intéressant :

> Comment organiser un piquet de grève

Les 8 et 9 février à Lille : débats, rencontres, librairies, repas…

mercredi 1 janvier 2014

affiche-rencontres-8-et-9-fevrier-2014-LilleSamedi 8 et dimanche 9 février 2014, la bouquinerie occupée L’Insoumise et l’union locale des syndicats CNT de Lille vous invitent à découvrir et à échanger autour de pratiques et d’écrits subversifs, autonomes, libertaires, qui se rejoignent dans une même aspiration à vouloir transformer les rapports sociaux déterminés par le pognon et le salariat. Le choix de ce weekend de résistances, de rencontres et de discussions est d’autant plus pertinent qu’il se tiendra la veille de la date officielle de l’expulsion de L’Insoumise. Comme une manière de signifier aux supplétifs de l’État que la bouquinerie occupée le restera jusqu’au dernier jour.

Durant ce weekend, vous pourrez venir vous nourrir autant spirituellement (bouquins et brochures épicées, tchatches pimentées) que physiquement (cantine végan contre toute forme de régimes politiques). Autour des tables de cuisine, de presse et de librairies à prix libre, nous vous proposons deux temps de réflexion et d’échanges (voir l’affiche).

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Version musicale de l’affiche :

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Deux brochures de l’association VISA (Vigilance Initiatives Syndicales Antifascistes)

dimanche 17 novembre 2013

1) FN, le pire ennemi des salarié-e-s

þÿLe but de cette brochure est d’aider les militants syndicaux à expliquer et démonter le discours du FN qui trompe les salarié-e-s au moment où ces derniers, fragilisé-e-s par la crise, le chômage, la précarité… peuvent facilement se faire piéger (19 % des ouvriers et 16 % des chômeurs ont voté FN aux régionales de 2010 !). Alors qu’il prétend défendre les salarié-e-s, le programme du FN sur les retraites, l’emploi, les salaires, le temps de travail, le droit du travail et les syndicats est purement antisocial et particulièrement régressif.

Cette brochure réalisée en 2010 décrypte le programme du FN sur ces thèmes et livre aux militants syndicaux des arguments pour combattre les idées d’extrême droite sur leur lieu de travail.

Elle est épuisée mais on peut la feuilleter en ligne en cliquant ici.

2) Contre le programme du FN, un argumentaire syndical

couv_brochure_VISA_argumentaire-syndical-contre-programme-FNDécortiquer le programme du Front National n’est pas chose aisée, pour une raison fondamentale : pour les fascistes, les questions programmatiques sont secondaires et essentiellement tactiques. Leur vrai et unique programme est l’État fort ; entendons par là un État où les libertés démocratiques sont fortement restreintes, en attendant d’être liquidées, un État où le mouvement ouvrier - partis et syndicats - est muselé, détruit ou transformé en officine corporatiste ; un État où l’idéologie nationaliste et chauvine tient le haut du pavé, d’abord contre les immigrés soit disant responsables de tous les maux, puis contre “l’étranger”, individu ou pays, contre lequel il faut se prémunir voire s’armer. Cette brochure de 48 pages a donc l’ambition de livrer une analyse syndicale pour contrer le discours et le programme du FN qui risquent de tromper un nombre important de salariés et de fonctionnaires. Cette brochure a été réalisée alors que le FN n’avait pas encore publié tout son programme dans le détail. Néanmoins, sa lecture permet de convaincre tout un chacun de la nature toujours profondément d’extrême droite, donc anti-sociale, du FN.

Au sommaire :
– L’économie vue du FN : « nationaliser » et aggraver la crise !
– Social, emploi, pouvoir d’ achat : poudre aux yeux et mise au pas
– Le programme fiscal du FN : incohérent et malhonnête !
– Le Front national et l’école : le faux tournant républicain
– « Préférence nationale » ou « Priorité nationale » : un projet raciste
– Marine Le Pen : Femmes et Homos … le double langage
– Du marigot fasciste à Ron Paul, Poutine … et Lieberman

Un exemplaire gratuit de cette brochure peut vous être envoyée sur simple demande. Pour cela, écrire à assovisabis@gmail.com et ne pas omettre d’indiquer une adresse postale.

Pour les envois en nombre, frais de port inclus à partir de 5 brochures commandées :
– de 5 à 49 brochures : 1,50 € la brochure
– de 50 à 99 brochures : 1,40 € la brochure
– de 100 à 499 brochures : 1,20 € la brochure
– à partir de 500 brochures : 1,00 € la brochure

Les commandes sont à adresser via l’adresse de VISA : assovisabis@gmail.com Les envois ne se feront qu’à réception du chèque (à l’ordre de VISA) à envoyer à VISA, 80/82 rue de Montreuil, 75011 Paris. Ne pas oublier de rappeler les coordonnées de la commande.

Mise à jour du 15 janvier 2014 :

VISA vient de publier un nouvelle brochure :
“D’une élection à l’autre… Barrage syndical antifasciste”.
Pour en savoir plus :  http://www.cnt-f.org/59-62/?p=9022

Face au racisme, les travailleurs CNT du bâtiment répondent :

mercredi 13 novembre 2013

affiche-antiraciste-cnt-batiment-sous-le-casque-une-seule-classe-format-web

> Pour contacter la fédération CNT du bâtiment : cnt.construction@cnt-f.org

> Vidéos de présentation de la CNT bâtiment : à visionner ici

Petit témoignage d’un militant CNT de Lille sur le rôle du syndicat en tant qu’outil de formation

samedi 2 novembre 2013

Durée : 49 secondes

> Pour télécharger ce clip de 5 Mo : clic droit ici puis « Enregistrer la cible du lien sous… »

Dans les usines, dans les bureaux, dans les écoles, dans les quartiers…

dimanche 13 octobre 2013

C’est tous ensemble qu’il faut lutter !
C’est tous ensemble qu’on va gagner !

Durée : 31 secondes

> Ce clip vidéo de 1 Mo est téléchargeable ici (clic droit sur le lien puis « Enregistrer la cible du lien sous… »).

> L’affiche est téléchargeable ici au format jpg et ici au format pdf. Pour info, cette affiche a été réalisée à partir d’un dessin de “Azagra revuelta”.