Poser des questions et écouter les réponses
Tu as un problème ; par où commences-tu ? Certains, quand
ils sentent pour la première fois qu’ils sont
traités injustement, s’énervent et commencent
à protester bien fort contre le patron. Cela peut être
dangereux.
L’encadrement tient très fort à son autorité
sur le lieu de travail, et quand tu commences à contester cette
autorité, tu deviens une menace. Dans la plupart des
entreprises, à partir du moment où tu contestes
l’autorité, tu deviens un élément
gênant aux yeux de l’encadrement. Si avant tu n’avais
jamais fait de vagues là où tu travailles, il se peut que
tu sois choqué, blessé ou révolté de voir
à quelle vitesse l’encadrement se retourne contre toi.
C’est une bonne raison pour être discret quand tu commences
à parler aux autres.
Parle à tes camarades de travail et demande-leur ce qu’il
pense de ce qui se passe au travail. Que pensent-ils des
problèmes qui les concernent ? Écoute ce que les autres
ont à dire. Récolte leurs façons de voir et leurs
opinions. La plupart des gens pense qu’un syndicaliste est un
agitateur (et il y a des fois où un syndicaliste doit être
cela), mais un bon syndicaliste est avant tout celui qui pose les
bonnes questions et écoute bien les autres. Si tu as bien
écouté, tu seras capable d’exprimer non seulement
ta façon de voir et tes opinions, mais aussi celles de tes
collègues.
Presque inévitablement il y aura quelques personnes qui seront
plus concernés par les problèmes que nous rencontrons que
les autres, et une petite partie des ces personnes voudra faire quelque
chose. Ces quelques individus forment maintenant le noyau initial de
votre "organisation". Tu peux inviter les deux les plus
intéressés à prendre un café ou manger, les
faire se rencontrer, et poser la question "Que pensez-vous de cela ?".
S’ils sont réellement prêts à faire quelque
chose et pas seulement se plaindre, alors vous êtes presque
prêt à commencer à vous organiser.
Fais un plan de ton lieu de travail
Le Savoir, c’est le Pouvoir. Ou c’est au moins le
début du pouvoir. Tu devras connaître tout ce que tu peux
de ton lieu de travail et de ton employeur. Ce sera une formation
continue de longue durée. Il vaut mieux commencer par son
service. L’encadrement a depuis longtemps compris
l’intérêt d’identifier les groupes de travail
informels, leurs animateurs naturels, et leurs faiblesses. En fait, un
des principaux trucs de la formation des cadres est de
développer des stratégies pour transformer la psychologie
du lieu de travail.
Par exemple, la multinationale United Parcel Service (UPS et ses
camions de livraisons marrons) a développé des techniques
de manipulation psychologiques très raffinées. Le manuel
de formation de l’encadrement d’UPS, intitulé
"Observer les sphères ou groupes d’Influence", montre
comment faire une carte du lieu de travail pour identifier les groupes
de travail informels, isoler les animateurs naturels ou agitateurs dans
ces groupes, exploiter leurs faiblesses, et finalement, casser ces
groupes s’ils ne peuvent être utilisés à
l’avantage de l’encadrement.
Bien que la plupart des entreprises n’a pas
développé des techniques de gestion de la main
d’œuvre d’une manière aussi raffinée
que le Big Brother "UPS" l’a fait, la plupart utilise
quelques-unes des mêmes méthodes. Est-ce que des
travailleurs qui osaient dire ce qu’ils pensaient, des agitateurs
ou des syndicalistes ont été transférés,
ont reçu un poste de chef ou ont été
frappés d’une sanction disciplinaire ? Est-ce que les
équipes de travail sont régulièrement
cassées et réarrangées ? Est-ce que le lieu de
travail a été configuré pour rendre la
communication difficile entre les travailleurs ?
Dois-tu te déplacer pour ton travail ? Qui doit ? Qui ne doit
pas ? Est-ce que l’encadrement s’en prend publiquement
à certains travailleurs ? Voire les punit ?
Quel effet cela a-t-il sur les collègues ? Est-ce que tu as
l’impression que tu es toujours sous surveillance ? Fais le
point. Tout cela peut être utilisé pour briser
l’unité et la communication entre les travailleurs dans
ton entreprise.
Cependant, cela ne rend ni nos employeurs invincibles, ni nos efforts
vains pour autant (malgré toute la formation reçue par
leurs cadres, les travailleurs d’UPS ont gagné une
grève de masse en août 1997). Dis que tu as un message
important à communiquer, mais que tu n’as ni le temps ni
les moyens d’atteindre chacun de tes collègues. Si tu peux
contacter les animateurs naturels des groupes de travail informels et
les mettre de ton côté, tu peux parier que le mot va
passer à tout le monde. Une fois que les animateurs ont
été identifiés et acceptent de coopérer, il
est possible de développer un réseau qui peut exercer une
influence et un pouvoir considérable.
Les groupes de travail informels ont l’avantage de créer
une certaine loyauté parmi leurs membres. Tu peux utiliser cette
loyauté pour élaborer des stratégies
unifiées sur vos revendications, et profiter de la tendance
naturelle à défendre ceux qui sont proche de soi.
En plus de travailler avec les animateurs de groupes, il est important
d’entraîner les travailleurs isolés aussi. Il est
plus que probable que leur apathie, leur isolement ou leurs opinions
anti-syndicales viennent de leur sentiment personnel
d’impuissance et de peur. Si l’action collective
réussit et qu’une certaine sécurité
s’instaure grâce à l’action du groupe, la peur
et le sentiment d’impuissance peuvent être diminués.
Si vous avez une personne sur votre lieu de travail qui menace
sérieusement l’unité, ne soyez pas effrayés
d’utiliser la pression du groupe de travail pour que cette
personne se tienne tranquille. Ceci s’applique au personnel
d’encadrement aussi, spécialement aux chefs qui aiment
penser qu’il ou elle est l’ami de tout le monde.
Le rapport de force
Le but de cette organisation sur le lieu de travail est de faire
pencher le rapport de force à la faveur des travailleurs. Cela
peut permettre de gagner des revendications. Si les revendications
restent des problèmes individuels ou sont
délégués à des responsables syndicaux,
l’organisation naturelle et la loyauté qui existe parmi
les groupes de travail est perdue. Il y a beaucoup de chances que les
revendications aussi.
Si les groupes de travail peuvent être utilisés pour faire
démonstration de notre unité, la menace que la production
puisse être interrompue peut être suffisante pour forcer
l’encadrement à un accord. Les revendications peuvent
être seulement gagnées quand l’encadrement a compris
que la revendication ne concerne plus seulement un individu, mais est
devenu la préoccupation de tous et qu’ils y aura toujours
des problèmes tant que ce là ne sera pas résolu.
Quelques principes basiques
La liste suivante est composée des principes que les syndicalistes victorieux trouvent les plus importants :
- Contester l’autorité.
L’organisation syndicale commence quand les gens contestent
l’autorité. Quelqu’un dit: "Qu’est-ce
qu’ils nous font ? Pourquoi font-ils ça ? Est-ce que
c’est juste ?". Il faut amener les gens à se demander :
"Qui prend les décisions ? Qui est obligé de subir ces
décisions ? Et pourquoi ce serait comme ça ?". Les gens
ne devraient pas accepter une loi ou une réponse simple parce
que cela vient d’une autorité, que cette autorité
soit le gouvernement, le patron ou le syndicat ou toi-même. Un
syndicaliste doit encourager ses collègues à penser par
eux-mêmes.
- Parler à chacun.
Presque tous les syndicalistes expérimentés sont
d’accord pour dire que "la chose la plus importante pour
organiser est de discuter personnellement avec chacun." Les tracts sont
nécessaires, les réunions sont importantes, les
rassemblements sont merveilleux, mais rien ne remplace une discussion
personnelle. Souvent, quand tu écoutes un de tes
collègues et que tu comprends ce qu’il a dans la
tête, tu l’as gagné parce qu tu es le seul ou la
seule qui l’écoutera. Quand tu parles à Isabelle
à côté de toi à la chaîne (ou au
bureau) et que tu surmontes ses peurs, réponds à ses
questions, remonte lui le moral, invite la à la réunion
ou au rassemblement – c’est tout cela l’organisation
syndicale.
- Trouver les animateurs naturels.
Chaque lieu de travail a ses groupes de collègues et
d’amis. Chaque groupe a son faiseur d’opinion, son
animateur naturel. Ils ne sont pas toujours les plus bruyants ou
causants, ils sont ceux que les autres écoutent et respectent.
Tu auras fait un bon bout de chemin si tu gagnes ces animateurs
naturels.
- Impliquer chacun dans l’action.
La vie n’est pas une classe d’école et les gens
n’apprennent pas seulement en allant aux réunions et en
lisant les tracts. La plupart des gens apprennent, changent et
progressent au cours de l’action. Prendra-tu ce tract ? Le
passera-tu à un collègue ? Signeras-tu la pétition
? Si tu veux qu’il y ait de nouveaux syndicalistes, il faut
impliquer les collègues dans l’organisation.
- Nous sommes le syndicat !
Le but de l’organisation syndicale n’est pas seulement
d’impliquer les individus, mais de les relier par une conscience
d’être un groupe solidaire. Nous voulons créer un
groupe qui se considère comme un ensemble: Viendras-tu à
la réunion ? Peut-on entraîner tout le service pour aller
voir ensemble le patron ? Peut-on compter sur tout le monde pour le
piquet de grève ?
- Les actions doivent progresser dans le temps.
Demande aux gens de s’impliquer dans des activités plus
risquées et difficiles progressivement. Porteras-tu un badge du
syndicat ? Voteras-tu pour la grève ? Es-tu prêt à
participer au piquet de grève ? Es-tu prêt à
être arrêté ? Des campagnes syndicales ont vu des
centaines de militants aller en prison pour ce qu’ils croyaient
être juste ? Pour la plupart cela a commencé par cette
première question : "Prendras-tu ce tract ?".
- Affronter l’encadrement.
Le syndicalisme a pour but de changer les relations sociales, le
rapport de force entre le patronat et les travailleurs. La
confrontation avec l’employeur doit être
préparée dans le temps par la progression des actions. Si
les collègues ont peur de faire de la peine au patron, ils
perdront.
- Gagner des petites victoires.
La plupart des mobilisations, d’un petit groupe sur un lieu de
travail à la grève générale se
développe sur la base de petites victoires. La victoire donne la
confiance que l’on peut faire plus. Elle permet de rallier de
nouveaux soutiens qui réalise que l’"on peut battre
l’employeur". Avec chaque victoire, le collectif de travailleurs
prend confiance et devient capable d’emporter de plus grandes
victoires.
- Se préparer à la retraite.
Rien ne s’est passé comme on voudrait dans la vie, et le
syndicalisme ne fait pas exception. Si ça ne marche pas au
début, sois patient. Les données changent toujours avec
le temps, de nouvelles personnes vont et viennent. Peut-être
qu’en quelques mois, tes camarades de travail seront plus
intéressés qu’ils ne le sont actuellement.
Tôt ou tard ton employeur fera quelque chose qui
accélérera les choses.
- Ne pas oublier que tu fais partie d’une grande famille, le prolétariat.
Les conflits entre les travailleurs et leur patron ont une grande
influence sur la confiance des autres travailleurs à se
mobiliser pour eux-mêmes. C’est notre intérêt
de construire des liens et des réseaux de soutiens mutuels avec
les travailleurs des autres entreprises et des autres industries, car
en se battant ensemble nous augmenterons grandement notre
capacité à gagner plus de contrôle sur nos propres
conditions d’existence.
- Produire sa propre propagande.
C’est la meilleure manière de faire passer son message,
mais n’oublie pas d’impliquer tes collègues dans sa
production.
- Gardes le sens de l’humour.
Ne sois jamais mortellement sérieux dans tout ce que tu fais.
Faire du syndicalisme peut et doit être sympa. Utilise des
dessins, des chansons, des blagues et des histoires. Dans ta
propagande, ne parle pas seulement de la dure réalité
mais aussi des tes aspirations et désirs.
- Tout est dans l’organisation.
L’organisation syndicale ne nécessite pas un excès
de formalisme ou une lourde structure, mais elle doit être
effective. Une chaîne téléphonique et une liste
d’adresses peuvent suffire à une organisation. Mais si
vous avez besoin de cela, vous devez alors les avoir. L’histoire
du mouvement syndical est remplie d’exemples de sections
syndicales qui se sont durement battues, qui eurent des victoires et
qui disparurent, simplement parce qu’elles ne restèrent
pas organisées. Comme disent les syndicalistes : "Seules les
organisées survivent."
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