La CNT, c’est quoi ?

* Tract de présentation (4 pages) : La CNT, c’est quoi ?

* Présentation et histoire de la CNT : à lire en ligne sur le site confédéral

* Organisation et fonctionnement internes de la CNT : à lire ici

* Brochure « Quelques réponses à des questions que se posent parfois celles et ceux qui souhaitent nous rejoindre ou qui viennent de le faire » : à lire ici

Ci-dessous quelques autres textes pour en savoir plus :

  1. La CNT, un syndicat indépendant des partis
  2. Un syndicat de combat, autogestionnaire, solidaire, anticapitaliste et internationaliste
  3. N’autre syndicalisme
  4. Organisation d’une société autogérée et fédéraliste
  5. Stratégie de transformation sociale
  6. La CNT et les autres organisations syndicales

 

1. La CNT, un syndicat indépendant des partis

Contrairement à d’autres organisations syndicales, la CNT ne roule pour aucun parti. Contrairement à d’autres, elle ne donne aucune consigne de vote ou d’abstention lors des élections présidentielles, législatives, régionales ou municipales (estimant que les individus sont capables de se déterminer librement). Contrairement à d’autres, elle applique le principe de l’incompatibilité des mandats syndicaux et « politiques » (au sens partidaire du terme) ; à la CNT, impossible par exemple d’être à la fois secrétaire du syndicat et d’un parti ! Contrairement à d’autres, elle place l’organisation syndicale au cœur du combat social et en fait un élément clef de son projet de transformation économique et politique… refusant ainsi aux partis (quels qu’ils soient) le droit de parler à la place des travailleur.se.s, de diriger leurs luttes, d’incarner seuls l’alternative au système actuel. D’ailleurs, l’adhésion à la CNT ne se fait pas sur des critères purement idéologiques. Elle se fait sur la base d’une pratique fondée sur la démocratie directe (contrôle des négociations par les travailleur.se.s eux-mêmes, délégué.es mandaté.es précisément en assemblée générale et révocables à tout moment, etc.) et sur la base de la lutte des classes (la CNT est un syndicat de combat qui s’interdit toute compromission avec le patronat et l’État).

Ceci étant dit, si la CNT se méfie des partis (quels qu’ils soient) et si elle rassemble des travailleur.se.s de différentes sensibilités, elle s’inscrit néanmoins dans le courant anti-capitaliste et anti-autoritaire du mouvement ouvrier. C’est ainsi que l’adhésion à la CNT se fait également sur la base d’un projet de transformation radicale de la société (mise en commun des moyens de production et de distribution, égalité sociale, autogestion…) ; un projet suffisamment clair pour éliminer le pouvoir de l’État, des patrons, des banquiers et des actionnaires, un projet suffisamment large pour fédérer les différentes facettes du syndicalisme révolutionnaire.

2. Un syndicat de combat, autogestionnaire, solidaire, anticapitaliste et internationaliste

Un syndicat : Parce que cette forme d’organisation – telle qu’elle a été définie par ses fondateurs et qui reste plus que jamais d’actualité – englobe à la fois le champ économique, politique, social et culturel. Parce qu’elle a écrit les plus belles pages de l’histoire du mouvement ouvrier. Parce qu’elle est directement issue du peuple et qu’elle représente au plus près ses intérêts. Parce qu’elle remet en cause le rôle dirigeant des partis au sein du mouvement social. Parce qu’elle offre une structure (solide et qui a fait ses preuves) sur laquelle s’appuyer pour lutter au quotidien et tenter, demain, de réorganiser la société.

De combat : Parce que les syndicats réformistes sont englués dans la collaboration avec la classe dirigeante. Parce que l’État et le patronat ne se laissent pas convaincre par de belles paroles. Parce que les intérêts des travailleur.se.s s’opposent radicalement aux intérêts du capital. Parce que seule la lutte est payante (grèves, occupations, manifestations, boycott, etc.). Parce que les grandes avancées sociales n’ont été arrachées que dans l’action et la mobilisation.

Autogestionnaire : Parce que les permanents syndicaux génèrent (inconsciemment ou non) la passivité et la bureaucratie au sein de leurs organisations. Parce que les décisions doivent être prises à la base par les syndiquée.s. Parce que nos délégué.e.s sont élu.e.s sur des mandats précis et qu’ils-elles sont révocables à tout moment par l’assemblée générale du syndicat. Parce que nous sommes soucieux de l’autonomie des syndicats locaux et respectueux du fédéralisme. Parce que nous préconisons l’auto-organisation des luttes (comités de grève, coordinations, etc.).

Solidaire : Parce que les hiérarchies de salaires et de fonctions ainsi que les différences de statuts renforcent les divisions et l’égoïsme au sein de la population et s’opposent à la construction d’une société égalitaire et autogérée. Parce que seules la réflexion et l’action interprofessionnelles et intercatégorielles permettent d’éviter le corporatisme. Parce que les luttes des femmes, des chômeur.se.s, des précaires, des mal logé.e.s, des sans papiers, des lycéen.ne.s, des étudiant.e.s, des retraité.e.s, etc. sont aussi les nôtres.

Anticapitaliste : Parce que nous fabriquons toutes les marchandises et assurons tous les services, nous devrons alors les orienter pour le bien de toute la collectivité. C’est pourquoi le syndicalisme est porteur d’un projet de transformation sociale, économique et politique, un projet révolutionnaire.

Internationaliste : Parce que si nos maux et nos combats n’ont pas de frontières, alors nos solidarités non plus.

3. N’autre syndicalisme

Notre syndicalisme ne néglige aucun terrain de lutte, mais le combat mené sur le lieu de travail reste pour lui essentiel car c’est là où la lutte des classes se fait avec le plus de clarté, c’est là qu’elle est assumée par la majorité des travailleur.se.s, c’est là que l’individu sent réellement l’exploitation.

A ce propos, vous trouverez quelques conseils pour vous organiser et lutter sur votre lieu de travail en allant sur cette page :  www.cnt-f.org/59-62/formation-syndicale/

Notre syndicalisme est né à la fin du 19ème siècle. Il est issu du courant anti-autoritaire de la 1ère Internationale. Ses caractéristiques générales ne varient pas quelles que soient les appellations qu’on lui donne : « syndicalisme révolutionnaire » ou « anarcho-syndicalisme ». La CGT a été marquée par son influence jusqu’en 1914. Actuellement, certaines organisations syndicales y font parfois référence mais seules la CGT-SR des années 1920-1930 puis la CNT de 1946 à aujourd’hui en sont les héritières directes.

Il y a deux aspects fondamentaux dans notre syndicalisme : la préparation du changement social et l’action quotidienne ; deux voies parallèles qui en se croisant et en se confondant nous permettent de dépasser les contradictions issues parfois de notre pratique quotidienne.

Comment notre syndicalisme envisage t-il le changement social ? Et tout d’abord, quels sont ses objectifs dans ce domaine ?

Notre syndicalisme n’offre pas un modèle de société dans ses moindres détails, mais seulement quelques principes essentiels pour que la révolution ne dévie pas, pour que puisse s’installer une société que certains qualifieront « d’égalitaire et autogérée » ou de « communiste libertaire », peu importe les mots.

Notre syndicalisme se distingue fondamentalement des autres écoles « socialistes » par le processus d’instauration de la nouvelle société. Considérant que la théorie du dépérissement de l’État est une stupidité conduisant à la recréation d’une société de classe et à un capitalisme d’État, il voit la préservation de l’acquis révolutionnaire dans la destruction immédiate de l’État et l’instauration d’un système fédéraliste, dans la disparition du salariat et de la hiérarchie sociale (ou tout équivalent de l’exploitation de l’Homme par l’Homme).

Pour nous, l’État et tous ses attributs doivent être immédiatement détruits et remplacés dans un premier temps par les structures fédéralistes et autogestionnaires du syndicat ; qui elles-mêmes disparaîtront pour ne laisser survivre qu’une société fédérale fonctionnant du bas vers le haut par le bais des conseils de travailleur.se.s et des communes libres.

Les décisions seront prises par les citoyen.nes de la commune et/ou les travailleur.se.s du centre de production, de distribution ou de service et remonteront les échelons successifs, département, région, pays, selon que seront intéressés le département, la région ou le pays, pour être confrontées et discutées, et redescendront remaniées à fin d’approbation. Pour ceci, nul besoin de députés et d’assemblée nationale, de ministres et de président. Des délégué.es élu.es sur un mandat précis (et révocables à tout moment) ainsi que différents conseils de coordination et de gestion (avec des pouvoirs d’administration mais pas de décision) doivent suffire pour faire tourner une société moderne, si complexe soit-elle.

Les individus, égaux en pouvoirs politiques par le fédéralisme, doivent l’être au plan économique par l’abolition du salariat et de la hiérarchie sociale. A chacun selon ses besoins en fonction des possibilités de la production, à chacun selon ses capacités et ses aspirations, rotation des tâches ingrates dans la mesure du possible…

Voyons maintenant les moyens mis en œuvre pour parvenir à ce changement de société.

Le syndicalisme que nous défendons n’envisage pas de faire la révolution à la place du peuple. Il ne lui fait que des propositions et l’invite à les faire siennes. La grande idée de notre syndicalisme, c’est la grève générale et la remise en route de l’économie et des services sous la gestion des travailleur.se.s et de la société dans son ensemble. Cette théorie s’accompagne d’une préparation des travailleur.se.s et de l’acquisition d’une pratique.

En effet, l’un des rôles essentiels du syndicalisme est d’informer les travailleur.se.s sur leur exploitation. Il explique les rouages économiques, le fonctionnement de la société capitaliste, la cause et le but de cette société. Cette tâche est dans une certaine mesure accomplie par les autres syndicats, mais ceux-ci limitent volontairement le champ d’explication et le passage de l’explication à la formation. Il ne suffit pas de publier des articles dans la presse syndicale ; il faut que ces articles soient discutés en section et en assemblée générale pour que tous les travailleur.se.s s’y intéressent. Former des militant.es par des stages est une bonne chose, mais cette formation doit être donnée pour être répandue parmi tous les travailleur.se.s et non pour la constitution d’une élite tenant et préservant un savoir.

Dans les syndicats se créé la société future. Tout le monde doit prendre sa part de responsabilité. Il faut que chaque travailleur.se n’ait plus peur, ni de la répression, ni du soi disant savoir des chefs, petits ou grands.

Enfin, avoir une pratique révolutionnaire, c’est aussi préparer le changement en apprenant à faire marcher le lieu de travail en organisant un réseau d’information entre les différentes structures syndicales ; en prévoyant le contrôle du quartier (poste, EDF, police, hôpitaux, …), des moyens de communication et des mass-médias. L’efficacité de la grève générale expropriatrice et autogestionnaire sera fonction de sa préparation et de sa rapidité.

En attendant que les conditions de cette grève soient réunies, nous luttons contre l’exploitation quotidienne des travailleur.se.s

Le syndicalisme lutte pour l’augmentation des salaires, la diminution de la durée du travail et l’amélioration des conditions de travail. En cela, notre syndicalisme ne se distingue pas des autres syndicats (sauf dans certains cas, comme celui de l’augmentation des salaires, où nous préférons exiger des augmentations différenciées inversement proportionnelles aux salaires plutôt que des augmentations uniformes). Mais, parce que révolutionnaire, notre syndicalisme replace la revendication dans le contexte politico-économique et par rapport à son objectif révolutionnaire, renforçant ainsi la fonction formatrice de l’action revendicative ; il développe des armes spécifiques à côté des moyens de lutte légaux ou traditionnels ; il étend la revendication à tous les secteurs de la société.

Certains prétendront que notre syndicalisme a une action purement économique limitée au cadre professionnel. Cette observation est inexacte. Notre syndicalisme n’est pas apolitique, mais contre les partis politiques et contre le système politique actuel. Par contre, il a un projet politique global et spécifique.

Pour ce qui est des moyens, notre syndicalisme ne rejette pas les méthodes de lutte classiques, mais il en utilise aussi d’autres qui lui sont propres et qui sont rejetés par les autres syndicats (affolés par l’autonomie « ouvrière ») et par l’État (qui se place sur le terrain de la Loi).

Face au syndicalisme institutionnel et bureaucratique, notre syndicalisme s’efforce de développer un autre pouvoir :

– par l’organisation d’assemblées générales, de comités de grève ou d’action dont la vie sera liée à la grève ou à l’action ;
– par la désignation de délégué.es au mandat précis et impératif, toujours révocables par l’assemblée.

Cette pratique autogestionnaire, c’est l’action directe, c’est à dire l’action des travailleur.se.s agissant eux-mêmes sans chefs ni bureaucrates. Attention, l’action directe ne se situe pas par rapport à la violence ou à la non-violence ; ce n’est pas un synonyme pour désigner la lutte armée ; c’est tout simplement la reprise de la célèbre formule de la 1ère Internationale selon laquelle « l’émancipation des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs eux-mêmes ». De l’action directe découlent toutes les conceptions autogestionnaires : vision de la politique, idée générale de l’enseignement, conception de l’action sociale et de la révolution. L’action directe est non seulement un moyen d’action fondé sur l’efficacité, mais aussi et avant tout une démarche pédagogique fondée sur la prise en charge de l’individu (et du groupe) par lui-même.

En conclusion, voici les caractéristiques générales de ce que pourrait être une organisation syndicale régie par les principes énoncés ci-dessus :

– au niveau local, une structure autogérée où s’exerce la démocratie directe ;
– au niveau national, un groupement fédéraliste dont le but n’est pas de donner des ordres mais de coordonner ;
– une force indépendante de l’ État et du patronat ;
– une organisation de classe qui se suffit à elle-même et qui refuse d’être la courroie de transmission d’un parti politique ;
– un moyen d’éducation populaire et d’épanouissement individuel ;
– le noyau à partir duquel pourrait être organisée la société future (ceci sans présager des autres formes d’organisation anti-autoritaires et anti-capitalistes que les travailleur.se.s choisiront le moment venu).

UL-CNT de Lille

4. Organisation d’une société autogérée et fédéraliste

L’organisation de la société actuelle s’illustre par le schéma classique de la pyramide…

Le sommet, détenteur de l’autorité (conséquence de la délégation de pouvoir voulue par le système électoral), impose ses décisions à la base par l’intermédiaire d’échelons successifs d’agents exécutifs dont le pouvoir diminue au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de la base (cf. l’illustration sur le tract à télécharger dont le lien figure ci-dessous).

Contrairement à cette organisation hiérarchisée, une société autogérée et fédéraliste peut se schématiser sous la forme d’un cercle…

La périphérie représente l’ensemble des membres et des cellules sociales ; le centre représente les organismes d’administration et de coordination. Les décisions sont prises à la périphérie et se répercutent au centre où elles s’harmonisent et se coordonnent, puis reviennent à la périphérie pour se réaliser. Chaque cellule sociale forme un cercle ayant sa périphérie et son centre. Tous ces cercles sont unis par des liens fédératifs (cf. les illustrations sur le tract à télécharger dont le lien figure ci-dessous).

On nous demande parfois comment et par quoi nous remplacerions le système actuel si nous en avions la possibilité. Voici quelques éléments de réponse…

– Comment ? La CNT ne soutient aucun parti politique et ne place aucun espoir dans la voie électorale. Elle défend un processus de transformation révolutionnaire fondé sur l’autonomie du mouvement social. Celui-ci, aujourd’hui véritable contre-pouvoir potentiel, pourrait demain – s’il prenait conscience des ses capacités – se substituer aux autorités capitalistes et étatiques (à la faveur d’une grève générale inter-professionnelle par exemple).

– Par quoi ? Pas question pour la CNT d’élaborer un projet de société  » clefs en main  » ! Profondément autogestionnaires, nous pensons en effet que c’est à ceux et celles qui seront directement confrontés à un processus révolutionnaire de s’atteler à cette tâche. Élaborer un tel programme serait d’ailleurs complètement illusoire compte-tenu du fait que le monde évolue sans cesse (dans ces conditions, un programme bien ficelé risque de devenir obsolète ou, pire, de se transformer en dogme indépassable). Ceci étant dit, sans tomber dans les travers énoncés ci-dessus, il n’est pas inutile – dans le contexte actuel – d’avoir une idée générale de cet autre futur auquel nous aspirons…

Une démocratie directe et fédéraliste

Pour la CNT, la commune (ou groupement de communes) – cellule de base de la vie sociale – s’administre librement en dehors de toute tutelle étatique. Regroupant tous les individus, unités de production et associations d’une ou plusieurs localités déterminées, fédérée sur le plan cantonal, régional et national, la commune prend en charge, par la création d’organismes spécialisés, l’économie locale et les services publics (consommation, habitat, santé…). Son fonctionnement, quartier par quartier, repose sur la gestion directe : assemblées générales par unités de voisinage, définition précise des mandats, envoi de délégué.es révocables à tout moment au plénum communal, réunion de celui-ci en séance publique et retransmission en direct des délibérations sur radio ou télévision locales, etc. Un tel fonctionnement écarte de cette manière les notables qui, aujourd’hui, monopolisent l’administration de la cité. Quant au gouvernement, il est remplacé par une structure de coordination composée de délégué.es issu.es de la fédération des communes et de délégué.es issu.es de la fédération des entreprises (cf. ci-dessous).

Des lieux de travail autogérés

L’exploitation agricole, l’usine et le bureau sont gérés par tous ceux et toutes celles qui y travaillent. Les délégué.es, mandaté.es avec précision en assemblée générale et réuni.es en conseil, sont chargé.es de coordonner la production. Ils et elles sont révocables à tout moment et leur tâche ne s’accompagne d’aucun avantage particulier. Il va de soi que ces délégué.es ne peuvent se fixer à un poste de responsabilité plus d’un certain temps. La formation continue permet de lutter contre la parcellisation des tâches et fait en sorte que certains savoirs professionnels ne se transforment pas en instruments de domination politique. La hiérarchie des fonctions et des salaires est abolie, laissant ainsi place à une véritable égalité économique et sociale. Quant à la durée du temps de travail, elle est considérablement réduite, compte tenu de la suppression des tâches reconnues socialement inutiles, de la réorganisation des forces productives et de l’utilisation nouvelle des technologies de pointe. Afin d’éviter tout repli sur soi, les conseils d’entreprise sont rattachés inter-professionnellement (mais aussi par secteur d’activités pour les questions techniques) à une fédération locale, régionale et nationale, d’où pour toute décision un mouvement de va et vient entre les structures de base et les organismes de coordination. Cette fédération qui s’appuie sur le/la travailleur.se (unité économique) constitue avec la fédération des communes, fondée sur l’individu (unité politique), une organisation sociétaire duale liée à différents niveaux par une structure commune de coordination.

Une économie égalitaire et distributive

C’est aux conseils d’économie liés aux communes, ainsi qu’aux coopératives de consommateurs et à leurs fédérations, que revient le rôle de planifier la production en fonction des données démographiques et des besoins exprimés par la population. L’économie est ainsi fondée sur la satisfaction des besoins de tous, non sur les profits. Contrairement au mécanisme actuel, c’est la consommation qui oriente la production. En ce qui concerne les échanges destinés à obtenir les produits nécessaires pour couvrir les nécessités de tous, plusieurs solutions sont possibles pour passer d’une économie marchande à une économie distributive. Outre la gratuité totale des services de première nécessité (transports en commun, médecine, etc.), le compte de chaque individu peut être crédité automatiquement, tous les ans par exemple, d’une somme répartie égalitairement et calculée en fonction de la richesse collective du moment. Pour éviter toute thésaurisation excessive, la monnaie utilisée à cet effet peut être une  “monnaie fondante”, c’est à dire une monnaie informatique se dévaluant progressivement en fonction du rythme général de l’économie, jusqu’à s’annuler au bout d’une certaine période. Les phénomènes de spéculation peuvent également être supprimés à l’échelon industriel par une plus grande transparence des mécanismes financiers (regroupement du réseau bancaire, etc.) et par la création éventuelle d’un circuit monétaire spécifique réservé à l’achat des biens de production effectué par les entreprises. Enfin, une décentralisation économique est mise en place ainsi qu’un système inter-régional de péréquation pour éviter les déséquilibres entre régions  “pauvres” et régions  “riches”.

PS : Bien sûr, la CNT ne conçoit pas l’alternative à la société actuelle uniquement sous l’angle d’une transformation de l’organisation économique et politique. Ses réflexions et propositions s’appliquent à l’ensemble des structures et des rapports sociaux : éducation, justice, culture, écologie… vastes domaines difficilement abordables dans le cadre restreint de cette rubrique.

UL-CNT de Lille

Ce texte, accompagné de schémas,
est disponible sous la forme d’un tract téléchargeable ici :
organisation d’une société autogérée et fédéraliste

Pour en savoir plus sur l’autogestion :
« De l’autogestion, théories et pratiques »
(ouvrage collectif de 352 pages publié en mai 2013 par les éditions CNT région parisienne)

5. Stratégie de transformation sociale

Comme nous l’évoquions dans l’article ci-dessus, on nous demande parfois comment nous envisageons de passer de la société actuelle à celle que nous préconisons. Avec qui ? Par quel processus ? Dans quel cadre ? Bref, il n’est pas inutile de rappeler notre stratégie dans ce domaine…

Un mouvement autogéré et fédéraliste

Les mouvements sociaux, aujourd’hui éparpillés, pourraient à court terme s’unifier à la base et converger dans un cadre fédéraliste. Associations issues de l’immigration, syndicats alternatifs, comités de chômeurs, collectifs de travailleur.se.s, oppositions syndicales, coopératives… des structures autonomes de lutte existent par centaines. Il s’agirait, dans un premier temps, qu’elles se construisent un espace unitaire afin de confronter leurs expériences et de débattre des perspectives. Des assemblées générales locales, régionales et nationales pourraient notamment être organisées de façon régulière afin de faire circuler les informations et les idées. Dans un second temps, des campagnes et des axes de lutte, se situant dans une perspective de synthèse sur le plan des tendances et des terrains d’intervention, pourraient être élaborés en commun. Des structures organisationnelles pourraient progressivement se mettre en place. Ces structures devraient absolument s’inspirer du fédéralisme autogestionnaire et fonctionner ainsi du bas vers le haut afin d’éviter que les organisations se reconnaissant dans le mouvement social, constituent un cartel centralisateur. Ceci dit, la présence de ces organisations au sein des assemblées générales permettrait sans doute d’enrichir le débat. II s’agit cependant de prévoir les travers possibles de rassemblement et d’adopter en conséquence un fonctionnement fondé sur la transparence, la révocabilité permanente des délégué.es, la rotation des tâches, le mandat impératif et précis, le non cumul des responsabilités. Cette structuration progressive devrait, à notre avis, s’acheminer vers la construction d’un large mouvement s’articulant autour de deux pôles : lieu de résidence et lieu de travail (ou d’étude). Comités de quartier et comités d’entreprise seraient respectivement rattachés à deux fédérations spécifiques, organisées sur le plan local, régional et national (avec une structure à la fois professionnelle et inter-professionnelle pour les comités d’entreprise). La fédération des comités de quartier et celle des comités d’entreprise constitueraient ainsi une organisation duale liée à différents niveaux (local, régional et national) par une structure commune de coordination, ceci afin d’harmoniser les rapports entre l’ensemble des travailleur.se.s (unités économiques) et l’ensemble des individus (unités sociales) ; d’où pour chaque décision, un mouvement de va-et-vient entre les nœuds fédératifs et les structures de base. Certes, un tel degré d’organisation peut paraître lointain. Il importe néanmoins que le mouvement social tente de s’en rapprocher un maximum s’il souhaite que sa volonté de changement soit autre chose qu’un espoir sans lendemain.

Des objectifs à moyen et à long termes

Nous avons vu que les objectifs à court terme du mouvement social devraient être de se donner un espace de débat et de coordination, ouvert et pluraliste, à partir des luttes et des réalités de la base. A moyen terme, l’objectif du mouvement social devrait être de fédérer l’ensemble des fronts de lutte, de mener des actions concertées, de réfléchir à un projet de société (réellement anticapitaliste et autogestionnaire) et de se constituer en tant que contre-pouvoir potentiel. Enfin, à plus ou moins long terme, les militant.e.s de la CNT devront agir pour que le mouvement social ait les capacités de se substituer aux autorités capitalistes et étatiques à la faveur d’une crise sociale et/ou de régime, et selon un processus (assemblée constituante par exemple) qui sera déterminé par les acteurs du mouvement social eux-mêmes.

UL-CNT de Lille

6. La CNT et les autres organisations syndicales

Un siècle d’intégration au cour de l’appareil étatique et du système capitaliste (organismes mixtes, paritarisme, CE…) a produit un syndicalisme cogestionnaire. Au syndicat unique s’est substitué une pluralité syndicale qui signifie, au-delà du fond commun propre à tous les syndicats institutionnels, qu’il existe des différences, des nuances entre les organisations, liées tant à leur histoire qu’à certains choix idéologiques.

La CGT

Elle occupe une place prépondérante. C’est la 1ère confédération par le nombre, l’influence, l’ancienneté. Majoritairement influencé par l’anarcho-syndicalisme jusqu’en 1914 environ, elle passe ensuite sous la coupe des réformistes, puis celle du PCF. Aujourd’hui, elle reste profondément imprégnée de l’influence du PCF, ce qui se traduit par plusieurs traits dominants :

· La volonté de diriger le mouvement social, de le maintenir dans un genre mineur, le « Parti » se chargeant des choses sérieuses sur le plan parlementaire. Au syndicat la lutte économique, au parti la lutte politique : il y a une division des tâches ; c’est l’encadrement social (même si – à la base et statutairement – les liens se sont récemment distendus).

· Une présence au sein des secteurs ouvriers historiques (même s’ils sont laminés par les restructurations) et dans le secteur public. Souvent, c’est donc une réalité incontournable qui bénéficie de l’appui municipal dans les fiefs électoraux du PCF.

· Une tradition de luttes, parfois violentes, héritée de l’histoire « stalinienne », conférant à cette organisation une réputation de luttes, avec son cortège de militants réprimés. Cette caractéristique ne doit pas faire oublier que la CGT fixe des limites à l’action syndicale (subordonnée à l’action parlementaire) et qu’elle refuse donc l’action directe des travailleurs, notamment quand il s’agit de poser la question du pouvoir (l’action directe étant entendue par la CNT comme une action autonome sans intermédiaire bureaucratique et/ou politique). Par ailleurs, dans l’histoire, la présence du PCF au gouvernement a toujours eu des conséquences sur l’activité syndicale cégétiste.

La CGT est une organisation qui évolue sur le fond et dans la forme :

· Vers le réformisme ouvert : ce fut le cas lors d’un de ses derniers confédéraux, au cours duquel la référence statutaire à la perspective de « l’abolition du salariat » fut supprimée. On se fixe alors comme horizon indépassable celui du capitalisme dans lequel la force de travail est une marchandise qui se vend comme un salaire. Ou encore, lors de l’acceptation tacite d’une ouverture du capital au privé dans certaines entreprises publiques, d’une certaine libéralisation.

· Il y a une volonté de donner une image démocratique : lors des congrès confédéraux, des plages horaires sont réservées à l’expression libre des délégués. On favorise même l’expression des désaccords. Mais il s’agit plus d’une expression « défouloir » que d’une participation réelle à l’élaboration d’une stratégie confédérale. Sur le plan formel, cela donne l’illusion du pluralisme et permet à certains gauchistes et à certains libertaires de s’illusionner sur l’évolution future de la CGT vers des pratiques de luttes de classe démocratiques. Parfois le discours s’accompagne de concessions faites aux opposants auxquels on donne des postes (militants du PS, trotskistes du NPA et de LO, anars.).

Malgré les observations faites ci-dessus et malgré qu’elle ait récemment rejoint la CES (« confédération européenne des syndicats » à laquelle FO et la CFDT sont également adhérentes), la CGT continue d’occuper une place spécifique sur l’échiquier syndical français. Tout en partageant la démarche co-gestionnaire des autres syndicats, elle est souvent en tête des luttes contre la liquidation des acquis. Fondamentalement, elle accompagne aussi les mutations du système capitaliste (comme aux PTT) . Enfin, dans certains secteurs, elle est parfois à la botte du patron. Il est nécessaire de ne pas perdre de vue cette réalité contradictoire lors des relations et / ou actions communes avec cette organisation.

La CFDT

Issu du syndicalisme chrétien, elle cultive l’ambiguïté en 1968 quant à son affirmation d’orientations autogestionnaires, voire anarcho-syndicalistes. Puis, elle devient le « cheval de Troie » de la social-démocratie dans le mouvement ouvrier (Assises du socialisme en 1975), prend possession des cabinets ministériels en 1981 et devient la collaboratrice zélée du patronat et des différents gouvernements. Le point fort de cette collaboration sera matérialisée en décembre 1995, avec le soutien ouvert au plan Juppé de réforme de la Sécu et de l’allongement du nombre d’années de cotisation pour accéder à la retraite. Cette évolution s’est accompagnée d’une normalisation interne se traduisant par des exclusions.

La CFDT est l’organisation syndicale où les contradictions sont les plus vives, regroupant des partisans de l’autogestion et une direction passée d’un syndicalisme verbalement contestataire à un syndicalisme de services. Il y a un souci pour la CNT de bien saisir les nuances en présence afin de différencier son discours selon que l’on discute avec les partisans de la direction cfdétiste ou avec les oppositionnels.

FO

Scission de la CGT, elle incarne le réformisme au service du capitalisme libéral. Depuis 1947-1948, FO se réfère toujours à la charte d’Amiens (charte préconisant notamment l’indépendance de l’organisation syndicale vis à vis des groupes politiques, elle fut adoptée en 1906 au congrès de la CGT alors profondément influencée par les anarcho-syndicalistes), mais cela masque mal la place faite aux politiciens au sein de ses organismes directeurs : militants du PS, de l’UMP, du POI (trotskiste), etc. Avec l’élection de Blondel, c’est la tendance trotskiste qui a marqué des points. FO défend certains acquis, notamment lorsque les intérêts de l’organisation syndicale sont menacés (place forte à la Sécu où des centaines de permanents sont au service du syndicat). Elle joue un rôle chez les routiers, mais est particulièrement réactionnaire chez les gardiens de prison. On y trouve des militants de toutes les sensibilités, y compris anarchistes (certains y sont même permanents). C’est un pilier docile au service de l’État et des patrons. Elle est pourtant dépassée dans la collaboration par la CFDT.

La CFTC

Émanation de l’Église, elle nie naturellement la lutte des classes, c’est donc un syndicat « jaune ». C’est un syndicat confessionnel, l’enfant de chœur du capital !  Bien sûr, il y a des exceptions à la base et il arrive que des sections syndicales CFTC aient des conceptions très différentes de celles de leur confédération.

Le syndicalisme dit « alternatif »

On désignera sous ce terme les organisations membres de l’union syndicale « Solidaires » : SUD-PTT, SUD-santé, SUD-éducation, SUD-rail, SNUI, SNJ, etc. Les deux premiers d’entre eux apparaissent en 1988 à la suite d’exclusions de la CFDT. Les syndicats du G10 sont animés par des trotskistes, des libertaires, des syndicalistes autogestionnaires, des verts, des socialistes. Leur présence est très inégale selon les secteurs. Ces structures se présentent comme une réponse aux bureaucraties syndicales, réformistes et majoritaires. Elles partagent cependant avec les appareils traditionnels certaines conceptions : paritarisme, cogestion, électoralisme, appareil syndical fondé sur des permanents (avec des nuances selon les secteurs), séparation des luttes économiques et des luttes politiques. Ceci étant, il y a des nuances à apporter : elles soutiennent des luttes sociales, maintiennent une tradition interprofessionnelle (lutte des chômeurs, sans-papiers.) et un esprit internationaliste. Le débat avec eux porte sur la nature de la rupture avec les grandes centrales, sur le refus de l’institutionnalisation syndicale, sur l’affirmation d’un projet social révolutionnaire.

Nota bene : N’ont pas été étudiés ici les syndicats dits « autonomes » (dans le sens de « non confédérés ») : FSU, UNSA, etc. Mais on retrouve dans ces syndicats des similitudes avec les organisations présentées ci-dessus (pour une analyse par exemple du syndicalisme dans l’éducation, voir l’article de Greg Kerautret dans le n° 1 des « Temps maudits », revue confédérale de la CNT).