Article extrait d’Indymedia Lille à propos de la situation à SeaFrance :
La lutte courageuse des salariés de SeaFrance a relancé la question du maintien de l’emploi face à la volonté délibérée de ceux qui veulent tout casser. La magouille mise en place par Sarkozy sur les « indemnisations supra-légales » et l’interminable décision du tribunal de commerce sur la recevabilité ou non de la mise en place d’une SCOP ont démontré à quel point la question relevait avant tout d’une volonté et orientation politique.
Comment, en 2008, une compagnie qui, avec un résultat net en 2007 de 15,4 millions d’euros, plus de deux millions de passagers par an sur la liaison Calais-Douvres, réalisant un chiffre d’affaire de 220 millions d’euros, transportant 3,8 millions de passagers, plus de 700.000 voitures, autant de camions et 24.000 autocars, peut elle ainsi être amenée à disparaitre ?
De toute évidence c’est la SNCF, actionnaire à 100% du groupe qui décide de casser la compagnie, avec la complicité de l’État, en la rendant déficitaire afin de se séparer de sa filiale maritime. Quand on veut tuer son chien, il suffit de l’accuser d’avoir la rage. Pour se faire c’est à cette époque que Pierre FA, Inspecteur Général à la SNCF, condamnée auparavant pour détournement de fond en 2003, dans l’affaire ELF à 9 mois de prison avec sursis et 40.000 euro d’amende, entre en jeu et prend les affaires en mains.
C’est alors qu’une campagne invraisemblable de calomnies et de dénigrement va s’abattre contre les travailleurs de SeaFrance, sous couvert d’hypothétiques malveillances syndicales et autres, à ce jour encore non établies
Des journalistes se sont délectés en relayant toutes ces attaques. De toute évidence, plus le mensonge est gros, plus il a de chance de passer. C’est l’artillerie lourde que l’on va sortir contre les marins et leur syndicat : faux, usage de faux, escroquerie au jugement, vol en bande organisée, voies de faits, gestion opaque, enrichissement personnel des dirigeants syndicaux. Les salariés auraient même, apprend-on dans la presse, bénéficié d’avantages « exorbitants », c’est-à-dire une organisation du travail avantageuse et 1000 euros de primes vacances…
Si ce n’avait été que le gouvernement et l’employeur qui s’étaient ainsi déchaînés contre les travailleurs, on aurait pu comprendre. C’est leur habitude et leur raison d’être. Le plus scandaleux c’est que c’est la direction de la CFDT elle-même, avec à sa tête François Chérèque, qui a été en pointe des attaques alors que les salariés luttaient pour le maintien de leur emploi. Cette même Confédération syndicale qui, dès 1970, dessine les fondements de l’autogestion en entreprise, estimant alors que la gestion et l’organisation de l’entreprise doivent revenir aux travailleurs afin qu’ils puissent intervenir sur leurs conditions de travail. Ce principe devient pendant ces années l’identité même de la CFDT.
Ce sont donc des gens qui ont trempé dans le dossier Karachi et des bureaucrates syndicaux, coupables, eux, de haute trahison de la cause ouvrière, qui ont orchestré la chasse aux sorcières.
Pourquoi le combat pour l’emploi des travailleurs de SeaFrance était-t-il si intolérable pour la bourgeoisie et le gouvernement ?
SeaFrance attire bien sur des convoitises. D’un côté il y a la britannique PO qui ne serait pas fâchée de prendre seule la traversée Calais-Douvres. Il y a l’armateur danois DFDS, Louis Dreyfus Armateur (LDA), qui souhaiterait récupérer le marché, en lançant éventuellement une compagnie type « low cost ». Britanny Ferries (liée au lobby agricole breton et à la FNSEA, c’est-à-dire à l’UMP), lorgne également du côté de SeaFrance. Eurotunnel de son côté craint comme la peste la mise en place d’une liaison « low cost » qui casserait les prix. Et puis il y a aussi ces trois bateaux, quasiment neufs, que certains voudraient racheter pour une bouchée de pain. En résumé, avant même que la cessation définitive d’activités ne soit prononcée, dès que le bilan a été déposé par la direction de SeaFrance, le bal des prédateurs avait déjà commencé. Mais voilà il y a un problème, les travailleurs s’organisent et veulent créer leur SCOP, et ainsi leurs plans sont contrariés.
L’idée d’une SCOP devient insupportable pour le patronat et le gouvernement !
La crise du capitalisme et ses répercussions tragiques sur l’emploi, leur vie et celle de leur famille, il devient intolérable pour le patronat et leurs représentants gouvernementaux que le projet de maintien de l’emploi par une scop voit le jour. Il était insupportable pour les capitalistes que les travailleurs démontrent, même si le projet était complexe à monter et à faire perdurer, que les licenciements ne sont pas une fatalité économique mais avant tout une question politique dans le cadre de la guerre que se livrent les patrons.
Une fois de plus les hommes en noir de la justice ont à nouveau démontré ce à quoi consiste leur travail, dans cette affaire ils ne sont les croque-morts de la bourgeoisie.
Toutefois, si le projet de SCOP était légitime, il n’était pas sans limites. Les coopératives de production, d’une part, sont loin d’être en l’espèce la panacée des salariés face à la crise surtout si des requins type Eurotunnel ou autres rachetaient les bateaux pour les louer aux salariés de la coopérative qui y auraient travaillé.
En tout état de cause ce ne sont pas les perspectives de gouvernement des candidats de la gauche qui pourront remettre en cause la domination de l’argent sur l’emploi et les hommes. Il faut un changement radical de perspective de société.
Auteur de l’article : Playe Bernard