| ORIENTATIONS GENERALES |
La CNT, un syndicat indépendant des partis
Contrairement
à
d'autres
organisations syndicales, la CNT ne roule pour aucun parti.
Contrairement à d'autres, elle ne donne aucune consigne de vote
ou d'abstention lors des élections présidentielles,
législatives, régionales ou municipales (estimant que les
individus sont capables de se déterminer librement).
Contrairement à d'autres, elle applique le principe de
l'incompatibilité des mandats syndicaux et "politiques" (au sens
partidaire du terme) ; à la CNT, impossible par exemple
d'être à la fois secrétaire du syndicat et d'un
parti ! Contrairement à d'autres, elle place l'organisation
syndicale au cœur du combat social et en fait un
élément clef de son projet de transformation
économique et politique… refusant ainsi aux partis (quels
qu'ils soient) le droit de parler à la place des travailleurs,
de diriger leurs luttes, d'incarner seuls l'alternative au
système actuel. D'ailleurs, l'adhésion à la CNT ne
se fait pas sur des critères purement idéologiques. Elle
se fait sur la base d'une pratique fondée sur la
démocratie directe (contrôle des négociations par
les travailleurs eux-mêmes, délégués
mandatés précisément en assemblée
générale et révocables à tout moment, etc.)
et sur la base de la lutte des classes (la CNT est un syndicat de
combat qui s'interdit toute compromission avec le patronat et l'Etat).
Ceci étant dit, si la CNT se méfie des partis (quels qu'ils soient) et si elle rassemble des travailleurs de différentes sensibilités, elle s'inscrit néanmoins dans le courant anti-capitaliste et anti-autoritaire du mouvement ouvrier. C'est ainsi que l'adhésion à la CNT se fait également sur la base d'un projet de transformation radicale de la société (mise en commun des moyens de production et de distribution, égalité sociale, autogestion…) ; un projet suffisamment clair pour éliminer le pouvoir de l'Etat, des patrons, des banquiers et des actionnaires, un projet suffisamment large pour fédérer les différentes facettes du syndicalisme révolutionnaire.
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petite BD a été actualisée. |
Un syndicat... Parce que cette forme d’organisation - telle qu’elle a été définie par ses fondateurs et qui reste plus que jamais d’actualité - englobe à la fois le champ économique, politique, social et culturel… Parce qu’elle a écrit les plus belles pages de l’histoire du mouvement ouvrier… Parce qu’elle est directement issue du peuple et qu’elle représente au plus près ses intérêts… Parce qu’elle remet en cause le rôle dirigeant des partis au sein du mouvement social… Parce qu’elle offre une structure (solide et qui a fait ses preuves) sur laquelle s’appuyer pour lutter au quotidien et tenter, demain, de réorganiser la société…
De combat ! Parce que les syndicats réformistes sont englués dans la collaboration avec les classes dirigeantes… Parce que l’Etat et le patronat ne se laissent pas convaincre par de belles paroles… Parce que les intérêts des travailleurs s’opposent radicalement aux intérêts du capitalisme… Parce que seule la lutte est payante (grèves, occupations, manifestations, boycott, etc.)… Parce que les grandes avancées sociales n’ont été arrachées que dans l'action et la mobilisation…
Autogestionnaire ! Parce que les permanents syndicaux génèrent (inconsciemment ou non) la passivité et la bureaucratie au sein de leurs organisations… Parce que les décisions doivent être prises à la base par les syndiqués eux-mêmes… Parce que nos délégués sont élus sur des mandats précis et qu’ils sont révocables à tout moment par l’assemblée générale du syndicat… Parce que nous sommes soucieux de l’autonomie des syndicats locaux et respectueux du fédéralisme… Parce que nous préconisons l’auto-organisation des luttes (comités de grève, coordinations, etc.)…
Et solidaire ! Parce que les hiérarchies de salaires et de fonctions ainsi que les différences de statuts renforcent les divisions et l’égoïsme au sein de la population et s’opposent à la construction d’une société égalitaire et autogérée… Parce que seules la réflexion et l’action inter-professionnelles et inter-catégorielles permettent d’éviter le corporatisme… Parce que les luttes des femmes, des chômeurs, des précaires, des mal logés, des sans papiers, des lycéens, des étudiants, etc. sont aussi les nôtres… Parce que les peuples du monde entier sont tous victimes des mêmes maux…
N'autre
syndicalisme
(extrait du
bulletin n° 23 de l'union régionale CNT 59/62)
Notre
syndicalisme ne néglige aucun terrain de lutte, mais le
combat mené sur le lieu de travail reste pour lui essentiel car
c'est là où la lutte des classes se fait avec le plus de
clarté, c’est là qu’elle est assumée
par la majorité des travailleurs, c’est là que
l'individu sent réellement l'exploitation.
Notre
syndicalisme est né à la fin du 19ème
siècle. Il est issu du courant anti-autoritaire de la
1ère Internationale. Ses caractéristiques
générales ne varient pas quelles que soient les
appellations qu'on lui donne : « syndicalisme
révolutionnaire » ou « anarcho-syndicalisme ».
La CGT a été marquée par son influence jusqu'en
1914. Actuellement, certaines organisations syndicales y font parfois
référence mais seules la CGT-SR des années
1920-1930 puis la CNT de 1946 à aujourd'hui en sont les
héritières directes.
Il
y a deux aspects fondamentaux dans
notre syndicalisme : la
préparation du changement social
et l'action quotidienne ; deux voies parallèles qui en se
croisant et en se confondant nous permettent de dépasser les
contradictions issues parfois de notre pratique quotidienne.
Comment
notre syndicalisme envisage
t’il le changement social ? Et tout d'abord, quels sont ses
objectifs dans ce domaine ?
Notre
syndicalisme n'offre pas un modèle de
société dans ses moindres détails, mais seulement
quelques principes essentiels pour que la révolution ne
dévie pas, pour que puisse s'installer une société
que certains qualifieront "d'égalitaire et
autogérée" ou de "communiste libertaire", peu importe les mots.
Notre
syndicalisme se distingue fondamentalement des autres
écoles « socialistes » par le processus
d'instauration de la nouvelle société. Considérant
que la théorie du dépérissement de l'État
est une stupidité conduisant à la recréation d'une
société de classe et à un capitalisme
d'État, il voit la préservation de l'acquis
révolutionnaire dans la destruction immédiate de
l'État et l'instauration d'un système
fédéraliste, dans la disparition du salariat et de la
hiérarchie sociale (ou tout équivalent de l'exploitation
de l'Homme par l'Homme).
Pour
nous,
l'État et tous ses attributs doivent être
immédiatement détruits et remplacés dans un
premier temps par les structures fédéralistes et
autogestionnaires du syndicat ; qui elles-mêmes
disparaîtront pour ne laisser survivre qu'une
société fédérale fonctionnant du bas vers
le haut par le bais des conseils de travailleurs et des communes libres.
Les
décisions seront prises par les citoyens de la commune et/ou
les travailleurs du centre de production, de distribution ou de service
et remonteront les échelons successifs, département,
région, pays, selon que seront intéressés le
département, la région ou le pays, pour être
confrontées et discutées, et redescendront
remaniées à fin d'approbation. Pour ceci, nul besoin de
députés et d'assemblée nationale, de ministres et
de président. Des délégués élus sur
un mandat précis (et révocables à tout moment)
ainsi que différents conseils de coordination et de gestion
(avec des pouvoirs d’administration mais pas de décision)
doivent suffire pour faire tourner une société moderne,
si complexe soit-elle.
Les
hommes,
égaux en pouvoirs politiques par le
fédéralisme, doivent l'être au plan
économique par l'abolition du salariat et de la
hiérarchie sociale. A chacun selon ses besoins en fonction des
possibilités de la production, à chacun selon ses
capacités et ses aspirations, rotation des tâches ingrates
dans la mesure du possible…
Voyons
maintenant les moyens mis en
oeuvre pour parvenir à ce changement de société.
Le
syndicalisme
que nous défendons n'envisage pas de faire la
révolution à la place du peuple. Il
ne lui fait que des propositions
et l'invite à les faire siennes. La grande idée de notre syndicalisme,
c'est la
grève générale et la remise en route de l'économie et des services sous
la
gestion des travailleurs et de la société dans son ensemble. Cette
théorie
s'accompagne d'une préparation des travailleurs et de l'acquisition
d'une
pratique.
En effet, l’un des rôles essentiels du syndicalisme est d'informer les travailleurs sur leur exploitation. Il explique les rouages économiques, le fonctionnement de la société capitaliste, la cause et le but de cette société. Cette tâche est dans une certaine mesure accomplie par les autres syndicats, mais ceux-ci limitent volontairement le champ d'explication et le passage de l'explication à la formation. Il ne suffit pas de publier des articles dans la presse syndicale ; il faut que ces articles soient discutés en section et en assemblée générale pour que tous les travailleurs s'y intéressent. Former des militants par des stages est une bonne chose, mais cette formation doit être donnée pour être répandue parmi tous les travailleurs et non pour la constitution d'une élite tenant et préservant un savoir.
Dans
les syndicats se
créé la société future. Tout le monde doit prendre sa part de
responsabilité.
Il faut que chaque travailleur n'ait plus peur, ni de la répression, ni
du soi
disant savoir des chefs, petits ou grands.
Enfin,
avoir une
pratique révolutionnaire, c'est aussi
préparer le changement en apprenant à faire marcher le
lieu de travail en organisant un réseau d'information entre les
différentes structures syndicales ; en prévoyant le
contrôle du quartier (poste, EDF, police, hôpitaux, ...),
des moyens de communication et des mass-médias.
L'efficacité de la grève générale
expropriatrice et autogestionnaire sera fonction de sa
préparation et de sa rapidité.
En
attendant que les conditions de
cette grève soient réunies, nous luttons contre
l'exploitation quotidienne des travailleurs.
Le
syndicalisme
lutte pour l'augmentation des salaires, la diminution de la durée du
travail et
l'amélioration des conditions de travail. En cela, notre
syndicalisme ne se distingue pas des autres syndicats (sauf
dans certains cas, comme celui de l’augmentation des salaires, où
nous préférons exiger des augmentations différenciées inversement
proportionnelles aux salaires plutôt que des augmentations uniformes). Mais,
parce que
révolutionnaire, notre syndicalisme replace la revendication
dans le contexte politico-économique et par rapport à
son objectif révolutionnaire, renforçant ainsi la
fonction formatrice de l'action revendicative ; il développe des
armes spécifiques à côté des moyens de
lutte légaux ou traditionnels ; il étend la revendication
à tous les secteurs de la société.
Certains
prétendront que notre syndicalisme a une action
purement économique limitée au cadre professionnel. Cette
observation est inexacte. Notre syndicalisme n'est pas apolitique,
mais contre les partis politiques et contre le système politique
actuel. Par contre, il a un projet politique global et
spécifique.
Pour
ce qui est
des moyens, notre syndicalisme ne rejette pas les
méthodes de lutte classiques, mais il en utilise aussi d'autres
qui lui sont propres et qui sont rejetés par les autres
syndicats (affolés par l'autonomie « ouvrière
») et par l'État (qui se place sur le terrain de la Loi).
Face
au
syndicalisme institutionnel et bureaucratique, notre
syndicalisme s'efforce de développer un autre pouvoir :
-
par l'organisation d'assemblées
générales, de comités de grève ou d'action
dont la vie sera liée à la grève ou à
l'action ;
-
par la désignation de
délégués au mandat précis et
impératif, toujours révocables par l'assemblée.
Cette
pratique
autogestionnaire, c'est l'action directe, c'est à
dire l'action des travailleurs agissant eux-mêmes sans chefs ni
bureaucrates. Attention, l'action directe ne se situe pas par rapport
à la violence ou à la non-violence ; ce n’est pas
un synonyme pour désigner la lutte armée ; c’est
tout simplement la reprise de la célèbre formule de la
1ère Internationale selon laquelle « l'émancipation
des travailleurs sera l’œuvre des travailleurs
eux-mêmes ». De l'action directe découlent toutes
les conceptions autogestionnaires : vision de la politique, idée
générale de l'enseignement, conception de l'action
sociale et de la révolution. L'action directe est non seulement
un moyen d'action fondé sur l'efficacité, mais aussi et
avant tout une démarche pédagogique fondée sur la
prise en charge de l'individu (et du groupe) par lui-même.
En
conclusion, voici les
caractéristiques générales de ce que pourrait
être une organisation syndicale régie par les principes
énoncés ci-dessus :
-
au niveau local, une structure
autogérée où s'exerce la démocratie directe
;
-
au niveau national, un groupement
fédéraliste dont le but n'est pas de donner des ordres
mais de coordonner ;
-
une force indépendante de l'
État et du patronat ;
-
une organisation de classe qui se suffit
à elle-même et qui refuse d'être la courroie de
transmission d'un parti politique ;
-
un moyen d'éducation populaire et
d'épanouissement individuel ;
-
le noyau à partir duquel pourrait
être organisée la société future (ceci sans
présager des autres formes d'organisation anti-autoritaires et
anti-capitalistes que les travailleurs choisiront le moment venu).
UL-CNT de Lille
Organisation d’une société autogérée et fédéraliste
Ce texte (accompagné de schémas), est
disponible sous la forme d'un tract téléchargeable ici
(format pdf - 2 pages - 220 ko).
L’organisation de la société actuelle s’illustre par le schéma
classique de la pyramide…
Le
sommet, détenteur de l’autorité (conséquence de la délégation de
pouvoir voulue par le système électoral), impose ses décisions à la
base par l’intermédiaire d’échelons successifs d’agents exécutifs (dont
le pouvoir diminue au fur et à mesure qu’ils se rapprochent de la base).
[cf.
l'illustration sur le tract au format pdf : schéma de la pyramide
étatique]
Contrairement
à cette organisation hiérarchisée, une société autogérée et fédéraliste
peut se schématiser sous la forme d’un cercle…
La
périphérie représente l’ensemble des membres et des cellules sociales ;
le centre représente les organismes d’administration et de
coordination. Les décisions sont prises à la périphérie et se
répercutent au centre où elles s’harmonisent et se coordonnent, puis
reviennent à la périphérie pour se réaliser. Chaque cellule sociale
forme un cercle ayant sa périphérie et son centre. Tous ces cercles
sont unis par des liens fédératifs.
[cf.
les illustrations sur le tract au format pdf : schéma des cercles
fédératifs + schéma de la double organisation fédérale]
On nous demande parfois COMMENT et PAR QUOI nous remplacerions le système actuel si nous en avions la possibilité. Voici quelques éléments de réponse…
Comment ? La CNT ne soutient aucun parti politique et ne place aucun espoir dans la voie électorale. Elle défend un processus de transformation révolutionnaire fondé sur l’autonomie du mouvement social. Celui-ci, aujourd’hui véritable contre-pouvoir potentiel, pourrait demain – s’il prenait conscience des ses capacités – se substituer aux autorités capitalistes et étatiques (à la faveur d’une grève générale inter-professionnelle par exemple).Une démocratie directe et fédéraliste
Pour la CNT, la commune (ou groupement de communes) - cellule de base de la vie sociale - s’administre librement en dehors de toute tutelle étatique. Regroupant tous les individus, unités de production et associations d’une ou plusieurs localités déterminées, fédérée sur le plan cantonal, régional et national, la commune prend en charge, par la création d’organismes spécialisés, l’économie locale et les services publics (consommation, habitat, santé…). Son fonctionnement, quartier par quartier, repose sur la gestion directe : assemblées générales par unités de voisinage, définition précise des mandats, envoi de délégués révocables à tout moment au plénum communal, réunion de celui-ci en séance publique et retransmission en direct des délibérations sur radio ou télévision locales, etc. Un tel fonctionnement écarte de cette manière les notables qui, aujourd’hui, monopolisent l’administration de la cité. Quant au gouvernement, il est remplacé par une structure de coordination composée de délégués issus de la fédération des communes et de délégués issus de la fédération des entreprises (cf. ci-dessous).
Des lieux de travail autogérés
L’exploitation agricole, l’usine et le bureau sont gérés par tous ceux qui y travaillent. Les délégués, mandatés avec précision en assemblée générale et réunis en conseil, sont chargés de coordonner la production. Ils sont révocables à tout moment et leur tâche ne s’accompagne d’aucun avantage particulier. Il va de soi que ces délégués ne peuvent se fixer à un poste de responsabilité plus d’un certain temps. La formation continue permet de lutter contre la parcellisation des tâches et fait en sorte que certains savoirs professionnels ne se transforment pas en instruments de domination politique. La hiérarchie des fonctions et des salaires est abolie, laissant ainsi place à une véritable égalité économique et sociale. Quant à la durée du temps de travail, elle est considérablement réduite, compte tenu de la suppression des tâches reconnues socialement inutiles, de la réorganisation des forces productives et de l’utilisation nouvelle des technologies de pointe. Afin d’éviter tout repli sur soi, les conseils d’entreprise sont rattachés inter-professionnellement (mais aussi par secteur d’activités pour les questions techniques) à une fédération locale, régionale et nationale, d’où pour toute décision un mouvement de va et vient entre les structures de base et les organismes de coordination. Cette fédération qui s’appuie sur le travailleur (unité économique) constitue avec la fédération des communes, fondée sur l’individu (unité politique), une organisation sociétaire duale liée à différents niveaux par une structure commune de coordination.
Une économie égalitaire et distributive
C’est aux conseils d’économie liés aux communes, ainsi qu’aux coopératives de consommateurs et à leurs fédérations, que revient le rôle de planifier la production en fonction des données démographiques et des besoins exprimés par la population. L’économie est ainsi fondée sur la satisfaction des besoins de tous, non sur les profits. Contrairement au mécanisme actuel, c’est la consommation qui oriente la production. En ce qui concerne les échanges destinés à obtenir les produits nécessaires pour couvrir les nécessités de tous, plusieurs solutions sont possibles pour passer d’une économie marchande à une économie distributive. Outre la gratuité totale des services de première nécessité (transports en commun, médecine, etc.), le compte de chaque individu peut être crédité automatiquement, tous les ans par exemple, d’une somme répartie égalitairement et calculée en fonction de la richesse collective du moment. Pour éviter toute thésaurisation excessive, la monnaie utilisée à cet effet peut être une " monnaie fondante ", c’est à dire une monnaie informatique se dévaluant progressivement en fonction du rythme général de l’économie, jusqu’à s’annuler au bout d’une certaine période. Les phénomènes de spéculation peuvent également être supprimés à l’échelon industriel par une plus grande transparence des mécanismes financiers (regroupement du réseau bancaire, informatisation, etc.) et par la création éventuelle d’un circuit monétaire spécifique réservé à l’achat des biens de production effectué par les entreprises. Enfin, une décentralisation économique est mise en place ainsi qu’un système inter-régional de péréquation pour éviter les déséquilibres entre régions " pauvres " et régions " riches ".
PS : Bien sûr, la CNT ne conçoit pas l’alternative à la société actuelle uniquement sous l’angle d’une transformation de l’organisation économique et politique. Ses réflexions et propositions s’appliquent à l’ensemble des structures et des rapports sociaux : éducation, justice, culture, écologie… vastes domaines difficilement abordables dans le cadre restreint de cette rubrique.
UL-CNT de Lille
Stratégie de transformation sociale
On nous
demande parfois comment nous envisageons de passer de la société actuelle à
celle que nous préconisons. Avec qui ? Par quel processus ? Dans quel cadre ?
Bref, il n'est pas inutile de rappeler notre stratégie dans ce domaine...
Profondément
autogestionnaires, n'ayant jamais eu l'intention de représenter une quelconque
avant-garde, s'opposant au noyautage et à la direction des luttes par qui que
ce soit, les militant.e.s de la CNT ont néanmoins des propositions
précises et spécifiques concernant la stratégie et l'organisation du mouvement
social.
Un
mouvement autogéré et fédéraliste
Les
mouvements sociaux, aujourd'hui éparpillés, pourraient à court terme s'unifier
à la base et converger dans un cadre fédéraliste. Associations issues de l'immigration,
syndicats alternatifs, comités de chômeurs, collectifs de travailleurs,
oppositions syndicales, coopératives... des structures autonomes de lutte
existent par centaines. Il s'agirait, dans un premier temps, qu'elles se
construisent un espace unitaire afin de confronter leurs expériences et de
débattre des perspectives. Des assemblées générales locales, régionales et
nationales pourraient notamment être organisées de façon régulière afin de
faire circuler les informations et les idées. Dans un second temps, des
campagnes et des axes de lutte, se situant dans une perspective de synthèse sur
le plan des tendances et des terrains d'intervention, pourraient être élaborés
en commun. Des structures organisationnelles pourraient progressivement se
mettre en place. Ces structures devraient absolument s'inspirer du fédéralisme
autogestionnaire et fonctionner ainsi du bas vers le haut afin d'éviter que les
organisations se reconnaissant dans le mouvement social, constituent un cartel
centralisateur. Ceci dit, la présence de ces organisations au sein des assemblées
générales permettrait sans doute d'enrichir le débat. II s'agit cependant de
prévoir les travers possibles de l'assembléïsme et d'adopter en conséquence un
fonctionnement fondé sur la transparence, la révocabilité permanente des
délégués, la rotation des tâches, le mandat impératif et précis, le non cumul
des responsabilités. Cette structuration progressive devrait, à notre avis,
s'acheminer vers la construction d'un large mouvement s'articulant autour de
deux pôles : lieu de résidence et lieu de travail (ou d'étude). Comités de
quartier et comités d'entreprise seraient respectivement rattachés à deux
fédérations spécifiques, organisées sur le plan local, régional et national
(avec une structure à la fois professionnelle et inter-professionnelle pour les
comités d'entreprise). La fédération des comités de quartier et celle des
comités d'entreprise constitueraient ainsi une organisation duale liée à
différents niveaux (local, régional et national) par une structure commune de
coordination, ceci afin d'harmoniser les rapports entre l'ensemble des
travailleurs (unités économiques) et l'ensemble des individus (unités
sociales) ; d'où pour chaque décision, un mouvement de va-et-vient entre les nœuds
fédératifs et les structures de base. Certes, un tel degré d'organisation peut
paraître lointain. Il importe néanmoins que le mouvement social tente de s'en
rapprocher un maximum s'il souhaite que sa volonté de changement soit autre
chose qu'un espoir sans lendemain.
Des
objectifs à moyen et à long termes
Nous
avons vu que les objectifs à court terme du mouvement social devraient
être de
se donner un espace de débat et de coordination, ouvert et pluraliste,
à partir
des luttes et des réalités de la base. A moyen terme, l'objectif du
mouvement
social devrait être de fédérer l'ensemble des fronts de lutte, de mener
des
actions concertées, de réfléchir à un projet de société (réellement
anticapitaliste et autogestionnaire) et de se constituer en tant que
contre-pouvoir
potentiel. Enfin, à plus ou moins long terme, les militant.e.s de la
CNT devront agir pour que le mouvement social ait les capacités de
se substituer aux autorités capitalistes et étatiques à la faveur d'une
crise
sociale et/ou de régime, et selon un processus (assemblée constituante
par
exemple) qui sera déterminé par les acteurs du mouvement social
eux-mêmes.
UL-CNT
de Lille
La
CNT et les autres syndicats
Un
siècle d'intégration au cour de l'appareil
étatique et du système capitaliste (organismes mixtes,
paritarisme, CE.) a produit un syndicalisme co-gestionnaire. Au
syndicat unique s'est substitué une pluralité syndicale
qui signifie, au-delà du fond commun propre à tous les
syndicats institutionnels, qu'il existe des différences, des
nuances entre les organisations, liées tant à leur
histoire qu'à certains choix idéologiques.
La C.G.T.
Elle occupe une place prépondérante. C'est la
1ère confédération par le nombre, l'influence,
l'ancienneté. Majoritairement influencé par
l'anarcho-syndicalisme jusqu'en 1914 environ, elle passe ensuite sous
la coupe des réformistes, puis celle du PCF. Aujourd'hui, elle
reste profondément imprégnée de l'influence du
PCF, ce qui se traduit par plusieurs traits dominants :
· La volonté de diriger le mouvement social, de
le maintenir dans un genre mineur, le "Parti" se chargeant des choses
sérieuses sur le plan parlementaire. Au syndicat la lutte
économique, au parti la lutte politique : il y a une division
des tâches ; c'est l'encadrement social (même si - à
la base et statutairement - les liens se sont récemment
distendus).
· Une présence au sein des secteurs ouvriers
historiques (même s'ils sont laminés par les
restructurations) et dans le secteur public. Souvent, c'est donc une
réalité incontournable qui bénéficie de
l'appui municipal dans les fiefs électoraux du PCF.
· Une tradition de luttes, parfois violentes,
héritée de l'histoire "stalinienne", conférant
à cette organisation une réputation de luttes, avec son
cortège de militants réprimés. Cette
caractéristique ne doit pas faire oublier que la CGT fixe des
limites à l'action syndicale (subordonnée à
l'action parlementaire) et qu'elle refuse donc l'action directe des
travailleurs, notamment quand il s'agit de poser la question du pouvoir
(l'action directe étant entendue par la CNT comme une action
autonome sans intermédiaire bureaucratique et/ou politique). Par
ailleurs, dans l'histoire, la présence du PCF au gouvernement a
toujours eu des conséquences sur l'activité syndicale
cégétiste.
La CGT est une organisation qui évolue sur le fond et dans la
forme :
· Vers le réformisme ouvert : ce fut le cas lors
d'un de ses derniers confédéraux, au cours duquel la
référence statutaire à la perspective de
"l'abolition du salariat" fut supprimée. On se fixe alors comme
horizon indépassable celui du capitalisme dans lequel la force
de travail est une marchandise qui se vend comme un salaire. Ou encore,
lors de l'acceptation tacite d'une ouverture du capital au privé
dans certaines entreprises publiques, d'une certaine
libéralisation.
· Il y a une volonté de donner une image
démocratique : lors des congrès
confédéraux, des plages horaires sont
réservées à l'expression libre des
délégués. On favorise même l'expression des
désaccords. Mais il s'agit plus d'une expression
"défouloir" que d'une participation réelle à
l'élaboration d'une stratégie confédérale.
Sur le plan formel, cela donne l'illusion du pluralisme et permet
à certains gauchistes et à certains libertaires de
s'illusionner sur l'évolution future de la CGT vers des
pratiques de luttes de classe démocratiques. Parfois le discours
s'accompagne de concessions faites aux opposants auxquels on donne des
postes (militants du PS, trotskistes de la LCR et de LO, anars.).
Malgré les observations faites ci-dessus et
malgré qu'elle ait récemment rejoint la CES
("confédération européenne des syndicats" à
laquelle FO et la CFDT sont également adhérentes), la CGT
continue d'occuper une place spécifique sur l'échiquier
syndical français. Tout en partageant la démarche
co-gestionnaire des autres syndicats, elle est souvent en tête
des luttes contre la liquidation des acquis. Fondamentalement, elle
accompagne aussi les mutations du système capitaliste (comme aux
PTT) . Enfin, dans certains secteurs, elle est parfois à la
botte du patron. Il est nécessaire de ne pas perdre de vue cette
réalité contradictoire lors des relations et / ou actions
communes avec cette organisation.
La C.F.D.T.
Issu du syndicalisme chrétien, elle cultive
l'ambiguïté en 1968 quant à son affirmation
d'orientations autogestionnaires, voire anarcho-syndicalistes. Puis,
elle devient le "cheval de Troie" de la social-démocratie dans
le mouvement ouvrier (Assises du socialisme en 1975), prend possession
des cabinets ministériels en 1981 et devient la collaboratrice
zélée du patronat et des différents gouvernements.
Le point fort de cette collaboration sera matérialisée en
décembre 1995, avec le soutien ouvert au plan Juppé de
réforme de la Sécu et de l'allongement du nombre
d'années de cotisation pour accéder à la retraite.
Cette évolution s'est accompagnée d'une normalisation
interne se traduisant par des exclusions.
La CFDT est l'organisation syndicale où les
contradictions sont les plus vives, regroupant des partisans de
l'autogestion et une direction passée d'un syndicalisme
verbalement contestataire à un syndicalisme de services. Il y a
un souci pour la CNT de bien saisir les nuances en présence afin
de différencier son discours selon que l'on discute avec les
partisans de la direction cfdétiste ou avec les oppositionnels.
F.O.
Scission de la CGT, elle incarne le réformisme au
service du capitalisme libéral. Depuis 1947-1948, FO se
réfère toujours à la charte d'Amiens (charte
préconisant notamment l'indépendance de l'organisation
syndicale vis à vis des groupes politiques, elle fut
adoptée en 1906 au congrès de la CGT alors
profondément influencée par les anarcho-syndicalistes),
mais cela masque mal la place faite aux politiciens au sein de ses
organismes directeurs : militants du PS, du RPR, du parti des
travailleurs (trotskiste), etc. Avec l'élection de Blondel,
c'est la tendance trotskiste qui a marqué des points. FO
défend certains acquis, notamment lorsque les
intérêts de l'organisation syndicale sont menacés
(place forte à la Sécu où des centaines de
permanents sont au service du syndicat). Elle joue un rôle chez
les routiers, mais est particulièrement réactionnaire
chez les gardiens de prison. On y trouve des militants de toutes les
sensibilités, y compris anarchistes (certains y sont même
permanents). C'est un pilier docile au service de l'Etat et des
patrons. Elle est pourtant dépassée dans la collaboration
par la CFDT.
La C.F.T.C.
Émanation de l'Église, elle nie naturellement la
lutte des classes, c'est donc un syndicat "jaune". C'est un syndicat
confessionnel, l'enfant de choeur du capital !
Bien sûr, il y a des exceptions à la base et il arrive que des
sections syndicales CFTC aient des conceptions très différentes de
celles de leur confédération.
Le syndicalisme dit "alternatif"
On désignera sous ce terme les syndicats du "groupe des
dix" (G10 -Solidaires) : SUD-PTT, SUD-santé,
SUD-éducation, SUD-rail, SNUI, SNJ, etc.
Les deux premiers d'entre eux apparaissent en 1988 à la suite
d'exclusions de la CFDT. Les syndicats du G10 sont animés par
des trotskistes, des libertaires, des syndicalistes autogestionnaires,
des verts, des socialistes. Leur présence est très
inégale selon les secteurs.
Ces structures se présentent comme une réponse aux
bureaucraties syndicales, réformistes et majoritaires. Elles
partagent cependant avec les appareils traditionnels certaines
conceptions : paritarisme, co-gestion, électoralisme, appareil
syndical fondé sur des permanents (avec des nuances selon les
secteurs), séparation des luttes économiques et des
luttes politiques. Ceci étant, il y a des nuances à
apporter : elles soutiennent des luttes sociales, maintiennent une
tradition interprofessionnelle (lutte des chômeurs,
sans-papiers.) et un esprit internationaliste. Le débat avec eux
porte sur la nature de la rupture avec les grandes centrales, sur le
refus de l'institutionnalisation syndicale, sur l'affirmation d'un
projet social révolutionnaire.
La démarche de la CNT
Héritière du courant qui anima la CGT jusqu'en
1914, la CNT incarne la persistance et le renouveau de la
démarche syndicaliste révolutionnaire et
anarcho-syndicaliste. Sa cohérence : être au service de
l'autonomie ouvrière. Ce qui nous distingue : le refus de
l'entrisme dans les autres syndicats ! Ceci étant, la CNT
pratique l'unité dans les luttes dès que cela est
possible. Sur le plan interpro et national (voire régional),
nous sommes quasiment exclus de tout accord, de toute rencontre
inter-syndicale. Par contre, sur le plan local ou
fédéral, les possibilités sont plus nombreuses
(bien qu'à Lille, par exemple, la CGT, la CFDT et FO refusent
depuis plusieurs années de faire une place à la CNT au
sein de la "Bourse du travail"). Cette pratique cénétiste
de l'unité d'action garde en vue plusieurs objectifs :
· L'unité syndicale est un levier pour la lutte
collective, l'unité du personnel.
· L'unité syndicale doit préserver
l'autonomie de chaque organisation, son droit d'expression libre et
critique.
· Le pouvoir décisionnel doit appartenir aux
assemblées générales tout en restant vigilants :
il peut y avoir des AG prenant des décisions contraires aux
intérêts des salariés ou exprimant des opinions
réactionnaires. La CNT, dans ce cas, ne doit pas hésiter
à affirmer sa différence, à prendre date pour
l'avenir.
· Éviter le suivisme dans le cadre unitaire ; ce
qui implique de se réunir régulièrement, de sortir
ses propres tracts, d'agir en force de proposition dans le cadre des
inter-syndicales et des AG, de savoir reprendre son autonomie si
l'action est dévoyée, de savoir tirer un bilan à
la fin du conflit.
· Formaliser l'unité autour d'une plate-forme
revendicative (les acteurs de la lutte jugeant de son respect ou non).
· Apprendre à exprimer les critiques au bon
moment (s'il faut dénoncer ceux qui trahissent la lutte, il faut
le faire sur la base de faits précis, en montrant toujours
l'intérêt de la lutte, sinon cela apparaît comme des
querelles sectaires de chapelles syndicales).
>>>>>>>>>
Nota bene :
n'ont pas
été étudiés
ici les syndicats dits "autonomes" (dans le sens de "non
confédérés") : FSU, UNSA, UNEF, etc. ; mais on
retrouve dans ces syndicats des similitudes avec les organisations
présentées ci-dessus (pour une analyse par exemple du
syndicalisme dans l'éducation, voir l'article de Greg Kerautret
dans le n° 1 des "Temps Maudits", revue trimestrielle de
réflexion publiée par la CNT).
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