TEMPS DE TRAVAIL : les entreprises restées à 39 heures doivent payer !


La Cour de cassation a rendu un arrêt provoquant une forte augmentation de la rémunération des heures supplémentaires au-delà des 35 heures.
“ Une bombe sociale au profit des salariés, un coup de tonnerre dans le ciel serein des projets d’assouplissement des 35 heures ”, c’est ainsi que les inspecteurs du travail, Sylvain Chicote et Gérard Filoche, qualifient l’arrêt rendu vendredi 4 juin par la Cour de cassation.

L’affaire portait sur la rémunération dans des entreprises officiellement passées aux 35 heures, mais qui continuent à faire travailler leurs salariés au-delà de l’horaire légal, par exemple 39 heures. En l’occurrence, il s’agissait d’établissements d’aide à l’enfance inadaptée.

Jusqu’à présent, ils se contentaient de payer les 4 heures supplémentaires au taux majoré de 10 % ou 25 %. Ils pouvaient donc rester à 39 heures à peu de frais. Or, la chambre sociale de la Cour a, au contraire, jugé qu’ “ en cas d’accord collectif fixant la durée du travail à 35 heures et prévoyant le versement d’une indemnité de RTT pour maintenir le salaire antérieur, les salariés, qui ont continué à travailler 39 heures, ont droit à cette indemnité et au paiement des heures accomplies au-delà de 35 heures, majorées de la bonification alors applicable (10 ou 25%) ”. Concrètement, les salariés ont droit non seulement au maintien du salaire de 39 heures, mais au paiement avec majoration de toute heure effectuée au-delà de 35 heures. C’est-à-dire une augmentation du salaire mensuel d’environ 11% !

La portée de cette décision est immense, puisque les huit millions de salariés restés à 39 heures peuvent demander devant les prud’hommes le rappel de ces 4 heures supplémentaires non payées depuis la date de passage de la durée légale du travail à 35 heures : le 1er janvier 2000 dans les entreprises de plus de 20 salariés, le 1er janvier 2002 dans les moins de 20. “ C’est plusieurs dizaines de milliards d’euros qui sont dus aux salariés et aux organismes sociaux au titre des heures supplémentaires ”, se félicite Sylvian Chicote.

L’arrêt remet en cause les pratiques des employeurs qui se servent du quota autorisé d’heures supplémentaires pour ne pas abaisser la durée de travail. “ Il fallait s’attendre à cette décision, estime Sylvian Chicote, puisque dans l’état actuel de la législation, de la jurisprudence et des accords collectifs, les heures supplémentaires ne peuvent être qu’aléatoires. Le MEDEF lui-même a signé en 1995 un accord interprofessionnel stipulant que les heures supplémentaires ne devaient être utilisées qu’en cas de surcroît temporaire d’activité. Désormais, les entreprises doivent choisir : ou passer réellement aux 35 heures, ou rester à 39 heures mais en augmentant tous les salaires de 11 %, sans aucune aide ”.

Extrait de “ L’huma ” (13 juin 2002).



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