Extraits du BR n° 28
Dossier précarité
Toujours plus de précarité !
Contrats aidés : luttons pour leur titularisation !
Retour sur une année de lutte des Assistants-es d’Education du collège Saint-Exupéry (Lille-Hellemmes)
Les dernières actions du réseau contre la précarité dans l’éducation
La prime précarité de 500 euros
Témoignage d’une AVS
Témoignage d’une EVS
Toujours plus de précarité !
La
précarité dans le travail ne date pas d’aujourd’hui. Mais la montée en
puissance des « contrats précaires » n’a jamais été aussi forte
ces dernières années que ce soit dans les secteurs public ou privé :
CDD, missions d’intérim, périodes d’essai renouvelables, contrats
aidés, emplois défiscalisés ou subventionnés, contrats en
alternance, contrats de professionnalisation, travail partiel… Mais
quoi qu’il en soit, un contrat précaire n’est jamais un contrat choisi
! Un emploi à temps partiel imposé, ce n’est pas du temps partiel
voulu !
Sans fards, le recours aux « contrats précaires »
fournit au Patronat et à l’État-patron « une variable
d’ajustement », une variable soumise aux lois du marché et à la logique
du profit. Véritable aubaine pour le système capitaliste qui fait de
l’extension de la précarité dans le travail encore une source de
plus-value !
La crise financière qui se préparait depuis 2007 a
fait sauter les chausse-trappes spéculatives causant un désarroi
du système qui serait cocasse si cela ne touchait pas de plein fouet
des millions de travailleurs à qui on fait payer maintenant de sales
dividendes.
Si on reprend les chiffres de Pôle Emploi, en
suivant les nouvelles catégories inventées en février 2009, on a en
catégorie A (les sans emploi) 2.506 700 chômeurs en avril --- (soit 58
500 de plus depuis fin Mars ou encore une augmentation de 24.6 % de
chômeurs sur un an). C’est cette catégorie qui sert à fixer le taux de
chômage qui permet au gouvernement, quand il est calculé à la baisse,
de fourbir sa propagande. Mais si on fait le total des cinq catégories,
on avoisine les 5 millions de chômeurs, mais pour être plus
exact 4.003.500. C’est alors sans compter les chômeurs des
DOM, les RMIstes, les non inscrits, les + 55 ans, les sans papiers…et
ceux qui foutent le camp, et ceux qui n’actualisent pas leur situation,
et ceux qui sont radiés… Mais à quoi bon les chiffres…
Les «
contrats précaires » sont les premiers à payer la crise et la
politique de l’Etat et du patronat. « Contrat précaire » pour un
traitement social du chômage pérore-t-on, pour un retour progressif à
l’emploi jacasse-t-on… en réalité « contrats précaires » en première
ligne pour un retour rapide au chômage. C’est bien ce que l’on appelle
la flexibilité du travail, non ?
Mais ici ou là des
travailleur.ses précaires et des chômeur.ses ont décidé de ne
plus subir la précarité comme une fatalité. Aussi, de Lille à
Marseille, chômeur.ses et précaires ont décidé de lutter. C’est ainsi
le cas dans la région lilloise avec le « Réseau contre la précarité
dans l’éducation » où les personnels précaires de l’éducation se
mobilisent et s’organisent et luttent pour leurs droits et leur
condition de travail. Avec un seul mot d’ordre, la titularisation
sur des postes statutaires. Leur combat contre la précarité est
bien sûr le nôtre, car la précarité ne peut devenir l’horizon
indépassable que nous fait miroiter le capitalisme. C’est pourquoi, la
CNT ne cesse d’appeler à la convergence des luttes, chômeurs.es,
précaires, sans papiers, salarié.es… un même combat.
UR-CNT 59/62
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Contrats aidés : luttons pour leur titularisation !
Non au plan social dans l’éducation !
Des
dizaines de milliers de collègues sous contrats «d’avenir» ou «
d’accompagnement dans l’emploi» seront cyniquement renvoyés au chômage
cet été. Ces contrats précaires, formés et intégrés aux équipes,
couvrent pourtant des besoins permanents et indispensables dans les
établissements scolaires. Titularisation de tous les précaires !
Les
CA (contrats d'avenirs) sont des CDD renouvelables trois fois dans la
limite de deux ans, voire trois pour certains publics. C'est la règle
générale mais, parfois, dans certains bassins d'emploi, les CAE ne
peuvent excéder 18 mois. Après le maximum de renouvellements, il n'y a
qu'une seule possibilité de pérennisation de poste : la titularisation
(cas extrêmement rare). De plus, pour être titularisé dans la fonction
publique (hormis la lutte ! – cf. les exemples cités ou décrits
ci-dessous), il n'existe qu'une seule voie : les concours… ou la
titularisation directe pour certaines personnes reconnues « travailleur
handicapé ».
Le but des ces contrats aidés (CAE ou CA)
est de « traiter socialement le chômage » : on offre un poste en CDD
pendant quelques mois, voire quelques années, et après, retour à la
case chômage pendant qu'une autre personne occupera le poste vacant ! A
ce propos, la personne qui accepte ce type de poste devrait être
prévenue dès le départ qu'elle ne sera pas gardée (même si elle est
compétente) et qu'elle doit profiter au maximum des possibilités
qu'offre ce contrat (par exemple, il est possible de suivre une
formation ou d'être aidé dans une démarche VAE). Ainsi, sur le deuxième
volet de la convention CAE ou CA, il faut toujours vérifier si
l'employeur a coché la case « formation prévue ».
Sur le plan
local, en attendant un rapport de force régional ou national, la seule
possibilité pour obtenir un CDD de contractuel, c'est la mobilisation
des personnels. Ainsi, il y a quelques années à Lille, plusieurs
contrats CEC (contrats qui n'existent plus aujourd'hui) ont réussi à
continuer à travailler de cette façon. Cela étant dit, ce type de
solution est plus difficile à obtenir qu'avant car c'est maintenant le
Conseil général ou le Conseil régional qui recrute (donc, pour ce qui
concerne le 1er degré, même si un contrat d'avenir travaillant dans une
école maternelle ou élémentaire arrive à décrocher un statut de
contractuel, impossible pour lui de continuer à travailler dans l'école
!). Concernant la construction d’un rapport de force régional ou
national, c’est possible mais ça ne se fait pas du jour au lendemain.
L’exemple du syndicat CNT éducation 93 (à partir d’un compte-rendu d’Isabelle) :
Les
camarades ont commencé par obtenir la titularisation d'un personnel en
CEC (contrat emploi consolidé, en fait CES de 5 ans) qui dépendaient
alors du Rectorat. Peu après, ils ont obtenu la contractualisation de
plusieurs autres personnels (pour cela, 80% du collège a été en grève
reconductible pendant trois jours… et déterminés à poursuivre si cela
avait été nécessaire !).
En juin 2006, une mobilisation plus large
a permis d’obtenir la titularisation de tous les contrats aidés (CAE et
CAV) de Seine-St-Denis travaillant comme personnels d'entretien et de
restauration dans les collèges (donc dépendant du Conseil général).
Là
encore, la victoire s’explique par le fait d’une implantation
conséquente de la CNT sur le terrain (trois collèges du département
avaient une section CNT très active).
La lutte s’est engagée par des pétitions. Les camarades ont commencé à faire du bruit et tout le monde était remonté.
Cela
faisait déjà deux ans que, suite à la décentralisation des TOS (loi du
13 août 2004), les camarades rencontraient le Conseil général et les
élus PCF (qui à l’époque tenaient le Conseil général). Ils ont démontré
que recruter des personnels extérieurs, au lieu de titulariser ceux
qu'ils avaient, était une utilisation de la précarité. Les camarades
ont su également utiliser le Rectorat contre le Conseil Général qui, se
« débarrassant » des personnels, était subitement prêt à toutes les
déclarations « humanistes » sur la précarité (surtout en ce qui
concerne les personnels TOS en CAE et CAV qui occupaient des emplois
existants).
Le fait que le Conseil général était
tenu à l’époque par le PCF a joué en faveur des camarades
(une mauvaise publicité aurait été coûteuse !).
Par
ailleurs, les camarades demandaient la création des postes équivalents.
Ce qu’ils ont obtenu sur deux ans à partir de 2006, car la
titularisation faisait débat dans les bahuts (les personnels en «
contrats aidés » étaient nombreux et il ne fallait pas qu'en les
titularisant sans créer de postes il y ait une surcharge de travail
pour les autres !).
Enfin, les camarades demandaient
l'arrêt du recours à ce type d'emplois (ce qui fut aussi obtenu !). Vu
que les personnels ne font que 20 ou 26 heures et donc qu'il n'y
avait qu'un poste sur deux de créés, les personnels ont été titularisés
sur des postes de départ en retraite notamment. Sur un bahut, il
y a eu un retour de personnels en CAE non titularisés en fin de
contrat, les camarades sont intervenus et, bien que ces personnels
aient été déjà au chômage, ils ont été titularisés !
Forts de
cette victoire, les camarades ont alors monté la même année un
collectif, conscients 1°) que les CAE et CAV du primaire dépendent de
l'Etat et que donc seule une lutte d'ampleur pouvait les faire gagner
2°) que les CAE et CAV de lycées dépendaient du Conseil régional et que
donc la lutte devait se monter au niveau de la région.
Au sein
de ce collectif, il y avait dans les premiers mois une trentaine de
personnes (CAE et CAV), malheureusement presque toutes du 93.
Puis, une soixantaine de contacts dans toute la région.
Malheureusement,
l'absence de perspectives plus larges a eu raison du collectif et la
dernière action de cinq ou six personnels CAE et CAV au salon de
l'éducation en novembre 2008 a mis un point final au collectif.
Conclusion
: Si la mobilisation est à la hauteur, il est possible de gagner !
Osons lutter, osons vaincre ! Seule la lutte paye !
CNT-SSEC 59/62
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Retour sur une année de lutte des Assistants-es d’Education du collège Saint-Exupéry (Lille-Hellemmes)
Le
statut des assistants-es d’éducation (AE) est un des contrats précaires
de l’Education Nationale: temps de travail annualisé, service
hebdomadaire allongé, smic horaire, contrat de courte durée…
Recrutés-es directement par les chefs d’établissement en CDD
renouvelable (ou pas), il paraît difficile et risqué pour un AE (comme
pour tout-e travailleur-se précaire) de s’opposer à sa
hiérarchie. Pourtant au collège Saint-Exupéry d’ Hellemmes, des AE sont
mobilisé-es depuis le début de l’année scolaire pour défendre
leurs droits et pour dénoncer la précarité de leur statut.
Mobilisation des AE
En
2008, en début d’année, le Principal est venu nous informer d’une
modification du temps de service hebdomadaire : nous passions de 19h de
travail par semaine à 21h30, sans aucune augmentation de salaire.
A
l’heure où des milliers de postes sont supprimés dans l’Education y
compris des postes d’AE, l’administration nous demandait de travailler
plus, gratuitement pour pallier au manque de personnels auprès des
élèves. En fait, nous perdions le droit au crédit formation (art 5,
décret de juin 2003) qui nous était attribué en tant qu’étudiant-e,
l’annualisation du temps de travail permettant effectivement de faire
travailler un AE à mi-temps jusqu’à 22h par semaine (804h sur 39
semaines minimum).
La majorité d’entre nous étions d’accord :
hors de question! Plusieurs réunions furent organisées entre AE, puis
avec l’administration du collège. Nous nous sommes vite rendus compte
que la voie de la discussion ne mènerait nulle part…Nous devions créer
le rapport de force. Sentant une certaine agitation de notre
côté, l’administration s’est mise à menacer certains-es AE:
chantage au renouvellement de contrat ! « Obéis sans discuter, c’est
moi qui signe ton contrat ! ».
Ces pressions ont peu à peu
désolidarisé l’équipe : certains-es ont accepté, cinq autres ont
refusé. Nous nous sommes donc retirés une heure de travail de la grille
de service hebdomadaire, malgré les convocations à répétition pour «
retard d’une journée sur la remise d’un rapport d’incident » ou encore
« rétention de courrier », les menaces d’abandon de postes et les
retraits sur salaire.
Création d’une section CNT
Parallèlement,
deux AE adhérentes au syndicat CNT-SSEC 59 /62, ont créé une section
syndicale. Les pressions du Principal sont alors devenues quotidiennes
et de plus en plus poussées : réprimandes infantilisantes devant les
élèves, visites surprises en permanence et même jusqu’à une menace de
licenciement pour faute grave.
Voyant que nous étions prêts-es
à nous défendre, il s’est calmé au bout de quelques mois…En avril,
tous-tes les AE sont repassé-es à 19h de travail par semaine
(officiellement grâce à l’arrivée des médiateurs-ices de la réussite
scolaire).
Nous n’avons eu que très peu de soutiens de la part des professeurs titulaires, et ça nous a manqué.
Le réseau contre la précarité
Depuis
janvier, nous nous investissons au sein du « Réseau contre la Précarité
59/62 » qui lutte pour la titularisation des personnels précaires de
l’Education. Nous avons eu plusieurs audiences au Rectorat qui a pris
quelques engagements notamment à propos des contrats aidés.
Précaires... mais en lutte !
A
l’heure actuelle, nous ne sommes pas sûr-es d’être renouvelées en
septembre 2009, mais nous nous battrons pour ! Pour le principe : nous
aussi, précaires, nous pouvons réagir et nous organiser syndicalement
pour défendre nos droits de travailleurs-ses.
Parce que nous
sommes des acteurs indispensables au sein d’un établissement scolaire,
parce que notre présence auprès des élèves que nous accompagnons
quotidiennement est primordiale, nous exigeons un véritable statut, un
salaire digne et la reconnaissance de nos acquis sur le plan éducatif
et pédagogique. A l’heure où le sécuritaire remplace l’éducatif dans
une école déshumanisée, nous refusons que nos fonctions soient réduites
à celles de matonnes ou de flics scolaires. Nous militons chaque jour
pour faire de l’école un lieu où l’élève pourrait s’émanciper et
s’épanouir en tant qu’individu-e.
Elo (CNT-SSEC 59/62).
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Le réseau contre la précarité dans l’éducation (Nord Pas-de-Calais)
A
l’initiative du réseau, ces six derniers mois, quatre journées ont
ponctué, la lutte pour les droits et les conditions de travail des
travailleur.ses précaires de l’éducation avec toujours la revendication
forte de leur titularisation.
Le 29 janvier 2009, un 1er
rassemblement s’est tenu au Rectorat de Lille. Il s’agissait d’exiger
le respect du temps de travail effectif des CAE et CVS soit 20 h
et 26h, de rappeler le droit à la formation pour les AED-étudiant-es et
une formation vraiment qualifiante pour tout personnels en contrat
aidés.
Le 13 mai, une 2ème journée d’action, a eu lieu au
Lycée Gaston Berger de Lille (employeur de 450 contrats aidés dans le
1er degré et centre de traitement pour 700 AED) où a été posé, entre
autres revendications, le problème du réemploi des personnels en CAV de
+ 50 ans ou ayant atteint les 50 ans pendant leur contrat
(photo-ci-dessous).
La 3ème journée d’action du 27 mai a conduit
le réseau de nouveau au Rectorat de Lille pour revenir sur les
engagements non tenus et le pousser à rappeler aux chefs
d’établissement par voie réglementaire les dispositions concernant la
formation et le temps de travail des personnels en CAE et CVS.
Comme
le rectorat ne prend aucun engagement sur le renouvellement de contrat
des personnels en CAV de 50 ans et plus, c’est lors de la 4ème
journée d’action du 3 juin, à la Direction régionale du travail et Pôle emploi, qu’a été acquis leur renouvellement pour une durée de deux
ans. La lutte continue !
Nota bene : Le réseau Nord Pas-de-Calais contre la
précarité » est ouvert à tout salarié-e, association, collectif,
section syndicale et syndicat désireux de lutter contre la précarité
dans le monde du travail et, en ce qui concerne la fonction publique,
pour la titularisation de tous-tes les précaires sans condition de
concours et de nationalité. Les initiatives du réseau s’inscrivent dans
la lutte contre les attaques du gouvernement et du MEDEF contre les
chômeurs/ses, licencié-es, intermittent-es, travailleurs/ses immigrés
et sans papiers, et doivent contribuer à la convergence des luttes
contre la dégradation généralisée des droits sociaux. Le réseau est
soutenu par la CNT et SUD éduc (premiers signataires).
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La prime précarité de 500 euros
Une
prime de 500 euros pour les précaires, pour les étudiants-salariés, les
retraités et certains bénéficiaires de minima sociaux.
Le décret du 27 mars 2009 instaure une prime de 500 euros pour tout salarié ayant involontairement perdu son emploi.
Public concerné :
salarié ayant involontairement perdu son emploi (les démissionnaires
sont exclus ainsi que les travailleurs à temps partiel qui cumulent
plusieurs cdd et qui en auraient perdu un ; le chômage doit être total)
et non indemnisés par Pôle Emploi (ex-Assedic) :
- Les retraités (cette prime peut se cumuler avec la pension de retraite).
-
Les artistes et techniciens du cinéma, de l’audiovisuel et du spectacle
vivant bénéficiaires de l’allocation du fonds de professionnalisation
et de solidarité.
- Les bénéficiaires de l’ASS (allocation
spécifique de solidarité, de l’ATA (allocation temporaire d’attente) et
de l’AER (allocation équivalent retraite). En revanche, les
bénéficiaires du RMI et du RSA en sont exclus.
Conditions d’attribution :
- Avoir perdu involontairement son emploi (fin de CDD et d’intérim) entre le 01/04/2009 et le 31/03/2010.
-
Justifier d’une activité salariée supérieure ou égale à 305 heures et
inférieure à 610 heures au cours des 28 mois précédant la fin du
contrat pour les moins de 50 ans, et au cours des 36 mois pour les plus
de 50 ans
Exemple : Je signe un CDD d’un mois en juillet 2009
(animateur centre aéré temps plein = 150 heures environ). Ce contrat se
termine le 31/07/09. Il manque donc 155 heures pour percevoir la prime.
Il faut donc remonter 28 mois en arrière (= avril 2007). Si vous avez
travaillé durant cette période (ex : inventaires, vendanges, centre
aérés) et que vous justifiez de 305 heures cumulées d’activité, vous
avez droit à cette prime. Tous à vos calculettes !!!
- Ne pas avoir droit à l’ARE (allocation de retour à l’emploi versée par l’ex-Assedic)
- Etre apte à l’emploi
- Résider sur le territoire national
- Faire la demande dans les 6 mois suivant la fin du contrat de travail.
Montant : 500 euros versés en une seule fois, attribués qu’une fois au même bénéficiaire. Cette prime est incessible et insaisissable.
Pièces à fournir :
- Formulaire de demande à retirer au Pôle Emploi dont vous dépendez.
- RIB ou RIP
-
Attestations employeurs (document que chaque entreprise ou agence
intérimaire doit vous remettre à la fin d’un contrat – qu’il soit d’une
heure ou de 150 heures).
- Un titre de séjour pourra vous être demandé.
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Témoignage d’une précaire de la « Vie scolaire »
Nous
avons reçu le témoignage d’une surveillante de collège de la
région lilloise. Il y est dit la conviction et l’investissement qui
animent ceux et celles qui travaillent pour la « Vie scolaire » de
chaque établissement dans des conditions difficiles et un statut bien
précaire et trop souvent malmené. C’est ainsi dans le sort que l’on
fait à la fonction de « surveillant » que se dévoile le plus crûment la
logique libérale qui déshumanise l’école. A quoi bon des «
surveillants » ? Le nom a toujours été malheureux, mais pour le
coup leur préfère-t-on des maton-nes pour des fouilles
systématiques ? Un policier de référence ? Une patrouille de proximité
et des caméras de vidéo-surveillance ? Quelques bornes
biométriques et quelques portiques de sécurité ? Ou alors le vigile
avec pour seul compagnon d’infortune le chien mal muselé ?
Travailler
comme surveillant, dans un collège, c'est accompagner un adolescent
dans ces années les plus dures et les plus excitantes. Dans ces années
où il comprend son rôle dans sa famille, dans le système
scolaire, dans la société.
Comme
le cancre de Prévert il dit non avec la tête mais oui avec le cœur. Cet
élève ressent avec ses nerfs, avec ses tripes l'arrivé des
responsabilités, l'arrivé des amitiés durables, l'arrivé des amours
futiles ou très intenses. Il prend ses notes et ses observations avec
un grand ressenti. Avons-nous oublié cette période où les problèmes se
créent, où l'innocence s'envole?
Un
élève n'est pas un statut, n'est pas un nom sur un liste, ce
n'est pas un échec ou un espoir! Il est une personne à part entière
avec son vécu et son caractère et l'évolution qu'il est en train de se
créer et celle que l'on est en train de lui créer.
Le
surveillant, lui aussi, est un être à part entière qui aide
l'adolescent dans cette période. Un surveillant ne ferme pas seulement
des portes, ne surveille pas seulement des salles de permanence ou ne
rentre pas seulement des absences dans un logiciel.
Il
écoute l'adolescent dans ces moments de colère, de doute, de joie, de
bonheur. Il lui explique ce règlement qu'il est obligé de lui imposer.
Le surveillant prévient les coups d'éclat et les dérapages envers les
autres.
Mais
il est coincé entre une administration et ses règles et l'élève. Le cul
entre deux chaises il doit faire son boulot. Non pour son maigre
salaire ni par amour de l'autorité, mais pour ces adolescents aux
sourires d'enfant et aux larmes d'adulte.
Le
surveillant essaye de faire parler le cœur pour comprendre le problème
qui surgit sous forme de non radical. Pourquoi un élève est-il
absentéiste? Pourquoi se bat-il si souvent? Pourquoi se fait-il exclure
de cours? Pourquoi est-il si réservé et si isolé? Une heure de retenue,
une exclusion temporaire ou définitive ont-elles répondu à ses
questions? Une heure de discussion peut parfois y répondre.
Mais un surveillant ne doit plus écouter, ne doit surtout pas écouter. Il doit sanctionner.
Et
on lui explique aussi qu'il doit gérer plusieurs responsabilités en
même temps vu le manque de personnel. Il doit surveiller la grille
d'entrée seul, ce qui crée une insécurité pour lui et surtout pour les
élèves. Il doit surveiller seul une cour avec 400 élèves ce qui crée
une insécurité pour lui et surtout pour les élèves. Le surveillant,
premier maillon dans la chaîne scolaire ne voit plus que 400 têtes à
surveiller et non plus Kévin, Steve, Malik, Yasmine, Jean, Sarah... Il
doit surveiller des salles de permanence entre 25 et 30 élèves. Comment
faire avec des élèves qui ont des devoirs différents, d'autres qui en
profitent pour faire leurs devoirs communs, d'autres qui n'ont plus de
devoirs, d'autres qui sont encore énervés de leur exclusion de
cours? Mais le mot d'ordre, c'est « silence ! » pendant les
heures de permanence avec les visites abruptes de l'administration pour
le rappeler.
Les
adolescents sentent le manque de surveillants pour les encadrer et le
rapport de plus en plus difficile entre le surveillant et
l'administration. Certains s'engouffrent dans cette brèche en se
battant plus souvent, qui ira les en empêcher ? Personne. (…)
Le
surveillant vit un travail de plus en plus dur physiquement et
mentalement. Il court partout, il est obligé de bâcler ces taches pour
pouvoir toutes les faire. Il ne peut plus penser à l’élève en personne,
mais à l'élève listé, masse. La réflexion lui devient un moment de
luxe. La pause repas devient facultative. L'étudiant salarié devient
salarié étudiant.
C'est
sans parler de la différence entre les surveillants selon leur contrat.
Dans la même équipe, on peut avoir des surveillants d’externat, des
assistants d'éducation à temps plein ou à mi-temps, des contrats aidés
(CAE, CA). Chaque contrat a ses particularités propres qui
n'engagent pas les mêmes conséquences sur le temps de travail effectué
ni sur la vie personnelle. Certains sont étudiants d'autres non.
Même s’ils arrivent à oublier ces différences pour créer une vraie
équipe, l'administration a tendance à les rappeler quand
cela l'arrange. (…) Pourtant, être surveillant, c'est surtout
travailler en équipe auprès des élèves et pour un réel suivi.
A.G. - AVS en collège
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Autre témoignage d’une EVS
Une
EVS en école maternelle apporte son témoignage. Là encore, les
trois années cumulées dans cette école atteste de l’existence de
véritables emplois dans l’Education Nationale qui ne demandent qu’à
devenir statutaires et de permette à ceux et celles qui les
occupent d’être titularisé.e.s. Là encore est donné de voir
comment la « précarité » est utilisée. Pire à entendre dans ce
témoignage, si cela est encore possible, l’indifférence avec laquelle
le « Service Public » traite ces hommes et ces femmes… On
prend, on jette… on prend, on jette…
Bonjour,
Je
suis EVS dans une petite école maternelle du Nord, et je fais suite à
vos compte-rendus de lutte contre la précarité des contrats aidés.
Nous
venons tous et toutes et tous de recevoir notre lettre de fin de
contrat définitif et malheureusement, nous ne serons pas présents
à la prochaine rentrée. Ce que nous regrettons tous très fort.
Malgré
cela, il est impératif que vous continuiez votre combat contre les abus
des contrats aidés quels qu'ils soient, que ce soit au sein de
l'Education Nationale et ailleurs. Il est inadmissible de profiter de
la précarité de certaines familles en leur proposant ce genre de
contrat, d'autant plus que ces familles n'ont parfois pas d'autres
choix que de les accepter sous peine de se voir radiés de l'ANPE
[Pôle-Emploi NDLR].
Je
me tiens à votre entière disposition pour une éventuelle aide que je
pourrais vous apporter à mon niveau ; en cas de besoin, je peux
témoigner de mon expérience en matière de contrats aidés, sans
problème. Même si je ne ferai bientôt plus partie de ses bénéficiaires.
Par
ailleurs dans le courrier que nous avons reçu de l'Inspection
Académique, il est dit que "nous avons acquis une certaine expérience
professionnelle que l'on a pu compléter par des actions
d'accompagnement et de formation à l'emploi...", c'est totalement faux.
Très peu de personnels en contrats aidés ont pu bénéficier de ces
actions de formation ; ou ces formations se situaient très loin de
notre domicile ou elles étaient déjà pourvues par des enseignants ou
encore le nombre de places étaient extrêmement limité.
Pour
ce qui est de la VAE, aurons-nous réellement la possibilité de la
demander ? En effet, ne faut-il pas avoir cumulé 36 mois
d'expérience professionnelle ? Nous n'en avons au mieux que 34.
Et
que dire de cette attestation Assedic que notre employeur doit nous
remettre ? Aura-t-elle une réelle utilité auprès de futurs employeurs ?
Je n'en suis pas convaincue.
Nous
avons été les premiers EVS à être placés dans ces écoles, nous avons
mis beaucoup de choses en place, notre aide auprès des directeurs,
directrices et instits est indéniable, en fin de compte nous n'avons
servi qu’à poser les jalons pour nos remplaçants. C'est nul !!!
Et au bout de 34 mois (ce n'est pas rien, tout de même), on nous renvoie chez nous en nous remerciant d'une tape sur l'épaule.
Par
ailleurs, nous avons eu le déplaisir de recevoir d'autres
informations depuis, dont un courriel de l'IA qui demande aux
directeurs et directrices de recruter une personne pour nous
remplacer et cela avant le 15 juin. On considère donc, "plus
haut", que l'on n'est déjà plus là. Ca fait toujours plaisir ; et
un autre mail, toujours de l'IA demande aux directeurs/trices de
nous faire savoir que l'IRA ouvre une classe préparatoire aux
concours externe réservés aux étudiants et demandeurs d'emploi ou
jeunes diplômés défavorisés. J'ai bien apprécié le terme
"défavorisés" ; mais pour qui nous prennent-ils ?
J'étais
tellement heureuse le matin de partir au travail mais, maintenant, avec
tout se qui se passe depuis l'annonce de notre non reconduction,
j'ai perdu tout mon entrain.
Je
le répète, je suis à votre entière disposition pour toute aide que je
pourrais vous apporter, n'hésitez pas; et je pense que je ne
serais pas la seule à me proposer.
Je souhaite que vous continuiez le combat avec ou sans nous - n'arrêtez pas !!!
Bonne continuation
L., future ex EVS
Santé – Social : les lieux de vie, une recherche d’alternative
Le
1er avril 2009, le collectif des travailleurs sociaux en formation de
Lille Métropole a organisé une conférence sur les lieux de vie avec la
participation de Claude Sigala. Éducateur et militant pour des
alternatives aux structures traditionnelles, il a créé en 1975 le Coral
dans le Gard, lieu d'accueil expérimental. Nous sommes allés le
rencontrer et avons partagé une réflexion sur le sujet.
Les
lieux de vie apparaissent dans les années 70 comme alternative
aux institutions. Le « vivre avec », l'hétérogénéité et l'ouverture sur
la cité sont les principes avancés contre la psychiatrie,
l'enfermement, la normalisation, la spécialisation, le morcellement...
j'en passe et des meilleures ! Les lieux de vie prennent d'ailleurs
part à la lutte du Collectif Réseau Anti-psychiatrie qui se crée à
l'époque.
Pourquoi une alternative aux institutions?
Quand
la société propose des « solutions » censées être adaptées aux
personnes, elle le fait en fonction de «leurs problèmes». On arrive à
des phénomènes de stigmatisation, d'enfermement, et de morcellement.
Dans les institutions traditionnelles, on ne travaille pas avec des
personnes, mais avec ce dont ils/elles souffrent. Apparaissent alors
des endroits spécifiques pour les délinquants, les toxicomanes, les
personnes handicapées, les sans domicile fixe, les « fous »... en fait
les hors norme. Comme si ce qui constituait ces personnes, résidaient
uniquement dans leurs maux.
Les premier-ère-s créateurs/trices
de lieux de vie prônent un accompagnement de la personne dans son
individualité et tout ce qui la compose. Ça évite de se balancer les
gens, de manière totalement irrespectueuse, comme une patate chaude,
entre centres « spécialisés ». Nous avons eu l'expérience en stage avec
des personnes « usagères » de drogues: un mec ne pouvait pas être
accueilli en cure de désintoxication parce qu'il était psychotique.
L'hôpital psychiatrique ne voulait pas de lui parce qu'il était
toxicomane. Il s'est retrouvé en taule... Magnifique idéologie de la
société de spécialistes!... Et c'est peut être dans la loi 2002-2
qu'elle se dévoile le plus, avec l'apparition du mot « usager » [Loi
rénovant le travail social en l'industrialisant et en normalisant les
structures. Cette loi reconnaît les lieux de vie, mais
l'institutionnalisation amène des contraintes réduisant de plus en plus
l'alternative que pouvaient proposer ces lieux expérimentaux]. Eh
ouais, pour le gouvernement, une association travaillant avec des
personnes en difficulté, c'est comme la Poste, ou la SNCF: aux gen-te-s
de s'adapter!
Et pour les salarié-e-s, l'institution c'est
aussi la hiérarchie, les bureaucrates, la directivité et la soumission
à l'autorité judiciaire et à la dictature de l'économie, l'exploitation
salariale... épanouissant quoi!
Une alternative possible
Loin
du dogme de tel ou tel modèle pédagogique ou du formatage des centres
de formation en travail social, les permanents des « lieux de vie » ne
sont pas nécessairement des travailleurs sociaux, leur statut étant
légalement défini par défaut : travailleur-euse indépendant-e,
agriculteur/trice ou assistant-e familial-e.
Les
premiers-premières accueillant-e-s des lieux de vie ouvrent leur porte
aux personnes sans discrimination et leur permettent de vivre
pleinement selon leurs désirs, leur créativité, leur sexualité. Sachant
que cette dernière est souvent brimée dans les institutions
traditionnelles: il n'est pas rare d'apprendre que dans tel endroit, on
impose la pilule à des femmes handicapées, pour éviter qu'elles n'aient
d'enfants qu'elles désirent pourtant... Ils/elles accueillent des
individus et pas des symptômes. L'accueil, dit hétérogène, tente de
mettre en avant les valeurs de solidarité et d'entraide. Vivent
ensemble les accueillant-e-s et les accueilli-e-s, qui peuvent être
jeunes ou vieux, homme ou femme, handicapé-e-s, sortant de prison,
d'hôpital psychiatrique, de maison d'enfant, de centre d'hébergement et
de réinsertion sociale (CHRS: foyers pour personnes sans logement)...
Ils/elles partagent le même toit, et pas seulement 35h par semaine, car
le travail social, bien qu'hérité de la charité chrétienne, est une
forme de solidarité, et ça s'arrête pas en rentrant du taf !
« Vivre avec »
C'est
le fameux « vivre avec », développé par Sigala comme par d'autres. Ça
passe par la gestion collective de l'habitat, l'autonomisation et la
responsabilisation de chacun/chacune, le respect plus que la
tolérance... « Vivre avec », c'est partager le quotidien, des
expériences communes, c'est « la possibilité d'aimer et de s'opposer »,
nous dit C. Sigala.
C'est ce qu'avancent également Tosquelles
et Deligny, qu'on citera pour l'occasion: « On peut vivre avec les
fous, plutôt que pour eux ». Ces personnages sont également des
révolutionnaires pédagogiques. Ils avancent l'idée d'une «
psychothérapie institutionnelle », c'est à dire que le fonctionnement
du lieu d’accueil est tout aussi important dans le bien être des
gen-te-s que les relations humaines. La pédagogie utilisée (... elle)
se retrouve dans les techniques Freinet, les « écoles rationnelles »
(développées en Espagne avant et pendant la révolution sociale
dans la lignée de Franscico Ferrer. Tosquelles a d'ailleurs participé à
la lutte au début de cette révolution avant de s'exiler dans le sud de
la France) ou encore dans les « écoles libertaires » de Summerhill ou
Bonaventure. Bref, ce qui inspire cette pédagogie, c’est celle d’une «
école » (ou (la) « République éducative libertaire ») qui est autant un
lieu d'apprentissage des disciplines traditionnelles (de l'école) que
celui de la liberté, de la citoyenneté, de l'autogestion…Et comment ne
pas penser encore à « La Ruche » de Sébastien Faure ou à «
L’orphelinat de Cempuis » de Paul Robin.
Les accueillant-e-s, des « nouveaux curés »?
Les
sceptiques, qui mettront en cause les libertés individuelles du-de la
travailleur-euse social-e au sein du lieu de vie, comprendront qu'il ne
s'agit pas de s'enfermer 24 H et d'être toujours derrière les
accueilli-e-s (quand on est gosse, on ne reste pas toute la journée
caché dans la robe de maman...). La critique avait été faite aux
créateurs-trices des lieux de vie: « vous êtes des nouveaux curés, vous
perdez votre vie privée ». Non, le but des parents n'est pas de rendre
leurs enfants dépendants d'eux/elles, mais bien de les aider à accéder
à l'autonomie. C'est ici le même principe.
Du rôle politique des lieux de vie
Cette
acceptation de l'autre, des différences et la socialisation qui en
découle, ça vaut autant dans les murs des lieux de vie/lieux d'accueil,
que pour le reste de la cité. Il ne s'agit pas de cacher les
hors-normes, mais d'apprendre à vivre ensemble. L'intégration dans la
ville ou le village, et la socialisation avec la population visent
plusieurs objectifs: que les accueilli-e-s soient reconnu-e-s tel-le-s
qu'ils/elles sont, et sensibiliser le plus grand nombre. Là aussi,
c'est une manière de se battre contre l'idéologie de spécialistes: le
postulat, c'est que l'entraide concerne tout le monde. [On note au
passage que cette critique de la spécialisation n'est pas non plus un
refus bête et méchant de la connaissance, mais plutôt une volonté de
socialisation du savoir et des pratiques, une lutte contre la toute
puissance sans partage de l’expert dans l'individualisme ambiant, mais
avec l'intervention de celui-ci quand c'est vraiment nécessaire. Le/la
pharmacien-ne ou le/la boulanger-ère par exemple peuvent aussi être
aidants].
La liberté d'évolution dans et en dehors du lieu de
vie, avec les personnes de son choix est définie comme facteur
d'émancipation. Ça semble tellement logique, mais ce n’est pas le cas
partout... !
L'ouverture des accueillis sur la cité n'est-elle
pas un pas en avant pour une société autogestionnaire? C. Sigala
espérait dans les années 70 (après une pratique syndicale de plusieurs
années) que ces expériences « feraient tâche d'huile », et que s'en
suivrait une critique globale de la société capitaliste. Lendemain de
68 et situationnisme, Foucault, Deleuze et Guattari
?!?
La question de l'autogestion
La
comparaison avec les écoles libertaires trouve sa limite dans la
question de l'autogestion du lieu. En effet, donner la parole et le
pouvoir de décision à tous et toutes, sur un pied d'égalité et toutes
les questions du quotidien est une volonté dans les lieux de vie, nous
dit Claude Sigala. Mais la question est bien présente : l'autogestion
est elle possible avec une personne autiste par exemple? Dans leurs
différents témoignages, ceux et celles qui ont travaillé à Bonaventure
ont réalisé l'autogestion avec des enfants de trois ans, et c'est passé
par la compréhension pour les adultes des modes de communication
(verbale mais surtout non-verbale) des enfants. Et avec un-e autiste?
C. Sigala fait également part des limites légales quand nous lui
demandons ce qu'il en est au Coral. En effet, le monde du travail
n'acceptant pas tellement l'absence d'un-e directeur/trice, les
permanent-e-s du Coral constitué en association type loi 1901 ont été
contraint-e-s de désigner un chef...
Face à la négation de
l'individu et à la normalisation qu'imposent le capitalisme, les lieux
de vie sont une expérience à part entière. A discuter...
Pierre et Pierre (CNT-SSEC 59/62)
La chorale des Joyeux Mutins
Nous
sommes les Joyeux Mutins, joyeux parce qu'on essaie de porter et
d'apporter un peu de joie de vivre, et mutins parce qu'on porte tous et
toutes des velléités de révolte et d'insoumission contre l'ordre établi.
Nous
avons des héritages politiques et des engagements divers, mais nous
essayons de trouver un point de convergence dans les chansons que nous
choisissons qui viennent du patrimoine de la chanson révolutionnaire et
aussi populaire que nous transmettons et que nous appelons à
transmettre.
On n’est pas des pros, vous allez vite vous en rendre compte. Mais avec un peu d'encouragements, ça ira mieux !
Il
y a maintenant presque deux ans que j'en fais partie. Et je dois avouer
que c'est un réel engagement. Ce n'est pourtant pas un parti politique,
ni un syndicat ou autre regroupement d'enragés en mal de Révolution.
Non... mais c’est un peu tout ça à la fois.
Ce qui a fait que
je m'y suis investi ? La curiosité avant tout ! Mais de chant en
chansons j'y ai trouvé, en plus d'un groupe d'ami.e.s, un prolongement
de mon engagement militant. Et en plus, « y'a pas d'chef »!
Pour
nous, « Les Joyeux Mutins », il ne suffit pas que le chant soit
révolutionnaire. Il faut aussi le comprendre et en connaître son
histoire. C’est pour cela aussi que nous présentons souvent les textes
avant de les interpréter. Nous essayons de faire vivre les luttes
passées comme les présentes.
On chante du Louise-Michel, du
Aragon, du Bruant, du Couté, du Raymond La Science, du Sébastien Faure,
du Jean-Baptiste Clément, du Pottier pour les plus anciens.
Et
comme le désir de Révolution sociale n'a pas d'âge, on reprend du Luis
Llach, du Perret, du Moustaki, du Francis Lemarque, du Jolie Môme, du
Yves Jamait...
Et comme la lutte est internationale, on chante
en français, en espagnol, en italien, en macédonien, en arabe, en
serbo-croate en catalan, etc. et même en ch'ti ...
Un coup
c'est rouge, un autre c'est noir, un autre violet et des fois vert. Ici
une fac occupée, là un mouvement de sans-papiers, ou encore la rue, un
bistrot, ou… au 1er mai au « Salon d’expression populaire et de
critique sociale » d’Arras avec nos camarades d’Amiens de « La Bande à
Rosa ».
Xamo (CNT-STIS 59)
Interview de Ouari (section CNT de « Médiapole »)
Rien ne se passera plus sans nous !
Actuellement,
176 salariés travaillent pour Médiapole : les fameux "agents oranges"
du métro lillois. L'association Médiapole à été créée en 2002 afin
d'assurer pour le compte de Transpole, la prévention dans le métro de
la métropole lilloise. Depuis octobre 2006, Ouari représente le
syndicat CNT-STIS 59 comme délégué syndical au sein de Médiapole.
Salut Ouari, pourrais-tu te présenter ?
Je suis agent de prévention et de médiation dans le métro, sur le secteur de Roubaix. Je suis délégué syndical CNT à Médiapole.
Qu'est-ce-qui t'a poussé à monter une section syndicale et à rejoindre la CNT ?
Pour
pouvoir faire évoluer les choses au sein de Médiapole. Et aussi
personnellement, pour m'investir et acquérir une formation syndicale.
Comment
s'est passée la création de la section CNT Médiapole ? As-tu rencontré
des problèmes avec ta hiérarchie ou avec tes collègues ?
Non, je n'ai rencontré aucun problème vis à vis de l'employeur et de mes collègues.
Peux-tu
nous décrire les conditions de travail des "agents oranges" ?
Quels types de contrats de travail, quels sont les rapports avec la
hiérarchie, avec les salariés de Transpole ?
Notre
fonction est d' « humaniser » le métro. Mais vis à vis de Transpole
(société du groupe Kéolis qui gère les transports en commun de la
métropole lilloise NDLR) nous suivons un “cahier des charges” qui relie
Médiapole à Transpole. Nous sommes en contrat "adulte-relais" (1). En
CDI pour les premiers embauchés, mais les suivants sont en "CDD
insertion".
Tu
participes au CE en temps qu'observateur (les DS y sont conviés en tant
qu'observateurs). Quelle est l'action de la CNT au sein du CE ?
Nous
sommes 9 syndicats représentés à Médiapole, un record, du jamais vu
pour une petite structure. Des échanges se font entre nous.
L'association Médiapole dépend des politiques (qui la gèrent, qui lui
accorde les subventions nécessaires à sont existence. NDLR), donc nous
veillons à la pérennité de nos emplois en ayant, au travers du CE, une
bonne visibilité.
Quel bilan tires-tu de l'action de la section CNT durant ces 2 années ?
Pour
moi, j'ai appris pas mal de choses par le biais du syndicat, ce qui m'a
permis d’intervenir face aux patrons et aux autres syndicats. Le rôle
de la CNT a pris une importance favorable au sein de Médiapole. Ce
n'est pas rose, tout le temps. Mais cela n'empêche que les résultats
sont plus ou moins concrets. Bien sûr, il y a encore du travail à
faire ! Mais rien ne se fait sans les agents. Nous venons de conclure
les NAO 2008/2009 (2). Quatre réunions pour arriver à une solution plus
ou moins satisfaisante. La CNT a travaillé avec l'apport des agents et
avec les autres syndicats pour avoir le même son de cloche.
Quelles sont les revendications actuelles de la section ?
Les
salaires, la transformation des CDD en CDI et l'amélioration des
conditions de travail ! A ce sujet, un débrayage a eu lieu le 6 avril
dernier sur Lille et Roubaix, ce qui va déboucher sur une réunion
extraordinaire du CHSCT (3).
Les élections au CE approchent, quelle sera la position de la section CNT par rapport à ces élections ?
Avant,
le CE était contrôlé par les cadres et les agents de maîtrise qui
détenaient la majorité des sièges. Il faut que ça change et que les
agents deviennent majoritaires au CE.
Propos recueillis par Laurent (CNT-STIS 59).
Notes :
1) Peuvent exercer des activités d’adultes-relais les personnes remplissant les conditions suivantes:
- âgées de 30 ans au moins ;
- sans emploi ou bénéficiant d’un contrat d’accompagnement dans l’emploi ou d’un contrat d’avenir ;
- et résidant en zone urbaine sensible (ZUS) ou dans un autre territoire prioritaire des contrats de ville.
Les activités d’adultes-relais s’exercent dans le cadre d’un contrat de travail :
- à durée indéterminée (CDI) ;
- à durée déterminée (CDD) de 3 ans maximum, renouvelable une fois.
La
création de postes d’adultes-relais est destinée à améliorer les
relations entre habitants et services publics, ainsi que les rapports
sociaux dans les espaces publics ou collectifs des zones urbaines
sensibles (ZUS)
2) Négociations Annuelles Obligatoires (NAO) :
négociations dans les entreprises entre direction et représentants
syndicaux à propos de la politique salariale.
3) Comité
d'hygiène, de Sécurité et des Conditions de Travail (CHSCT). Selon
l'article L. 4612-1 du code du travail : « Le comité d'hygiène, de
sécurité et des conditions de travail a pour mission :
1° de
contribuer à la protection de la santé physique et mentale et de la
sécurité des salariés de l'établissement et de ceux mis à sa
disposition par une entreprise extérieure ;
2° de contribuer à
l'amélioration des conditions de travail, notamment en vue de faciliter
l'accès des femmes à tous les emplois et de répondre aux problèmes liés
à la maternité ;
3° de veiller à l'observation des prescriptions législatives et réglementaires prises en ces matières ».
Argentine : un Eldorado pour les capitalistadors français
Petite
histoire néolibérale de la province de Mendoza (Argentine) : encore et
toujours du profit à moindre coût pour les capitalistes français…*
Un pays « ouvert »
Dès
le début des années 90, l’économie argentine se désétatise pour se
mettre au niveau de la tendance mondiale. L’ouverture économique se
traduit par un changement de patronage : les principaux secteurs
productifs de l’État passent entre les mains d’investisseurs privés
d’autres pays à travers des firmes communément appelées
transnationales. Celles-ci, grâce à une efficience hégémonique
financière, technologique et managériale, investissent facilement dans
des marchés où l’emploi de la force de travail et l’exploitation des
ressources sous-entendent de moindres coûts de production. Ces
investissements sont facilités par des cadeaux fiscaux, une
législation assouplie en matière de flexibilisation du travail et par
l´arrosage toujours plus poussé des syndicalistes réformistes et des
élites politiques.
Rien n´a changé ou très peu depuis le début
du siècle en matière d´économie. Le pays est toujours tributaire de la
balance commerciale et des paiements, donc des exportations
et des importations. Il est continuellement récepteur des
investissements extérieurs donc toujours contraint à s’endetter au
bénéfice de l’OMC, la Banque Mondiale ou du FMI. De même, sa demande en
biens de consommation durables est majoritairement en relation avec des
firmes étrangères sauf qu’ici la production industrielle est
délocalisée sur son territoire. Cela montre la permanence de la
dépendance de l’économie argentine face au capitalisme. Bien qu’elle
demeure autosuffisante en matière énergétique et agricole, elle est
sans cesse reléguée à un niveau subalterne face aux nouveaux rapports
de production et aux nouvelles technologies brevetées venues
d’occident.
En somme, ce sont les mêmes bourgeoisies
possédantes et financières qui profitaient et qui profitent encore de
l’essentiel des transactions commerciales en Argentine. Sauf qu’ici, la
bourgeoisie industrielle s’est largement déplacée par l’entremise des
transnationales. N’est restée en place que la vieille oligarchie
agro-exportatrice qui dorénavant palpe abondamment grâce au soja OGM
pendant qu’une bonne partie du peuple mange mal ou très peu…
Le capital français enfonce le clou !
Les
capitalistes français y trouveront bien sûr leur compte. Surtout dans
la province de Mendoza où ils n´y sont pas étrangers. Déjà au 19e
siècle, les terres mendocines avaient attiré de nouveaux colons à la
recherche d’une activité lucrative.
Pensons ici à ces
exploitations viticoles déjà misent en valeur sur le dos des
travailleurs-ses. Le gouvernement argentin de l´époque en finissait
avec les derniers autochtones rebelles et ces colons avaient tout le
loisir de vaquer à leur gestion préférée…
En cette fin de 20e
siècle cette quête avide continue mais s’est diversifiée. De nouveaux
projets d’investissements voient le jour. Des secteurs comme
l’électricité, l´adduction d’eau potable ou la gestion de cette
précieuse ressource, l’agro-industrie viticole, l’industrie verrière et
la grande distribution ont été ou sont encore pour la plupart exploités
par des groupes capitalistes français. C´est la ruée vers l´or à
coup de take-overs, joint-venture ou fusions-acquisitions !
L´électricité
et l´eau sont accaparées par SAUR International et EDF via la création
de filiales obéissantes. Total lui s´octroie quelques concessions
pétrolifères. Quant aux bonnes vieilles recettes jalousement gardées du
pinard français, elles ne sont pas en reste non plus. Que du joli monde
! Les ogres tels Pernod Ricard, LVMH-Chandon, Lurton, les Joyaux-Fabre,
EDONIA (holding d´origine bordelaise), Michel Rolland (un des œnologues
les plus prestigieux au monde), Benjamin de Rothschild, Laurent
Dassault, Catherine Péré-Vergé (ex-PDG de la Cristallerie d’Arques),
les familles Cuvelier et d’Aulan, plus quelques « petits », se jettent
à corps perdu sur ces terres achetées pour une bouchée de pain. En tout
3 300 ha dédiés au vin de luxe prêt à être versé sur les riches tables
anglaises, américaines, australiennes, russes ou japonaises. Côté
fabrication de bouteille de verre c´est Saint-Gobain qui s´adjuge ce
marché juteux en mettant la main sur l´usine remembrée. Danone lui
s´implante en rachetant aussi l´outil de production et la principale
source thermale d´une région au climat semi-aride. Pour finir, ce cher
Carrefour détruit le commerce de proximité et chante l´ode à la
consommation massive et abusive. La boucle est bouclée, les
capitalistes français cernent les principaux secteurs de l´économie de
Mendoza.
Des conséquences bénéfiques pour qui veulent…
Des
évolutions ont donc été jugées indispensables dans le cadre de cette
modernisation économique. La société n’a eu d’autres choix que de
s’adapter. Mais cette montée en puissance des firmes transnationales
dans la province oblige à s’interroger sur le degré de dépendance des
politiques et économies des États.
L’évaluation des
investissements français dans la production témoigne d’une situation
assez contrastée. On doit constater l’impact considérable dans
l’industrie, le tourisme ou l’énergie. La province de Mendoza s’est
transnationalisée et a pour ainsi dire perdu tout degré d’indépendance
et d’autonomie. Ce qui témoigne d’une position relativement affaiblie,
chose assez paradoxale pour l’une des régions les plus riches
d’Argentine.
Cela montre aussi les intérêts stratégiques qui
dominent dans les motivations de ces firmes. La conséquence immédiate
étant l’intégration croissante et dominée de l’économie planétaire au
système capitaliste occidental.
En fait, à travers l’exemple
de Mendoza, nous sommes en présence d’un capitalisme très localisé,
preuve que le « marché global » n’est qu’un élargissement des
périmètres territoriaux d’action des firmes des pays les plus
puissants. C’est une globalisation subie et non pas causée par la
province et encore moins par la majorité des pays de l’hémisphère sud.
Cela
met aussi en lumière le dilemme de développement entre régions
potentiellement riches et les autres, plus limitées en ressources
exploitables. L’Argentine en est la preuve éloquente. Entre un nord
très pauvre, une région pampéenne très riche et Mendoza qui arrive tant
bien que mal à tirer son épingle du jeu, une question se pose : comment
assurer une logique harmonieuse et redistributive quand la ressource et
l’économie en général sont soumises à l’intérêt privé des classes
possédantes ?
C´est pas « les Cités d´or » … mais ça y r’semble !
Les
investissements français se sont implantés de manière efficace dans des
activités essentielles. Affluents en majorité tout au long de cette
dernière décennie, ils traduisent la stabilité d’un ancrage territorial
et définissent encore les grandes structures spatiales de
l’investissement mondial des transnationales à différentes échelles.
Ils répondent, selon leurs secteurs d’activité, aux axes stratégiques
qui guident la logique d’implantation de ces transnationales.
En
effet, pour l’activité viticole par exemple, nous avons la preuve
irréfutable d’une appropriation de la ressource, en l’occurrence des
plantations, ce qui marque une première stratégie spatiale : l’accès
aux matières premières. La seconde est l’accès aux marchés nationaux et
continentaux en valorisant les plus dynamiques, en l’occurrence celui
du MERCOSUR.
La production localisée de Danone, Pernod Ricard
ou LVMH à Mendoza prouve le rôle central des ventes réalisées par des
filiales implantées à l’étranger et surtout que la production locale
complète voire remplace les flux commerciaux habituels.
L’exemple
de Carrefour reflète, lui, le souhait d’une transnationale de la
distribution à se développer sur un marché intérieur dynamique, en
jouant sur sa puissance dans la négociation (prix imposés aux
producteurs), la commercialisation (publicités, marketing,
merchandising) et la distribution (têtes de gondoles, offres
promotionnelles). Sans oublier que cela peut favoriser dans le même
temps l’écoulement des produits français (Danone, les vins, etc.) qui
cherchent un débouché autre qu’extérieur à la province et au pays.
Quant
à Saint-Gobain, sa stratégie s’inscrit aussi par la hausse du marché
intérieur et par celle des exportations, chose rendue facile à Mendoza
par son quasi-monopole dans la production de verre et les débouchés que
lui procure un marché viticole dynamique. En un mot, certains
s’régalent vraiment beaucoup !
Une société au service de l´économie du chaos…
Mendoza
a, comme l’ensemble du pays, une grande tradition agricole. Rentre ici
en jeu le problème de la relation à la terre et de sa distribution. Les
différentes modernisations agricoles, la diminution des bodegas et de
la surface cultivée ont encouragé un processus de fragmentation et de
polarisation sociale : une poignée de grands propriétaires ont accaparé
la majeure partie de la terre. De fait, la population rurale diminua de
34% en 1970 et encore de 19% en 1991. Étant donné la faiblesse du
secteur industriel face aux pays de l’hémisphère nord et qu’aucun pôle
de développement économique n’accompagna cette réforme agraire, l’exode
rural se transforma bien vite en migration de subsistance.
Autant
dire qu’avec l’ouverture néolibérale et les réformes sur la flexibilité
du travail, une situation sociale catastrophique était en gestation.
En
effet, une population paysanne livrée à elle-même et qui survie dans
des bidonvilles, une parité peso-dollar qui plante la compétitivité des
exportations de l’industrie argentine, la montée du chômage,
l’appauvrissement général des classes moyennes et ouvrières, et les
restructurations dans les entreprises privatisées ou non, auront vite
fait de jeter les bases du chaos social généralisé.
Pour ce
qui est de l’influence française sur l’emploi à Mendoza les chiffres
parlent d’eux-mêmes. Chez Danone, les effectifs passent de 130 à 80
salariés. Dans les filiales d´EDF c’est à chaque fois plus de 50% de
travailleurs qui sont remerciés. Pour la distribution d´eau, de 746
employés en 1999, les effectifs passent à 565 en 2006. Seule la filiale
de Saint-Gobain augmente sa masse salariale de 160 à 360 employés.
D’une
manière générale, ces plans de restructuration sont facilités par des
départs en retraites anticipées et une augmentation substantielle des
salaires pour ceux qui restent. Le tout facilité en amont par la
corruption des syndicalistes de tout bord pour entraver toute velléité
de défense des travailleurs-ses licenciés-es.
Malgré
tout, il faut souligner que Mendoza a toujours eu la réputation d’être
une des provinces les plus riches d’Argentine. Riche en pétrole et où
il est bon de pouvoir jouir d’un bon vin le regard fixé sur la
Cordillère des Andes. Et où se bousculent les cars de touristes évitant
soigneusement les bidonvilles. Elle est la capitale du vin argentin. Un
vin argentin qui n’en a que le nom car il s’est transnationalisé pour
le plus grand bénéfice de ceux qui y ont vu une grande opportunité de
croissance rapide et d’argent facile. Ceci pour le plus grand malheur
de petits viticulteurs locaux qui n’ont pu concurrencer cette nouvelle
classe de propriétaires et qui ont dû vendre pour que dalle leurs
parcelles et leurs bodegas à plus puissants qu’eux. Une province qui a
vu son réseau de distribution, à l’instar des petits commerces de
proximité, complètement avalé par la concurrence de mastodontes en la
matière.
D’une même cause même conséquence, des prix bas chez
l’un et l’autre obligé de mettre la clé sous la porte par faute de
compétitivité. Mais aussi des producteurs qui sont pressurisés par ces
grandes chaînes de distribution qui imposent leur prix grâce à leur
grand monopole. Enfin, des producteurs obligés de revoir leur marge de
vente en pressurisant à leur tour encore un peu plus les travailleurs
pour se mettre au diapason des négociants. Une province où le
gouvernement a vendu l’eau et l’électricité à des entreprises qui se
sont empressées de filer la crise survenue. Je pense ici à EDF
(quoiqu’un ancien directeur soit resté pour « cultiver la vigne » sous
le soleil). Évidemment, avoir des rentrées d’argent en peso argentin et
non plus en dollar et devoir rembourser des prêts contractés en dollar
devenait très problématique…
Des emplois furent créés dans de
nouvelles bodegas, chez Carrefour ou dans la verrerie, mais c’est
bien peu au regard de toutes les restructurations de l’appareil
productif des divers cas étudiés.
Mendoza où s’est encore
concrétisée la substitution de l’homme par la machine. Non pas dans le
dessein de soulager le travailleur et lui fournir plus de temps à la
culture, à la détente et à une vie plus joyeuse et moins aliénante,
mais pour alléger dans la majorité des cas les coûts de production,
gagner en productivité dans la gestion de l’entreprise et ainsi grossir
les marges de bénéfices…
Toujours et encore la crise…
Voilà
la réalité et la traduction des réformes du système capitaliste par le
néolibéralisme : chômage, appauvrissement général des
travailleurs donc hausse de la délinquance et de l’insécurité. Une
réalité où le patronat français se complait tant que des
travailleurs-ses vendangent (pas cher grâce aux immigrés-es
boliviens-es et péruviens-es), balayent et nettoient, mettent en rayon,
servent, rangent, transportent, font tourner les machines au prix de
grands risques, réparent, fabriquent, signent des contrats à durée
déterminée, se précarisent et se rendent malades à devoir travailler
plus vite pour une vie d’merde et une retraite de misère. Des
travailleurs-ses qui continuent à produire toutes les richesses tant
que leurs maîtres fixent les prix, vendent et « exportent » les profits
faits sur leurs dos pour renflouer leurs comptes dans les banques
suisses et américaines et assurer ainsi leurs vieux jours et le
bien-être de leur descendance.
Dans les crises économiques et
inflationnistes, il y a toujours une grande majorité de perdants et une
infime minorité pour qui cela n’est qu’une anomalie passagère et sans
répercussions dans leur vie de tous les jours. C’est cette bourgeoisie
qui se vautre dans le luxe et les mondanités de manière orgueilleuse,
hautaine et vaniteuse jusqu’au jour où le peuple commence à en avoir
vraiment plein l’cul. De fait, il se conscientise, cesse de courber
l’échine, relève la tête et décide de tout détruire pour construire un
monde nouveau.
La crise de 2001-2002 dans ce pays nous en a
donné les prémices car à force de craindre et ben ça crame tout
naturellement. En finir avec la propriété privée pour produire et
consommer autrement ça marche car des expériences autogérées ont été
tentées. Gardons à bien à l’esprit que dans la crise qui sonne
actuellement, la révolution sociale ne demande qu’à se réveiller !
Paul-André Lefebvre - UR CNT 59/62
*
Article qui découle d’un mémoire d’histoire réalisé là-bas en 2007-2008
(Les entreprises françaises et la province de Mendoza, actrices de la
globalisation néolibérale de l’économie argentine).
Lectures du chat noir
Maltraitance sociale à l'enfance
Nicole Maillard Dechenans - Editions Libertaires - 2004
Quand
le placement d'un enfant à l'aide sociale à l'enfance est déjà une
violence d'une rare brutalité, l'institution ne fait rien pour arranger
les choses. Les maltraitances institutionnel-les sont nombreuses, et
elles nous sont racontées dans ce livre par Nicole, une institutrice
non spécialisée qui prend un poste en centre d'accueil d'urgence de
l'A.S.E. Très humaine et pratiquant les techniques Freinet et
pédagogies institutionnelles, elle se retrouve confrontée aux
contradictions de ces établissements ayant pour mission la « protection
de l'enfance », mais qui répondent d'abord aux règles du capital et du
rendement, à la domination totale des directions ‘manageantes’ et à des
pédagogies douteuses. Prix de journée, problèmes de communication,
administration d'une lenteur sans nom, tout pouvoir à une hiérarchie de
management, « idéologie de la rupture »... L'instit' est loin d'être à
l'aise. Ses nombreuses demandes et efforts restent sans réponse, quand
elles ne rencontrent pas d'hostilités autant de la part des «
supérieurs » que du reste de l'équipe éducative.
Dans son
témoignage, Nicole passe d'exemples frappants de maltraitance, de la
contextualisation de celles-ci (« misère et maltraitance se conjuguent
dans presque tous les cas »), à des propositions nouvelles
d'accompagnement. Un livre qui mérite d'être complété par nos
réflexions et expériences de travail comme de formation... Les
questions sur nos rôles et nos métiers sont posées. Quand les
travailleurs-euses peuvent déterminer avec les personnes qu'ils/elles
accompagnent les meilleurs choix et des solutions aux difficultés,
d'autres logiques rentrent en jeu, maltraitantes pour celles ci.
Reprenons en main notre propre travail !
Pierre (CNT-SSEC59-62).
Réfraction n° 22 – Le réveil des illégalismes
printemps 2009
Cela
pète un peu partout ! Les blocages ou Les occupations d’usine et
la séquestration de patrons n’ont jamais été aussi nombreux. Sans
compter les blocages des universités et autres
administrations…C’est dans ce climat que la sortie du n°22 de la revue
Réfraction titrée « Le réveil des illégalismes » (printemps 2009) est
pour le moins bien venue. Pour le dire rapidement, le n° s’ouvre
sur une première partie consacrée à la crise, avec une présentation
claire de ses mécanismes par Alain Bihr (La crise ? Une soirée à
Strasbourg) et se partage ensuite en diverses réflexions sur le
militantisme d’action directe et son rapport à l’illégalité. Mais
on pointera seulement ici deux articles.
Le premier de Bernard
Hennequin : Grève générale !
L’auteur rappelle l’émergence de
l’idée au début du siècle dernier (Pouget, Besnard, Sorel), pour en
souligner toute l’actualité. Mais il rappelle aussi comment et pourquoi
la gauche parlementariste et réformiste de l’époque l’a combattue
(Jaurès, Briand). Il va sans dire que, si nous extrapolons ces derniers
propos, et que nous faisons un parallèle avec l’actuel
syndicalisme institutionnel réformiste et co-gestionnaire (pléonasme)
qui semble en étouffer la mise en œuvre, nous serions accusés de
manquer de sens historique. Mais l’idée de grève générale paraissait
devenue bien inactuelle… avant que les Guadeloupéens ne la remettent à
l’ordre du jour. Mais reste aussi que si nous entendons ici où là, dans
les rangs des manifestants des défilés à petits pas, appeler à la bonne
vieille « grève générale », on n’y entend sans doute pas, ce qu’en
attendait les syndicalistes révolutionnaires du siècle dernier.
Le
deuxième article, Syndicalisme d’action directe et illégalité, est
signé par Irène Pereira.
Il s’agit ici de déterminer le concept d’ «
action directe » en le fixant par rapport à l’illégalisme et la
violence. L’auteure considère que l’action directe, depuis son
avènement dans le syndicalisme révolutionnaire du début du siècle
dernier, reste une caractéristique essentielle de l’action militante.
Mais l’action militante, en la totalité de son genre, se divise
en action indirecte (gestions paritaires par exemple), l’action directe
légale (les grèves déclarées), l’action directe illégale et non
violente (les grèves sauvages, les occupations ou blocages ‘amicaux’),
l’action directe illégale et violente (destruction de biens matériels,
heurts avec les forces de l’ordre). Et de conclure, que « ce serait une
erreur de faire de l’action directe une sous-catégorie de l’action
violente ». Mais il ne s’agit pas pour elle d’en rester au concept,
c’est à l’épreuve de l’action syndicale que le rapport entre «
action directe et illégalité » a été mesuré. Ainsi, est développé
l’exemple des luttes engagées par le syndicat Sud Culture Solidaires au
sein duquel se trouve Irène Pereira. Il est à remarquer d’abord, comme
elle le rappelle, qu’au sein de ce syndicat la question de la
‘représentation syndicale’ fait toujours débat et certain militant sont
bien conscients que « le moyen d’action qui a payé le plus c’est la
grève ». Quoi qu’il en soit, les actions directes, illégales et non
violentes, conduites par ce syndicat dans les années 2007-08 (blocage
de caisses de musées, occupations de bâtiment public…) posent
clairement la stratégie patronale qui est d’étendre le champ de
l’illégalité (ou de réduire le champ de la légalité) en judiciarisant
les conflits (intervention d’huissier, poursuites pénales
individuelles) ou en développant l’intimidation personnelle (lettres
recommandées, menaces diverses…). Au regard de cela, il lui faut
constater que plus l’union syndicale est forte et puissante, plus les
basses manœuvres du patronat sont réduites. On s’en doutait ! Reste la
question de l’action directe illégale et violente. Cela pose le
problème de la légitimité de la violence physique. Et là, on ne sort
pas du vieux débat sur la violence révolutionnaire. Mais comme le
constate Irène Pereira, si le militantisme actuel ne rechigne pas à
l’action directe illégale, il s’écarte de l’emploi de la
violence, quand bien même, fût-elle perçue comme légitime.
Voilà
deux articles qui, sans compter les autres, ont de quoi nourrir notre
réflexion et notre militantisme. Alors…L’action directe, une pratique
dépassée ? La grève générale, un vieux fantasme idéologique ?
Jluc (CNT-SSEC 59-62).
Chiapas : deux camarades cénétistes lillois chez les zapatistes !
Depuis
presque un an le projet d’observation des communautés zapatistes par
deux syndicalistes de la CNT 59/62 était en gestation. L’initiative fut
amorcée par l’association France Amérique Latine Nord-Pas-de-Calais et
Colores qui cherchait des volontaires. Cette association, déjà
solidaire par le biais du café zapatiste, a naturellement pensé à la
CNT qui depuis longtemps entretient des relations sérieuses au Chiapas
(santé, éducation). La région manquait cruellement d’une activité
concrète sur les terres zapatistes : Didier et Kévin se sont jetés sur
cette occasion. Ce groupe d’observateurs a été agrémenté d’un ancien de
la CNT, actuellement militant à la CGT, Joao. Aussi, de ce projet est
né le collectif de la Digne Rage pour impulser un relais à cette action
militante et en réponse aux journées du même nom qui se sont tenues fin
décembre 2008 au Mexique.
Concrètement, il s’est agi pour ce groupe d’observateurs de rendre
compte des pressions quotidiennes exercées contre les zapatistes par le
biais de l’État et de sa police, de son armée et de ses paramilitaires.
Tout en ayant à l’esprit que les autorités paraissent moins agressives
en présence de groupes étrangers… D’aller aussi dans un maximum de
communautés et d’y voir les parallèles d’une forme d’organisation
politique, économique et sociale autogestionnaire et libertaire.
Surtout, de tisser des liens pour réitérer dans la mesure du possible
cette démarche solidaire dans les années à venir. Enfin, ce voyage au
Mexique était aussi l’occasion de se porter solidaire des prisonniers
d’Atenco, victimes de la répression de l’État mexicain, de passer par
Oaxaca voire l’État du Guerrero où les paysans subissent aussi des
pressions. Une exposition photographique et des écrits sont prévus…
Le groupe d’observateurs.
Grève générale : bilan et perspectives...
Force
est de constater que les directions des confédérations CGT, CFDT, FO,
etc. n'ont pas envie d'une grève générale interprofessionnelle et
reconductible. Mais, parallèlement et malheureusement, il faut bien
admettre que la base elle-même n’y ait pas majoritairement favorable
(même si ça se murmure ici et là). Donc, si on peut reprocher à un
syndicat comme la CGT de ne pas profiter de son implantation importante
dans le monde du travail pour tenter de construire la grève générale
reconductible, si on peut lui reprocher de freiner les salarié.e.s qui
y sont favorables, il faut bien admettre que la situation n’est pas
mûre pour un tel mouvement. Quant aux deux syndicats favorables
officiellement à l’idée de la grève générale reconductible (la CNT et
Solidaires), en l’état actuel de leur développement, ils ne sont pas en
capacité d’organiser seuls un mouvement d'ampleur.
Cela étant
dit, dans le contexte des luttes actuelles (très dures dans certaines
boîtes), avec l'augmentation des « plans sociaux » et avec les
pressions de la base et de certaines structures syndicales (sections de
boite, syndicats et fédérations de secteur) sur leurs directions
nationales, la situation peut évoluer. Mais il n'y a pas de solution
magique et un travail militant de longue haleine s’offre à nous.
Au-delà de la critique évidente des stratégies perdantes mais assumées des confédérations CGT, CFDT, FO, etc., nous devons :
-
faire émerger partout où c'est possible (collectifs de base, AG
interpro, intersyndicales de secteurs ou de boîtes) des plates-formes
de revendications qui parlent à tous et toutes (à ce propos, il faut
expliquer la différence entre la plate-forme du LKP guadeloupéen, qui
est une base de lutte, et celle de l'intersyndicale nationale, qui est
très floue et qui ne sert qu'à justifier la place de négociateurs des
bureaucraties syndicales),
- continuer à diffuser les revendications de la CNT à court et long terme,
- amplifier notre campagne de syndicalisation,
- participer aux luttes qui se mènent actuellement,
- les initier quand nous en avons les moyens,
- pousser à la reconduction de la grève quand c'est possible (comme dans l'éducation par exemple),
- établir des convergences interprofessionnelles...
C'est
cela qui permettra de faire reconnaître la CNT comme une alternative
concrète. Les salariés nous « jugeront » sur nos actes, et pas
seulement sur nos discours. Et ils auront raison !
Eric Dussart (CNT-SSEC 59/62)
PS :
Pourquoi certaines organisations syndicales (je parle de leurs
dirigeants, pas de leurs militants de base) ont-elles tout fait pour
casser l’idée de grève générale reconductible ?
- Parce qu’un
mouvement de grève générale reconductible génère toujours des
phénomènes de démocratie directe et que les bureaucraties syndicales
craignent de voir leur pouvoir remis en cause dans le cadre de ce type
de lutte. Rappelons à ce propos que la phobie principale d’un
bureaucrate syndical est celle d’être débordée par « sa » base ! Or,
après le succès du 29 janvier et celui du 19 mars, une partie de la
base était prête à se lancer dans un mouvement de grève générale
reconductible. Pour les bureaucraties syndicales, il fallait donc tout
faire pour casser le mouvement tout en donnant l’illusion qu’elles
continuaient à mobiliser (pour ne pas heurter les militants les plus
combatifs) ; d’où le rendez-vous du 1er mai et celui du 26 mai ! Elles
ne pouvaient ignorer que le 1er mai (jour férié) ne peut rivaliser avec
un jour de grève en termes de mobilisation. Quant au 26 mai, la façon
dont a été présentée cette journée (« journée nationale d’actions
décentralisées avec possibilité de grève selon les secteurs
professionnels ») montre que l’objectif n’était pas de mobiliser
massivement. A cet égard, le 26 mai fut une défaite voulue et assumée.
Et il est regrettable qu’un syndicat comme Solidaires, sous prétexte
d’unité syndicale, ait cautionné cet enterrement.
- Parce qu’en
période pré-électorale (cf. les européennes de juin 2009), les bureaucraties
syndicales calquent leur stratégie sur celle des partis politiques. En
effet, il ne faut surtout pas effrayer l'électrice et l'électeur avec
des appels à la grève, surtout si ces appels risquent d’être suivis
massivement.
Quelques rappels sur le droit de grève
En
dépit des attaques incessantes dont il fait l’objet, le droit de grève
demeure encore un droit constitutionnel, car inscrit dans le bloc de
constitutionnalité formé, entre autre, par le préambule de la
constitution de 1946. La grève se définit comme une cessation
collective et concertée du travail en vue d’appuyer des revendications
professionnelles.
Le droit de grève dans le privé
Si
la grève est limitée à une entreprise ou si les revendications sont
exclusivement spécifiques à cette entreprise, elle doit réunir au moins
deux personnes de l’entreprise. S’il s’agit d’un mouvement dont les
revendications vont au-delà du cadre de l’entreprise, on peut être le
seul de son entreprise à se déclarer gréviste car on répond alors à un
mot d’ordre de grève national et interprofessionnel. La grève est donc
un droit individuel, mais exercé collectivement, et qui, en principe,
se passe des syndicats (qu’ils aient été jugés représentatifs ou pas) ;
ces derniers n’ont pas de rôle exclusif dans le déclenchement d’une
grève, mais dans la pratique, il est fréquent que les organisations
syndicales initient ou appuient le mouvement.
Il n’existe aucun
préavis légal dans le secteur privé (sauf exception - cf. ci-dessous).
Les grévistes peuvent donc cesser le travail dès que l’employeur a eu
connaissance de leurs revendications (il est important de le mettre au
courant pour éviter que le mouvement ne soit qualifié de mouvement
illicite et non de grève). Par ailleurs, la grève n’est pas limitée
dans le temps (heures, jours, semaines). Elle cesse lorsque l’ensemble
des revendications ont été satisfaites. Enfin, une convention
collective ne peut pas fixer de durée de préavis dans la mesure où
celle-ci ne peut avoir pour effet de limiter ou de réglementer pour les
salariés l’exercice du droit de grève constitutionnellement reconnu ;
seule la loi peut créer un délai de préavis de grève s’imposant à eux
(Cour de cassation, Chambre sociale, arrêt du 7 juin 1995).
Dans
le cas des entreprises privées chargées d’une mission de service public
(ou d’intérêt général), le Code du travail impose un préavis motivé de
cinq jours francs avant tout déclenchement de grève. Ce préavis doit
émaner des organisations syndicales représentatives et doit permettre,
selon la loi, d’éviter la grève par la négociation. Le non-respect du
préavis constitue une faute. Un décret d’application de cette loi
(D.134-1 du Code du travail) cite les entreprises privées soumises au
préavis de grève. D’autre part, il faut savoir que la jurisprudence
fait une différence entre les salariés qui sont à la production, ou qui
sont en contact du public, et ceux qui ont une tâche administrative
interne à l’entreprise (les premiers sont soumis au préavis, les autres
pas).
L’exercice du droit de grève portant sur des revendications, ces dernières peuvent prendre différentes formes :
-
les revendications des salariés grévistes peuvent dépasser le simple
cadre de l’entreprise (grèves générales pour les salaires, les
retraites, etc.)
- les grèves « mixtes » (revendications qui
revêtent à la fois un aspect politique et un aspect professionnel ; par
exemple, grève contre la politique économique et sociale du
gouvernement) sont licites. En revanche, sont considérées comme
illicites les mouvements qui revêtent un caractère purement politique
sans rapport avec des questions d’ordre professionnel.
- les
grèves de solidarité (mouvements consistant, pour certains salariés, à
faire grève afin de défendre les intérêts d’autres salariés) sont
licites si les grévistes peuvent se prévaloir d’un intérêt collectif
et/ou de revendications professionnelles les concernant eux-mêmes.
Le droit de grève dans le public
La
loi du 31 juillet 1963 et insérée à l’article L.2512-2 du Code du
travail, a réglementé l’exercice du droit de grève dans la fonction
publique territoriale et d’État. Ainsi, le dépôt d’un préavis de cinq
jours francs, avant la grève, est obligatoire afin d’amener les parties
à discuter et tenter, au mieux, durant ce délai, de se concerter. Le préavis est déposé par une ou plusieurs OSR (organisation
syndicale représentative).
En pratique, les délégués syndicaux
ou du personnel savent si des préavis ont été déposés (dans l’éducation
par exemple, des préavis de grève illimitée ou à la semaine couvrent à
tout moment l’ensemble des personnels). Vérifiez auprès des instances
régionales ou nationales des syndicats, car certains délégués peuvent
ne pas savoir ou vouloir la grève.
Si aucun préavis n’a été
déposé dans votre secteur, faites pression sur les délégués syndicaux
et leurs instances. À la SNCF, à la RATP, ou encore pour les écoles
maternelles et élémentaires, en raison des nouvelles lois sur le
«service minimum» (dont on a vu l’efficacité à la gare de Paris
Saint-Lazare récemment…), tout dépôt de préavis doit être précédé d’une
demande de « négociations préalables ».
Dans l’éducation (1er
degré), la procédure restreint le droit de grève (cf. BO n° 6 du 5
février 2009) ; en effet, la ou les organisations syndicales doivent
tout d’abord notifier à l’autorité administrative les motifs qui
pourraient les conduire à envisager un préavis de grève. L’autorité
administrative est tenue de réunir, dans un délai maximal de trois
jours, la ou les organisations syndicales représentatives ayant procédé
à cette notification.
Si les négociations échouent, un préavis
légal de grève (de cinq jours francs) doit être déposé, au plus tôt, à
l’issue des huit jours francs de négociations.
D’autre part,
le dépôt d’un nouveau préavis portant sur les mêmes motifs que le
précédent, et avant que celui-ci ne soit arrivé à échéance («préavis
glissant»), est désormais interdit pour les enseignants du 1er degré.
L’enseignant, lui, toujours en lien avec cette loi sur le service
d’accueil minimum des élèves du 1er degré, doit déclarer à son
inspecteur de circonscription quarante-huit heures avant la grève (avec
au moins un jour ouvré) « son intention d’y prendre part » (suite à
cette déclaration, il n’est pas obligé de faire grève). L’enseignant,
qui fait cette déclaration d’intention sur la base d’un préavis de
grève illimité (article L. 2512-2 du Code du travail), ne se déclare
qu’une fois au début de la grève, quelque soit sa durée (la loi du
21/08/08 ne pose donc pas d’obstacle à une grève reconductible).
Eric Dussart (CNT-SSEC 59/62)
La CNT-PTT réintégrée dans ses droits syndicaux
La Poste condamnée par le Conseil d’Etat.
Camouflet également pour les syndicats « majoritaires » !
A
la fin des années 90, le gouvernement socialiste commence le
démantèlement des services publics des PTT (France Télécom et La
Poste). La Poste s’appuyant sur sa spécificité juridique (ce n’est plus
une administration qui n’emploie que des fonctionnaires, ce n’est pas
une entreprise privée avec des salariés) invente ses « propres règles »
de gestion du personnel. Même si le personnel, avec l’aide de ses
syndicats, tente de résister, depuis 20 ans, il faut constater que la «
gestion privée » de la Poste continue à s’imposer. Même si les
Prud’hommes condamnent régulièrement la Poste pour des contrats de
travail illégaux.
La Fédération de la CNT PTT est née il y
a presque 30 ans et a bénéficié des droits syndicaux de base. La CNT
PTT a toujours refusé de rentrer dans la cogestion, en particulier en
ne se présentant pas aux élections et en privilégiant l’action directe.
Le
27 janvier 2006, La Poste signe un accord sur le droit syndical avec
des syndicats minoritaires (CFDT, CFTC, FO, UNSA). Les deux syndicats
majoritaires (CGT et SUD) ne signent pas, mais ne s’opposent pas à cet
accord en faisant valoir leur droit de veto : l’accord se met donc en
place. Il prévoit notamment une présentation obligatoire aux élections
paritaires et professionnelles [1].
Juges et parties, ce
sont les signataires (et les non-signataires, par leur silence) qui
définissent, en toute illégalité, quels sont les syndicats qui sont
reconnus comme « représentatifs » à La Poste. Les autres syndicats
deviennent donc « illégaux » à La Poste. En deux coups de stylo, la CNT
PTT est donc rayée de la carte syndicale postale. La majorité des
adhérent-e-s de la CNT PTT décident alors de continuer à militer
quotidiennement sur leur lieu de travail. Ils entrent donc en
résistance. Une campagne d’information est mise en place : tracts,
interpellations des autres fédérations syndicales, faux timbres avec «
le Chat » bâillonné collés sur les enveloppes, cartes postales envoyées
en masse au président …
À l’automne 2006, la CNT PTT décide de
saisir la justice en demandant l’annulation de cet accord scélérat.
L’enjeu de cette interdiction est tel que l’ensemble des syndicats de
la Confédération est sollicité, afin de trouver les fonds pour payer
les frais de « justice ». Alors, rapidement, les différents directeurs
(quelquefois, incités par quelques syndicalistes « jaunes » véreux) se
font un plaisir de retirer ici les panneaux syndicaux, ici la boîte aux
lettres, là le local syndical…
Pendant ce temps, les saloperies
de La Poste, en termes de « restructurations » continuent (facteurs
d’avenir, fermetures des centres de tri, mise en place de la Banque
Postale…). Les militant-e-s de la CNT PTT, avec leurs moyens, s’y
opposent, participent aux AG du personnel, incitent à la grève…
Les
sanctions tombent : menaces verbales, brimades quotidiennes,
licenciements, avertissements, blâmes, mise à pied de deux ans….
Le
15 mai 2009, le Conseil d’Etat (la plus haute juridiction) rend sa
décision : L’ACCORD EST ANNULÉ LA POSTE EST CONDAMNÉE À PAYER À LA CNT
PTT 3000 euros !!!
Les droits syndicaux de la CNT PTT sont
donc rétablis dans leur ensemble, sans avoir été obligée de se
prostituer dans le jeu électoral. Camouflet également pour les
syndicats « officiels » postaux parce que depuis longtemps, ils ont
abandonné la lutte de classe, ainsi que le syndicalisme de combat.
Oui,
il est plus que jamais nécessaire de renouer avec un syndicalisme de
combat, et de combattre le syndicalisme d’accompagnement et de
co-gestion des « grandes » centrales (dernier exemple en date : la
journée d’action décentralisée du 26 mai dernier !!!!)
Le
1er juin 2009
Contacts :
- CNT 38, BP 385, 38015 Grenoble Cedex 1
- CNT PTT, BP 2600, 69218 Lyon Cedex 2
[1]
A noter que cet accord prévoyait quelques avantages pour les permanents
syndicaux (par exemple, après deux ans passés de façon permanente ou
demi permanente, une promotion de carrière est automatique…
contrairement aux autres collègues qui continuent à marner au taf
tous les jours…). Est-ce entre autres pour ça que les « jaunes » ont
signé et que les autres ne l’ont pas dénoncé ?