
Mémoire ouvrière : le syndicat de lutte des travailleurs (SLT) d'Usinor-Dunkerque
Mémoire ouvrière :
le syndicat de lutte des travailleurs (SLT) d'Usinor-Dunkerque
Au début des années 80, des militants anarcho-syndicalistes et syndicalistes révolutionnaires de la CNT, de la CFDT et de la CGT regroupés dans un collectif dénommé « L’alliance syndicaliste » entrent en contact avec la section CFDT d’Usinor-Dunkerque. Plus de dix mille personnes travaillent alors dans cette entreprise et la section CFDT, très combative, représente plusieurs centaines d’adhérents et environ 30 % des voix aux élections professionnelles. Ils y rencontrent quelques-uns des sidérurgistes qui animent la section et qui ont des problèmes avec la direction de la CFDT. La plupart d’ente eux ne sont pas des « oppositionnels » (tels que se désignaient à l’époque une partie des militants CFDT), mais des syndicalistes actifs sans état d'âme concernant l'orientation et la direction de la CFDT (l'essentiel de leur activité consistant à combattre leur patron). Les problèmes qu’ils rencontrent avec la direction de leur syndicat sont liés à la préparation de la modernisation de l'outil sidérurgique (modernisation qui, quelque temps plus tard, va s'accompagner de divers regroupements, de fusions et de nombreuses pertes d'emplois). La section CFDT aurait pu créer de vraies difficultés à l'actionnaire principal (à savoir l'État français). Alors, un nettoyage préalable s'imposait et la direction de la CFDT s'en fit la complice. Parce qu'une vraie résistance était possible, il fallait détruire, démoraliser et chasser ceux qui étaient en capacité d'organiser cette lutte. Après avoir mis la section d’Usinor-Dunkerque en minorité au sein de la commission exécutive du syndicat métallurgique de Dunkerque (les bureaucraties savent organiser les majorités !), les exclusions sont arrivées. Plusieurs militants furent jetés de la CFDT comme des malpropres et la direction d’Usinor en profita pour licencier l’un d’entre eux, Frank Flatischler. Très vite, les camarades se constituèrent alors en syndicat autonome : le syndicat de lutte des travailleurs d'Usinor-Dunkerque (SLT). Après moult combats et difficultés, ce nouveau syndicat obtint sa représentativité dans l’entreprise et des relations sont nouées entre lui et la CNT (je me souviens par exemple d’une… gigantesque soirée « pizza » à laquelle j’avais été convié !). Mais, progressivement et victimes de l’isolement qui était le leur, beaucoup de militants se lassèrent et quittèrent l'entreprise. Si la CNT du début des années 80 avait été autre chose qu’un groupuscule, elle aurait pu apparaître aux yeux des camarades du SLT d’Usinor-Dunkerque comme un moyen de sortir de leur isolement. Exemple parmi d’autres d’une occasion manquée...
Eric Dussart (CNT-SSEC
59/62),
d'après un texte écrit il y a quelques années par Jacques Toublet.
Note du webmaster : Pour voir "Au pays d'Usinor", film de Richard Prost (20 mn - 1984), cliquer ici.
Education : Darcos soutient l'échec !
1) Dans le primaire
La fin des RASED semble proche. Savamment entretenue par une communication volontairement floue et faussement maladroite de l’Institution. Ainsi, Darcos parle de réseau « de soutien » (!) en évoquant les RASED et l’aide personnalisé est mise en place sans concertation avec le RASED. Quant au guide adressé aux parents, page 9, au paragraphe « Comment votre enfant sera-t-il aidé ? », rien sur le RASED, on croit rêver !
Mais c’est quoi le RASED ? C’est le « Réseau d'Aide Spécialisée aux Élèves en Difficulté ». Une équipe d’enseignants dont le but est d’aider les élèves à mieux réussir à l’école. Y’a qui dans le RASED ? Difficile de résumer sans être trop réducteur et sans non plus se perdre dans des termes « pédago-dogmatiques ». Je m’inspire d’une petite explication rédigée par la FNAME (l'association nationale des maître E) à l’attention des parents. Trois professionnels au minimum :
- le maître E : Pour une approche dite psycho- pédagogique pour aider les élève à surmonter leurs difficultés à apprendre et à comprendre : apprendre à réfléchir, apprendre à se souvenir, à savoir-faire, à oser, à faire l’expérience de la réussite en essayant de donner du sens à ce qui se passe à l’école.
- le maître G : Pour une approche dite « rééducative » avec les élèves trop timide ou trop excités qui n’arrivent pas à travailler. En dessinant, jouant, construisant, créant, on fait le pari que l’élève puisse se libérer de ce qui l’empêche d’apprendre…
- le psychologue scolaire : Il fait le lien entre l’enfant, la famille, l’école et les structures extérieures et utilise des tests, dessins, et la parole pour mieux cerner les besoins de l’enfant. En parallèle, il participe également à la conception, au suivi et à l'évaluation des projets d'intégration des enfants en situation de handicap.
Pour ces trois professionnels, les relations instaurées avec la famille sont vitales. En réalité, bon nombre de RASED sont incomplets depuis plusieurs années (pas de maître E à tel endroit, plus de maître G), les remplacements sont inexistants. Psychologue scolaire en congé maternité jusque mars ? Bah… pas de psychologue scolaire jusque là, alors ! Quand ils sont complets, ils sont insuffisants (cas de RASED fonctionnant avec une maîtresse G pour 20 écoles !). Souvent, on retrouve sur ces postes des enseignants faisant fonction (qui n’ont pas la formation correspondante) et les IEN en profitent pour les détourner de leurs missions en leur demandant de faire du soutien en classe. Ces situations n’aident assurément pas vous l’aurez compris à pérenniser le bon fonctionnement des RASED.
Aider les élèves à l’école ? C’est du soutien en fait !
Point de détail diront certains, mais c’est pourtant l’essence de notre métier : notre rôle n'est pas du renfort pédagogique, mais bien une prise en charge globale des difficultés de l'élève, nécessitant une approche plus globale (dite « systémique » pour employer des gros mots). Si l’élève ne réussit pas à l’école, c’est rarement parce que petit diable qu’il est, il a envie d’ennuyer son maître, d’embêter ses parents. Chaque élève a une histoire, un passé affectif, une relation à l’Autre, au savoir et à l’école dont il ne peut se défaire à 8h20 comme on enlève son anorak. C'est pour cette raison que les maîtres travaillant en RASED sont spécialisés (dans l'absolu pour être efficient), non pas qu'il s'agit de super instit qui savent tout, mais bien que leur façon de travailler requiert un regard particulier et des comportements qui ne sont pas innés....
Le soutien est assuré par des maîtres qui réexpliquent en petit groupes une notion qui n'a pas été bien comprise. Intervention qui peut être judicieuse pour des élèves qui manifestent des difficultés d'ordre « attendue », inhérentes à tout apprentissage... Mais là je doute: le soutien est fort inutile pour les élèves en grande difficulté, si ce n'est éventuellement exacerber une fois de plus leur souffrance de ne pas réussir à l'école.
« Travailler plus pour apprendre plus » ? Pas avec ces élèves en tout cas ! « Travailler autrement ? » Assurément ! Avec les parents, les structures extérieures, les enseignants... Tiens, les enseignants ! L’une des critiques les plus fréquentes en matière d’échanges entre enseignants en classe et RASED, c’est le manque de temps. Le temps, sujet récurrent... Il aurait été de bon ton de libérer les deux heures du samedi matin aux enseignants pour leur permettre de rencontrer, échanger avec les principaux adultes qui partagent la vie des élèves les plus en difficultés. Certaines écoles ont eu le courage de refuser la mise en place des aides personnalisées. Pourvu que ces initiatives fassent tâches d’huile. Tiens, moi j’en propose une : « Vous connaissez la nouvelle loi liberticide en matière de procédure préalable au déclenchement d'une grève ? Si tu fais grève et que tu le dis pas 48 heures avant, t'es puni... Par contre, tu peux dire que tu fais grève 48 heures avant et pas la faire... Tu viens bosser, tu perds pas ton salaire, les élèves sont pas là (puisque t'as dit que tu faisais grève...). Et tu as 6 heures pour échanger sur tes pratiques avec tes collègues, te demander comment tu vas faire bosser tes élèves qui sont en difficulté dans ta classe, parler avec les collègues du RASED pour qu'ils t'expliquent comment ils travaillent, rencontrer pour du vrai les parents qui n'ont pas démissionné mais pour qui tout n'est pas toujours simple.... Tout ça pour du vrai, pas entre deux portes et un café tiède ! ».
Darcos liquide les RASED !
La liste de 16500 postes supprimés l’an prochain est tombée. La situation est catastrophique dans le secondaire et, au niveau du primaire, parmi tant d’autres « réjouissances », 3000 maître E et G sont réaffectés et sédentarisés dans les écoles en lieu et place de 3000 enseignants partis à la retraite pas remplacés. Retournez en classe les fainéants du RASED ! Vous, les spécialistes de la difficulté scolaire, vous allez en avoir pour votre argent. Cachez ces élèves que je ne saurai voir, ceux qui ne comprennent rien à rien de l’exigence scolaire, que les autres puissent travailler en paix. Les autres, je vous conseille un pantalon confortable, 6 heures par jour sur une chaise, c’est pas facile, surtout en provenance directe de Grande Section. Quand vous aurez fini vos exercices de « Daniel et Valérie » page 12, vous commencerez votre dessin pour « Solidarité Défense ». Qu’un sang impur abreuve nos sillons... Malheureusement, vous avez bien compris que sortir des enfants parfois du néant pour leur permettre de suivre au final une scolarité presque classique n'intéressent pas nos chefs, bien plus enclins à s'exciter sur des préoccupations d'experts comptables. Pour nous, professeurs de RASED, l'enfant compte plus que la logique comptable ! Trop cher qu'ils disent ! Action ! On est tout plein et ils sont tous seuls !
E.L., stagiaire « maître
E » à Lille
(sympathisant du syndicat
CNT-SSEC 59/62).
2) Dans les collèges
On s’attend donc à la liquidation des RASED dans le premier degré. C’est pourtant l’extension du dispositif et de ses démarches au second degré qu’il faudrait envisager. Au collège, avec l’asphyxie programmée des très imparfaites SEGPA (Section d’Enseignement Général et Professionnel Adapté), et le retour des conceptions rigides de l’éducation, de l’instruction (mémorisation, récitation, rédaction, morale), le tri social est renforcé.
Aide aux devoirs, accompagnement scolaire ?
Les nouveaux dispositifs se multiplient hors temps scolaire pour les enseignant.e.s et les élèves : toujours travailler plus ! C’est le modèle des cours privés qui s’est diffusé dans les classes moyennes grâce aux réductions d’impôts. Mais les élèves en situation d’échec n’ont pas les outils pour faire les devoirs, expérimenter, approfondir, prolonger les activités de la journée. Leurs difficultés scolaires mais aussi psychologiques, familiales, et sociales sont telles que l’aide de l’adulte n’apporte que des solutions formelles et ponctuelles. Ces élèves en échec sont en outre les moins disposés à prolonger la journée (ces dispositifs s’organisent sur la base du volontariat des élèves) car ils n’aspirent qu’à fuir le contexte scolaire qui les dévalorise. Les « bons élèves » qui maîtrisent l’essentiel des apprentissages à la sortie des cours parce qu’ils ont intégré les normes des questionnements et des raisonnements, n’ont a priori pas besoin de ces dispositifs. Leurs parents rapportent fréquemment lors des rencontres avec les profs qu’ « ils ne travaillent pas beaucoup à la maison ». Tout cela profitent donc davantage aux élèves qui ne sont pas en grandes difficultés et des études montrent que les progrès sont « d’autant plus importants et fréquents que les difficultés étaient initialement moindres ».
Un soutien à l’échec ?
Les élèves les plus fragiles sont stigmatisés (on veut aussi les ficher) mais leurs problèmes subsistent. Car sur le temps scolaire, en l’absence de moyens humains et pédagogiques adaptés (il faudrait dédoubler les classes, de véritables formations et des temps de concertation) ils restent livrés à leurs désarroi face à la succession des tâches insurmontables voire incompréhensibles qui leur « prennent la tête ». Tout cela contribue à enfermer l’élève dans une logique de fatalité.
La solution du redoublement relève des mêmes a priori idéologiques : recommencer le programme dans les mêmes conditions pédagogiques, psychologiques, familiales et sociales ne sert pas à grand chose.
On accompagne donc l’échec, plus qu’on ne le combat, pour rassurer les parents et c’est en fait le contrôle social qui est renforcé. Dans le cadre de l’égalité des chances républicaine, chacun doit saisir sa chance, saisir les béquilles tendues. L’échec devient alors une responsabilité personnelle et familiale (suspension des allocations, contrats de responsabilité parentale). Les responsabilités collectives, inégalités sociales, culturelles, tri social scolaire sont évacuées. En s’appuyant sur le fatalisme, le ministère peut poursuivre son entreprise de liquidation du collège unique, collège pour tous et toutes en multipliant les orientations précoces en 4ème-3ème avec en point de mire l’apprentissage à 14 ans.
La CNT pour une école émancipatrice
Chacun le sait bien, il y a plusieurs collèges, depuis longtemps et de manière accentuée ces dernières années avec la dérogation généralisée à la carte scolaire : des collèges pour pauvres, des collèges pour classes moyennes apeurées et des collèges pour riches ; avec toujours des programmes faits pour préparer au lycée, dans l'absence de réels moyens pour assurer l'épanouissement de tous et toutes. Nous refusons les filières, la mise en apprentissage automatique des jeunes qui ne trouvent pas leur place dans le collège actuel et qui la trouveront encore moins dans celui qu'on nous prépare.
Nous ne défendons pas pour autant le statu quo. Nous sommes pour une éducation intégrale pour tous (pour que la technologie ne soit pas la dernière matière et que les maths redeviennent ce jeu aux innombrables portes, et non un outil de sélection des élites par l' « intelligence » par exemple), pour des formes d'apprentissage impliquant les élèves, pour la gestion collective des établissements par ceux qui y travaillent et y étudient. Pour nous, c'est le projet d'une école émancipatrice.
Aldo, professeur de
collège à Lille
(membre du syndicat
CNT-SSEC 59/62).
Mortelles journées à la chaîne
- Salut Karim
- Bonjour Abdel
- Monsieur N'Bo, comment allez-vous ?
- Ça va Thierry ?
Début
de poste, il est 04h25, tout le monde est là alors qu'ils ne commencent
que dans une bonne demi-heure. Ils sont présents, ils ont pointé, mais
ils ne seront pas payés tant que la chaîne ne sera pas mise en route.
Que
cherchent-ils à arriver si tôt ? Un peu d'humanité dans un boulot où
ils restent debout sept heures durant ? Une évasion de leur cocon
familio-télévisé ?
Quelque chose de complètement dingue qui n'arrive qu'une fois dans une vie ? Même dans un boulot de chaîne à l'usine ?!
Répondre
à la question «pourquoi» reviendrait à répondre à la question de leur
situation d'exploité de 1°, 2°, 3° génération de colonisés.
Ce
matin, routinier à mon habitude, je distribue des gants neufs ou
reprisés. Ils sont rassurés qu'il y en ait aujourd'hui, ça leur évitera
un max de coupures. Ils partent en poste.
Le micro beugle sa mitraille, le tapis se met en route.
Un
coup à gauche, un coup à droite, et ainsi de suite jusqu'à la pause, le
geste est bien rôdé. Les plus chanceux arrivent à somnoler un bon
geste, les autres se dopent des salaires de misère qu'ils reçoivent.
Le
premier arrêt d'urgence ne se fait pas attendre. A l'habitude, je me
pointe. Sur le chemin, je me dis: « Fais chier, encore un qui
s'est pris une seringue dans le doigt ! ».
Ça
saigne un peu, mais ça ira. «Un coup d'antiseptique, un bandage serré à
mort, et c'est bon ! ». Bernard, opérateur de tri en contrat CAE, 28
heures par semaine, sort de l'infirmerie. Son doigt customisé en un
mini boudin blanc, il reprend son poste.
Un coup d’œil sur la
montre et c'est parti. Il reste une heure et demie avant la pause. Le
défilé des pipis commence. « Pour éviter tout abus, les opérateurs
n'auront pas le droit d'aller uriner une heure avant, ni une heure
après la pause », ordre du directeur. Il faut bien comprendre qu'ils
sont là pour travailler : « On ne les paie pas à se promener ! ». Et
comme cette restriction ne suffisait pas : « Vous les accompagnerez un
à un aux toilettes et ce pour éviter toute dégradation ! ». Merci
patron !
C'est au tour d'Ablaï de monter aux toilettes. Je le
suis dans les escaliers. Arrivés là-haut, il me dit: «C'est comme à la
garde à vue !?». J'ai honte, terriblement honte. Ce gars, ex
sans-papier, en a vu, et des pas mûres. Il comprend que je n'y
peux rien, il ne m'en veut pas. Mais moi je m'en veux à mort.
Il m'arrive d'en rire. Mais ce qui en ressort est très jaune. Je pourrais mettre sur mon CV: «Gardien de prison d'insertion ».
C'est bien de ça qu'il s'agit : une prison d'insertion. Des individus condamnés à errer de contrat aidé en contrat aidé.
Patrick
en est rendu à son troisième. A chaque fois dans une boîte différente
et à chaque fois parce qu'il a, soi-disant, un manque de formation ou
d'expérience. Il a plusieurs fois posé la question au chef d'équipe : «
Et pourquoi ils nous prennent pas à 35 heures et en CDI ? ». Et le chef
de répondre : «C'est le conseil d'administration qui décide...». Et
hop, la balle est envoyée dans des sphères interdites au simple
opérateur.
Lectures du chat noir : "Palestine 141" de François Legeait et "Ecole, une révolution nécessaire" de la CNT-FTE
Par Jluc du syndicat CNT-SSEC 59/62
1) François Legeait, « Palestine 141 », Les éditions de Juillet, 20 euros. Disponible à la CNT-Béthune ou à la librairie « Un pas de côté » de Béthune.
François
Legeait est photographe-écrivain, peut-être le contraire, mais sans
aucun doute photographe. On se souvient de son saisissant « Destins
clandestins – Les réfugiés après Sangatte » paru en 2006. Cette
fois-ci, il nous livre son témoignage sur la Palestine : « Palestine
141 ». Je ne dis rien du titre, vous découvrirez. Des photos et un
carnet de route – Dans son ‘carnet de route’, François
écrit, au jour le jour, le journal de ses trois voyages en
Cisjordanie. Il capte en quelques mots la vie au quotidien dans
les territoires sous occupation : ravitaillement, chômage,
déscolarisation mais aussi check point, contrôles policiers,
omniprésence de l’armée d’occupation, rafles, intrusions nocturnes dans
les camps, comme celui de Batala à Naplouse qu’il vit au sommet d’un
toit.
Mais
n’attendez pas des clichés de guerre, des corps-martyrs, des
interventions militaires et des arrestations musclées… François ne les
ignore pas et ne feint pas de les ignorer. Mais ce n’est pas son parti
pris, son œil est ailleurs… tourné vers les enfants, les hommes et
les femmes qu’ils rencontrent. Son intérêt est pour la vie même,
jamais figée, même quand tout fout le camp et quand on se retrouve
parqué avec pour seul horizon les barbelés d’un camp…
Ses
portraits sont de haute facture, de noir et de blanc - à l’ancienne, à
l’argentique. Les enfants surpris au jeu ou les adolescent-e-s au
visage grave montrent une jeunesse palestinienne que l’on pourrait
croire ancrée dans la fatalité du renoncement ou guidée vers celle
d’une lutte désespérée. Mais tous les regards que saisit François sont
d’une telle intensité qu’on ne sent pas là les regards d’une
jeunesse dont le destin serait de rester soumis.
François a l’œil et la main… rare… donc à regarder et à lire de près…
«
École, une révolution nécessaire » Coordination et entretiens de
Grégory Chambat –Éditions CNT de la région parisienne, 2008 – 13 euros.
«
Ecole, une révolution nécessaire » est à lire. Grégory Chambat a réuni
les témoignages qui composent le bouquin. A lire pour retrouver dans la
vivacité des entretiens le parcours de militants de la CNT-Education,
instit, TOS, surveillants, prof, tous engagés dans une pratique
éducative en faisant vivre leur engagement cénétiste. Il n’y a
pas de fatalité disent-ils tous de concert et à leur façon …Il y a des
vies qu’on se fabrique avec ses idées et ses engagements - certes aussi
avec des remises en question - mais toujours avec le bel enthousiasme
fraternel de l’insoumission à l’ordre existant et cette conviction
forte que l’émancipation sociale et politique passe aussi par
l’éducation.