Extraits du BR n° 25



Droit d'expression des salarié-e-s sur leur lieu de travail

Le syndicat CNT-SSEC 59/62 et l'intersyndicale de l'éducation Nord Pas-de-Calais

Pour la Ballade des gens heureux
(en bus, en tramway, en métro)


Droit d'expression des salarié-e-s
sur leur lieu de travail


Voici ci-dessous le recueil des textes du Code du travail qui régissent le droit d'expression des salariés sur leur lieu de travail. Ils sont issus des lois Auroux de 1982. Méconnus, pour ne pas dire oubliés, ces textes sont pourtant fondamentaux, surtout en des temps qui confondent les libertés et privilèges accordés au patronat avec l'intérêt commun du genre humain, et qui font de la légalisation du droit du plus fort un signe de progrès humain.

Ils méritent d'être connus de chaque salarié afin qu'ils en fassent usage et, qu'en cas de sanction pour usage de notre droit d'expression, nous puissions nous mobiliser collectivement pour faire appliquer notre bon droit et faire annuler les abus de pouvoir commis par le patron voyou.

Comme pour tous les textes de loi non respectés, la victime peut demander des réparations dans les tribunaux lesquels sont obligés de les lui accorder.

Il y a trois grands axes :

1) Le premier, qui est l'idée générale de ces textes, définit pour les salariés un droit collectif à s'exprimer directement sur la manière dont peuvent être améliorées leurs conditions de travail, l'organisation de leur activité et la qualité de la production dans leur unité de travail et leur entreprise.

2) Dans les entreprises où il y a un ou plusieurs délégués syndicaux ce droit d'expression collectif est encadré par un accord d'entreprise. Quand il y a des institutions représentatives du personnel la logique est la même. Cependant, les textes sont lapidaires ils se contentent de parler de consultation par l'employeur.

3) Des compléments sont ajoutés en ce qui concernent les entreprises publiques.

Il serait très intéressant de compléter ces textes par les jurisprudences qui en ont découlées.

Je pense qu'il y a là matière à travailler de notre part car ces textes ouvrent des brèches pour le syndicalisme que nous défendons. Nous avons, en effet, intérêt à nous emparer de cette liberté d'expression pour l'approfondir. En la comblant avec le concept juridique de "l'usage", nous avons un chemin pour élargir sans cesse la liberté d'expression avec ses implications concrètes sur l'amélioration des conditions de travail.

Par ailleurs, ces textes peuvent trouver s'appliquer dans les petites entreprises où il n' y pas de DS, CE, DP que nous oublions sans cesse et qui sont pourtant celles où les conditions de travail sont les pires.

En s'emparant de ces textes, nous évitons de perdre éternellement notre temps sur les problèmes de représentativité.

David H. (CNT-STIS 59)
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Extraits des textes législatifs :

Dans les entreprises ou établissements industriels, commerciaux ou agricoles, les offices publics et ministériels, les professions libérales, les sociétés civiles, les syndicats professionnels, les mutuelles, les organismes de sécurité sociale à l'exception de ceux qui ont le caractère d'établissement public administratif, les associations de quelque nature que ce soit ou tout organisme de droit privé, les salariés bénéficient d'un droit à l'expression directe et collective sur le contenu, les conditions d'exercice et l'organisation de leur travail. Cette expression a pour objet de définir les actions à mettre en oeuvre pour améliorer leurs conditions de travail, l'organisation de l'activité et la qualité de la production dans l'unité de travail à laquelle ils appartiennent et dans l'entreprise.

Les opinions que les salariés, quelle que soit leur place dans la hiérarchie professionnelle, émettent dans l'exercice du droit d'expression ne peuvent motiver une sanction ou un licenciement.

Les dispositions des alinéas précédents sont également applicables d'une part, aux établissements publics à caractère industriel et commercial et, d'autre part, aux établissements publics déterminés par décret qui assurent tout à la fois une mission de service public à caractère administratif et à caractère industriel et commercial lorsqu'ils emploient du personnel dans les conditions du droit privé (L461-1CT).

Le droit institué à l'article L461-1 s'exerce sur les lieux et pendant le temps de travail. Le temps consacré à l'expression est payé comme temps de travail (L461-2).

Dans les entreprises et organismes mentionnés à l'article L461-1 et où sont constituées une ou plusieurs sections syndicales d'organisations représentatives au sens de l'article L133-2 ayant désigné un délégué syndical conformément aux dispositions du premier alinéa de l'article L412-11 ou en application d'une disposition conventionnelle, les modalités d'exercice du droit d'expression sont définies par un accord, au sens de l'article L132-2, conclu entre l'employeur et les organisations syndicales représentatives.

Cet accord est négocié conformément aux dispositions des articles L132-19 et L132-20.


En l'absence de l'accord prévu au premier alinéa, l'employeur est tenu d'engager au moins une fois par an une négociation en vue de la conclusion éventuelle d'un tel accord.


Dans le cas où cet accord existe, l'employeur est tenu, au moins une fois tous les trois ans, de provoquer une réunion avec les organisations syndicales représentatives en vue d'examiner les résultats de cet accord et d'engager la renégociation du dit accord à la demande d'une organisation syndicale représentative.


Dans les entreprises comportant des établissements ou groupes d'établissements distincts, la négociation peut avoir lieu au niveau des établissements ou des groupes d'établissements à condition que l'ensemble des établissements et groupes d'établissements distincts soient couverts par la négociation.


A défaut d'initiative de l'employeur dans les délais ci-dessus fixés, dont le point de départ est la date d'ouverture de la négociation précédente, la négociation s'engage obligatoirement à la demande d'une organisation syndicale représentative dans les quinze jours suivant la présentation de cette demande. Celle-ci est transmise aux autres organisations syndicales représentatives par l'employeur dans les huit jours.

L'accord ou le procès-verbal de désaccord, établi en application du second alinéa de l'article L132-29, est déposé auprès de l'autorité administrative compétente conformément aux dispositions de l'article L132-10 (L461-3).

Dans les entreprises et organismes visés à l'article L461-1 où aucun délégué syndical n'a été désigné ou dans lesquelles l'accord prévu à l'article L461-3 n'a pas été conclu, l'employeur doit obligatoirement consulter le comité d'entreprise ou, à défaut, les délégués du personnel, sur les modalités d'exercice du droit d'expression des salariés.

Dans les entreprises où aucun délégué syndical n'a été désigné, la consultation prévue à l'alinéa précédent a lieu au moins une fois par an (L461-4).

L'accord visé au premier alinéa de l'article L461-3 comporte des stipulations concernant :

1-
Le niveau, le mode d'organisation, la fréquence et la durée des réunions permettant l'expression des salariés ;


2-
Les mesures destinées à assurer, d'une part, la liberté d'expression de chacun et, d'autre part, la transmission à l'employeur des demandes et propositions des salariés ainsi que celle des avis émis par les salariés dans les cas où ils sont consultés par l'employeur, sans préjudice des dispositions des titres Ier, II et III du livre IV et du chapitre VI du titre III du livre II du présent code ;


3-
Les mesures destinées à permettre aux salariés concernés, aux organisations syndicales représentatives, au comité d'entreprise, aux délégués du personnel, au comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail de prendre connaissance des demandes, avis et propositions émanant des groupes ainsi que des suites qui leur sont réservées ;

4- Les conditions spécifiques d'exercice du droit à l'expression dont bénéficie le personnel d'encadrement ayant des responsabilités hiérarchiques, outre leur participation dans les groupes auxquels ils sont rattachés du fait de ces responsabilités.

La consultation prévue à l'article L461-4 porte sur les points 1º à 4º ci-dessus (L461-5).

Dispositions complémentaires relatives au droit d'expression des salariés dans les entreprises et établissements du secteur public :

Les dispositions du présent chapitre s'appliquent, à titre complémentaire, aux entreprises mentionnées à l'article 1er de la loi nº 83-675 du 26 juillet 1983 relative à la démocratisation du secteur public (L462-1).

L'ensemble des salariés, y compris le personnel d'encadrement direct, de chaque atelier ou bureau constituant une unité de travail bénéficient du droit de réunion en conseil d'atelier ou de bureau. Ils se réunissent par atelier ou par bureau au moins une fois tous les deux mois et à raison d'au moins six heures par an pendant le temps de travail. Le temps consacré à ces réunions ne peut donner lieu à réduction de rémunération.

Les salariés s'y expriment dans tous les domaines intéressant la vie de l'atelier ou du bureau. Le personnel d'encadrement ayant la responsabilité directe de l'atelier ou du bureau est obligatoirement associé à l'organisation des réunions et aux suites à leur donner (L462-2).

Les stipulations comprises dans les accords mentionnés à l'article L461-3 doivent être complétées par des dispositions portant sur les sujets suivants :

1- la définition des unités de travail retenues comme cadre des réunions de conseils d'atelier ou de bureau. Ces unités doivent avoir une dimension réduite ;
2- la fréquence et la durée de réunion ;
3- les modalités d'association du personnel d'encadrement à l'organisation des réunions et aux suites à leur donner ;
4- le cas échéant, les modalités de participation des salariés travaillant en équipes ou successives ou dans des conditions qui les isolent de l'ensemble des autres salariés ;
5- le domaine de compétence des conseils d'atelier ou de bureau qui doit comprendre les conditions et l'organisation du travail, l'application concrète des programmes d'activité et d'investissement de l'entreprise pour l'atelier ou le bureau, la recherche d'innovation technologique et de meilleure productivité dans l'atelier ou le bureau ;
6- les modalités et la forme de l'intervention du conseil d'atelier ou de bureau ;
7- les liaisons entre deux réunions avec la direction de l'entreprise ou de l'établissement et avec les institutions élues de représentants du personnel.

Les accords peuvent, en outre, prévoir la possibilité de donner aux conseils d'atelier de bureau des responsabilités portant sur un ou plusieurs des domaines de compétence visés au 5º ci-dessus (L462-3).


L'activité des conseils d'atelier ou de bureau fait l'objet d'un rapport annuel établi par le chef d'entreprise et présenté au comité d'entreprise ou à l'organe qui en tient lieu (L462-4).



Le syndicat CNT-SSEC 59/62
et l'intersyndicale de l'éducation
Nord Pas-de-Calais

La participation de la CNT à l’intersyndicale éducation du Nord Pas-de-Calais date de l’automne 1995. D’abord limitée au premier degré et au département du Nord, elle s’élargira ensuite au second degré et à toute la région malgré les réticences du SNES.

Cette participation coïncide avec la lutte contre le plan de réforme de la Sécurité sociale présenté devant les députés le 15 novembre 1995 par Alain Juppé, alors premier ministre de Chirac (cf. note 1). A Lille et dans les environs, comme ailleurs en France, la CNT sort de la marginalité dans laquelle elle était plongée malgré elle depuis trop longtemps. Elle est présente dans la grève reconductible, elle est active dans les assemblées générales, elle est visible dans les manifestations qui se multiplient tout au long des mois de novembre et décembre. Le slogan "Tous ensemble!" symbolise le mouvement et c’est dans ce contexte favorable à la convergence des luttes et à l’unité que la CNT intègre l’intersyndicale de l’éducation (à dominante 1er degré et plutôt centré sur le département du Nord)…

Une affaire individuelle... aussi !

Cette intégration est facilitée par plusieurs facteurs personnels, pas forcément anecdotiques. Eric Dussart, le camarade qui représente le CNT SSEC 59-62 aux réunions de l’intersyndicale, a milité pendant un temps au sein du courant "Ecole Emancipée" et il connaît bien deux responsables du SNUIPP-FSU, membres de ce courant. Ayant également fait un bref passage au SGEN-CFDT, il a de bonnes relations avec les personnes qui représentent cette organisation à l’intersyndicale. Instituteur comme lui, l’un d’entre eux refuse d’ailleurs l’inspection-notation depuis plusieurs années. Du côté de la CGT-éducation, la CNT bénéficie aussi d’un a priori favorable. Un membre de la famille de l’un des principaux responsables du SDEN-CGT a été adhérent à la CNT et le sérieux de notre travail syndical a été constaté. Par ailleurs, l’animateur du Comité des Sans-Papiers du Nord est un militant actif du SDEN-CGT et il apprécie le soutien qu’apporte la CNT aux sans-papiers. Quant au SE-FEN (aujourd’hui UNSA), ses délégués semblent un peu surpris de la présence de la CNT (dont ils ignoraient l’existence), mais ils connaissent bien l’histoire du mouvement ouvrier et ne remettent pas en cause la légitimité d’une participation anarcho-syndicaliste et syndicaliste révolutionnaire à l’intersyndicale. Finalement, seuls certains délégués du SNUIPP-FSU et du SNES-FSU membres du courant U&A (Unité & Action, proche du PC) semblent irrités par notre arrivée. Mais, U&A est divisé en interne (tout comme le PC) et cette division a des conséquences quant au regard que les militants U&A portent sur la CNT. Les plus à gauche d’entre eux apprécient notre positionnement "lutte de classes". Quant à son principal responsable, il "avoue" à notre camarade Éric que la vue du film "Land and freedom" de Ken Loach (qui est sorti sur les écrans un mois auparavant) l’a beaucoup marqué et qu’il éprouve quelques remords quant à l’attitude du PC vis à vis de la CNT pendant la guerre d’Espagne en 36…

Après 1995

Entre 96 et 99, après la lutte contre le plan Juppé, l’intersyndicale éducation du Nord Pas-de-Calais va être confrontée à de très nombreuses suppressions de postes, dans le premier degré notamment. Les années 1996, 1997, 1998, 1999… sont des années noires en terme de fermeture de classes dans l’académie de Lille. Une fois encore, la violence des attaques gouvernementales favorise l’unité syndicale et la CNT participe régulièrement à l’intersyndicale. Cette dernière est une structure souple et mouvante. FO n’y est présente que de manière épisodique. Le SE-FEN s’en écarte dès l’approche des élections paritaires afin de mieux marquer sa différence avec le SNUIPP-FSU. SUD-éducation, un nouveau venu issu du mouvement de novembre-décembre 95, y fait son entrée. Quant à la CNT, elle participe aux réunions, y prend la parole, y glane des informations, fait des propositions et co-signe les textes avec lesquels elle n’a pas de désaccord fondamental. Le retour de la gauche au pouvoir et nos critiques vis à vis du gouvernement vont un peu geler nos relations avec la plupart des organisations membres de l’intersyndicale, mais la sortie d’Allègre sur le "dégraissage nécessaire du mammouth" et son "élimination à la Kalachnikov des syndicats" va susciter à nouveau un fort mouvement unitaire.

Pas de second degré...

Dans le second degré, une autre intersyndicale se réunit régulièrement à l’instigation du SNES-FSU, mais la CNT n’y est jamais invitée. La CNT mène un combat pour la titularisation sans concours des précaires et cela semble gêner le SNES au plus haut point. La CNT, alors active dans le "collectif contre la précarité" qui regroupe des syndiqué-e-s CNT, SNES et CGT mais surtout des non syndiqué-e-s (qui rejoindront la CNT ou donneront naissance à SUD), s’invite aux intersyndicales du second degré. Lors des mouvements contre la politique d'Allègre-Royal (Ségolène était ministre déléguée dans le ministère de Claude), la CNT participe aux AGs de la grève reconductible alors que la CFDT et la FSU (et son SNETAA) freinent des quatre fers. On se heurte dans les années qui suivent au refus systématique de l'intersyndicale (y-compris la CGT) de reconnaître les collectifs (celui contre la précarité comme celui des MI-SE ou celui des emplois-jeunes).

L'intersyndicale "s'émancipe" ?

La désignation d’un nouveau secrétaire académique à la tête du SNES 59/62 va changer la donne. Une camarade du SNES (tendance Ecole Emancipée) qui entretient de bons rapports avec plusieurs militants de la CNT intervient auprès de ce nouveau secrétaire en lui parlant de pluralisme syndical et de démocratie et, malgré quelques réticences, la porte de l’intersyndicale du second degré s’entrouvre.

Et cette intersyndicale de l’éducation (plutôt centrée sur le département du Nord et à dominante premier degré même si, à l’exception du SNUIPP, tous les autres syndicats sont des organisations inter catégorielles) voit l’arrivée du représentant régional de la FSU (pas opposé à notre présence) et se transforme en intersyndicale de l’éducation au sens inter professionnel et régional du terme. Salaires, emploi, précarité, retraites, ZEP, service public… les revendications sont multiples.

Pas de retraite en 2003

Les mouvements du printemps 2003 contre la réforme du régime des retraites voient les rangs de la CNT grossir fortement avec l'arrivée de plusieurs non-syndiqué-e-s et d'ex syndiqué-e-s à la CFDT (signature coup de poignard) et au SNES (non blocage du BTS en mai puis du Bac en juin 2003) et de nombreuses AGs de bassins (cf. note 2) voient le jour en parallèle de ces intersyndicales, mais restant tout de même sous le contrôle des syndicats croupions (sans UNSA ni CFDT), les locaux étant mis par eux à disposition à la Bourse du travail.

Les syndicalistes "traditionnels" ont donc pu côtoyer des cénétistes en nombre croissant, d'abord dans les nombreuses manifestations, grèves (la CNT est très active dans les premiers bahuts en grève), AGs de bassin et leur "représentativité" sur le terrain y a été validée. Comme par exemple à la manifestation du 1er mai 2006 sous la pluie ou le vaste cortège CNT est venu à point étayer la faible mobilisation des autres centrales. Ils les ont ensuite rencontré-e-s comme mandaté-e-s de la CNT au sein de l'actuelle Inter-syndicale Education Nord Pas De Calais (premier et second degré, qui existe et fonctionne bien depuis 2002 dixit le SNES). La rotation des mandats cénétistes y a très bien fonctionné comparativement à la permanence des "permanent-e-s" des autres centrales (hormis SUD Education).

A chacun son tour...

C'est d'ailleurs un des points positifs de la participation CNT à ces intersyndicales: faire une publicité par les faits aux principes de mandatement (ouverts ou fermés) et de rotation des mandaté-e-s en vigueur dans l'anarcho-syndicalisme. Un autre point positif est que ces inter-syndicales ont permis aux mandaté-e-s de se former au décodage du langage syndical, très utile en ces périodes pré-électorales propices aux envolées prometteuses (Anecdote : "on ne peut attendre, l'appel à grève proposé par le SNES pour dans 15 jours est trop éloigné, il faut une action forte de suite" dit la CFDT. La CNT embraye, forte du soutien espéré de SUD, de la CGT et de la CFDT et propose un appel à une grève plus proche et reconductible... La CFDT corrige de suite en précisant que, par action forte, elle pensait à une diffusion de tracts!). La visibilité CNT et son ancrage syndical y ont aussi été renforcés: place reconnue (tirage au sort) dans les manifestations, sigle CNT sur certains tracts, appels et sur les banderoles intersyndicales, implication reconnue de la CNT dans un contexte syndical stricto-sensu. Enfin lors de la répression anti mouvement social (CPE, refus de prélèvement ADN, RESF,...), ces intersyndicales ont aussi été un lieu privilégié pour des demandes de soutien "institutionnel".

Ni singer, ni signer systématiquement !

Tous les textes issus de ces intersyndicales n'ont pu être acceptés ni co-signés, loin de là, par le CNT SSEC 59-62 et ceux qui l'ont été auraient pu avoir été écrits par la CNT elle-même. A remarquer enfin que le CNT SSEC 59-62 a du s'excuser plusieurs fois par manque de volontaires. En effet, il ne faut pas se voiler la face, participer à ces intersyndicales n'est pas emballant (Jacques 5 janvier 2005), pas passionnant (Jacques 12 janvier 2006), voire chiant (Chris 23 septembre 2006), et l'on y côtoie la bureaucratie syndicale dans toute sa splendeur, ses permanent-e-s, ses déchargé-e-s, leur langue de bois et leurs extrêmes réticences et oppositions à peine cachées lorsqu'il y a risque d'emballement du conflit, comme lors de la lutte anti-CPE de 2006 (les centrales enseignantes et l'UNEF étaient contre le blocage, faussement jugé comme impopulaire alors qu'il était indispensable pour garantir la non pénalisation des grévistes aux examens par des profs faisant cours devant 2-3 élèves) ou lors de la tentative de blocage du Bac en 2003 (une trahison des centrales qui ont fini par appeler, tardivement et discrètement, après avoir pendant plusieurs mois clamé haut et fort qu'elles ne voulaient pas se servir de ce moyen d'action. Cette capitulation a au moins servi aux intermittent-e-s du spectacle dans leur décision de bloquer les festivals lors de l'été 2003 pour faire reconnaître que c'est eux et non les restaurateurs et autres commerçants qui font les festivals). Notre absence à certaines réunions intersyndicales s'explique aussi par le fait que ces réunions ont parfois lieu pendant le temps de travail (problème pour la CNT qui n'a pas de permanent-e-s ni de déchargé-e-s).

CNT-SSEC 59/62, le 3 février 2007.

Notes :

1) Le plan Juppé prévoyait le financement et la gestion de la Sécurité sociale par l'État ainsi que l'institution d’un nouvel impôt de 0,5% sur les revenus (RDS). Il prônait la maîtrise comptable des dépenses de santé et prévoyait aussi de supprimer l'abattement de 20% sur le revenu imposable de tous les salariés. Enfin et surtout, ce plan était une attaque en règle contre les fonctionnaires et les travailleurs du secteur public, car il prévoyait la remise en cause des régimes spéciaux et l'augmentation de 37,5 à 40 ans de la durée de cotisation exigée pour toucher une retraite entière. Ce plan va provoquer dans le secteur public la plus grande grève jamais connue depuis 1968. Un mois après la présentation de son plan à l’assemblée nationale, Juppé est obligé de céder sur les retraites des fonctionnaires et sur la suppression de l'abattement de 20%…

2) Les AGs de bassin, issues du printemps 2003, "inter-pro" à l'origine (profs, personnels ATOS, élèves, parents, ..., salarié-e-s) ont plus ou moins persisté depuis, au moins par le biais des quelques listes de diffusion Internet qui continuent à fonctionner, Lille, Roubaix-Tourcoing et Béthune (cf. note 3) et malgré le discret boycott des représentants syndicaux (ils y sont inscrits, pour se tenir au courant mais n'y interviennent pas, sûrement pour ne pas accroître l'influence de ces listes). Ces AGs de bassin constituent un lieu de contre-pouvoir aux décisions prises par les bureaux nationaux et un lieu d'échange d'informations parfois en provenance des centrales (chiffres sur les suppressions de postes, décryptage des décrets et textes de loi, ...) mais aussi en relation avec notre métier (signification des nombreux acronymes abscons de l'E.N., DHG, HSA, CPA, ...) au même titre d'ailleurs que les inter-syndicales. Elles permettent aussi aux militants de base de se rencontrer et d'essayer d'élaborer des actions communes, "unitaires", hors chapelles, sectes, partis ou syndicats, et pour ces derniers de tenter d'oublier les luttes électorales pour les postes de cogestion représentative.

En ce qui concerne Béthune, l'AG de bassin (et sa liste de diffusion) continue de se réunir au grès des mouvements (Fillon-2005, CPE-2006, De Robien-2007) avec des "représentant-e-s" de CNT, FCPE, SNES, SNUIPP, SUD lycéen-ne-s et quelquefois une enseignante ou des métallos CGT. Elle a été à l'initiative de quelques rassemblements, diffusions de tracts communs, conférences de presse et manifestations sur Béthune. Son caractère "interpro" évolue au grès des mobilisations, fort lors du mouvement sur les retraites ou lors du mouvement anti-CPE, plus faible en général, avec pour la CNT, la forte implication du syndicat CNT SEP (Sans Emploi et Précaires) du Béthunois en particulier lors du mouvement anti-CPE de 2006. Ces AGs se déroulent à la maison des syndicats de Béthune, dans la salle de réunion face au local CNT. La CNT est d'ailleurs le seul syndicat, hébergé à la maison des syndicats, à assister à ces AGs (FO, CFDT n'ont jamais participé, FSU et SUD n'y ont pas de locaux, comme l'UNSA, le SNALC et tous les autres qu'on n'y a jamais vu) et ces dernières se font donc systématiquement grâce et sous l'aile protectrice de la CNT qui ouvre les portes, voire le bal.



 Pour la Ballade des gens heureux
(en bus, en tramway, en métro)


"...Selon un sondage Transpole de juin dernier, 87,90% des usagers du métro se sentent en sécurité. Inversement, affirme François Xavier Castelain, directeur contrôle sécurité et environnement social chez Transpole, «quand la présence des agents de prévention se relâche dans tel secteur, la courbe des incidents monte aussitôt ... Les agents de préventions sont indispensables à la qualité du service» commente Marc Godefroy, président du syndicat mixte des transports métropolitains…" (dixit un article de "Nord Eclair")

Bel éloge pour les 450 agents de prévention que les usagers des transports en commun croisent tous les jours et plébiscitent.

Éloge funèbre?
Faudra-t-il dire bientôt «croisaient» et «plébiscitaient»?

En effet, pour le financement de ces emplois, l’Europe se désengage, l’État se désengage. Et, en attendant que le conseil général, à son tour, se désengage en 2010, la communauté urbaine, pour 2007, compensera les pertes pour maintenir les emplois.

Et après?
Bel hommage funèbre!
Il est vrai que les morts dessous la terre se taisent et ne coûtent rien. Et «ça n’en sort guère…». Et ils ne paient ni loyers, ni gaz, ni électricité, ni nourriture….

Faut-il être mort pour vivre?
Dommage, nous sommes vivants!
Dommage pour les décideurs, les agents de préventions sont bel et bien vivants. Ces femmes et ces hommes pensent, se nourrissent, paient leurs loyers, le gaz, l’électricité, l’eau (chaude ou froide), s’habillent…, avec un peu plus de deux billets de 500 euros. Penser ne coûte rien me direz-vous. Mais pour ne pas penser trop idiot, c’est bien d’aller au cinéma, d’aller au théâtre, de lire... Mais, mesdames messieurs les décideurs, on paie comment le cinéma, le théâtre, les livres…?

Combien reste-t-il après avoir payer le strict nécessaire? Nous rien! Et vous?
Oh ! rassurez-vous, nous n’exigeons pas vos salaires ou vos revenus, ni vos avantages ou privilèges. Nous n’avons pas l’intention de vous refaire le coup du  quatre août 1789 (abolition des privilèges) de nos vaillants sans-culotte (quoique?). Nous n’exigeons rien en fait (ou si peu). Nous vous demandons simplement de mettre en musique vos belles paroles, vos belles louanges. Nous vous conseillons une ballade, longue et belle ballade (en métro c’est normal). Et tant qu’à faire «la ballade des gens heureux».

Comme Marc Godefroy, nous pensons que notre métier est indispensable, comme François Xavier Castelain nous pensons qu’il ne faut pas nous relâcher et être présents partout.

A notre niveau, nous faisons les efforts, nous prenons à bras le corps notre métier et son avenir . Certains d’entre nous se forment pour aller au delà d’une simple présence, d’un simple rôle préventif.

Qu’avons-nous en contre partie?
Un peu plus de deux billets de cinq cent euros et l’incertitude pour notre emploi.

Mesdames, messieurs les décideurs, si les usagers nous plébiscitent, si «quand la présence des agents de prévention se relâche dans tel secteur, la courbe des incidents monte aussitôt», si «les agents de prévention sont indispensables à la qualité du service» alors, mesdames messieurs, pérennisez nos emplois, transformez les CDI-I (i comme insertion)» en CDI (I comme indéterminé) et revoyez à la hausse nos salaires. On ne peut pas, sur le devant de la scène, louer notre métier et, en coulisse, tout faire pour casser notre volonté de bien faire.

Cela n’est pas trop utopique, d’autant que si l’on en croit le magazine "Face" de décembre 2006 et janvier 2007, il y a «…baisse du vandalisme et des violences sur les personnes, …, augmentations de 11, 50% du trafic Transpole: les résultats sont tangibles…»

Ce que demande la section CNT Médiapole :

- La pérennisation des emplois en CDD-I  (contrat à durée déterminée d'insertion) vers des contrats en CDI (contrat à durée indéterminé),

- Une hausse des salaires.

Pour la section CNT Médiapole,
le délégué syndical : Ouari Chérif.



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