Droit d'expression des salarié-e-s
sur leur lieu de travail
Voici ci-dessous
le recueil des textes du Code du travail qui régissent le droit
d'expression des salariés sur leur lieu de travail. Ils sont
issus des lois Auroux de 1982. Méconnus, pour ne pas dire
oubliés, ces textes sont pourtant fondamentaux, surtout en des
temps qui confondent les libertés et privilèges
accordés au patronat avec l'intérêt commun du genre
humain, et qui font de la légalisation du droit du plus fort un
signe de progrès humain.
Ils
méritent d'être connus de chaque salarié afin
qu'ils en fassent usage et, qu'en cas de sanction pour usage de notre
droit d'expression, nous puissions nous mobiliser collectivement pour
faire appliquer notre bon droit et faire annuler les abus de pouvoir
commis par le patron voyou.
Comme pour tous
les textes de loi non respectés, la victime peut demander des
réparations dans les tribunaux lesquels sont obligés de
les lui accorder.
Il y a trois grands axes :
1) Le premier,
qui est l'idée générale de ces textes,
définit pour les salariés un droit collectif à
s'exprimer directement sur la manière dont peuvent être
améliorées leurs conditions de travail, l'organisation de
leur activité et la qualité de la production dans leur
unité de travail et leur entreprise.
2) Dans les
entreprises où il y a un ou plusieurs
délégués syndicaux ce droit d'expression collectif
est encadré par un accord d'entreprise. Quand il y a des
institutions représentatives du personnel la logique est la
même. Cependant, les textes sont lapidaires ils se contentent de
parler de consultation par l'employeur.
3) Des compléments sont ajoutés en ce qui concernent les entreprises publiques.
Il serait
très intéressant de compléter ces textes par les
jurisprudences qui en ont découlées.
Je pense qu'il y
a là matière à travailler de notre part car ces
textes ouvrent des brèches pour le syndicalisme que nous
défendons. Nous avons, en effet, intérêt à
nous emparer de cette liberté d'expression pour l'approfondir.
En la comblant avec le concept juridique de "l'usage", nous avons un
chemin pour élargir sans cesse la liberté d'expression
avec ses implications concrètes sur l'amélioration des
conditions de travail.
Par ailleurs,
ces textes peuvent trouver s'appliquer dans les petites entreprises
où il n' y pas de DS, CE, DP que nous oublions sans cesse et qui
sont pourtant celles où les conditions de travail sont les pires.
En s'emparant de
ces textes, nous évitons de perdre éternellement notre
temps sur les problèmes de représentativité.
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Extraits des textes législatifs :
Dans les
entreprises ou établissements industriels, commerciaux ou
agricoles, les offices publics et ministériels, les professions
libérales, les sociétés civiles, les syndicats
professionnels, les mutuelles, les organismes de sécurité
sociale à l'exception de ceux qui ont le caractère
d'établissement public administratif, les associations de
quelque nature que ce soit ou tout organisme de droit privé, les
salariés bénéficient d'un droit à
l'expression directe et collective sur le contenu, les conditions
d'exercice et l'organisation de leur travail. Cette expression a pour
objet de définir les actions à mettre en oeuvre pour
améliorer leurs conditions de travail, l'organisation de
l'activité et la qualité de la production dans
l'unité de travail à laquelle ils appartiennent et dans
l'entreprise.
Les opinions que
les salariés, quelle que soit leur place dans la
hiérarchie professionnelle, émettent dans l'exercice du
droit d'expression ne peuvent motiver une sanction ou un licenciement.
Les dispositions
des alinéas précédents sont également
applicables d'une part, aux établissements publics à
caractère industriel et commercial et, d'autre part, aux
établissements publics déterminés par
décret qui assurent tout à la fois une mission de service
public à caractère administratif et à
caractère industriel et commercial lorsqu'ils emploient du
personnel dans les conditions du droit privé (L461-1CT).
Le droit
institué à l'article L461-1 s'exerce sur les lieux et
pendant le temps de travail. Le temps consacré à
l'expression est payé comme temps de travail (L461-2).
Dans les
entreprises et organismes mentionnés à l'article L461-1
et où sont constituées une ou plusieurs sections
syndicales d'organisations représentatives au sens de l'article
L133-2 ayant désigné un délégué
syndical conformément aux dispositions du premier alinéa
de l'article L412-11 ou en application d'une disposition
conventionnelle, les modalités d'exercice du droit d'expression
sont définies par un accord, au sens de l'article L132-2, conclu
entre l'employeur et les organisations syndicales
représentatives.
Cet accord est négocié conformément aux dispositions des articles L132-19 et L132-20.
En l'absence de
l'accord prévu au premier alinéa, l'employeur est tenu
d'engager au moins une fois par an une négociation en vue de la
conclusion éventuelle d'un tel accord.
Dans le cas
où cet accord existe, l'employeur est tenu, au moins une fois
tous les trois ans, de provoquer une réunion avec les
organisations syndicales représentatives en vue d'examiner les
résultats de cet accord et d'engager la renégociation du
dit accord à la demande d'une organisation syndicale
représentative.
Dans les
entreprises comportant des établissements ou groupes
d'établissements distincts, la négociation peut avoir
lieu au niveau des établissements ou des groupes
d'établissements à condition que l'ensemble des
établissements et groupes d'établissements distincts
soient couverts par la négociation.
A défaut
d'initiative de l'employeur dans les délais ci-dessus
fixés, dont le point de départ est la date d'ouverture de
la négociation précédente, la négociation
s'engage obligatoirement à la demande d'une organisation
syndicale représentative dans les quinze jours suivant la
présentation de cette demande. Celle-ci est transmise aux autres
organisations syndicales représentatives par l'employeur dans
les huit jours.
L'accord ou le
procès-verbal de désaccord, établi en application
du second alinéa de l'article L132-29, est déposé
auprès de l'autorité administrative compétente
conformément aux dispositions de l'article L132-10 (L461-3).
Dans les
entreprises et organismes visés à l'article L461-1
où aucun délégué syndical n'a
été désigné ou dans lesquelles l'accord
prévu à l'article L461-3 n'a pas été
conclu, l'employeur doit obligatoirement consulter le comité
d'entreprise ou, à défaut, les
délégués du personnel, sur les modalités
d'exercice du droit d'expression des salariés.
Dans les
entreprises où aucun délégué syndical n'a
été désigné, la consultation prévue
à l'alinéa précédent a lieu au moins une
fois par an (L461-4).
L'accord visé au premier alinéa de l'article L461-3 comporte des stipulations concernant :
1- Le
niveau, le mode d'organisation, la fréquence et la durée
des réunions permettant l'expression des salariés ;
2- Les
mesures destinées à assurer, d'une part, la
liberté d'expression de chacun et, d'autre part, la transmission
à l'employeur des demandes et propositions des salariés
ainsi que celle des avis émis par les salariés dans les
cas où ils sont consultés par l'employeur, sans
préjudice des dispositions des titres Ier, II et III du livre IV
et du chapitre VI du titre III du livre II du présent code ;
3- Les
mesures destinées à permettre aux salariés
concernés, aux organisations syndicales représentatives,
au comité d'entreprise, aux délégués du
personnel, au comité d'hygiène, de sécurité
et des conditions de travail de prendre connaissance des demandes, avis
et propositions émanant des groupes ainsi que des suites qui
leur sont réservées ;
4- Les
conditions spécifiques d'exercice du droit à l'expression
dont bénéficie le personnel d'encadrement ayant des
responsabilités hiérarchiques, outre leur participation
dans les groupes auxquels ils sont rattachés du fait de ces
responsabilités.
La consultation prévue à l'article L461-4 porte sur les points 1º à 4º ci-dessus (L461-5).
Dispositions
complémentaires relatives au droit d'expression des
salariés dans les entreprises et établissements du
secteur public :
Les dispositions
du présent chapitre s'appliquent, à titre
complémentaire, aux entreprises mentionnées à
l'article 1er de la loi nº 83-675 du 26 juillet 1983 relative
à la démocratisation du secteur public (L462-1).
L'ensemble des
salariés, y compris le personnel d'encadrement direct, de chaque
atelier ou bureau constituant une unité de travail
bénéficient du droit de réunion en conseil
d'atelier ou de bureau. Ils se réunissent par atelier ou par
bureau au moins une fois tous les deux mois et à raison d'au
moins six heures par an pendant le temps de travail. Le temps
consacré à ces réunions ne peut donner lieu
à réduction de rémunération.
Les
salariés s'y expriment dans tous les domaines intéressant
la vie de l'atelier ou du bureau. Le personnel d'encadrement ayant la
responsabilité directe de l'atelier ou du bureau est
obligatoirement associé à l'organisation des
réunions et aux suites à leur donner (L462-2).
Les stipulations
comprises dans les accords mentionnés à l'article L461-3
doivent être complétées par des dispositions
portant sur les sujets suivants :
1- la
définition des unités de travail retenues comme cadre des
réunions de conseils d'atelier ou de bureau. Ces unités
doivent avoir une dimension réduite ;
2- la fréquence et la durée de réunion ;
3- les
modalités d'association du personnel d'encadrement à
l'organisation des réunions et aux suites à leur donner ;
4- le cas
échéant, les modalités de participation des
salariés travaillant en équipes ou successives ou dans
des conditions qui les isolent de l'ensemble des autres salariés
;
5- le
domaine de compétence des conseils d'atelier ou de bureau qui
doit comprendre les conditions et l'organisation du travail,
l'application concrète des programmes d'activité et
d'investissement de l'entreprise pour l'atelier ou le bureau, la
recherche d'innovation technologique et de meilleure
productivité dans l'atelier ou le bureau ;
6- les modalités et la forme de l'intervention du conseil d'atelier ou de bureau ;
7- les
liaisons entre deux réunions avec la direction de l'entreprise
ou de l'établissement et avec les institutions élues de
représentants du personnel.
Les accords
peuvent, en outre, prévoir la possibilité de donner aux
conseils d'atelier de bureau des responsabilités portant sur un
ou plusieurs des domaines de compétence visés au 5º
ci-dessus (L462-3).
L'activité
des conseils d'atelier ou de bureau fait l'objet d'un rapport annuel
établi par le chef d'entreprise et présenté au
comité d'entreprise ou à l'organe qui en tient lieu
(L462-4).
Le syndicat CNT-SSEC 59/62
et l'intersyndicale de l'éducation
Nord Pas-de-Calais
La participation de la CNT à l’intersyndicale
éducation du Nord Pas-de-Calais date de l’automne 1995.
D’abord limitée au premier degré et au
département du Nord, elle s’élargira ensuite au
second degré et à toute la région malgré
les réticences du SNES.
Cette participation coïncide avec la lutte contre le plan de
réforme de la Sécurité sociale
présenté devant les députés le 15 novembre
1995 par Alain Juppé, alors premier ministre de Chirac (cf. note 1).
A Lille et dans les environs, comme ailleurs en France, la CNT sort de
la marginalité dans laquelle elle était plongée
malgré elle depuis trop longtemps. Elle est présente dans
la grève reconductible, elle est active dans les
assemblées générales, elle est visible dans les
manifestations qui se multiplient tout au long des mois de novembre et
décembre. Le slogan "Tous ensemble!" symbolise le mouvement et
c’est dans ce contexte favorable à la convergence des
luttes et à l’unité que la CNT intègre
l’intersyndicale de l’éducation (à dominante
1er degré et plutôt centré sur le
département du Nord)…
Une affaire individuelle... aussi !
Cette intégration est facilitée par plusieurs facteurs
personnels, pas forcément anecdotiques. Eric Dussart, le
camarade qui représente le CNT SSEC 59-62 aux réunions de
l’intersyndicale, a milité pendant un temps au sein du
courant "Ecole Emancipée" et il connaît bien deux
responsables du SNUIPP-FSU, membres de ce courant. Ayant
également fait un bref passage au SGEN-CFDT, il a de bonnes
relations avec les personnes qui représentent cette organisation
à l’intersyndicale. Instituteur comme lui, l’un
d’entre eux refuse d’ailleurs l’inspection-notation
depuis plusieurs années. Du côté de la
CGT-éducation, la CNT bénéficie aussi d’un a
priori favorable. Un membre de la famille de l’un des principaux
responsables du SDEN-CGT a été adhérent à
la CNT et le sérieux de notre travail syndical a
été constaté. Par ailleurs, l’animateur du
Comité des Sans-Papiers du Nord est un militant actif du
SDEN-CGT et il apprécie le soutien qu’apporte la CNT aux
sans-papiers. Quant au SE-FEN (aujourd’hui UNSA), ses
délégués semblent un peu surpris de la
présence de la CNT (dont ils ignoraient l’existence), mais
ils connaissent bien l’histoire du mouvement ouvrier et ne
remettent pas en cause la légitimité d’une
participation anarcho-syndicaliste et syndicaliste
révolutionnaire à l’intersyndicale. Finalement,
seuls certains délégués du SNUIPP-FSU et du
SNES-FSU membres du courant U&A (Unité & Action, proche
du PC) semblent irrités par notre arrivée. Mais, U&A
est divisé en interne (tout comme le PC) et cette division a des
conséquences quant au regard que les militants U&A portent
sur la CNT. Les plus à gauche d’entre eux
apprécient notre positionnement "lutte de classes". Quant
à son principal responsable, il "avoue" à notre camarade
Éric que la vue du film "Land and freedom" de Ken Loach (qui est
sorti sur les écrans un mois auparavant) l’a beaucoup
marqué et qu’il éprouve quelques remords quant
à l’attitude du PC vis à vis de la CNT pendant la
guerre d’Espagne en 36…
Après 1995
Entre 96 et 99, après la lutte contre le plan Juppé,
l’intersyndicale éducation du Nord Pas-de-Calais va
être confrontée à de très nombreuses
suppressions de postes, dans le premier degré notamment. Les
années 1996, 1997, 1998, 1999… sont des années
noires en terme de fermeture de classes dans l’académie de
Lille. Une fois encore, la violence des attaques gouvernementales
favorise l’unité syndicale et la CNT participe
régulièrement à l’intersyndicale. Cette
dernière est une structure souple et mouvante. FO n’y est
présente que de manière épisodique. Le SE-FEN
s’en écarte dès l’approche des
élections paritaires afin de mieux marquer sa différence
avec le SNUIPP-FSU. SUD-éducation, un nouveau venu issu du
mouvement de novembre-décembre 95, y fait son entrée.
Quant à la CNT, elle participe aux réunions, y prend la
parole, y glane des informations, fait des propositions et co-signe les
textes avec lesquels elle n’a pas de désaccord
fondamental. Le retour de la gauche au pouvoir et nos critiques vis
à vis du gouvernement vont un peu geler nos relations avec la
plupart des organisations membres de l’intersyndicale, mais la
sortie d’Allègre sur le "dégraissage
nécessaire du mammouth" et son "élimination à la
Kalachnikov des syndicats" va susciter à nouveau un fort
mouvement unitaire.
Pas de second degré...
Dans le second degré, une autre intersyndicale se réunit
régulièrement à l’instigation du SNES-FSU,
mais la CNT n’y est jamais invitée. La CNT mène un
combat pour la titularisation sans concours des précaires et
cela semble gêner le SNES au plus haut point. La CNT, alors
active dans le "collectif contre la précarité" qui
regroupe des syndiqué-e-s CNT, SNES et CGT mais surtout des non
syndiqué-e-s (qui rejoindront la CNT ou donneront naissance
à SUD), s’invite aux intersyndicales du second
degré. Lors des mouvements contre la politique
d'Allègre-Royal (Ségolène était ministre
déléguée dans le ministère de Claude), la
CNT participe aux AGs de la grève reconductible alors que la
CFDT et la FSU (et son SNETAA) freinent des quatre fers. On se heurte
dans les années qui suivent au refus systématique de
l'intersyndicale (y-compris la CGT) de reconnaître les collectifs
(celui contre la précarité comme celui des MI-SE ou celui
des emplois-jeunes).
L'intersyndicale "s'émancipe" ?
La désignation d’un nouveau secrétaire
académique à la tête du SNES 59/62 va changer la
donne. Une camarade du SNES (tendance Ecole Emancipée) qui
entretient de bons rapports avec plusieurs militants de la CNT
intervient auprès de ce nouveau secrétaire en lui parlant
de pluralisme syndical et de démocratie et, malgré
quelques réticences, la porte de l’intersyndicale du
second degré s’entrouvre.
Et cette intersyndicale de l’éducation (plutôt
centrée sur le département du Nord et à dominante
premier degré même si, à l’exception du
SNUIPP, tous les autres syndicats sont des organisations inter
catégorielles) voit l’arrivée du
représentant régional de la FSU (pas opposé
à notre présence) et se transforme en intersyndicale de
l’éducation au sens inter professionnel et régional
du terme. Salaires, emploi, précarité, retraites, ZEP,
service public… les revendications sont multiples.
Pas de retraite en 2003
Les mouvements du printemps 2003 contre la réforme du
régime des retraites voient les rangs de la CNT grossir
fortement avec l'arrivée de plusieurs non-syndiqué-e-s et
d'ex syndiqué-e-s à la CFDT (signature coup de poignard)
et au SNES (non blocage du BTS en mai puis du Bac en juin 2003) et de
nombreuses AGs de bassins (cf. note 2) voient le
jour en parallèle de ces intersyndicales, mais restant tout de
même sous le contrôle des syndicats croupions (sans UNSA ni
CFDT), les locaux étant mis par eux à disposition
à la Bourse du travail.
Les syndicalistes "traditionnels" ont donc pu côtoyer des
cénétistes en nombre croissant, d'abord dans les
nombreuses manifestations, grèves (la CNT est très active
dans les premiers bahuts en grève), AGs de bassin et leur
"représentativité" sur le terrain y a été
validée. Comme par exemple à la manifestation du 1er mai
2006 sous la pluie ou le vaste cortège CNT est venu à
point étayer la faible mobilisation des autres centrales. Ils
les ont ensuite rencontré-e-s comme mandaté-e-s de la CNT
au sein de l'actuelle Inter-syndicale Education Nord Pas De Calais
(premier et second degré, qui existe et fonctionne bien depuis
2002 dixit le SNES). La rotation des mandats cénétistes y
a très bien fonctionné comparativement à la
permanence des "permanent-e-s" des autres centrales (hormis SUD
Education).
A chacun son tour...
C'est d'ailleurs un des points positifs de la participation CNT
à ces intersyndicales: faire une publicité par les faits
aux principes de mandatement (ouverts ou fermés) et de rotation
des mandaté-e-s en vigueur dans l'anarcho-syndicalisme. Un autre
point positif est que ces inter-syndicales ont permis aux
mandaté-e-s de se former au décodage du langage syndical,
très utile en ces périodes pré-électorales
propices aux envolées prometteuses (Anecdote : "on ne peut
attendre, l'appel à grève proposé par le SNES pour
dans 15 jours est trop éloigné, il faut une action forte
de suite" dit la CFDT. La CNT embraye, forte du soutien
espéré de SUD, de la CGT et de la CFDT et propose un
appel à une grève plus proche et reconductible... La CFDT
corrige de suite en précisant que, par action forte, elle
pensait à une diffusion de tracts!). La visibilité CNT et
son ancrage syndical y ont aussi été renforcés:
place reconnue (tirage au sort) dans les manifestations, sigle CNT sur
certains tracts, appels et sur les banderoles intersyndicales,
implication reconnue de la CNT dans un contexte syndical stricto-sensu.
Enfin lors de la répression anti mouvement social (CPE, refus de
prélèvement ADN, RESF,...), ces intersyndicales ont aussi
été un lieu privilégié pour des demandes de
soutien "institutionnel".
Ni singer, ni signer systématiquement !
Tous les textes issus de ces intersyndicales
n'ont pu être acceptés ni co-signés, loin de
là, par le CNT SSEC 59-62 et ceux qui l'ont été
auraient pu avoir été écrits par la CNT
elle-même. A remarquer enfin que le CNT SSEC 59-62 a du s'excuser
plusieurs fois par manque de volontaires. En effet, il ne faut pas se
voiler la face, participer à ces intersyndicales n'est pas
emballant (Jacques 5 janvier 2005), pas passionnant (Jacques 12 janvier
2006), voire chiant (Chris 23 septembre 2006), et l'on y côtoie
la bureaucratie syndicale dans toute sa splendeur, ses permanent-e-s,
ses déchargé-e-s, leur langue de bois et leurs
extrêmes réticences et oppositions à peine
cachées lorsqu'il y a risque d'emballement du conflit, comme
lors de la lutte anti-CPE de 2006 (les centrales enseignantes et l'UNEF
étaient contre le blocage, faussement jugé comme
impopulaire alors qu'il était indispensable pour garantir la non
pénalisation des grévistes aux examens par des profs
faisant cours devant 2-3 élèves) ou lors de la tentative
de blocage du Bac en 2003 (une trahison des centrales qui ont fini par
appeler, tardivement et discrètement, après avoir pendant
plusieurs mois clamé haut et fort qu'elles ne voulaient pas se
servir de ce moyen d'action. Cette capitulation a au moins servi aux
intermittent-e-s du spectacle dans leur décision de bloquer les
festivals lors de l'été 2003 pour faire reconnaître
que c'est eux et non les restaurateurs et autres commerçants qui
font les festivals). Notre absence à certaines réunions
intersyndicales s'explique aussi par le fait que ces réunions
ont parfois lieu pendant le temps de travail (problème pour la
CNT qui n'a pas de permanent-e-s ni de déchargé-e-s).
CNT-SSEC 59/62, le 3 février 2007.
Notes :
1) Le plan
Juppé prévoyait le financement et la gestion de la
Sécurité sociale par l'État ainsi que
l'institution d’un nouvel impôt de 0,5% sur les revenus
(RDS). Il prônait la maîtrise comptable des dépenses
de santé et prévoyait aussi de supprimer l'abattement de
20% sur le revenu imposable de tous les salariés. Enfin et
surtout, ce plan était une attaque en règle contre les
fonctionnaires et les travailleurs du secteur public, car il
prévoyait la remise en cause des régimes spéciaux
et l'augmentation de 37,5 à 40 ans de la durée de
cotisation exigée pour toucher une retraite entière. Ce
plan va provoquer dans le secteur public la plus grande grève
jamais connue depuis 1968. Un mois après la présentation
de son plan à l’assemblée nationale, Juppé
est obligé de céder sur les retraites des fonctionnaires
et sur la suppression de l'abattement de 20%…
2) Les AGs
de bassin, issues du printemps 2003, "inter-pro" à l'origine
(profs, personnels ATOS, élèves, parents, ...,
salarié-e-s) ont plus ou moins persisté depuis, au moins
par le biais des quelques listes de diffusion Internet qui continuent
à fonctionner, Lille, Roubaix-Tourcoing et Béthune (cf.
note 3) et malgré le discret boycott des représentants
syndicaux (ils y sont inscrits, pour se tenir au courant mais n'y
interviennent pas, sûrement pour ne pas accroître
l'influence de ces listes). Ces AGs de bassin constituent un lieu de
contre-pouvoir aux décisions prises par les bureaux nationaux et
un lieu d'échange d'informations parfois en provenance des
centrales (chiffres sur les suppressions de postes, décryptage
des décrets et textes de loi, ...) mais aussi en relation avec
notre métier (signification des nombreux acronymes abscons de
l'E.N., DHG, HSA, CPA, ...) au même titre d'ailleurs que les
inter-syndicales. Elles permettent aussi aux militants de base de se
rencontrer et d'essayer d'élaborer des actions communes,
"unitaires", hors chapelles, sectes, partis ou syndicats, et pour ces
derniers de tenter d'oublier les luttes électorales pour les
postes de cogestion représentative.
En ce qui concerne
Béthune, l'AG de bassin (et sa liste de diffusion) continue de
se réunir au grès des mouvements (Fillon-2005, CPE-2006,
De Robien-2007) avec des "représentant-e-s" de CNT, FCPE, SNES,
SNUIPP, SUD lycéen-ne-s et quelquefois une enseignante ou des
métallos CGT. Elle a été à l'initiative de
quelques rassemblements, diffusions de tracts communs,
conférences de presse et manifestations sur Béthune. Son
caractère "interpro" évolue au grès des
mobilisations, fort lors du mouvement sur les retraites ou lors du
mouvement anti-CPE, plus faible en général, avec pour la
CNT, la forte implication du syndicat CNT SEP (Sans Emploi et
Précaires) du Béthunois en particulier lors du mouvement
anti-CPE de 2006. Ces AGs se déroulent à la maison des
syndicats de Béthune, dans la salle de réunion face au
local CNT. La CNT est d'ailleurs le seul syndicat,
hébergé à la maison des syndicats, à
assister à ces AGs (FO, CFDT n'ont jamais participé, FSU
et SUD n'y ont pas de locaux, comme l'UNSA, le SNALC et tous les autres
qu'on n'y a jamais vu) et ces dernières se font donc
systématiquement grâce et sous l'aile protectrice de la
CNT qui ouvre les portes, voire le bal.
Pour la Ballade des gens heureux
(en bus, en tramway, en métro)
"...Selon un sondage Transpole de
juin dernier, 87,90% des usagers du métro se sentent en
sécurité. Inversement, affirme François Xavier
Castelain, directeur contrôle sécurité et
environnement social chez Transpole, «quand la présence
des agents de prévention se relâche dans tel secteur, la
courbe des incidents monte aussitôt ... Les agents de
préventions sont indispensables à la qualité du
service» commente Marc Godefroy, président du syndicat
mixte des transports métropolitains…" (dixit un article de "Nord Eclair")
Bel éloge pour les 450 agents de prévention que les
usagers des transports en commun croisent tous les jours et
plébiscitent.
Éloge funèbre?
Faudra-t-il dire bientôt «croisaient» et «plébiscitaient»?
En effet, pour le financement de ces emplois, l’Europe se
désengage, l’État se désengage. Et, en
attendant que le conseil général, à son tour, se
désengage en 2010, la communauté urbaine, pour 2007,
compensera les pertes pour maintenir les emplois.
Et après?
Bel hommage funèbre!
Il est vrai que les morts dessous la terre se taisent et ne
coûtent rien. Et «ça n’en sort
guère…». Et ils ne paient ni loyers, ni gaz, ni
électricité, ni nourriture….
Faut-il être mort pour vivre?
Dommage, nous sommes vivants!
Dommage pour les décideurs, les agents de préventions
sont bel et bien vivants. Ces femmes et ces hommes pensent, se
nourrissent, paient leurs loyers, le gaz,
l’électricité, l’eau (chaude ou froide),
s’habillent…, avec un peu plus de deux billets de 500
euros. Penser ne coûte rien me direz-vous. Mais pour ne pas
penser trop idiot, c’est bien d’aller au cinéma,
d’aller au théâtre, de lire... Mais, mesdames
messieurs les décideurs, on paie comment le cinéma, le
théâtre, les livres…?
Combien reste-t-il après avoir payer le strict nécessaire? Nous rien! Et vous?
Oh ! rassurez-vous, nous n’exigeons pas vos salaires ou vos
revenus, ni vos avantages ou privilèges. Nous n’avons pas
l’intention de vous refaire le coup du quatre août
1789 (abolition des privilèges) de nos vaillants sans-culotte
(quoique?). Nous n’exigeons rien en fait (ou si peu). Nous vous
demandons simplement de mettre en musique vos belles paroles, vos
belles louanges. Nous vous conseillons une ballade, longue et belle
ballade (en métro c’est normal). Et tant qu’à
faire «la ballade des gens heureux».
Comme Marc Godefroy, nous pensons que notre métier est
indispensable, comme François Xavier Castelain nous pensons
qu’il ne faut pas nous relâcher et être
présents partout.
A notre niveau, nous faisons les efforts, nous prenons à bras le
corps notre métier et son avenir . Certains d’entre nous
se forment pour aller au delà d’une simple
présence, d’un simple rôle préventif.
Qu’avons-nous en contre partie?
Un peu plus de deux billets de cinq cent euros et l’incertitude pour notre emploi.
Mesdames, messieurs les décideurs, si les usagers nous
plébiscitent, si «quand la présence des agents de
prévention se relâche dans tel secteur, la courbe des
incidents monte aussitôt», si «les agents de
prévention sont indispensables à la qualité du
service» alors, mesdames messieurs, pérennisez nos
emplois, transformez les CDI-I (i comme insertion)» en CDI (I
comme indéterminé) et revoyez à la hausse nos
salaires. On ne peut pas, sur le devant de la scène, louer notre
métier et, en coulisse, tout faire pour casser notre
volonté de bien faire.
Cela n’est pas trop utopique, d’autant que si l’on en
croit le magazine "Face" de décembre 2006 et janvier 2007, il y
a «…baisse du vandalisme
et des violences sur les personnes, …, augmentations de 11, 50%
du trafic Transpole: les résultats sont tangibles…»
Ce que demande la section CNT Médiapole :
- La pérennisation des emplois en CDD-I (contrat à
durée déterminée d'insertion) vers des contrats en
CDI (contrat à durée indéterminé),
- Une hausse des salaires.
Pour la section CNT Médiapole,
le délégué syndical : Ouari Chérif.