Extraits du BR n° 24

Le contrat nouvelle embauche (CNE)

Représentativité syndicale :
au secours... Villepin veut réformer le syndicalisme français !


B et A, BA, bâton !

Un toit, c'est un droit !

Section CNT-Médiapole :
à quand un métro rouge et noir ?


Victoire aux prud'hommes :
contre l'arbitraire patronal.... riposte syndicale !



Le contrat nouvelle embauche (CNE)

Le CNE est à replacer dans la remise en cause du droit du travail depuis 20 ans (droit du travail entendu comme droit protecteur des salariés). Toujours la même méthode qui, il est vrai, a fait ses preuves et qui consiste à empiler des mesures créant des dérogations au droit commun et des exceptions à n’en plus finir… Au bout du compte, chaque entreprise peut faire sa propre loi et le droit du travail, qui devient le droit du patron, devient incompréhensible, y compris à celui qui est chargé de l’appliquer.

Le CNE est la mesure phare du plan pour l’emploi instauré par ordonnance du 2/08/2005 et par son décret d’application du 4/08/2005.

Références juridiques :

-    Loi n° 2005-846 du 26 juillet 2005, article premier (paru au JO du 27/07/2005).
-    Ordonnance n°2005-893 du 2/08/2005(JO du 3/08/2005).
-    Décret n°2005-894 du 2/08/2005(JO du 3/08/2005).
-    Avis du Conseil d’Etat n°283471 du 19/10/2005 qui l’a validé.
-    Circulaire ministérielle du 15/10/2005 non publiée mais disponible sur le site du ministère du travail.

Qu’est-ce que le CNE ?

C’est un CDI dont la procédure de rupture est simplifiée. Mais il reste cependant des contraintes juridiques…

Ce n’est pas un contrat aidé : pas d’aide ni d’exonération de charge (mais il peut se concilier avec ce genre de contrat).

Ce n’est pas un contrat à durée déterminée : il ne peut pas être utilisé dans le cadre des emplois saisonniers et les CDD d’usage. Par contre, il peut se concilier avec les autres types de CDD (accroissement temporaire d’activité et remplacements de salariés).

C’est un CDI spécifique, à temps plein ou à temps partiel.

Champs d’application :

-    Condition d’effectifs : au plus 20 salariés à la date d’embauche du CNE. L’effectif s’apprécie au niveau de l’entreprise. Donc, tous les établissements doivent être pris en compte.
   
-    Peuvent embaucher un CNE les employeurs du secteur privé marchand et non marchand sauf les particuliers employeurs, les entreprises de travail adapté et les centres de distribution de travail à domicile. Les employeurs du secteur public ne peuvent pas conclure de CNE.

Textes du code du travail auxquels est soumis le CNE

Le CNE est soumis aux dispositions du code du travail. Cependant sa particularité réside dans le fait qu’un certain nombres de textes ne s’appliquent pas au CNE pendant les deux premières années : les articles L 122-4 à L 122-11, L. 122-13à L 122-14-14 qui sont relatifs à la résiliation du contrat de travail (licenciement et démission) et les articles L 321-1 à L 321-17 qui sont relatifs au licenciement économique.

Les dispositions conventionnelles relatives aux modalités de rupture sont exclues également, précise la circulaire.

Particularités du CNE

Un contrat applicable deux ans

Le régime applicable au CNE est valable deux ans. Au-delà, le contrat n’est pas rompu mais il se transforme en contrat à durée indéterminée classique.

Le délai de deux ans se calcule à compter de la conclusion du CNE.

Ce délai est indépendant de l’ancienneté du salarié dans l’entreprise. En cas de succession de contrats (CDD puis CNE par exemple), l’ancienneté acquise pendant la durée du CDD n’est pas déduite de la période constituée par le CNE. Inversement, si la rupture intervient avant la fin du CNE, les dispositions légales de droit commun relatives aux précaires et à l’indemnité de licenciement n’ont pas lieu de s’appliquer alors que le salarié dépasserait les deux ans d’ancienneté si on cumule le CDD et le CNE.

Par contre pour le Droit Individuel de Formation, il doit être pris en compte dans l’ancienneté.

Selon la circulaire, les parties peuvent par accord contractuel baisser la durée de la période de deux ans au cours de laquelle les règles de rupture sont simplifiées.

Pour les nouvelles embauches
 
La possibilité de conclure un CNE est ouverte pour toute nouvelle embauche. Le texte ne précise pas pour un nouvel emploi. Concrètement, on peut licencier un salarié pour prendre un CNE. Il peut aussi remplacer les CDD classiques.

CNE = CDI , mais d’un genre particulier

La principale caractéristique du CNE est d’être un CDI particulier. Il s’écarte de la différence traditionnelle propre au droit social français entre le CDI qui est le contrat de droit commun et le CDD, contrat d’exception.

Un contrat écrit

L’écrit est obligatoire, mais l’absence d’écrit n’emporte pas la nullité du contrat. Elle devrait entériner la requalification en CDI. L’ordonnance du 02/08/2005 précise que le CNE doit être expressement mentionné dans le contrat écrit.

Dans le cas contraire ou en l’absence de toute mention permettant d’identifier la nature du contrat CNE, l’employeur (et le salarié) ne pourrait se prévaloir des règles propres au CNE.

Période d’essai ?

Il n’y a pas de période d’essai dans le cadre d’un CNE.

Les clauses (autres que la mention CNE)
   
Comme tout contrat : l’identité des parties, la rémunération, la fonction, la qualification du salarié, la date d’embauche.
   
La circulaire préconise d’indiquer les modalités spécifiques de rupture du CNE durant les deux premières années de son existence. Si les parties conviennent de réduire le délai de deux ans, il doit en être fait mention dans le contrat.
   
Pour les temps partiels : ajouter les mentions obligatoires pour ce type de contrat.
   
Autres clauses : comme dans tout type de contrat écrit, il peut y avoir des clauses de non concurrence, d’exclusivité, de frais professionnels, des primes, etc. Il n’y pas de spécificités à ce sujet.

Le cœur du CNE : les modalités de rupture avant l’expiration des deux premières années

La démission (ordonnance du 2/08/2005)

Le salarié a l’obligation de notifier sa décision par écrit à son employeur (par lettre recommandé avec accusé de réception) alors que cette obligation n’existe pas dans le CDI de droit commun (moins avantageux pour le salarié, finalement mis sur le même plan que l’employeur).

La circulaire du ministère précise que les dispositions conventionnelles (par exemple quand elles prévoient un préavis de rupture) ne s’appliquent pas au CNE.

Pas de préavis (exclusion de l’application de l’article L 122-5 du Code du Travail).

La rupture du CNE sur l’initiative de l’employeur

Formalités : la rupture doit être notifiée par lettre recommandée avec accusé de réception sans autres formalités.

Préavis : droit à un préavis légal spécifique à partir d’un mois de présence dans l’entreprise, sauf faute grave ou lourde du salarié.
   
Attention : des exceptions ! S’il y a faute du salarié, la procédure disciplinaire doit être respectée : l’employeur qui envisage de prononcer une sanction lourde, comme la mise à pied, la rétrogradation ou le licenciement à l’égard d’un salarié fautif, doit respecter la procédure disciplinaire complète prévue par l’article L 122-41 et suivants du Code du Travail.

L’autre exception est celle concernant les salariés protégés puisque l’autorisation de l’inspection du travail est obligatoire (celle-ci doit vérifier si le véritable motif du licenciement n’est pas lié à l’exercice du mandat du salarié). Pour être valable, la demande de licenciement doit être fondée sur une faute réelle du salarié.
   
Ce préavis est de deux semaines pour moins de 6 mois d’ancienneté et d’un mois pour une ancienneté de 6 mois à 2 ans.

L’indemnité de rupture versée au salarié est de 8% de la rémunération totale brute versée depuis le début du contrat sauf faute grave du salarié.

Une contribution à l’ASSEDIC de 2% est due sur l’ensemble des salaires perçus par les salariés, sauf faute grave ou lourde du salarié.

Droit du salarié au chômage : le salarié a droit aux allocations du régime d’assurance chômage sous réserve de remplir les conditions requises. A défaut, il a droit à une allocation forfaitaire d’un mois.

Droit à la convention de reclassement personnalisé : ce droit est prévu par l’ordonnance du 2/08/2005 mais est soumis à la conclusion d’un accord collectif ou d’un décret en conseil d’Etat à paraître.
   
Récapitulatif des différences entre le CNE et le CDI classique

La démission

-    Pour le CNE, la démission est notifiée en recommandé avec accusé de réception alors que pour un contrat classique l'écrit n'est pas obligatoire sauf si la convention collective en prévoit un.

-    Pas de préavis pour le CNE contrairement au CDI dans le cas duquel le préavis est prévu par les conventions collectives, les usages, voire le contrat de travail.

Le licenciement
   
-    Pour le CNE, les formalités se réduisent à une notification par lettre recommandée avec accusé de réception, contrairement au CDI dont la procédure est la suivante :
1.    Entretien préalable avec un courrier de convocation et possibilité de se faire assister. Durant l’entretien, l’employeur doit justifier des motifs du licenciement et le salarié peut expliquer son point de vue. Cet entretien est fait pour permettre au salarié de se défendre. C’est donc une procédure faite dans l’intérêt du salarié qui est remise en cause.
2.    Le licenciement est notifié par écrit. Le courrier doit motiver les raisons du licenciement. Le licenciement doit avoir « un caractère réel et sérieux ».

-    Préavis différent : dans le CDI classique, souvent il est déterminé par la convention collective applicable. Dans le cas du CNE, c’est identique sans considération pour la convention applicable.

-    Indemnité différente : les indemnités de licenciement ne sont pas versées au CNE. Mais il y a une indemnité forfaitaire de 10% comme pour les autres emplois précaires sauf que, pour le CNE, 2% reviennent aux ASSEDIC et 8% au salarié.

Le licenciement économique

La procédure pour licenciement économique n’est pas applicable : il n’y a pas d’entretien ou de consultation des DP, pas d’ordre des licenciements à respecter, pas de notification à l’autorité administrative, pas de priorité de réembauchage. Il n’y a pas non plus de mesures sociales d’accompagnement (proposition de convention de reclassement personnalisée, de proposition de congé de reclassement, de réactivation du bassin de l’emploi. Il n’y a pas non plus de contribution « Delalande ».

En conclusion

Le CNE est une bombe dans le droit du travail français. Ce sont bien les procédures mises en place pour protéger le salarié contre l’arbitraire et la toute puissance de l’employeur qui explosent, tant pour le licenciement personnel que pour le licenciement économique. Les pans entiers qui concernent le licenciement économique deviennent de facto caducs.

Ce qui n’empêche pas qu’une rupture d’un CNE puisse être contestée pour abus de droit comme n’importe quel autre licenciement.

En particulier, le CNE ne peut être rompu pour des raisons illégales. La rupture ne doit pas porter atteinte par exemple aux droits du salarié en matière de discrimination et de harcèlement. Il faut un motif valable. Si la rupture est prononcée dans l’intention de nuire, il y a abus de droit.

Cependant, comme pour tout droit, il y a la théorie (le texte tel qu’il est écrit sur le papier) et la réalité (la pratique du droit). Il ne suffit pas de clamer l’application d’un texte, de savoir qu’on est victime d’une injustice reconnue par la loi… Encore faut-il pouvoir apporter la preuve de ce que l’on avance. Le plus gros problème est bien entendu d’administrer la preuve qu’on est dans son bon droit.

C’est là qu’on touche l’intérêt réel de simplifier les procédures de licenciements car, plus la procédure est contraignante, plus l’employeur est obligé de justifier du bien fondé de la rupture et moins il peut invoquer un motif bidon. Inversement, si la procédure est réduite, il devient difficile de connaître le motif réel et son bien fondé. Dans les faits, ces changements conduisent à une sorte d’inversion de la preuve. Ce n’est plus l’employeur qui doit justifier le bien fondé de la rupture ; c’est le salarié qui doit apporter la preuve de l’abus de droit.

La difficulté est autre. Soyons clairs : déjà dans le CDI, les abus de la part des employeurs sont innombrables. Avec le CNE, on peut prédire une explosion. Le salarié ne pourra démontrer le caractère abusif que dans les cas les plus flagrants. 

David H. (CNT-STIS 59)

Nota bene du 18 janvier 2006 :
Par un arrêt du 18 janvier 2006, la CJCE (cour de justice des communautés européennes) condamne et donc annule les dispositions de l'ordonnance du 2 août 2005 qui retiraient du décompte des effectifs des entreprises les jeunes de moins de 26 ans. C'est est donc fini de cette partie de l'ordonnance jugée contraire au droit européen.




Représentativité syndicale :
Au secours... Villepin veut réformer le syndicalisme français !


Faire du syndicalisme un acteur docile du paysage social, ils y pensent tous. On se remémorera Ségolène Royal émettant le voeu que l'adhésion à un syndicat (institutionnalisé) soit obligatoire pour chaque salarié. Le gouvernement Villepin, dans son fantasme d'un ordre économique bourgeois et libéral, a en vue une réforme globale des droits sociaux. Avec l'arrivée des rapports Chertier et Hadas-Lebel, le discours de Chirac au Conseil économique et social, les manoeuvres pour anesthésier le syndicalisme vont pouvoir commencer. La notion de représentativité syndicale risque d'être largement revisité. Les scénarios de réformes proposés quant à eux représentent une menace pour le syndicalisme prôné par la CNT.

Les rapports Chertier et Hadas-Lebel

Ces rapports ont été remis au premier ministre courant avril / mai 2006, car il semblerait que la réforme du "dialogue social" soit annoncée avant les échéances politique de 2007.

Comme c'était prévisible, ces rapports ne mentionnent pas la CNT dans le panorama syndical français (UNSA et SUD sont cités, SUD étant considéré comme un syndicat avec des positions radicales).

Ces rapports sont une commande de Dominique de Villepin, qui a demandé au rapporteur d'examiner les possibilités de modernisation du dialogue social. Pour le rapport Hadas-Lebal, deux scénarios ont été retenus : l'adaptation (ravalement de ce qui existe déjà) ou l'évolution (refondation). Chertier de son côté s'interroge sur le poids réel des syndicats par rapport au monde associatif en général et souhaite une évolution rapide du dialogue social. A noter que la fonction publique n'est pas directement visée, seul le dialogue social dans le privé est analysé.

A la lecture des documents, il en ressort que la représentativité syndicale est centrale, car aussi bien le financement des syndicats que la négociation collective en découlent. D'autre part, il est étonnant de constater que seules les organisations syndicales de salariés doivent prouver leur représentativité, les organisations patronales n'ont pas à se plier à cette exigence.

Pourquoi réformer la représentativité syndicale ?

Le but de cette réforme annoncée, c'est de faire en sorte que les syndicats deviennent des représentants dociles des travailleurs. Avec la mondialisation (compétitivité économique accrue, délocalisations, fermetures d'usines, plans sociaux...), il faut balayer tout ce qui fait obstacle aux profits, on assiste donc à un travail de sape des acquis sociaux conquis grâce aux luttes syndicales. Chez les libéraux de tous poils, la variable d'ajustement de la politique économique, c'est le social. Donc, pour faire prospérer la bourgeoisie, on va mettre les syndicats au pas, voire les rendre complices.

Les propos du premier ministre (cf. la lettre en annexe du rapport Hadas-Lebel) montrent bien là où il veut en venir : «A l’instar de la plupart de nos voisins européens, il est nécessaire de construire un modèle de relations sociales au sein duquel le dialogue social et la négociation jouent un rôle essentiel dans le développement de la compétitivité de nos entreprises et la qualité des relations du travail, l’Etat gardant quant à lui la fonction primordiale de définition des principes essentiels et de l’effectivité de l’ordre public social ». Il cherche, comme tout bon capitaliste, à adapter le "dialogue social" aux lois de l'économie de marché, c'est à dire diluer les revendications et amoindrir le poids offensif des syndicats au sein des entreprises (pourtant assez faible en France).

Le pouvoir et le patronat ont besoin de partenaires sous influence, prévisibles, et ainsi favoriser le contrôle social, d'où un fort désir pour qu'un processus de regroupement des forces syndicales voit le jour. La négociation deviendrait ainsi une norme sociale, rendant l'action syndicale inappropriée. « L’équilibre et la stabilité des organisations représentatives sont un atout dans la négociation, dans la mesure où les partenaires se connaissent, ont l’habitude de travailler ensemble, et identifient plus facilement les termes des solutions à trouver ».

Globalement, c'est un renforcement du paritarisme qui est recherché : 16 millions de salariés auront donc le même poids que 1,2 millions de patrons ... Conception moderne de l'équité ?

La représentativité syndicale actuelle dans le privé

Dans le secteur privé, aux termes de l’article L. 133-2 du Code du travail, la représentativité des organisations syndicales est déterminée d’après les critères suivants : les effectifs, l’indépendance, les cotisations, l’expérience et l’ancienneté du syndicat, l’attitude patriotique pendant l’occupation. Mais, à côté de ces critères issus directement de la législation, le ministre ou le juge font intervenir d’autres critères : l’audience (mesurée notamment par les résultats électoraux) et de l’activité (caractérisée par le dynamisme des actions menées).

Les cinq "grandes” confédérations (CGT, CFDT, FO, CFTC et CGC) bénéficient depuis 1966 d'une présomption irréfragable de la représentativité. C'est à dire qu'elles sont reconnue représentatives sans avoir à démontrer qu'elles rentrent dans les critères de représentativité.

Comme le rappelle le rapport Hadas-Lebel, ce n'est pas la peine d'évoquer de la représentativité patronale. Elle n'a «pas besoin d’être fixés de façon spécifique », les patrons décident unilatéralement avec qui ils veulent bien dialoguer, mais sans réciprocité.

Les scénarios envisagés par le rapport Hadas-Lebel et leurs conséquences

1. Un scénario d’adaptation

Ce scénario prévoit la révision périodique de la liste des organisations représentatives avec, en plus, des procédures de reconnaissance de la représentativité au niveau de l'entreprise ou de la branche pour les syndicat n'ayant pas la représentativité au plan national :

-    Application de la reconnaissance mutuelle par les autres organisations, avec saisine du juge par l’organisation non reconnue en cas d’opposition motivée d’une autre organisation de salariés (ce qui correspond pour l’essentiel à ce qui existe).
-    La mise en oeuvre, même au niveau de l’entreprise, d’une procédure administrative de reconnaissance, option qui s’inspirerait du système anglais de recours au Comité central d’arbitrage pour qu’un syndicat se voit reconnaître la capacité à conduire la négociation collective.
-    Mise à jour des critères de représentativité (notamment en remplaçant le critère de l'attitude pendant la guerre par celui de l'attachement aux valeurs républicaines et le rejet des actions violentes).

2. Un scénario de transformation avec des variantes

La représentativité serait ici établie par le vote. Avec un seuil de l'ordre 5 à 10% des votes, selon que l'on souhaite favoriser ou non le regroupement des organisations syndicales.

Partant de là, plusieurs possibilités sont envisagées :

-    Faut-il créer une nouvelle élection professionnelle (comme le voudrait le MEDEF, l'UNSA et la CFTC) ?
-    Faut-il s'appuyer sur le résultat des élections prud’hommales (FO) ou les résultats des élections de délégués du personnel (CGT) ?
-    Faut-il des élections de représentativité de branche (CFDT) ?
-    Faut-il des élections par collège (CFE-CGC... organisation qui pourrait continuer à exister grâce au collège “cadres”) ?

Au premier abord, on pourrait trouver de nombreux points positifs se dégageant de ces propositions. La présomption irréfragable de la représentativité semble remise en cause dans tous les cas de figure, amenant la fin du monopole des 5 confédérations. Mais le cadre de l'existence syndicale se resserre, les contours deviennent plus rigides.

Quels enjeux pour la CNT ?

Pour nous, syndicalistes de la CNT, est-ce que ça va nous simplifier la vie ? Certainement pas ! Les sections et syndicats CNT risquent de rencontrer davantage de difficultés qu'actuellement pour être déclarés représentatifs car :

-    Nos statuts prônent la suppression de l'Etat (ce que est en opposition au nouveau critère d'attachement aux valeurs républicaines).
-    Comment rejeter les actions violentes ? C'est une notion trop floue, l'action syndicale peut parfois être qualifiée de violente (piquet de grève ou occupation "musclée", arrachage d'OGM...).

Evidemment, ces rapports pourraient connaître le sort de tant d'autres et ne jamais être utilisés à des fins législatives par le pouvoir politique. Il faut quand même s'attendre, dans le futur, à une transformation du modèle syndical français. La CNT doit s'y préparer sans renier son identité anarcho-syndicaliste et déterminer dés aujourd'hui sa (ses) stratégie(s) dans le secteur privé.

Si la donne venait à changer, par une réforme de la représentativité syndicale, la CNT risque de ne plus pouvoir exister légalement dans les entreprises. Voir ce qui s'est passé ce printemps à La Poste où la CNT-PTT n'est plus reconnue comme organisation syndicale. Actuellement, il arrive aux sections cénétistes, pour des raisons stratégiques, de nommer des délégués syndicaux (DS), de participer aux élections des délégués du personnel (DP), voire au comité d'entreprise (CE). Cela permet, dans le privé, d'implanter des sections au grand jour et souvent de protéger les militants les plus en vue... même s’il faut le plus souvent en passer par les tribunaux et être soumis à la subjectivité des juges (rappelez-vous l'historique des sections “La Redoute” et “Demeyere”). En effet, les listes CNT aux élections professionnelles sont régulièrement contestées par la direction de l'entreprise et/ou par d'autres syndicats présents dans la société.

Notre projet révolutionnaire ne peut pas s'adosser à un syndicalisme de dialogue social où l'Etat et les patrons ont besoin de partenaires acceptant de jouer le jeux. Inenvisageable pour la CNT ! 

Laurent (CNT-STIS 59)

Pour télécharger les rapports au format PDF :
http://www.cfdt.fr/telechargement/cfdt_action/negociations/2006_05_11_rapport_Hadas_Lebel_dialogue_social.pdf
http://www.cfdt.fr/telechargement/cfdt_action/negociations/2006_05_05_dialogue_social_rapport_chertier.pdf




B et A, BA, bâton !

L’asphyxie budgétaire du service public d’éducation est programmée. Cela engendre des dysfonctionnements qui facilitent la remise en cause de l’école pour tous, de la maternelle, du collège unique, des dotations ZEP 1, de la diversité des parcours en lycée ; et qui accroissent la fonction de tri social et renforcent la ghettoïsation des établissements (avec comme conséquence pour des publics “avertis” la multiplication des dérogations à la carte scolaire). L’école n’est pas une forteresse coupée des réalités sociales. Les établissements accueillent de plus en plus d’élèves en situation d’échec ou de refus scolaire. Ces élèves sont le plus souvent issus de familles frappées de plein fouet par la paupérisation, la précarisation, la relégation et souvent aussi le mépris, l’ostracisme, le racisme. Le bon fonctionnement de l’institution scolaire implique que ces élèves adhèrent a priori aux valeurs qui fondent l’institution et ses règles de fonctionnement, (comportement “citoyen”, respect d’autrui, égalité des chances, ascenseur social, méritocratie, voire émancipation par le savoir). Il n’en est rien !

Sanctions et humiliations pour les élèves

Ces élèves sont tôt broyés par le système dont ils ignorent les codes. Ils sont repérés précocement en situation d’échec ou de refus scolaire (le ministère veut (dé)pister, évaluer et ficher tout ça dès la maternelle), et c’est pour eux/elles un long cursus de sanctions et d’humiliations qui s’engage : sanction par les observations,  les convocations des parents, les exclusions temporaires, les conseils de discipline ; sanction encore avec les notes (et en double peine avec la note de vie scolaire) ; sanction enfin avec une orientation par défaut, l’apprentissage junior…. Jamais sur leurs parcours ils n’auront rencontré, dans l’institution, des dispositifs pour leur venir en aide 2. Il ne leur reste alors guère que l’incivilité, le sabotage, la violence comme formes élémentaires et dérisoires de révolte pour exister.
 
Tensions et sentiment d’impuissance pour les personnels

Les incidents - du refus de se mettre au travail à la violence physique (faut pas non plus tout mettre sur le même plan) - sont ou deviennent quotidiens. Les personnels constatent  donc que les conditions se détériorent, ils s‘épuisent à gérer les tensions et sont frappés par un sentiment d’impuissance qui génère de la souffrance au travail 3… C’est ainsi qu’ils sont tentés, dans les situations de crise qui privilégient les réactions émotionnelles (comme lorsqu’un élève « pète les plombs » en cours), de céder aux sirènes du sécuritaire, du retour à l’ordre. Pour «soulager» immédiatement les personnels, et  les élèves aussi parfois, les exclusions temporaires et les conseils de discipline restent les seuls recours proposés par l’institution. C’est une stratégie d’évitement : on déplace le « problème » mais l’élève/problème ne fait que trimballer son passif, témoin et convaincu que l’école est bien une machine à exclure. C’est la solution de facilité, plus que jamais en vogue en période électorale. La tolérance zéro et le zéro de conduite comme projet éducatif.. Tous et toutes flics et matons. Les fossoyeurs du service public comptent sur notre résignation et spéculent sur notre ralliement complice aux thèses sécuritaires.

Pourtant, croire que l’apprentissage des règles et la nécessité des savoirs puissent être acceptés ou imposés par des mesures d’autorité est bien irrationnel si l’institution scolaire ne permet pas à l‘élève d’éprouver dans la pratique la légitimité des règles et l’utilité sociale des savoirs qu’elle exige et dispense. Prétendre  par exemple que les programmes d’éducation civique (allons z’enfants !), la carotte de la Note de Vie Scolaire au collège ou au lycée puissent susciter des « comportements citoyens » relève de la supercherie. Une règle ne tient pas toute seule, et encore moins un interdit. Et ni prof référent ni conseil pédagogique ne pourront y remédier !

Quelles solutions ?

Sur le terrain, chacun(e) sait parfaitement qu’il existe d’autres solutions. Elles nécessitent que l’on prenne du temps pour travailler ensemble à la mise en place de règles satisfaisantes pour tous et toutes, dans le dialogue, le souci éducatif et le respect de chacun. Pour aider ces élèves, il faut multiplier la concertation, les dispositifs d’aide, de conseil, d’“encadrement” adulte, les dédoublements, les ruptures temporaires (classes relais ou autres, mais loin des dits “centres fermés”). Tout cela exige des créations de postes (enseignants, vie scolaire 4, assistance sociale et médicale…..) et donc une autre approche des priorités budgétaires et de la répartition des richesses C’est en renouant avec la lutte collective que les personnels retrouvent leur place au côté de ces élèves que le système pousse à voir comme des ennemis (de classe ?). A défaut, il faudra renoncer à la bonne “conscience républicaine” et ne plus s’étonner que les jeunes s’en prennent aux établissements scolaires. Il faudra bien reconnaître aussi que « les profs issus de la classe bourgeoise ne supportent plus les jeunes ados des milieux défavorisés. Qu’ils sont à 100% pour la répression et que leur "souffrance" vient de leurs préjugés de classe! ». 

A la CNT nous savons que la solution existe. Nous savons que la misère et les exclusions sont des injustices et que les injustices sont sources de révolte. Nous savons que la solution est dans un changement de société (car pour changer d’école il faudra changer de société). Nous savons qu’il faut construire une société qui éradiquera la misère et les exclusions. Cet autre futur passe aussi par les engagements quotidiens contre le retour aux pédagogies du « B et A,  BA, bâton ! » et  par des innovations pédagogiques accompagnées de moyens conséquents.

Aldo (CNT-SSEC 59/62)

Notes :

1.    Sur les 1100 ZEP actuelles, 250 établissements sont classés EP1 avec financement par redéploiement des moyens pris ailleurs.
2.    Ils rencontrent parfois des enseignant/es qui individuellement ne peuvent compenser l‘absence de ces dispositifs.
3.    L'échec du travail « d'intéressement » des élèves à la cause de l'école et du savoir nourrit un sentiment d'inutilité voire d'incompétence et d’impuissance. L’ absence de luttes syndicales radicales contribue aussi à ce sentiment).
4.    Les personnels précaires sont recrutés sans droit à la formation et,  une fois formés sur le terrain, renvoyés vers les ANPE (ces AE chez nous encore cette année) alors qu’il faudrait stabiliser les équipes.




Un toit, c'est un droit !

Expulsion empêchée à Mazingarbe 

Juste avant la trêve hivernale (du 31 octobre au soir au 16 mars au matin), les expulseurs s'en sont encore donnés à coeur joie.

Le 16 octobre 2006, une entreprise de déménagement a déjà entamé sa sinistre besogne dans une maison appartenant à la SOGINORPA, société sensée gérer socialement le patrimoine immobilier des Houillères, quand le syndicat CNT-SEP (sans-emplois et précaires) du béthunois intervient à l'appel d'un voisin.

Le CNT-SEP du béthunois relève de suite que cette exaction se déroule sans la présence ni de l'huissier ni de policiers et impose aux déménageurs de cesser immédiatement ce transfert sauvage de mobilier sur le trottoir.

L'arrivée de l'huissier un peu plus tard, et d'un serrurier, n'a pas entamé la détermination des syndicalistes qui persévérèrent et enjoignirent tout ce beau monde à quitter les lieux.

Pour leur défense, ces tristes sieurs prétendirent n'être là que pour un simple changement de serrure !

Non aux expulsions ! Le logement est un droit pour tous (cf. ci-dessous l’article du syndicat CNT-SEP) !

Halte aux expulsions !

« ça fait tout drôle d'être là lors de la pose de la première pierre de ma maison ; j'ai pu la voir grandir sous mes yeux ».

Ceci est un témoignage poignant, n'est-ce pas ?! Mais savez-vous que bon nombre de gens n'ont et n'auront jamais cette sensation ?

Bien que nous ayons tous droit à un toit, de nombreuses personnes vivent aujourd'hui dans  ddes taudis moyennant le paiement de sommes excessives.

Pire encore, des êtres humains vivent dans la rue suite à des expulsions massives. Eh oui, dans la rue !

Parce-que des propriétaires sans scrupules jettent dehors les "mauvais payeurs". Mais à qui la faute ?

Selon l'article 11-1 du PIDESC (pacte international relatif aux droits économiques sociaux et culturels), les Etats adhérents reconnaissent le droit de toute personne à un niveau de vie suffisant pour elle-même et sa famille, y compris une nourriture, un vêtement et un logement suffisants, ainsi qu'a une amélioration constante de ses conditions d'existence. La France a ratifié ce pacte en 1981, s'engageant ainsi à l'appliquer.

En 1998, suite au mouvement fort des chômeurs et précaires, cette même France a voté une loi d'orientation relative à la lutte contre les exclusions qui fixe l'accès de tous aux droits fondamentaux comme priorité des politiques publiques. Où en est-on aujourd'hui ?

Ces mesures "pour calmer l'opinion publique" sont loin d'être en application... Nous constatons que de plus en plus de gens sont pauvres, les expulsions se multiplient, des gens meurent de faim et de froid.

Certes, au moment où j'écris ce texte, la trêve hivernale est à nouveau en application. Seulement, avant celle-ci, les propriétaires, les huissiers ont fait un boulot d'enfer pour régler leurs différends.

Des familles se voient dans l'obligation de vivre dans des foyers, "séparées" (l'homme d'un côté, la femme de l'autre, idem pour les enfants). Une cassure qui sera fatale pour la vie de famille. D'autres seront placées dans des hôtels, mais à quel prix ? (18 m2 pour un montant de 1000 euros, voire plus). Celles et ceux qui ont l'esprit de résistance iront squatter des maisons vides.

Mais là est encore un problème : la trêve hivernale ne s'appliquerait pas aux squats si l'on interprète partialement l'article du Code de la construction et de l'habitation qui institue les interruptions d'expulsion et qui précise que les dispositions « ne sont toutefois pas applicables lorsque les personnes dont l'expulsion a été ordonnée sont entrées dans les locaux par voie de fait ou lorsque ceux-ci sont situés dans un immeuble ayant fait l'objet d'un arrêté de péril ».
 
Pourtant, une fois de plus, il existe une loi de réquisition de logements vacants datant de 1945. Encore une belle arnaque qui incrimine les plus pauvres. "Les hommes de loi font leurs lois"…

Face à cet état de fait : Désobéissons ! Opposons-nous ! Résistons ! Ne restons pas insensibles ! Aujourd'hui c'est eux ; demain ce sera nous…

Béthune, le 1er novembre 2006.
Syndicat CNT-SEP (sans-emplois et précaires) du béthunois




Section CNT-Médiapole :
à quand un métro rouge et noir ?


Une section syndicale CNT a été créée courant octobre à Médiapole, les médiateurs "agents oranges" du métro lillois. Notre camarade Ouari a été mandaté par le STIS-CNT 59 comme délégué syndical, ce qui n'a pas été contesté par la direction, ni par les autres syndicat présents dans la boîte. Des panneaux d'affichage ont été mis à la disposition de la CNT.

Médiapole est une association qui emploie une part importante de précaires. Plusieurs revendications sont engagées, notament concernant le rattachement à une convention collective afin de mieux encadrer le droit du travail (grille de salaires et autres avantages spécifiques).




Victoire aux prud’hommes : 
contre l’arbitraire patronal... riposte syndicale !


Cédric, ouvrier du bâtiment et militant du STIS-CNT 59, a obtenu gain de cause, début octobre 2006, dans le procédure prud'hommale qui l'opposait à son ancien patron.

Secondé par Pierre (STIS-CNT 59), il a obtenu en conciliation que lui soit remboursé les heures supplémentaires qu'il a effectuées et que son employeur ne reconnaissait pas comme telles. En effet, il est de mise dans le bâtiment de commencer avant l'heure pour préparer son matériel et charger le camion. Même chose le soir où l'on finit plus tard. Ces heures sont du travail effectif, donc incluses dans le temps de travail quotidien et payées, n'en déplaise aux patrons.

A ce sujet, l'article L 212 - 4 du code du travail est formel : « La durée du travail effectif est le temps pendant lequel le salarié est à la disposition de l'employeur et doit se conformer à ses directives sans pouvoir vaquer librement à des occupations personnelles ».



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