Extraits du BR n° 20


MERCI LES RMISTES !
ANPE : LA MACHINE À BROYER
DROITE, GAUCHE … TOUS UNIS CONTRE L’EXTREME GAUCHE ?
DE NOTRE CORRESPONDANTE EN ESPAGNE...


MERCI LES RMISTES !


Selon l'OCDE, le chômage doit osciller entre 3 et 5 pour-cent de la population active. Puisque tout échange doit être régi selon l'offre et la demande: au delà de 5 pour-cent les coûts sociaux sont trop élevés et du travail est perdu, en deçà de 3 pour-cent la forte demande de travailleurs provoque une inflation du coût du travail (c'est à dire une augmentation des salaires).

Ainsi, le chômage ne doit pas disparaître. Au contraire les chômeurs doivent jouer le jeu : continuer à chercher un emploi et tirer les salaires vers le bas. Sinon cette mécanique s'effondre. Cela signifie qu'un jour, on peut être amené à accepter un emploi tellement mal rémunéré qu'il ne suffirait plus à nous permettre de vivre.

Maintenant, je vous invite à revenir sur terre, là où derrière un travailleur (ou un chômeur) se trouve un être humain. Quelles sont les conséquences psychologiques du chômage et de la précarité organisées par le capitalisme et l'Etat ? Il n'est certainement pas naturel de voir certaines personnes s'enfoncer dans l'aide sociale et renoncer à s'en sortir. Il faut avoir vécu pas mal de galères, et appris à renoncer à avoir une vie décente pour finalement accepter de survivre avec le RMI. L'inactivité est incompatible avec l'être humain pour la simple raison qu'il est avant tout un être sociable. Pour exister, nous avons besoin d'échanger de communiquer. Le RMI, chez la majorité, est vécu comme une destruction de sa nature sociale. Je connais beaucoup de RMlste qui passent leur temps devant la télé, à moitié dépressifs. Ceux là ont joué le jeu du capitalisme jusqu'au bout, ils ne s'en sont pas sorti indemnes puisqu'ils végètent sans espoir et projet. D'autres, par contre, acceptent leur sort, et essayent de reconstruire avec ce qu'ils ont comme activité sociale : militantisme ou projet personnel. Bien sûr, dans un cas comme dans l'autre, il y a un renoncement face au monde du travail qu'il sera difficile de briser .

Toutefois, je remercie les trop rares RMlstes qui refusent de travailler pour rien ou dans des conditions inhumaines (par exemple chez Mac-Do), parce que ce refus a pour effet de limiter la chute des salaires et une détérioration des conditions de travail. Je suis triste à l'idée qu'en réalité la majorité d'entre eux sont des victimes d'un système mal fait.

Maintenant, pour ceux qui ne seraient pas d'accord ou qui n'auraient pas compris la logique de l'offre et de la demande appliquée au travail, il faudrait regarder aux USA : des millions de travailleurs pauvres avec trois emplois, 15 heures de boulot par jour, et pas toujours assez d'argent pour avoir un toit sur la tête.

Ce n'est pas ce que je veux, merci les RMlstes, même si certains d'entre vous en profitent, je n'oublie pas que vous êtes avant tout des victimes et que ceux qui tirent le plus de bénéfices de cette absurdité sont ceux qui veulent faire baisser les salaires.

Il reste une dernière incohérence que la logique capitaliste s'est chargée de nous faire avaler : la confusion entre être utile pour la collectivité et gagner de l'argent. Le RMlste qui gagne très peu d'argent n’apporte souvent rien à la collectivité. Quoique, que faites-vous de ceux qui sont dans des organisations humanitaires ?

Maintenant, comparons-les aux rentiers, ou aux patrons qui font fabriquer des produits complètement inutiles, polluants et vendus uniquement grâce aux matraquages publicitaires. Pour moi, ce que font ces gens-là est non seulement toxique culturellement mais aussi dangereux pour l'avenir de la planète : ce sont des parasites qui profitent du capitalisme pour s'enrichir grassement sur le dos du consommateur compulsif, naïf ou abruti. Cette engeance est majoritaire, pour la simple raison que la philosophie du capitalisme est l'enrichissement personnel (censé apporter l'enrichissement collectif !). Certains répliqueront alors que si produire des débilités polluantes permet de nourrir ses enfants, alors pourquoi pas ? Je pense que ces gens-là ont renoncé à léguer un monde vivable à leurs enfants (ce qui est juste) et à leur honneur d'être humain libre. Alors qu'ils ne viennent pas me parler de ces pauvres RMIstes qui abusent.

Thierry - Calais



ANPE : LA MACHINE À BROYER


Quelle genre de formation suivent les “conseillers” de l’ANPE ? Est-ce qu’on leur apprend à saper les chômeurs, les menacer, les rabaisser plus bas que terre, les décourager coûte que coûte ? Ou bien l’ANPE embauche-t-elle statistiquement plus de sadiques que les autres entreprises ?

« Dans votre cas … rien à espérer ! »
Telles sont les questions que je me posai à l’issue de mes deux entretiens avec des “conseillers” exerçant dans une agence proche de Lille. En 2002, alors que je cherchais un poste d’assistante maternelle après un stage en halte-garderie, la conseillère qui m’avait reçue me fit clairement comprendre qu’il n’y avait “rien à espérer dans mon cas”. Dans un soupir mi-méprisant, mi-exaspéré, celle-ci m’affirma sèchement que “Pppfff ! Une femme sur deux, comme vous, veut travailler auprès d’enfants alors…” Après une ou deux remarques du même ordre, je lui fis savoir que je n’appréciais pas sa façon de me parler. Ensuite, elle m’interrogea sur le stage que j’avais effectué bénévolement en structure de la petite enfance (ces stages de découvertes, destinés aux candidats aux concours d’éducateurs de jeunes enfants ou d’éducateurs spécialisés sont une pratique très répandue dans les structures associatives à caractère social). Elle ajouta qu’il n’était pas normal que j’aie travaillé bénévolement, et qu’auparavant elle travaillait pour l’inspection du travail. Sans comprendre où elle voulait en venir, croyant d’abord qu’il s’agissait d’une question d’interprétation, je poursuivis l’entretien. Un peu plus tard, ma désapprobation ne faisait plus aucun doute, et elle précisa : “Vous savez, le stage que vous avez effectué était douteux, et moi, si j’étais encore à l’inspection du travail, je passerais un coup de fil, et votre halte-garderie fermerait sans doute”. Cette fois, l’intimidation était plus qu’implicite, mais je n’osai lui répondre car j’espérais renouveller mon stage dans cette structure, et que je craignais pour les collègues avec qui j’avais travaillé.

Menace efficace
Après information, il s’avèra que l’attestation d’assurance que j’avais fournie, et le certificat médical (pour les vaccins) suffisaient à remplir les conditions de stage, même bénévole. La “conseillère” avait donc bluffé pour que je la boucle.

En septembre 2003, je dus m’inscrire à nouveau comme demandeuse d’emploi, car ce statut était une condition d’accès à la Prépa aux carrières sociales à laquelle je suis inscrite. Lors de l’entretien aux ASSEDIC ,j’expliquai à l’agent que j’étais en formation, et que je ne cherchais pas d’emploi. En octobre, je reçus une lettre d’avertissement m’informant que je serais radiée si je n’assistais pas à un entretien à l’ANPE. Je répondis aussitôt, justifiant de ma situation, et la directrice de l’ANPE me répondit courtoisement que je devais malgré tout me déplacer pour un entretien. Infantilisation, mépris, intimidations …

Je me rendis à l’ANPE en novembre, et fus reçue par un autre conseiller. Cette fois, je tombai sur un homme qui m’interrogea sur ma formation actuelle. Lorsqu’il estimait que je ne m’exprimais pas correctement, il “corrigeait” mes phrases. Chaque mot jugé impropre ou imprécis était repris. Lorsqu’il relut les informations que j’avais données, il dit que j’effectuais un stage en entreprise ; je précisais qu’il s’agissait d’un club de prévention. Il me regarda alors comme si j’étais la dernière des imbéciles, et décréta sur un ton autoritaire et infantilisant : “Dans votre club de prévention, il y a des salariés, un chef de service, non ? Donc c’est une entreprise. Vous comprenez ?”

Ensuite, je lui dis poliment que je ne comprenais pas pourquoi je devais assister un entretien, alors que je suis en formation toute la semaine, et pas à la recherche d’un emploi, d’autant que je ne touche pas un rond des ASSEDIC et que je finance ma formation par mes propres moyens. Il n’apprécia pas du tout que je remette en cause la procédure, et pendant une dizaine de minutes, il insista pour que j’admette que j’étais demandeuse d’emploi. Il ajouta que “si je voulais devenir travailleuse sociale, et que j’étais incapable de comprendre ce qu’est un projet à long terme, il vaudrait mieux que je cherche autre chose”. Il me fit savoir aussi qu’il avait travaillé longtemps dans le secteur social, et que par conséquent, il était bien placé pour savoir ce dont il parlait.

Enfin, et comme je refusais toujours de dire que je suis à la recherche d’un emploi (puisque ce n’est pas le cas), il me menaça : “Si vous refusez d’admettre que vous êtes demandeuse d’emploi, je vous radie, c’est clair ; après tout, c’est vous qui nous avez sollicités, pas nous, vous êtes bien contente de pourvoir suivre votre formation grâce à nous”.

Infantilisation, mépris, remise en cause des capacités, intimidations, menaces explicites…les méthodes employées par certains agents m’apparaissent inacceptables, et je m’interroge sur l’effet destructeur qu’elles produisent sur des personnes déjà fragilisées par la précarité, l’insécurité sociale, les difficultés matérielles, psychologiques ou affectives.

A suivre...

Virginie (CNT Lille)


DROITE, GAUCHE … TOUS UNIS CONTRE L’EXTREME GAUCHE ?


Jospin, le retour. Sa rentrée dans Libération, ce n'est pas contre les mystificateurs. C'est contre « l'extrême gauche qui récuse l'exercice du pouvoir ».
La droite, depuis mai-juin, nous ressort le danger de l'extrême gauche.
Ils seraient donc d'accord ?

Ce n'est pas de l'extrême gauche LCR, LO dont ils ont peur. Ils arriveront toujours à la digérer dans des alliances électoralistes.
Ce qui leur fait peur, à juste titre, c'est le retour de la tradition de lutte. Tradition qui remonte au début du mouvement ouvrier. Les luttes non contrôlées se multiplient, éparses. Les partis bien-pensants, les médias n'en retiennent que les menaces à l'environnement les plus spectaculaires comme jeter dans la rivière des produits dangereux, jeter dans la mer du ferro-manganèse... Métaleurop, Comilog et combien d'autres ?

Menaces. Menaces rarement exécutées et qui sont loin de la pollution quotidienne engendrée par une industrialisation sauvage au service du profit.

Actions radicales parce que les personnels qui les mènent sont réduits au silence et à l'inexistence sociale. Ces luttes les amènent aussi à continuer d'entretenir un outil de travail laissé à l'abandon par le patronat. Pour que ne se produisent pas des accidents type AZF ou des pollutions écologiques.

Mais qui se soucie de la coupure de courant par EDF à Coventry-Haubourdin, coupure qui empêche le fonctionnement des mesures de sécurité ?

L'essentiel : ces menaces portent leurs fruits. Elles permettent de gagner. Elles font reculer les pouvoirs, comme aujourd'hui pour l'hôpital de Sainte Afrique. En même temps, elles nous invitent à réfléchir sur les modes de production que notre société choisit. Lorsque les salariés entrent dans une lutte radicale, contrôlent les grandes surfaces qui veulent distribuer les produits de la firme qui vient de les jeter dehors, expulsent les chefs dirigeants, que nous disent-ils ? Rien d'autre que « on a raison de se révolter ; y a que ça qui paie ».

Ici et là, les initiatives se multiplient qui rappellent les origines du mouvement syndical : rien n'est acquis sans lutte. Et c'est cette « extrême gauche » qui fait peur, et à la droite extrême et à la gauche centriste.

Article collectif (CNT-Lille)


DE NOTRE CORRESPONDANTE EN ESPAGNE...


Les 3, 4 et 5 octobre, se sont déroulées à Barcelone les III° rencontres du syndicalisme alternatif européen organisées par la CGT espagnole. Étaient présents différents syndicats de France, d’Italie, de Grèce, d’Espagne, de Suède, du Portugal, de Suisse… ainsi que différents syndicats du pays basque (comme l’ESK) et même un représentant de Turquie ! Syndicats de type alternatif et /ou anarcho-syndicaliste, ce qui s’illustre - dans le panorama syndical français - par la présence de Sud et de la CNT lors de ces journées.

L’organisation des réunions de travail s’est faite de façon sectorielle et thématique. De nombreux secteurs étaient représentés comme celui de la santé, l’éducation, la métallurgie, les travailleurs du rail, des transports, ceux des postes… en passant par le secteur de l’audiovisuel, des finances et du nettoyage.

Privatisation, externalisation, réduction des libertés syndicales et sociales

En travaillant la première journée sur cette base là, nous avons constaté les attaques similaires (à des niveaux plus ou moins avancés) du patronat, de chaque État… au travers diverses politiques de privatisation. Chaque pays suit le modèle européen de libéralisation totale de tous les services… On assiste à une dévalorisation systématique du système public, comme par exemple dans le secteur de l’enseignement.

En parallèle, a été mis en évidence dans tous les pays la réduction des libertés syndicales et sociales, la dégradation des conditions de travail (liée par exemple au processus d’externalisation de certains services dont le nettoyage…), les droits fondamentaux (comme la santé) de plus en plus niés...

Un cas d’école, la poste

Un exemple à développer est peut être celui de la poste où la libéralisation totale est prévue pour 2009. Il est intéressant de voir l’avancée du processus de privatisation selon les différents pays. Par exemple, en Italie sur les dix dernières années, le nombre de travailleurs est passé de 220.000 à 150.000, avec en parallèle une dégradation du service pour l’usager (terme qui dans tous les pays a tendance à être remplacé par celui de “client”, c’est pas que chez nous). Prenons le cas de l’Espagne où, depuis cinq ans, un tiers des bureaux de poste ruraux ont été fermés ! Le cas de ces deux pays confirme le glissement du reste de l’Europe vers ce même type de fonctionnement, à savoir une gestion privée du public dans le but d’une privatisation future.

Précarité : partage des expériences de lutte

Ces phénomènes débouchent sur les thématiques abordées lors de la seconde journée, comme le développement de la flexibilité et du recours au travail précaire… Les groupes de travail sur la précarité étaient accompagnés d’ateliers sur l’immigration, le féminisme ainsi que sur le problème des retraites. Après un état des lieux des diverses situations, chaque groupe a partagé ses différentes méthodes de lutte, d’action, pour ensuite élaborer des stratégies communes. ChacunE s’est trouvéE d’accord pour parler d’une radicalisation des différents mouvements existant dans son pays, même si le recours à l’action directe se fait à des échelles très différentes selon les pays. Prenons l’exemple du compañero portugais qui nous expliqué avec effervescence l’occupation, quelques jours auparavant, d’un “CA” par des étudiants d’Évora.

Le but de cette rencontre et des différents ateliers n’était pas de peindre un tableau noir des situations des pays respectifs (qui doivent faire face à des problèmes similaires), mais bien de créer des liens entre les différents syndicats (qui pour certains sont encore tout jeunes), de faire partager son expérience de lutte et surtout d’entamer une collaboration plus forte pour ensemble être plus efficace et ce, de façon radicalement différente.

Célia (CNT-Lille)
actuellement en Espagne dans le cadre
du programme "Erasmus"
(échange d'étudiants de l'Europe communautaire)


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