Extraits du BR n° 18


LA REDOUTE : EXTRAITS DU CATALOGUE ... DE L'EXPLOITATION !
LA REDOUTE : ENTRETIEN AVEC LE DRH
UNE LOI RACOLEUSE ?
PRECARITE CULTURE
COMPTE-RENDU DE L'INTERSYNDICALE DU 4 MARS 2003
METALEUROP



LA REDOUTE : EXTRAITS DU CATALOGUE ... DE L'EXPLOITATION !


L'évolution de la politique sociale de l'entreprise

La configuration économique, sociale et politique de La Redoute est particulièrement spécifique. Plusieurs éléments permettent de déterminer le contexte de conflictualité sociale propre à l'entreprise.

On peut tout d'abord émettre l'hypothèse que la situation géographique du siège social de l'entreprise dans la ville de Roubaix joue un rôle intéressant à l'égard du potentiel contestataire qu'elle pourrait susciter. Une partie du travail de la direction des ressources humaines tient à l'entretien des relations de l'entreprise avec la municipalité de Roubaix. Le siège de La Redoute étant situé à la frontière du quartier populaire de l'Alma-gare et du centre ville, tout laisse à penser que la politique de " redynamisation économique " mise en œuvre actuellement par la mairie roubaisienne constitue un enjeu pour l'entreprise. Cette politique crée à tout le moins un climat de tension sociale auprès des habitants du quartier proche du siège social, puisqu'une décision municipale de réhabilitation en locaux commerciaux de certains logements d'habitation situés à proximité du siège de La Redoute a d'ores et déjà suscité la mobilisation des habitants et de l'Atelier populaire d'urbanisme (APU) de l'Alma-gare, qui s'indignaient de cette décision municipale unilatérale alors qu'ils auraient pu être consultés préalablement, à l'instar d'autres procédures précédentes similaires (1).

D'autre part, La Redoute est la plus grande entreprise privée du département du Nord. Elle distribue aujourd'hui près de 8 millions de catalogues en France et son fichier est le deuxième après celui de la Poste. Après avoir connu un taux de croissance extrêmement important dans les années 80 et un besoin massif de main d'œuvre, le secteur VPC est aujourd'hui devenu un secteur stagnant et le chiffre d'affaire de La Redoute chute. Ainsi, d'après la direction des ressources humaines, La Redoute aurait atteint un certain seuil de saturation qui imposerait à l'entreprise de revoir son organisation en matière de relations sociales et d'adopter une posture de resserrage sur le recrutement et les rémunérations. Cette évolution conjoncturelle se traduit notamment par l'emploi de nombreux intérimaires, plus avantageux en terme de flexibilité que les emplois à durée indéterminée. L'entreprise bénéficie cependant d'une conjoncture récente relativement favorable puisque son concurrent le plus proche a négocié l'année dernière un plan social.

D'après les propos d'un DRH de La Redoute, l'effet de la conjoncture économique de l'entreprise sur sa politique sociale tiendrait à ce que " l'organisation de l'entreprise est évolutive, ce qui est le cas de toute organisation aujourd'hui. Et ensuite, du coup, on est relativement gêné pour faire coïncider l'organisation des relations sociales qui est une organisation légale, avec une entreprise qui est en perpétuelle mutation (…) L'organisation qui avait été mise en place dans un premier temps, elle n'est plus adaptée aujourd'hui, et c'est très dur de faire changer les esprits là-dessus. Et c'est très dur en matière de relations sociales ". Dans ce contexte, la direction de l'entreprise est actuellement en train de négocier un accord sur l'exercice des droits syndicaux ayant pour but d'officialiser des corpus de textes relatifs à ces droits datant des années 70 et s'appliquant depuis dans l'entreprise, mais non signés. Cet accord en perspective semble aller dans le sens d'une harmonisation des règles en matière de relations sociales dans les différents secteurs de l'entreprise suivant l'idée d'un contrôle plus strict de leur application, ce qui semble d'ores et déjà susciter des tensions comme le révèle le discours du DRH cité précédemment : " Un syndicaliste vous dira que c'est pour déstabiliser. Nous, on vous dira que c'est pour remettre à plat les choses et voir que faire d'autre, (…) [pour] que les règles soient claires pour tout le monde. Parce qu'il y a beaucoup de petites choses du coup qui se développent, si vous voulez, de manière épisodique. Le danger pour nous c'est qu'il y a pas mal de cas où certains viennent nous dire " bah, donc, moi je veux qu'il se passe ça ". Alors là, on a un responsable qui revient avec des yeux en billes de loto en vous disant " mais, je vois même pas de quoi il parle " et on nous dit " si parce que ça se passe comme ça dans le secteur d'à côté ". En gros, parce qu'il y a un chef un peu sympa dans un coin, qui est peut être un peu moins strict, et du coup, systématiquement, on doit s'aligner sur la marge la plus basse, principe de négociation classique. Bon du coup, nous ce qu'on dit, c'est qu'on est pas contre accorder certains avantages : les syndicats nous parlent de difficultés de fonctionnement. Eh bien pourquoi ne pas parler de leurs frais de fonctionnement, ce sont des sujets à la mode. Et puis ils nous parlent d'heures de délégation. Et bien, pourquoi ne pas reparler des crédits d'heures de délégations, pour vous donner une idée mais au moins, mettons tout à plat et mettons tout clairement par écrit ".

Ainsi, la politique sociale de l'entreprise apparaît comme de plus en plus restrictive en matière d'emploi, de rémunération et de conditions de travail, ce qui entraîne par ricochet un encadrement croissant de l'action syndicale. Cette évolution se traduit également par un contrôle social individuel sur les salariés de plus en plus strict, marqué par une valorisation de l'initiative individuelle au détriment du groupe.

L'évolution du contrôle social individuel sur les salariés

Pour en savoir plus à ce sujet, nous avons interrogé Martine et Sylvie, deux militantes CNT qui occupent à peu près le même poste depuis leur arrivée dans l'entreprise, l'une en 1987, l'autre en 1997.

Pour Sylvie, l'immobilité de sa carrière dans l'entreprise est liée à son rapport à la hiérarchie. D'autres employés arrivés à des postes similaires après elles ont évolué dans l'entreprise mais, d'après Sylvie, " si on est pas un petit chien, un petit toutou, on n'évolue pas ". Sa syndicalisation semble d'ailleurs s'expliquer en partie sous cet angle du refus de la soumission au chef : " J'ai toujours été une grande gueule finalement. C'est sûrement pour ça que j'ai pas évolué dans l'entreprise ; je suis toujours à la même place. Mais c'est par rapport à ça aussi que je me suis syndiquée (je me suis dit " comme ils savent comment je suis, je vais me protéger ") ". Il importe de préciser ici la perception de Sylvie à l'égard du contrôle social individuel exercée par la hiérarchie sur les salariés. Ce contrôle s'exerce essentiellement à travers la fixation mensuelle de la " valeur personnelle " (VP) qui correspond à une procédure de notation des salariés en fonctions de critères divers et aboutissant à une augmentation de salaire individuelle, fonction de la note obtenue. Les critères appliqués pour l'établissement de cette augmentation sont la production journalière du salarié, son comportement et son engagement (mesuré à partir de sa disponibilité à effectuer des heures supplémentaires et de son esprit d'initiative). Au moment de son arrivée dans l'entreprise, Sylvie respectait la cadence de production fixée par l'entreprise en vue d'obtenir cette VP, mais depuis l'augmentation des cadences (passées en 1999 de 164 à 225 articles par heures dans le cadre de l'application de la loi Aubry), elle refuse de " faire sa production " et a perdu sa VP. Sa méfiance à l'égard de l'entreprise va jusqu'à lui faire penser qu'il s'agit d'une secte, tant les conditions de travail sont à ses yeux trop asservissantes pour être non seulement légales mais acceptées comme telles par les salariés de l'entreprise. Elle tire également ce jugement du témoignage d'une salariée dont l'agent de maîtrise aurait dit avoir été obligé de lire l'autobiographie de François Pinault, propriétaire de La Redoute.

Martine, secrétaire du syndicat CNT de la vente par correspondance, a quant à elle toujours refusé de respecter les cadences de travail fixées. Son discours pour convaincre les salariés de ne pas respecter les cadences est significatif du sens qu'elle donne à cet acte de résistance : " Je veux montrer aux gens que si on le fait pas, ils peuvent rien nous faire (…) Pour maximum 100 balles en plus par mois, ça sert à rien de courir ". Cette pratique de persuasion consiste dans certains cas à effectuer la démonstration suivante en la présence d'une chef qui interpelle quelqu'un dont la production chute : " Si tu respectes vraiment la cadence, dans quelques années tu seras trop fatiguée pour travailler, tu seras moins efficace et ils vont te licencier parce que tu seras plus assez productive ". Martine précise en outre que dans ces cas de figure, le supérieur hiérarchique en question n'émet aucune protestation à l'égard de ses propos, ce dont elle déduit qu'il reconnaît la véracité des conclusions émises. Elle ajoute enfin que de plus en plus de personnes arrêtent de " faire leur production ", provoquant une baisse de leur VP. Cette pratique perdure, même si les salariés qui baissent leurs rythmes de travail sont pourtant d'avantage surveillés (pressés par exemple de moins fumer alors que les autres bénéficient d'une relative tolérance à l'égard des pauses supplémentaires).

Parallèlement à cette augmentation des cadences de production, intervient une légère modification dans la nature du travail demandé aux 1 600 salariés du site de la Martinoire à Wattrelos (près de Roubaix), site le plus important de La Redoute, site dont font partie Sylvie et Martine.

L'évolution des conditions de travail et la spécificité du site de la Martinoire

A la question " Comment ça se passe ton boulot au quotidien ? ", Sylvie ( qui est " préparatrice de commande ") répond : " Je prépare les commandes, c'est à dire je marche toute la journée, je marche et je pousse une charrette. Et voilà, je ramasse les articles, je colle une étiquette, après je vais les vider et je recommence. Et je rame toute la journée, pour le SMIC ". A la question " Comment tu décrirais tes conditions de travail ? ", Martine (qui est " entreuse de retour ") répond : " Monotones. T'es là toute seule avec ton bip et tu remets dans le casier initial les articles renvoyés ".

La préparation des commandes et le retour des articles refusés s'effectuent suivant l'ordre taylorien du travail à la chaîne, dont l'agencement est légèrement modifié en 1999 sur le site de la Martinoire. Tous les articles ramassés sont classés, regroupés en lots puis déposés dans des grands bacs fixes au lieu des petits bacs qui défilaient sur une chaîne mécanique auparavant. Un nouveau système de lecteur optique a été instauré pour chaque article ramassé et les lots préparés sont moins volumineux mais plus nombreux, d'autant que la journée de travail dure une heure de plus depuis l'instauration des 35 heures. Cette modification du travail change la perception des salariés quant à leur production journalière, et par ricochet quant aux nombres de commandes faites à La Redoute. Celle-ci est devenue confuse et suscite chez Martine et Sylvie le sentiment de ne plus maîtriser la quantité de travail que requiert l'entreprise et par déduction l'évolution de la conjoncture de celle-ci : " Eux (la direction), ils disent qu'ils font pas de bénéfices, mais nous on sait très bien qu'ils en font, on voit comment on travaille, on voit bien le boulot. Mais comme là, depuis les 35 heures, ils nous font travailler sur une plus longue journée ; ce qui fait qu'on voit moins le nombre de colis qu'on prépare ; le travail il est réparti pour faire en sorte qu'on voit plus le boulot qu'on avait avant. Et c'est vrai qu'on trouve qu'on n'a plus le boulot qu'on avait avant. Mais, en fait, on en a toujours. Bon, y avait la chaîne… Peut être qu'on le voyait plus, maintenant on le voit moins ".

Au vu des conditions de travail décrites par les militantes CNT, l'organisation taylorienne du travail a été maintenue et la pénibilité des tâches ne semble pas avoir été altérée par le changement intervenu en 1999. Pour nos camarades, l'atelier de la Martinoire constitue à ce titre un site spécifique: " Le travail qu'on fait, il est très très physique (…) Là où on travaille, à la Martinoire, on appelle ça la base, parce que c'est nous qui avons en fait les plus grosses responsabilités, puisque c'est nous qui préparons les commandes. Après, elles sont dispatchées vers les emballages, mais c'est quand même nous qui avons le travail le plus ingrat et la première des choses, c'est le ramassage, et c'est nous qui sommes les moins payés de tous les ateliers ".

Le site de la Martinoire est très significatif de la nature de l'engagement syndical des militantes CNT et de la construction de leur mobilisation. De façon plus générale, la Martinoire apparaît particulièrement propice à la mobilisation ouvrière puisque, malgré l'indifférenciation du taux de syndicalisation dans cet atelier par rapport aux autres, une certaine conscience de groupe et d'appartenance subjective à la classe ouvrière apparaît clairement à travers l'auto-appellation de " base ". Les changements intervenus en 1999 ont cependant produit des effets allant plutôt dans le sens de l'atomisation des individus qui, sous l'effet de l'augmentation des cadences, ont perdu leurs liens de solidarité et de convivialité, comme en témoigne Martine :

" Avant l'augmentation de la cadence, on s'amusait bien, y avait une bonne ambiance, on était cool. Et puis il y avait de la solidarité entre nous. Avec la nouvelle cadence, c'est chacun pour soi et Dieu pour tous ! C'est rare qu'une fille aide quelqu'un qui a pas fini ".

La dégradation des liens à l'atelier constitue un obstacle à la mobilisation ouvrière. D'une façon plus générale, cette perte de sociabilité traduit une partie des effets de la transformation du travail sur la construction de la mobilisation ouvrière et son potentiel contestataire. Cependant, les conditions de travail propres à l'ordre taylorien que l'on retrouve sur le site de la Martinoire semblent produire précisément les effets décrits par Beaud et Pialloux dans " Retour sur la condition ouvrière " (2). L'engagement de syndicalistes cénétistes interrogées correspond à un militantisme encore naissant mais prenant déjà les formes de celui décrit par ces auteurs lorsqu'ils analysent les modes d'action et la politisation des délégués syndicaux avant que la transformation du travail ouvrier ne produise ses effets : " Dans le cadre de l'ancien ordre taylorien, les conditions de travail étaient l'objet de multiples luttes au cours desquelles le délégué faisait ses preuves. (…) Les délégués avaient conquis, se référant à l'analyse marxiste de l'exploitation et en " traquant " sur place les mécanismes d'extorsion de la plus-value (les mille et un " trucs " de la direction pour grappiller du temps sur les chaînes…), une capacité de négociation informelle qui faisait aussi leur pouvoir symbolique et qui forçait le respect des autres OS. (…) La politisation des OS s'appuyait sur ce moteur de la " prise de conscience de classe " qu'était l' " exploitation " au travail, les multiples formes qu'elle revêtait, sa brutalité. Les militants étaient aussi soutenus dans cette entreprise par la possibilité de s'opposer violemment aux figures emblématiques qui incarnaient physiquement l'ordre taylorien - les petits agents de maîtrise, les chronométreurs, le bureau des méthodes, ceux qu'on appelait les " chiourmes ". Ces personnages détestés cristallisaient l'animosité des OS et concentraient les tirs croisés des militants. Ils incarnaient un ennemi commun, concret, bien identifié : ceux qui cherchaient à capter les combines des OS, qui relevaient les rythmes de travail pour augmenter la productivité au profit du " patron ", qui étaient là " pour te coincer " ".

Tant la dénonciation de l'exploitation et de la brutalité du travail que l'opposition aux agents de maîtrise prennent des formes parfaitement similaires dans les modes d'action des militantes interrogées. Ainsi, Martine nous a expliqués comment, à plusieurs reprises, elle avait provoqué le départ d'agents de maîtrise auxquels elle s'était directement opposée, à la différence de certains militants de la CGT qui, pour un même agent de maîtrise ayant justement quitté l'atelier de Martine, s'étaient simplement plaints au supérieur hiérarchique, sans résultat.

On peut également relever le contraste entre l'analyse de Beaud et Pialloux à l'égard du comportement des intérimaires (courage, ténacité, abnégation, respect des chefs, incompréhension à l'égard du sabotage, du freinage et autres formes de résistance des ouvriers à l'entreprise et surtout rejet de la part des ouvriers syndiqués à leur égard) et la perception des syndicalistes de la CNT. La perception des intérimaires et de leur travail, développée par Sylvie, est révélatrice : " Moi, je suis sûre qu'elle est hors la loi, La Redoute. Ils font travailler des gens, des fois, alors qu'ils n'ont pas le droit. Et si nous on va pas les voir, ils disent rien (…). Ils font venir des intérims à 5 h du matin, ils les font travailler jusque 5 h du soir. Bon, bien sûr, ils demandent à l'intérim. Et l'intérim qui arrive, bien sûr, il va pas dire non, il va dire " ben euh oui ". Mais en fait, ils n'ont pas le droit de faire travailler les gens comme ça continuellement de 5 h du matin à 5 h du soir. Donc nous, on le dit. On entend : " ouais, tiens, la chef, elle a fait travailler cette fille… ". Donc on va voir la chef. Elle, elle sait très bien qu'elle a pas le droit mais… Il se passe tous des trucs comme ça, ils font vraiment ce qu'ils veulent, ce qu'ils veulent. Ils manipulent les gens comme ils veulent ".

Sur les 1 600 salariés travaillant à la Martinoire, environ un tiers seraient des employés intérimaires. Selon les interrogées, les intérimaires seraient de plus en plus nombreux à refuser de venir travailler pour La Redoute et les militant-e-s CNT prennent leur défense à l'égard de la hiérarchie, notamment parce qu'ils apparaissent à leurs yeux comme les premières victimes du comportement de la direction. Elles reconnaissent pourtant qu'aucun intérimaire ne se syndique. Pour autant, ce n'est pas ça qu'elles mettent en avant, mais plutôt la logique de dénonciation qui consiste à traquer les nouvelles techniques d'exploitation du patronat dans l'entreprise, telles qu'évoquées plus haut par Stéphane Beaud et Michel Pialloux (3). ¢

Notes :
1. Voir l'interview réalisée auprès du permanent de l'APU de l'Alma-gare dans la revue " Territoires " d'octobre 2002.
2. " La crise du militantisme ouvrier ", Stéphane Beaud et Michel Pialloux, " Retour sur la condition ouvrière ", Editions Fayard, Paris, 2001.
3. Ce texte est extrait d'un travail universitaire réalisé par Hélène Duriez (" Le conflit de représentativité syndicale dans l'entreprise La Redoute : l'encadrement de la liberté syndicale contre la lutte des classes ", 2003). Il a été relu et adapté collectivement par Éric Dussart (CNT-Lille) et Hélène Duriez.




LA REDOUTE : ENTRETIEN AVEC LE DRH


Pour compléter l’article sur l’exploitation à La Redoute, nous vous livrons - la chose n’est pas coutumière dans nos colonnes - de larges extraits de l’entretien avec le DRH de La Redoute, entretien réalisé dans le cadre d’un travail universitaire récent. Les morceaux choisis portent sur la perception de ce jeune cadre dynamique du monde syndical de son entreprise. On y trouvera une analyse bien conforme aux formations et aux ouvrages du « manager » moderne et parait-il éclairé, ainsi qu’un traitement particulier fait aux syndicats SUD et CNT. Outre une confusion sur la notion de représentativité, qu’il conditionne à la pratique d’un syndicalisme de discussion et de partenariat (alors que la CNT ne revendique que le droit d’exercer son activité syndicale dans les locaux et sur les heures de travail, droits inhérents à la qualité de syndicats dits représentatifs), il affiche un mépris (on peut dire de classe) envers des salariés dont il ne peut concevoir l’engagement que par la manipulation d’activistes extérieurs. Hier, c’était la CGT que les milieux patronaux qualifiaient de syndicat « avec lequel on ne peut pas discuter ». Cette posture (abandonnée depuis belle lurette par la centrale) a néanmoins permis d’écrire l’histoire de nos acquis sociaux. Aujourd’hui, l’ambition de la CNT est de développer un syndicalisme de lutte et de transformation sociale.

Joao-Manuel - Syndicat CNT des services et de l’industrie (Lille).


L’ENTRETIEN AVEC LE DRH : - (….) Vous, vous êtes arrivé dans l’entreprise à quel moment ?
-Il y a deux ans.
- D’accord, en 2001. Et vous donneriez quelle définition au terme de relations sociales ? Qu’est-ce que vous entendez par là exactement ?
-C’est un travail qui en France est très dur. Enfin, je précise en France parce qu’on peut faire des parallèles avec les pays étrangers. Parce qu’on a une logique de contestation en France qui est très forte. Et cette logique de contestation, elle est renforcée par le fait qu’il y a un côté passager clandestin très important. En clair, je négocie avec mes partenaires sociaux un accord. Il suffit que j’ai un syndicat qui signe mon accord et il s’applique à toute l’entreprise. Donc, la logique, si vous voulez, c’est pas de se mettre en avant. Parce que si je me mets en avant, je risque de me prendre des coups, alors que tout ce que j’ai à faire c’est attendre qu’il y en ait un autre qui le fasse à ma place, qui signe. Tout ce qu’il y a de bénéfique, je pourrais dire « c’est bon, ça a été négocié par le syndicat ». Tout ce qu’il y a de négatif, je peux le dénoncer. Donc, ça n’incite pas…
- Je comprends pas ce que vous voulez dire par dénoncer.
-Eh bien, vous pouvez le critiquer. Le droit est fait comme ça en matière de relations sociales. Alors pourquoi est-ce que je vous dis que c’est différent ? D’abord parce que d’autres systèmes… Si vous allez voir le système allemand, le système américain, le système brésilien qui est très intéressant, vous verrez qu’il y a des cas où soit vous êtes obligés d’adhérer au syndicat. En clair, pour que l’augmentation de salaire négociée par le syndicat s’applique à vous, il faut que vous soyez syndiqué, sinon vous n’avez rien. Donc, tout de suite, vous êtes intéressé. Ensuite, vous avez ce qui existe en Allemagne, qui va favoriser, vous allez le voir, le clientélisme, c’est à dire le syndicat de services. Le syndicat allemand, si vous allez voir le ? (mot en allemand incompréhensible), le très puissant syndicat de la métallurgie, ils peuvent tout vous fournir en quatre exemplaires avec papier carbone, c’est pas un problème. Et ils sont redoutables. C’est à dire que normalement, si un syndiqué métal met son nez dans un dossier, ils ont affaire à des pros et bon. Ca, j’allais dire, j’ai plutôt un discours de patron, parce que je vais me plaindre de mes syndicats français qui sont pas très pro, qui ont des réactions plutôt épidermiques, euh, toujours à tirer vers le haut. Eux peuvent me répondre « bah, oui, mais dans le système allemand, les gens sont quand même quasiment forcés d’adhérer », justement parce qu’ils n’ont pas de bénéfice sinon, et en plus le mot syndicat était très connoté politiquement.
- Ici ?
- Non, partout. La France, nous ne faisons pas exception à la règle. Vous avez une exception je pense, avec un syndicat qui est étonnant parce qu’il est à la foi clientéliste et contestataire qui est SUD. Clientéliste parce qu’il s’intéresse beaucoup à tout ce qui est droit du travail… avec un certain côté « je me renseigne sur tout ce qu’il est possible d’obtenir et je peux donner les renseignements aux salariés », et en même temps très contestataire, puisque ne signant quasiment rien, ne s’avançant pas dans la négociation. Sachant qu’il y a une part terrible de responsabilité dans la négociation, « si je signe un accord, j’engage ma crédibilité de syndicat dans cet accord, et je ne peux plus dire, euh…, je ne peux plus critiquer le patron comme je le pouvais avant. » Ca c’est une mouture qui est française et qui n’est pas forcément très, très juste.(….)
- (….) Sinon, vous avez déjà rencontré des conflits sociaux depuis que vous travaillez ici ?
- Oui.
- Et ça consistait en quoi ?
- Revendications salariales. C’est ce qui marche le mieux, hein !
- Et ça a connu quelle ampleur ?
- Alors l’année dernière, ça a été, je dirais, sporadique. C’est à dire au moment de la négociation sur les salaires, on a des syndicats… un syndicat SUD ou un CGT qui a demandé 150 euros pour tout le monde. Je vous laisse imaginer la réponse à ce genre de revendication. Et puis voilà. Et puis du coup, en fait, ils ont voulu entraîner les autres salariés dans la grève… et alors chacun se flatte d’avoir gagné le conflit, mais au bilan la grève n’a pas été très, très suivie, d’abord parce que…
- C’était quand ?
- Mars dernier. D’abord la grève a eu des petits soubresauts violents. On a eu un cocktail molotov qui a été jeté sur la guérite d’un des gardes. Le service de sécurité l’a très mal pris à l’époque. Ils n’ont pas trouvé ça drôle, je sais pas pourquoi, aucun sens de l’humour vraisemblablement. Ils aiment pas les jeux des syndicalistes. Ils l’ont vraiment mal reçu. On a eu quelques petites irruptions de violence. Mais, j’allais dire au bilan, on s’est rendu compte, enfin l’impression que ça donnait c’est que la grève n’était pas tellement suivie. Alors, c’est notre analyse, si jamais vous croisez des syndicalistes ils vont vous dire certainement le contraire. Ce qui se passe, je vous l’ai déjà dit en introduction, la VPC est un secteur qui est en stagnation, où les affaires ne vont pas bien. Un de nos concurrents, que je ne citerai pas, qui est situé pas très loin d’ici, a même le plan social. Mine de rien ça crée un contexte. Et ça crée un contexte dans lequel La Redoute ne va pas si mal que ça. Et c’est le verre à moitié vide. Parce que tout le problème de la négociation, si vous voulez c’est que c’est le verre à moitié vide ou à moitié plein. Notre raisonnement c’est de dire « Ecoutez, notre verre il est à moitié plein. C’est peut-être pas terrible, mais au moins, y a encore un verre, y a encore un peu d’eau dedans », sachant que les syndicalistes nous disaient « Non, le verre est à moitié vide, donc c’est tout ce qui nous manque qui ne va pas. ». Nous on est en train de dire : « Bin, vous avez déjà gagné l’essentiel », et pas mal de salariés, en fait, on a l’impression - c’est toujours des impressions - que du coup les salariés n’ont pas suivi la grève à cause de ça. En clair, pour vous donner un ordre d’idées, La Redoute a accordé 1,4% d’augmentation générale l’année dernière répartie 0,8% en mars, 0,6% en octobre. Et la VPC a du accorder deux fois 0,3 : 0,3 en juillet et 0,3 en décembre.
- D’accord.
- Donc, l’offre Redoute, faut le comprendre comme ça, n’était peut-être pas terrible. Mais, un, c’était toujours mieux, plutôt et plus.
- Et quels étaient les syndicats les plus actifs, à ce moment-là ?
- La CGT.
- D’accord, OK. C’est à dire les plus actifs, les plus revendicatifs ?
- Oui, oui, les plus présents dans la grève. ???
- Sinon, j’ai entendu parler qu’y avait un conflit avec un tout petit syndicat, je sais plus comment, enfin que je connais pas du tout…
- La CNT.
- C’est ça.
- Alors c’est très simple. D’ailleurs, ça nous amuse beaucoup parce que ce sont les seuls à voir un conflit dans cette histoire. C’est un syndicat qui a désigné… Vous connaissez les règles de la représentativité en France ? Donc les syndicats représentatifs ont le droit de désigner dans une entreprise des délégués syndicaux. La CNT, qui est un syndicat qui n’existait pas à La Redoute, a désigné l’année dernière des délégués syndicaux. Donc ce qui se passe dans ces cas-là, surtout quand un syndicat qui n’existait pas à La Redoute, qui apparaissait, les désignations ont été contestées. Puisque l’employeur n’a pas le droit de faire autre chose que de contester les désignations de ces délégués. Bien. Les désignations ont été annulées, le tribunal d’instance a décrété que la CNT n’était pas représentative dans l’entreprise. Ils ont re-désigné trois fois. En fait, ils ont désigné trois fois. Une première fois, ils ont été annulés, une deuxième fois ils ont retiré au dernier moment devant le juge leur désignation, et la troisième fois ils ont été à nouveau annulés. Et cette fois-ci, le juge leur a mis de l’article 700. C’est à dire, il leur a collé une amende, il les a condamnés à payer des frais à La Redoute.
- Mais comment ça, enfin je comprends pas, comment ils ont pu retirer au dernier moment leur désignation devant le juge.
- Bin ce qui s’est passé, si vous voulez, c’est que quand on va devant le juge pour contester quelque chose, il faut qu’il y ait un objet.
- C’était en appel de la première décision ?
- Non, non, non, non. Parce que le principe des désignations, quand vous avez des désignations qui sont annulées, vous ne pouvez faire qu’un pourvoi en cassation. Or, en l’occurrence, ils n’ont pas fait de pourvoi sachant que les procédures en pourvoi ont très peu de chances d’aboutir de toute façon. Et puis ils sont un peu embêtés parce que les pourvois en cassation, c’est des procédures qui sont très longues. Donc, ils ont employé une vieille technique, qui est de dire vous êtes annulés, c’est pas grave, on re-désigne. Et on re-désignera jusqu’à plus soif, c’est à dire jusqu’à ce qu’on soit reconnus représentatifs. Deuxième fois, ils ont re-désigné, ils ont été re-contestés, et là je sais pas exactement ce qui s’est passé, toujours est-il qu’à l’audience, y a leur avocat qui s’est présenté pour dire ça : « Je retire les désignations ». Donc le juge a pris acte. Et il a dit : « Les désignations sont annulées, la demande devient sans objet. Plus de désignation, plus rien à contester. » Et alors le lendemain ils ont re-désigné. Donc là ils ont été à nouveau contestés, cette fois-ci ils se sont défendus devant le juge en disant « Si, si, on est représentatifs » et le juge a à nouveau annulé les désignations.
- D’accord. Et c’est un syndicat qui est apparu quand ?
- Je sais même plus quand est-ce qu’il est apparu. Il a du apparaître, je dirais, l’an dernier, mai dernier. La première décision date de juillet, donc il a du apparaître en juin. Sachant que c’est un syndicat typiquement qui confond la notion d’existence du syndicat, qui est quelque chose qui ne se conteste pas, et sa notion de représentativité dans l’entreprise. C’est quelque chose qui est complètement différent puisque la représentativité dans l’entreprise ça sous-entend notamment que vous négociez avec l’employeur. Puisque le principe même du syndicat représentatif c’est de négocier des accords. Or la CNT, le côté intéressant de ce syndicat, c’est qu’ils ont comme vocation de ne jamais négocier.
- Ah bon ?
- Ah oui. Parce que l’employeur c’est un affreux, on ne négocie pas avec… Evidemment, quand vous vous présentez devant un tribunal pour dire : « Je suis représentatif et l’action de mon syndicat c’est de ne pas négocier », bin…
- Et alors, finalement, vous, vous reconnaissez l’existence de ce syndicat ?
- Le problème, c’est qu’on a pas à reconnaître ou à pas reconnaître l’existence de ce syndicat. C’est comme si je vous demandais : « est-ce que vous reconnaissez que j’existe ? ». Certainement, je ne me pose même pas la question et c’est même pas mon problème. Mon seul problème, c’est qu’on me demande d’accueillir des gens à ma table entre guillemets de négociation pour dire : « Voilà, on va discuter de l’avenir de l’entreprise », et c’est des gens qui me disent : « Je ne reconnais pas votre existence ». « Bon bin, écoute,z si vous voulez pas négocier avec moi… ». Du coup, en fait, la querelle de la représentativité, d’ailleurs la CNT, si vous vous y intéressez, c’est un syndicat intéressant. Enfin, si vous vous intéressez à l’histoire des syndicats, parce que c’est un mouvement qui est anarchiste, ouvertement. Et qui est issu des mouvements anarcho-syndicalistes, qui ont toujours été dans les… à la base, ça fait partie du syndicalisme et vous avez toujours eu un combat dans les syndicats entre les anarcho-syndicalistes purs, c’est des gens qui sont là pour tout casser, et puis d’autres personnes qui disaient « Il faut négocier ». La première grande séparation, c’est entre la CFTC et la CGT. C’est pas une séparation parce qu’ils n’ont jamais été liés. Mais vous aviez deux philosophies. La philosophie de la CGT initiale, c’est une philosophie contestataire. La CFTC, c’était plus négociatrice. La CNT aujourd’hui, ils se sont manifestés à La Redoute, mais on n’a pas d’activité de la CNT en propre. J’ai des tracts qui viennent de l’extérieur, de gens de la CNT qui ne sont pas de La Redoute.
- Ah oui, d’accord…
- Vous avez bien ce flou, si vous voulez, qui est maintenu, entre le syndicat en lui-même, qui poursuit un but politique au sens noble du terme qui porte sur l’organisation de la société, et puis je dirais mon entreprise pour envoyer des colis à des clients à Macon, c’est pas... Je vois pas comment… (gestes). ( ….)





UNE LOI RACOLEUSE ?


Sur l'initiative du Reichsführer von Sarkowitz, le Reichstag français vient d'ajouter un nouveau délit pénal : le "racolage passif" passible de 2 mois de prison et de 3 750 euros d'amende. D'aucun(e)s voient dans cette disposition et, de façon générale, dans l'ukase auquel elle s'intègre, une mesure… racoleuse. Qu'en est-il exactement à ne s'en tenir qu'à cette disposition ?

Racolage actif ou passif ?


A l'origine, le terme "racoler" signifiait "enrôler par force ou par ruse, en violation déguisée du principe de l'engagement volontaire et les "sergents recruteurs" d'alors étaient des… racoleurs. Au XVIIème siècle, "racoler" a pris une acception supplémentaire : "attirer par des moyens publicitaires ou autres". Ce n'est qu'au XIXème siècle que le terme de "racoler" a pris le sens prostitutionnel que nous luis connaissons de nos jours pour signifier "faire la retape", c'est-à-dire "chercher à attirer (un client), en parlant d'une personne qui se prostitue".

Dans son sens prostitutionnel, le "racolage sur la voie publique" est devenu un délit dés que des mesures prohibitionnistes ont été prises à l'encontre de la prostitution. En tant que tel, ce délit visait les prostituées et non les proxénètes. Bien que non qualifié d'"actif", ce racolage visait l'exercice de la prostitution et, notamment, la "retape" (action "de guetter et d'accoster le client", autrement dit "de faire le trottoir").

Ce n'est que beaucoup plus tardivement et il y a encore peu que le droit pénal français a introduit la notion de "racolage passif"en le distinguant du "racolage actif" [Elle en a été retirée, sauf erreur de ma part, en 1994].Alors qu'il définissait le "racolage actif" comme "le fait, par tout moyen, de procéder publiquement au racolage d'autrui en vue de l'inciter à des relations sexuelles", le code pénal n'a pas pour autant explicité le "racolage passif", le laissant ainsi à la seule appréciation de la Police et, en particulier, de la brigade dite "des mœurs". La "jurisprudence policière" l'a alors défini comme le fait "de regarder un passant de manière nullement équivoque quant à l'intention d'offrir une prestation sexuelle marchande" alors même qu'en 1997 la Cour de Cassation a considéré que "le seul fait de déambuler sur la chaussée et de s'adresser à des automobilistes ou à des piétons qui se sont arrêtés spontanément à sa hauteur sans y être invités ne peut constituer à lui seul l'infraction de racolage actif".

Un texte sans aucune logique abolitionniste


En fait, la nouvelle disposition ne rajoute pas le "racolage passif" au "racolage actif mais supprime toute distinction entre les deux. Mais l'essentiel ne se situe pas au niveau des "arguties juridiques" quant à la qualification du "mode opératoire" du racolage même si celles-ci ne sont pas sans incidences en terme de répression.

En effet, ce texte n'obéit à aucune logique abolitionniste (le contraire eût été étonnant !) et ne vise aucunement les client(e)s et encore moins les proxénètes. Il est strictement répressif et s'inscrit dans cette paranoïa sécuritaire qui consiste à criminaliser et "punir" les effets de la "misère" générée par le système économico-politique en place et aucunement à prévenir, voire supprimer les causes de cette "misère". Pour reprendre une image, au lieu de "traiter" les malades et de prévenir une épidémie à l'aide de la vaccination, de mesures de prophylaxie, d'hygiène… on… abat les malades avec toutefois cette nuance "subtile" : il ne s'agit pas ici de vaches folles et autres ovins tremblotants mais de… "pauvres", d'être humains : la "punition" infligée à la misère est bel et bien une répression qui s'abat sur des individus !

En outre, s'il fait référence à la "prostitution", les médias et les politicien(ne)s ne parlent que des… prostituéEs. Si certain(e)s en doutaient encore, ce discours révèle que le système en place est celui du patriarcat dans sa posture machiste la plus exacerbée et la plus… affligeante.

Par ailleurs, et dans la mesure où l'on admettra qu'un(e) prostitué(e) ne lancera jamais de "regard racoleur" à quelque flic que ce soit - sauf à faire dans le "masochisme" (!?!) -, la revendication/justification policière de pouvoir disposer de "moyens légaux" de qualification du "flagrant délit" ne tient pas la route. Sans parler des personnes ayant une vision défectueuse ou faisant tout simplement preuve de curiosité et qui pourront désormais être qualifiées de "racoleuses passives", il est évident que le "regard racoleur" est une notion purement subjective ouvrant grand la porte à des interprétations relevant de la représentation de la personne (supposée) "regardée", de ses préjugés, de ses fantasmes…

Plus grave encore : d'un point de vue strictement juridique, l'"intention", même dite "malhonnête" n'est pas un délit. Pas même une infraction ! Elle peut, tout au plus, être la "ciconstance agravante" d'un délit ou d'un crime. Et la Loi ne connaît que l'acte délictuel "consommé". Or, en admettant qu'il puisse être "racoleur" à des fins prostitutionnelles, un regard, par définition, est… silencieux et n'est pas une gestuelle,comme peut l'être, par exemple, l'arpentage du trottoir, l'"accostage" d'une voiture ou d'un(e) passant(e) ; il ne peut être qu'abusivement considéré et, surtout, juridiquement qualifié d'engagement d'un acte alors même que, selon le Droit en vigueur (?!?) le "flagrant délit suspect justement un début d'acte délictuel. Nul(le) n'étant à l'abri d'une qualification de "racolage passif" pour cause de regard… racoleur, le libre arbitre policier est désormais triomphant et la Justice d'autant plus aveugle qu'elle ne participe plus du "pouvoir judiciaire" mais du "pouvoir policier", ce qui est la caractéristique d'un régime… totalitaire et, pour reprendre l'expression des Montagnards, lesquels l'avaient piquée aux philosophes des Lumières, de la… tyrannie.

Les punir mais pour les… protéger !


On peut donc s'interroger sur une éventuelle extrapolation du "racolage passif" à certaines pratiques "consacrées" comme, par exemple, les images racoleuses de la publicité incitant à se servir de son téléphone portable en voiture, à conduire sans ceinture de sécurité, à consommer de l'alcool avant de prendre le volant, à transformer les routes, voire les rues en pistes de Formule 1…qui sont des actes… délictuels. Ou encore à ses "œillades" racoleuses que, régulièrement, les politicien(ne)s en mal d'un permis de tondre le "mouton citoyen" viennent jeter aux quidams… Oui, on peut s'interroger ou… rêver car, bien entendu, les publicistes et les politicien(ne)s ne sont pas de la "France d'en-bas" et la Police n'est pas là pour les réprimer, les punir mais pour les… protéger !

Certain(e)s pensent (ou… pansent !) que cette mesure, comme toutes celles mises en œuvre au titre de la Loi sur la sécurité intérieure [Au fait, la "sécurité intérieure", cela ne sonne pas comme "securitat" et autre Guépéou ?], vise à "racoler" l'électorat de l'extrême droite : c'est oublier que cet électorat n'a plus besoin d'être racolé puisque, sous prétexte de "sauver la démocratie et la république", il a prêté serment d'allégeance - il s'est… inféodé - à la chiraquie et que les (pseudo) démocrates, radicaux, socialistes, communistes ou même… "anarchistes"[Que cela fait mal à dire !] qui le composent filent le parfait amour avec von Sarkowitz et, non content(e)s de lui cirer les pompes, le couvent de leur regard amoureusement… racoleur !

Jean-Charles




PRECARITE CULTURE


Comme les intermittents du spectacle, les salariés de la culture en général sont soumis à précarisation, voient leur travail marchandisé et par suite souvent le public est dépossédé aussi de ses droits à l’information, aux données publiques, au patrimoine, et à l’action culturelle. ….

Récemment des collègues de deux secteurs archéologie et patrimoine, se sont rencontrés lors d’une occupation de la DRAC (Direction Régionale des Affaires Culturelles) par des archéologues qui a permis une assemblée générale avec tous les personnels notamment ceux des monuments historiques, des objets d’art mobiliers, du patrimoine industriel, de l'architecture, etc. .... Premier constat d’ évidence qui a été mis en commun : l’archéologie, le patrimoine comme tous les autres secteurs de la culture ne peuvent pas être rentable, il ne sont pas une activité commerciale. Ils ne rapportent pas d’argent. Ce n’est pas une raison pour en faire une activité précaire. Suite à cette rencontre il a été décidé de fédérer les résistances à la mise à sac et mise à l’encan des services publics et des richesses collectives (le patrimoine c’est comme l’ environnement, c’est pas pour nous, encore moins pour les ancêtres, c’est pour le transmettre aux ceusses qui sont pas nés et qui en feront leur profit). Cet article sera une des premières concrétisations de cette rencontre et d’abord l’occasion de faire un état des lieux des menaces et des destructions qui pèse sur les métiers du patrimoine.

précaires de l’archéo,
Depuis décembre 2002, les archéologues de l’ Institut National des Recherches Archéologiques Préventives (INRAP) sont en grève. La raison ? une baisse de 25% de la redevance qui assure leur financement. Cette redevance est demandée aux aménageurs afin de permettre une fouille préalable à la destruction d’un site archéologique selon le principe « casseur-payeur ». Était-elle trop élevée ? Qu’on en juge par ce chiffre : le budget de l’archéologie est égal à 0.07% du Chiffre d’Affaire du Bâtiment Travaux Publics en France ! Quels en sont les effets ? Dans l’immédiat, 400 personnes au chômage (dont une trentaine sur le Nord/Pas-de-Calais), et dans un futur proche une destruction du système actuel, né en février 2002 et selon toute vraisemblance l’entrée de ce secteur dans un système concurrentiel. Va-t-on revenir à la situation des années 80 ? A cette époque, l’archéologie était considérée comme une activité temporaire par nature et qui devait donc s’organiser comme un enchaînement de CDD. Et puis, il fallait être « souple », « flexible » puisqu’à l’époque le financement de chaque fouille était l’objet d’une négociation avec l’ employeur. Être « flexible », sur le plan de l’emploi, on sait ce que ça veut dire. Les CDI n’ont été crées qu’à force de luttes et de recours aux prud’hommes. Mais les vieilles habitudes ont la vie dure : La création de l’INRAP en 2002 n’a pas empêché le recrutement de plus de 400 CDD en lieu et place d’emplois stables. C’est aujourd’hui bien pratique : Face à ses difficultés financières, l’INRAP décide de ne renouveler aucun CDD. Une sorte de plan social, quoi. Mais sans plan social. Avec comme perspective un système concurrentiel, la précarité ne risque pas de se résorber. A des appels d’offres répondront plusieurs boîtes d’archéologie, toujours en quête de plus de flexibilité pour survivre. Les équipes d’archéologues qui dépendent actuellement des Municipalités ou des Départements sont des bons exemples de ce qui nous attends : Un CDI pour le responsable, et une dizaine de CDD,CES ou d’emploi-jeune, et ce, au mépris des qualifications et de l’expérience professionnelle.

et de l’ inventaire ,
Dans le bulletin précarité, le « Collectif des précaires de l’inventaire » avait présenté son action menée sur tout le territoire. Sur le Nord-Pas-de-Calais, précaires ou pas encore précaires, ou un brin moins précaires, ou titulaires ont rédigé un appel dont ci-dessous un extrait concerne les menaces de licenciement et de fin de contrat: «La décentralisation risque fort d'aboutir à un démembrement du service régional de l'Inventaire en raison du statut très disparate de ses personnels. En Nord-Pas-de-Calais, sur 16 personnes, 7 sont titulaires du ministère de la Culture, 3 sont contractuels du ministère (contrat de 3 ans), 2 sont en détachement et 4 sont personnels associatifs de droit privé. Il faut souligner l'ancienneté des personnels associatifs qui, dès leur recrutement, ont rempli des missions d'État pour le SRI et pour l'ensemble de la DRAC. ». Dessinateur - infographiste, chercheur, photographes sont employés à la DRAC Nord-Pas-Calais depuis dix ou plus de quinze ans. « Les perspectives de décentralisation menacent d'ores et déjà ces personnels puisque le financement de l’association qui les emploie dépend pour un tiers du département du Nord. En cas de décentralisation au niveau régional, ce dernier pourrait être amené à reconsidérer rapidement à la baisse le montant de sa participation financière, ce qui aurait pour effet de menacer directement l' emploi de ces collaborateurs, dont la présence est absolument indispensable au fonctionnement du service. Cette disparité des statuts, si elle n’est pas résolue préalablement par des mesures de stabilisation dans le long terme de cette catégorie de personnels, menace le service d' éclatement, risquant d’ aboutir à un fort ralentissement de ses missions dans la région. »

précaires de tous services unissez-vous !
Nous n’avons pas parlé dans cet article de la mise en cause de la loi de 1913 sur la protection des monuments historiques, ni de la fin de l’inaliénabilité des collections publiques des musées, ni de la contractualisation de la lecture publique, ni de la privatisation camouflée de certaines ressources numérisées des archives …. Nous n’avons pas parlé de l’efficacité brutale des lobbies européens : bâtiment et travaux publics, technologies de la communication, chimie dont le grand point commun c’est de faire rendre rendement de consommation à la culture et à l’éducation au sens large : taylorisation de l’âme et nivellement par la moyenne statistique … (si encore c’était nivellement par le bas, là on serait d’accord peut-être …)

Dernière nouvelle : A la mairie de Lille, deux emplois patrimoniaux contractuels sont menacés de disparition. Deux personnes licenciées, et on abandonne un projet de mise à disposition de notre patrimoine urbain. Toujours, destruction des conditions de travail et précarité vont de pair avec l'abandon des critères de service public en conservation et diffusion.

Qu’en est-il ailleurs ? dans les associations et les collectivités locales ? Ce bulletin peut servir de plateforme pour dénoncer précarité et marchandisation, pour informer et fédérer, afin que le prochain article ne soit pas signé Agnès (CNT-Union locale de Lille, SSEC) et Kyann (archéologie) mais signé d ’ un collectif Nord - Pas-de-Calais en construction.. pour la défense des métiers, des conditions de travail, des salaires (à travail égal, salaire égal), des statuts (titularisation sans condition de concours ou nationalité dans les services publics), des contenus de la culture et du patrimoine




COMPTE-RENDU DE L'INTERSYNDICALE DU 4 MARS 2003


Ou : de la difficulté de s'asseoir à la table de gens bien installés ...

Etaient présents environ 15 personnes, représentant : le SNES, FSU, CGT, CFDT, EIN ? (pour les LP), SE(fen)UNSA, SNUIPP, SUD (quelques minutes ..), la CNT( d'abord Aldo et moi, puis David, AE.) Etaient absents : F.O. (déjà à l'intersyndicale précédente d'ailleurs), FAEN (excusée), UNEF. Jean-François Larosière, chef d'orchestre de la réunion à introduit celle-ci en indiquant qu'il avait élargi les invitations à l'UNEF qui était signataire de l'appel des 5 organisations. à la grève du 18/03, ainsi qu'à «AIT» (CNT) du fait de sa présence remarquée dans la rue ces derniers temps ...

Par ailleurs les invitations étaient faites sur la base des élus aux commissions paritaires. D'entrée de jeu la question a été de savoir si l'intersyndicale acceptait de recevoir le collectif. Parallèlement, les 2 AE du collectif étaient sommés de rester "dehors !", bien qu'une "percée" ait été tentée pour essayer de se présenter ouvertement à la fameuse assemblée.

Les raisons invoquées du refus :
Un tour de table partiel a mis en avant des arguments contre l'accueil du collectif :
- Le collectif s'inviterait au dernier moment faisant du "forcing" sans qu'aucun courrier ne soit parvenu au SNES.
- On ne pouvait recevoir à la dernière minute un collectif dont "on ne savait rien".
- Le collectif s'invite dans une réunion où l'ordre du jour évoque la question des AE/MISE mais ce n'est qu'un point parmi d'autres ! (on verra en effet que dans le déroulement de la réunion très peu de temps leur sera consacré).
- Ce collectif demande à être reçu par une assemblée qu'il a ouvertement dénigrée en dénonçant la position des 5 confédérations syndicales sur les assistants d'éducation dans l'un de ses tracts.
- Cette intersyndicale a été conçue dans la continuité des réunions qui ont eu lieu depuis le 5 août.
- Dernier argument ... : on ne pouvait transformer à l'emporte-pièce un fonctionnement et un règlement (sur lesquels reposaient les intersyndicales) qui avaient jusqu'ici assuré les actions et leur "efficacité"...
Ainsi, il est proposé qu'un compte-rendu de la réunion soit adressé au collectif.

Chacun se félicitera sans doute de la cohérence et du bon sens des arguments exposés...

Face à ce consensus défavorable du SNES, CFDT, CGT, FSU, la CNT et SUD ont réagi en dénonçant la mauvaise foi de ces positions (Eric de SUD a rappelé que ce collectif "soudainement sorti de nulle part" comprenait des personnes liées au SNES, Aldo de la CNT que ce collectif si inconnu avait pourtant signé une plate-forme nationale à Rennes le 22 et qu'on ne pouvait fermer les yeux sur la mobilisation des collectifs des AE et MI/SE aujourd'hui et partout à l'échelle nationale; de mon côté je m'étonnais (sûrement très naïvement) qu'alors que des gens se déplaçaient pour présenter leur action, énoncer leurs difficultés et discuter avec les syndicats qu'on rechigne à leur accorder le seul temps de se présenter et qu'on monte en épingles l'histoire du courrier non reçu dont on voyait mal l'intérêt qu'aurait ce collectif à ne pas l'avoir envoyé.).

On a vite vu qu'il s'agissait d'un dialogue de sourds, les vrais arguments auraient sans doute reposé sur des conceptions différentes du syndicalisme : certains voyant dans la reconnaissance des collectifs la destruction annoncée des syndicats.

Suite à cet échange plutôt "vif" .. SUD décide de ne pas participer à cette intersyndicale, Aldo de la CNT choisit de laisser sa place à David qui a la double casquette : AE et CNT afin que le collectif puisse par cette voie détournée savoir ce qui est discuté pour le 12 et 18 mars, et prendre la parole (en application de la décision SSEC CNT du samedi précédant).

Après ce début de réunion pas franchement sympa ( et qui donne plutôt envie de donner un grand coup sur la table), l'ordre du jour a finalement été rappelé : il s'agit de construire un appel unitaire pour la journée du 18 mars autour :
- De la carte scolaire,
- Du projet de loi qui sera à l'assemblée le 19/3 sur les Assistants d'éducation,
- De la plate-forme signée par les organisations fin février contre la décentralisation.


Un tour de table est fait pour savoir si toutes les organisations syndicales appellent pour le 18 mars et quels genres de mobilisation sont préconisés et autour de quelles revendications. Grosso modo, voici ce qui ressort :

- C'est une manif régionale qui est choisie
- L'UNSA-éduc. insiste sur l'importance d'une mobilisation contre la décentralisation et la nécessité d'impliquer les ATOSS, rappelant que ce transfert des personnels n'est qu'un première charrette.
- La CGT rejoint l'UNSA en émettant l'idée de laisser défiler les ATOSS en tête.
- Pour la CNT, j'indique que nos tracts appellent à la journée du 18 mars ; je rappelle nos revendications qui dénoncent évidemment la régionalisation, mais aussi placent le problême de la précarité au centre de nos luttes, avec la revendication de titularisation de tous les personnels actuellement en poste (AE, MA, CES, CES), de défense du statut des MI/SE.; enfin j'indique que la revendication de départ à la retraite à taux plein sur la base de 37,5 annuités pour le public comme le privé reste un axe essentiel dans notre mobilisation, dernier point qui va relancer le débat (les retraites n'ayant été évoquées par aucun des autres syndicats, la CFDT rappelle son désaccord, l'ensemble indique qu'il ne faut pas éparpiller les mots d'ordre pour le 18 mars, et que cette fois-ci c'est .. la décentralisation ...).
- L'EI N ? R ? L ? (enseignement professionnel ..) : rappelle son action contre le "lycée des métiers", indiquant que ceux des LP vont se retrouver soit dans le privé, soit dans la rue. Ils sont toujours en attente d'un bilan sur les suppression de poste (qui devait arriver mardi11 mars)
- La CFDT propose de décliner la plate-forme du 18 mars selon le public que l'on veut toucher (COP, ATOSS).

Lors d'un autre tour de paroles, je rappelle qu'on a beaucoup parlé de décentralisation mais qu'on n'a pas évoqué la mobilisation autour de la précarité qui avait pourtant été annoncée comme un point de mobilisation important pour la journée du 18 mars. Aussi je demande ce que les organisations mettent comme revendications derrière le mot "précarité". Comme seule réponse, on nous a photocopié le communiqué de presse du 20 février, signé par la FAEN,FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT et UNEF, que David et moi avons lu en aparté, nous étonnant du "vague" des revendications pour les AE. pour lesquels il est demandé que "des solutions soient offertes". (voir l'intégralité de ce papier).

Par ailleurs, dans toutes les interventions, il a souvent été question de la difficulté de mobiliser, de construire une identification à la mobilisation, du problème des journées de grève à répétition et isolées. Aussi un autre point qui a été discuté, c'est la gestion du paritarisme.

Plusieurs ont en effet rappelé qu'ils n'étaient plus du tout écoutés, que la Méthode Raffarin posait constamment la question de "à quoi servent les syndicats ?" puisqu'on passait outre toutes leurs demandes. Le syndicat de l'enseignement pro. ( EIN ?) a rappelé que toutes les demandes sur les GTP (??) avaient été refusées, et ce même sous Fortier (ancien recteur), ce qui posaient vraiment la question du rôle des syndicats. Dominique Castelain de la FSU confirme : "au niveau du paritarisme, on a pris un coup dans la gueule".

Ainsi plusieurs syndicats majoritaires ont commencé à boycotter les instances paritaires : pour ne pas "avaliser la méthode Raffarin". La CFDT a boycotté les CTP (?, il est aussi question des CTPD et A)) , mais propose de continuer à aller aux "groupes de travail" (qui ne sont pas des instances officielles et sont un acquis de la région).

Dernier point évoqué dans cette réunion de 3h .. : La journée du 12 mars.

La question a été de savoir si l'action annoncée par la CGT qui a obtenu une audience au rectorat sur la restructuration pouvait se transformer en journée d'action unitaire. A ce propos, j'ai rappelé que le bulletin: "Ensemble contre la précarité" de mars 2203 annonçait cette journée, l'action du collectif AE-MI/SE, ainsi que l'action de la CGT. La CGT a alors indiqué qu'il y avait un malentendu sur cette journée : la CGT ne se mobilisait sur .. la précarité ... mais sur la suppression des formations; la CGT ne comprenait donc pas pourquoi ils étaient évoqués dans notre bulletin !

Au final, la journée du 12/3 resterait une journée d'action CGT ! (Timing trop court pr s'organiser, journée pas mobilisatrice ... et patati...).

Un dernier point était de savoir où aurait lieu la manifestation du 18 mars, bien qu'après discussion l'idée proposée d'une manifestation décalée à Bapaume, ville du ministre de la fonction publique ayant en mains les gros dossiers sur la décentralisation, M. Delevoye, ait été retenue, le SNES majoritaire après un coup de fil à ses chefs à indiquer que ...ce serait plutôt Lille... !

David et moi sommes partis avant les "adieux collectifs", David a laissé le document du collectif sur leurs revendications.

Voilà pour un tour d'horizon de cette intersyndicale qui personnellement m'a beaucoup appris sur le fonctionnement et la langue de bois des syndicats "représentatifs" et m'a pas mal sidérée !.

Sophie, David et Aldo (SSEC-CNT)




METALEUROP


Une bien sale histoire que celle de Metaleurop … dégueulasse à tous les niveaux : entourloupe carnassière de la haute finance, des déjections empoisonnent le voisinage et des salariés « Kleenex » qu’on jette à la benne.

TERRORISME BOURSIER

Après les derniers exercices déficitaires et les coûts engendrés par une mise aux normes européennes de la production, la sentence tombe : restructuration de Metaleurop Nord le site de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) doit fermer. A noter que cette annonce fait monter le cours l’action du groupe. La réaction de Glencore (multinationale suisse et principal actionnaire) était prévisible car, ce conglomérat est connu pour sa vénalité sans états d’âmes : commerce avec l’Afrique du Sud de l’apartheid, pillage des stocks de matière première de l’URSS lors de sa dislocation …

Certains indices laissent quand même paraître que si la déroute n’était pas prévisible, elle a été au moins anticipée, voir optimisée. Le déménagement récent du siège social du Pas-de-Calais vers Paris évite au groupe Metaleurop d’avoir à faire à un liquidateur judiciaire local, donc exclut toute sensibilité dans le traitement social de la fermeture du site. L'été dernier, le directeur est remercié quatre semaines après son arrivée alors qu'il avait réussi à relancer la production de plomb. Résultat jugé contraire aux intérêts financiers de Glencore, qui catapulte à la tête de sa filiale du Pas-de-Calais le directeur technique embauché 15 jours plus tôt.(1)

QUI VA REPARER LE DESASTRE ECOLOGIQUE ?

Complexe métallurgique existant depuis la fin du XIXème siècle, les cheminées de Metaleurop ont copieusement déversées leur fumées douteuses chargées en plomb sur la campagne environnante, en intoxiquant au passage les populations habitant à proximité ainsi que bien évidement les travailleurs de l’usine. Si les plaintes récentes d’une soixantaine de familles n’ont pas accéléré la fermeture, l’empoisonneur a très certainement intégré ce paramètre dans la décision finale (procès aux lourdes conséquences financières pour l’empoisonneur) .

L’importante pollution des sols est elle aussi à souligner. En effet plusieurs maraîchers sont installés dans les environs et produisent des légumes avec un assaisonnement aux métaux lourds. Production que nous retrouvons dans nos assiettes car légalement commercialisée (il n’existe juste que des recommandations de l’union européenne sur les seuils de pollution tolérés). La direction de Metaleurop n’avait-elle pas signé un accord de dépollution des sols avec les pouvoirs publics ? Oublions tout ça, on n’est jamais mieux servi que par soi-même, donc c’est toi le brave citoyen qui va débourser, comme pour le pétrole sur les plages du sud-ouest (pétrole venant d’Ukraine et appartenant à … Glencore).

L’USINE FERME… NO FUTURE !

Les 830 nouveaux sacrifiés sur l’autel de la rentabilité iront gonfler le taux de chômage du coin qui se chiffre déjà autour de 25%. Et de fait c’est toute l’économie locale qui va trinquer, car Metaleurop est l’employeur principal du secteur. Les gros yeux et autres gesticulations de nos élus ne vont pas remonter le moral des ex-salariés de l’usine de Noyelles-Godault. Pire ils se moquent ouvertement en proposant une création, dans quelques années, d’une zone franche, dont ont connaît le peu d’impact , en général, pour l’emploi local.

Le cas Metaleurop n’est pas sans rappeler le cas AZF à Toulouse où s’oppose la sauvegarde de l’environnement et le maintien de l’emploi. Les différents accidents survenus sur le site par le passé (10 morts en 1993) auraient du pousser le tandem pouvoirs publics - syndicats à exiger la modernisation du processus de production. Ils ont préférés rester sur le status-quo et sauvegarder l’emploi. Ce choix

est souvent socialement désastreux à moyen terme (la région a une solide expérience en la matière : mines de charbon, industrie textile, …). La reconversion ou modernisation des bassins industriels, si elle était anticipée, pourrait peut-être éviter l’exportation de nos « industries poubelles » vers le tiers-monde.

Laurent (Syndicat des Services et de l’Industrie)

(1) Extrait d’un article paru dans le Ml du 30/01/2003


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