Extraits du BR
n° 18
LA REDOUTE : EXTRAITS DU CATALOGUE ... DE
L'EXPLOITATION !
LA REDOUTE : ENTRETIEN AVEC LE DRH
UNE LOI RACOLEUSE ?
PRECARITE CULTURE
COMPTE-RENDU DE L'INTERSYNDICALE DU 4 MARS 2003
METALEUROP
LA
REDOUTE : EXTRAITS DU CATALOGUE ... DE L'EXPLOITATION !
L'évolution de la politique sociale de l'entreprise
La configuration économique, sociale et politique de La Redoute
est particulièrement spécifique. Plusieurs
éléments permettent de déterminer le contexte de
conflictualité sociale propre à l'entreprise.
On peut tout d'abord émettre l'hypothèse que la situation
géographique du siège social de l'entreprise dans la
ville de Roubaix joue un rôle intéressant à
l'égard du potentiel contestataire qu'elle pourrait susciter.
Une partie du travail de la direction des ressources humaines tient
à l'entretien des relations de l'entreprise avec la
municipalité de Roubaix. Le siège de La Redoute
étant situé à la frontière du quartier
populaire de l'Alma-gare et du centre ville, tout laisse à
penser que la politique de " redynamisation économique "
mise en œuvre actuellement par la mairie roubaisienne constitue
un enjeu pour l'entreprise. Cette politique crée à tout
le moins un climat de tension sociale auprès des habitants du
quartier proche du siège social, puisqu'une décision
municipale de réhabilitation en locaux commerciaux de certains
logements d'habitation situés à proximité du
siège de La Redoute a d'ores et déjà
suscité la mobilisation des habitants et de l'Atelier populaire
d'urbanisme (APU) de l'Alma-gare, qui s'indignaient de cette
décision municipale unilatérale alors qu'ils auraient pu
être consultés préalablement, à l'instar
d'autres procédures précédentes similaires (1).
D'autre part, La Redoute est la plus grande entreprise
privée du département du Nord. Elle distribue aujourd'hui
près de 8 millions de catalogues en France et son fichier est le
deuxième après celui de la Poste. Après avoir
connu un taux de croissance extrêmement important dans les
années 80 et un besoin massif de main d'œuvre, le secteur
VPC est aujourd'hui devenu un secteur stagnant et le chiffre d'affaire
de La Redoute chute. Ainsi, d'après la direction des ressources
humaines, La Redoute aurait atteint un certain seuil de saturation qui
imposerait à l'entreprise de revoir son organisation en
matière de relations sociales et d'adopter une posture de
resserrage sur le recrutement et les rémunérations. Cette
évolution conjoncturelle se traduit notamment par l'emploi de
nombreux intérimaires, plus avantageux en terme de
flexibilité que les emplois à durée
indéterminée. L'entreprise bénéficie
cependant d'une conjoncture récente relativement favorable
puisque son concurrent le plus proche a négocié
l'année dernière un plan social.
D'après les propos d'un DRH de La Redoute, l'effet de
la conjoncture économique de l'entreprise sur sa politique
sociale tiendrait à ce que "
l'organisation de l'entreprise est évolutive, ce qui est le cas
de toute organisation aujourd'hui. Et ensuite, du coup, on est
relativement gêné pour faire coïncider l'organisation
des relations sociales qui est une organisation légale, avec une
entreprise qui est en perpétuelle mutation (…)
L'organisation qui avait été mise en place dans un
premier temps, elle n'est plus adaptée aujourd'hui, et c'est
très dur de faire changer les esprits là-dessus. Et c'est
très dur en matière de relations sociales ". Dans ce
contexte, la direction de l'entreprise est actuellement en train de
négocier un accord sur l'exercice des droits syndicaux ayant
pour but d'officialiser des corpus de textes relatifs à ces
droits datant des années 70 et s'appliquant depuis dans
l'entreprise, mais non signés. Cet accord en perspective semble
aller dans le sens d'une harmonisation des règles en
matière de relations sociales dans les différents
secteurs de l'entreprise suivant l'idée d'un contrôle plus
strict de leur application, ce qui semble d'ores et déjà
susciter des tensions comme le révèle le discours du DRH
cité précédemment : " Un syndicaliste vous
dira que c'est pour déstabiliser. Nous, on vous dira que c'est
pour remettre à plat les choses et voir que faire d'autre,
(…) [pour] que les règles soient claires pour tout le
monde. Parce qu'il y a beaucoup de petites choses du coup qui se
développent, si vous voulez, de manière
épisodique. Le danger pour nous c'est qu'il y a pas mal de cas
où certains viennent nous dire " bah, donc, moi je veux qu'il se
passe ça ". Alors là, on a un responsable qui revient
avec des yeux en billes de loto en vous disant " mais, je vois
même pas de quoi il parle " et on nous dit " si parce que
ça se passe comme ça dans le secteur d'à
côté ". En gros, parce qu'il y a un chef un peu sympa dans
un coin, qui est peut être un peu moins strict, et du coup,
systématiquement, on doit s'aligner sur la marge la plus basse,
principe de négociation classique. Bon du coup, nous ce qu'on
dit, c'est qu'on est pas contre accorder certains avantages : les
syndicats nous parlent de difficultés de fonctionnement. Eh bien
pourquoi ne pas parler de leurs frais de fonctionnement, ce sont des
sujets à la mode. Et puis ils nous parlent d'heures de
délégation. Et bien, pourquoi ne pas reparler des
crédits d'heures de délégations, pour vous donner
une idée mais au moins, mettons tout à plat et mettons
tout clairement par écrit ".
Ainsi, la politique sociale de l'entreprise apparaît comme de
plus en plus restrictive en matière d'emploi, de
rémunération et de conditions de travail, ce qui
entraîne par ricochet un encadrement croissant de l'action
syndicale. Cette évolution se traduit également par un
contrôle social individuel sur les salariés de plus en
plus strict, marqué par une valorisation de l'initiative
individuelle au détriment du groupe.
L'évolution du contrôle social individuel sur les
salariés
Pour en savoir plus à ce sujet, nous avons
interrogé Martine et Sylvie, deux militantes CNT qui occupent
à peu près le même poste depuis leur arrivée
dans l'entreprise, l'une en 1987, l'autre en 1997.
Pour Sylvie, l'immobilité de sa carrière dans
l'entreprise est liée à son rapport à la
hiérarchie. D'autres employés arrivés à des
postes similaires après elles ont évolué dans
l'entreprise mais, d'après Sylvie, " si on est pas un petit
chien, un petit toutou, on n'évolue pas ". Sa
syndicalisation semble d'ailleurs s'expliquer en partie sous cet angle
du refus de la soumission au chef : "
J'ai toujours été une grande gueule finalement. C'est
sûrement pour ça que j'ai pas évolué dans
l'entreprise ; je suis toujours à la même place. Mais
c'est par rapport à ça aussi que je me suis
syndiquée (je me suis dit " comme ils savent comment je suis, je
vais me protéger ") ". Il importe de préciser ici la
perception de Sylvie à l'égard du contrôle social
individuel exercée par la hiérarchie sur les
salariés. Ce contrôle s'exerce essentiellement à
travers la fixation mensuelle de la " valeur personnelle " (VP)
qui correspond à une procédure de notation des
salariés en fonctions de critères divers et aboutissant
à une augmentation de salaire individuelle, fonction de la note
obtenue. Les critères appliqués pour
l'établissement de cette augmentation sont la production
journalière du salarié, son comportement et son
engagement (mesuré à partir de sa disponibilité
à effectuer des heures supplémentaires et de son esprit
d'initiative). Au moment de son arrivée dans l'entreprise,
Sylvie respectait la cadence de production fixée par
l'entreprise en vue d'obtenir cette VP, mais depuis l'augmentation des
cadences (passées en 1999 de 164 à 225 articles par
heures dans le cadre de l'application de la loi Aubry), elle refuse de "
faire sa production "
et a perdu sa VP. Sa méfiance à l'égard de
l'entreprise va jusqu'à lui faire penser qu'il s'agit d'une
secte, tant les conditions de travail sont à ses yeux trop
asservissantes pour être non seulement légales mais
acceptées comme telles par les salariés de l'entreprise.
Elle tire également ce jugement du témoignage d'une
salariée dont l'agent de maîtrise aurait dit avoir
été obligé de lire l'autobiographie de
François Pinault, propriétaire de La Redoute.
Martine, secrétaire du syndicat CNT de la vente par
correspondance, a quant à elle toujours refusé de
respecter les cadences de travail fixées. Son discours pour
convaincre les salariés de ne pas respecter les cadences est
significatif du sens qu'elle donne à cet acte de
résistance : "
Je veux montrer aux gens que si on le fait pas, ils peuvent rien nous
faire (…) Pour maximum 100 balles en plus par mois, ça
sert à rien de courir ". Cette pratique de persuasion
consiste dans certains cas à effectuer la démonstration
suivante en la présence d'une chef qui interpelle quelqu'un dont
la production chute : " Si tu respectes vraiment la cadence, dans
quelques années tu seras trop fatiguée pour travailler,
tu seras moins efficace et ils vont te licencier parce que tu seras
plus assez productive ". Martine précise en outre que dans
ces cas de figure, le supérieur hiérarchique en question
n'émet aucune protestation à l'égard de ses
propos, ce dont elle déduit qu'il reconnaît la
véracité des conclusions émises. Elle ajoute enfin
que de plus en plus de personnes arrêtent de " faire leur
production ",
provoquant une baisse de leur VP. Cette pratique perdure, même si
les salariés qui baissent leurs rythmes de travail sont pourtant
d'avantage surveillés (pressés par exemple de moins fumer
alors que les autres bénéficient d'une relative
tolérance à l'égard des pauses
supplémentaires).
Parallèlement à cette augmentation des cadences
de production, intervient une légère modification dans la
nature du travail demandé aux 1 600 salariés du site de
la Martinoire à Wattrelos (près de Roubaix), site le plus
important de La Redoute, site dont font partie Sylvie et Martine.
L'évolution des conditions de travail et la
spécificité du site de la Martinoire
A la question " Comment ça se passe ton boulot au quotidien
? ", Sylvie ( qui est " préparatrice de commande ")
répond : "
Je prépare les commandes, c'est à dire je marche toute la
journée, je marche et je pousse une charrette. Et voilà,
je ramasse les articles, je colle une étiquette, après je
vais les vider et je recommence. Et je rame toute la journée,
pour le SMIC ". A la question " Comment tu décrirais tes
conditions de travail ? ", Martine (qui est " entreuse de retour ")
répond : " Monotones. T'es là toute seule avec ton bip et
tu remets dans le casier initial les articles renvoyés ".
La préparation des commandes et le retour des articles
refusés s'effectuent suivant l'ordre taylorien du travail
à la chaîne, dont l'agencement est
légèrement modifié en 1999 sur le site de la
Martinoire. Tous les articles ramassés sont classés,
regroupés en lots puis déposés dans des grands
bacs fixes au lieu des petits bacs qui défilaient sur une
chaîne mécanique auparavant. Un nouveau système de
lecteur optique a été instauré pour chaque article
ramassé et les lots préparés sont moins volumineux
mais plus nombreux, d'autant que la journée de travail dure une
heure de plus depuis l'instauration des 35 heures. Cette modification
du travail change la perception des salariés quant à leur
production journalière, et par ricochet quant aux nombres de
commandes faites à La Redoute. Celle-ci est devenue confuse et
suscite chez Martine et Sylvie le sentiment de ne plus maîtriser
la quantité de travail que requiert l'entreprise et par
déduction l'évolution de la conjoncture de celle-ci : "
Eux (la direction), ils
disent qu'ils font pas de bénéfices, mais nous on sait
très bien qu'ils en font, on voit comment on travaille, on voit
bien le boulot. Mais comme là, depuis les 35 heures, ils nous
font travailler sur une plus longue journée ; ce qui fait qu'on
voit moins le nombre de colis qu'on prépare ; le travail il est
réparti pour faire en sorte qu'on voit plus le boulot qu'on
avait avant. Et c'est vrai qu'on trouve qu'on n'a plus le boulot qu'on
avait avant. Mais, en fait, on en a toujours. Bon, y avait la
chaîne… Peut être qu'on le voyait plus, maintenant
on le voit moins ".
Au vu des conditions de travail décrites par les militantes CNT,
l'organisation taylorienne du travail a été maintenue et
la pénibilité des tâches ne semble pas avoir
été altérée par le changement intervenu en
1999. Pour nos camarades, l'atelier de la Martinoire constitue à
ce titre un site spécifique: "
Le travail qu'on fait, il est très très physique
(…) Là où on travaille, à la Martinoire, on
appelle ça la base, parce que c'est nous qui avons en fait les
plus grosses responsabilités, puisque c'est nous qui
préparons les commandes. Après, elles sont
dispatchées vers les emballages, mais c'est quand même
nous qui avons le travail le plus ingrat et la première des
choses, c'est le ramassage, et c'est nous qui sommes les moins
payés de tous les ateliers ".
Le site de la Martinoire est très significatif de la nature de
l'engagement syndical des militantes CNT et de la construction de leur
mobilisation. De façon plus générale, la
Martinoire apparaît particulièrement propice à la
mobilisation ouvrière puisque, malgré
l'indifférenciation du taux de syndicalisation dans cet atelier
par rapport aux autres, une certaine conscience de groupe et
d'appartenance subjective à la classe ouvrière
apparaît clairement à travers l'auto-appellation de " base
". Les changements intervenus en 1999 ont cependant produit des effets
allant plutôt dans le sens de l'atomisation des individus qui,
sous l'effet de l'augmentation des cadences, ont perdu leurs liens de
solidarité et de convivialité, comme en témoigne
Martine :
" Avant l'augmentation de la cadence, on s'amusait bien, y avait une
bonne ambiance, on était cool. Et puis il y avait de la
solidarité entre nous. Avec la nouvelle cadence, c'est chacun
pour soi et Dieu pour tous ! C'est rare qu'une fille aide quelqu'un qui
a pas fini ".
La dégradation des liens à l'atelier constitue un
obstacle à la mobilisation ouvrière. D'une façon
plus générale, cette perte de sociabilité traduit
une partie des effets de la transformation du travail sur la
construction de la mobilisation ouvrière et son potentiel
contestataire. Cependant, les conditions de travail propres à
l'ordre taylorien que l'on retrouve sur le site de la Martinoire
semblent produire précisément les effets décrits
par Beaud et Pialloux dans " Retour sur la condition
ouvrière " (2).
L'engagement de syndicalistes cénétistes
interrogées correspond à un militantisme encore naissant
mais prenant déjà les formes de celui décrit par
ces auteurs lorsqu'ils analysent les modes d'action et la politisation
des délégués syndicaux avant que la transformation
du travail ouvrier ne produise ses effets : " Dans le cadre de
l'ancien ordre taylorien, les conditions de travail étaient
l'objet de multiples luttes au cours desquelles le
délégué faisait ses preuves. (…) Les
délégués avaient conquis, se
référant à l'analyse marxiste de l'exploitation et
en " traquant " sur place les mécanismes d'extorsion de la
plus-value (les mille et un " trucs " de la direction pour grappiller
du temps sur les chaînes…), une capacité de
négociation informelle qui faisait aussi leur pouvoir symbolique
et qui forçait le respect des autres OS. (…) La
politisation des OS s'appuyait sur ce moteur de la " prise de
conscience de classe " qu'était l' " exploitation " au travail,
les multiples formes qu'elle revêtait, sa brutalité. Les
militants étaient aussi soutenus dans cette entreprise par la
possibilité de s'opposer violemment aux figures
emblématiques qui incarnaient physiquement l'ordre taylorien -
les petits agents de maîtrise, les chronométreurs, le
bureau des méthodes, ceux qu'on appelait les " chiourmes ". Ces
personnages détestés cristallisaient l'animosité
des OS et concentraient les tirs croisés des militants. Ils
incarnaient un ennemi commun, concret, bien identifié : ceux qui
cherchaient à capter les combines des OS, qui relevaient les
rythmes de travail pour augmenter la productivité au profit du "
patron ", qui étaient là " pour te coincer " ".
Tant la dénonciation de l'exploitation et de la brutalité
du travail que l'opposition aux agents de maîtrise prennent des
formes parfaitement similaires dans les modes d'action des militantes
interrogées. Ainsi, Martine nous a expliqués comment,
à plusieurs reprises, elle avait provoqué le
départ d'agents de maîtrise auxquels elle s'était
directement opposée, à la différence de certains
militants de la CGT qui, pour un même agent de maîtrise
ayant justement quitté l'atelier de Martine, s'étaient
simplement plaints au supérieur hiérarchique, sans
résultat.
On peut également relever le contraste entre l'analyse de Beaud
et Pialloux à l'égard du comportement des
intérimaires (courage, ténacité,
abnégation, respect des chefs, incompréhension à
l'égard du sabotage, du freinage et autres formes de
résistance des ouvriers à l'entreprise et surtout rejet
de la part des ouvriers syndiqués à leur égard) et
la perception des syndicalistes de la CNT. La perception des
intérimaires et de leur travail, développée par
Sylvie, est révélatrice : "
Moi, je suis sûre qu'elle est hors la loi, La Redoute. Ils font
travailler des gens, des fois, alors qu'ils n'ont pas le droit. Et si
nous on va pas les voir, ils disent rien (…). Ils font venir des
intérims à 5 h du matin, ils les font travailler jusque 5
h du soir. Bon, bien sûr, ils demandent à
l'intérim. Et l'intérim qui arrive, bien sûr, il va
pas dire non, il va dire " ben euh oui ". Mais en fait, ils n'ont pas
le droit de faire travailler les gens comme ça continuellement
de 5 h du matin à 5 h du soir. Donc nous, on le dit. On entend :
" ouais, tiens, la chef, elle a fait travailler cette fille… ".
Donc on va voir la chef. Elle, elle sait très bien qu'elle a pas
le droit mais… Il se passe tous des trucs comme ça, ils
font vraiment ce qu'ils veulent, ce qu'ils veulent. Ils manipulent les
gens comme ils veulent ".
Sur les 1 600 salariés travaillant à la Martinoire,
environ un tiers seraient des employés intérimaires.
Selon les interrogées, les intérimaires seraient de plus
en plus nombreux à refuser de venir travailler pour La Redoute
et les militant-e-s CNT prennent leur défense à
l'égard de la hiérarchie, notamment parce qu'ils
apparaissent à leurs yeux comme les premières victimes du
comportement de la direction. Elles reconnaissent pourtant qu'aucun
intérimaire ne se syndique. Pour autant, ce n'est pas ça
qu'elles mettent en avant, mais plutôt la logique de
dénonciation qui consiste à traquer les nouvelles
techniques d'exploitation du patronat dans l'entreprise, telles
qu'évoquées plus haut par Stéphane Beaud et Michel
Pialloux (3). ¢
Notes :
1. Voir l'interview réalisée auprès du permanent
de l'APU de l'Alma-gare dans la revue " Territoires " d'octobre
2002.
2. " La crise du militantisme ouvrier ", Stéphane Beaud
et Michel Pialloux, " Retour sur la condition ouvrière ",
Editions Fayard, Paris, 2001.
3. Ce texte est extrait d'un travail universitaire
réalisé par Hélène Duriez ("
Le conflit de représentativité syndicale dans
l'entreprise La Redoute : l'encadrement de la liberté syndicale
contre la lutte des classes ", 2003). Il a été relu
et adapté collectivement par Éric Dussart (CNT-Lille) et
Hélène Duriez.
LA
REDOUTE : ENTRETIEN AVEC LE DRH
Pour compléter l’article sur l’exploitation à
La Redoute, nous vous livrons - la chose n’est pas
coutumière dans nos colonnes - de larges extraits de
l’entretien avec le DRH de La Redoute, entretien
réalisé dans le cadre d’un travail universitaire
récent. Les morceaux choisis portent sur la perception de ce
jeune cadre dynamique du monde syndical de son entreprise. On y
trouvera une analyse bien conforme aux formations et aux ouvrages du
« manager » moderne et parait-il éclairé,
ainsi qu’un traitement particulier fait aux syndicats SUD et CNT.
Outre une confusion sur la notion de représentativité,
qu’il conditionne à la pratique d’un syndicalisme de
discussion et de partenariat (alors que la CNT ne revendique que le
droit d’exercer son activité syndicale dans les locaux et
sur les heures de travail, droits inhérents à la
qualité de syndicats dits représentatifs), il affiche un
mépris (on peut dire de classe) envers des salariés dont
il ne peut concevoir l’engagement que par la manipulation
d’activistes extérieurs. Hier, c’était la CGT
que les milieux patronaux qualifiaient de syndicat « avec lequel
on ne peut pas discuter ». Cette posture (abandonnée
depuis belle lurette par la centrale) a néanmoins permis
d’écrire l’histoire de nos acquis sociaux.
Aujourd’hui, l’ambition de la CNT est de développer
un syndicalisme de lutte et de transformation sociale.
Joao-Manuel - Syndicat CNT
des services et de l’industrie (Lille).
L’ENTRETIEN AVEC LE DRH :
- (….) Vous, vous êtes arrivé dans
l’entreprise à quel moment ?
-Il y a deux ans.
- D’accord, en 2001. Et vous donneriez quelle
définition au terme de relations sociales ? Qu’est-ce que
vous entendez par là exactement ?
-C’est un travail qui en France est très dur. Enfin, je
précise en France parce qu’on peut faire des
parallèles avec les pays étrangers. Parce qu’on a
une logique de contestation en France qui est très forte. Et
cette logique de contestation, elle est renforcée par le fait
qu’il y a un côté passager clandestin très
important. En clair, je négocie avec mes partenaires sociaux un
accord. Il suffit que j’ai un syndicat qui signe mon accord et il
s’applique à toute l’entreprise. Donc, la logique,
si vous voulez, c’est pas de se mettre en avant. Parce que si je
me mets en avant, je risque de me prendre des coups, alors que tout ce
que j’ai à faire c’est attendre qu’il y en ait
un autre qui le fasse à ma place, qui signe. Tout ce qu’il
y a de bénéfique, je pourrais dire « c’est
bon, ça a été négocié par le
syndicat ». Tout ce qu’il y a de négatif, je peux le
dénoncer. Donc, ça n’incite pas…
- Je comprends pas ce que vous voulez dire par dénoncer.
-Eh bien, vous pouvez le critiquer. Le droit est fait comme ça
en matière de relations sociales. Alors pourquoi est-ce que je
vous dis que c’est différent ? D’abord parce que
d’autres systèmes… Si vous allez voir le
système allemand, le système américain, le
système brésilien qui est très intéressant,
vous verrez qu’il y a des cas où soit vous êtes
obligés d’adhérer au syndicat. En clair, pour que
l’augmentation de salaire négociée par le syndicat
s’applique à vous, il faut que vous soyez syndiqué,
sinon vous n’avez rien. Donc, tout de suite, vous êtes
intéressé. Ensuite, vous avez ce qui existe en Allemagne,
qui va favoriser, vous allez le voir, le clientélisme,
c’est à dire le syndicat de services. Le syndicat
allemand, si vous allez voir le ? (mot en allemand
incompréhensible), le très puissant syndicat de la
métallurgie, ils peuvent tout vous fournir en quatre exemplaires
avec papier carbone, c’est pas un problème. Et ils sont
redoutables. C’est à dire que normalement, si un
syndiqué métal met son nez dans un dossier, ils ont
affaire à des pros et bon. Ca, j’allais dire, j’ai
plutôt un discours de patron, parce que je vais me plaindre de
mes syndicats français qui sont pas très pro, qui ont des
réactions plutôt épidermiques, euh, toujours
à tirer vers le haut. Eux peuvent me répondre «
bah, oui, mais dans le système allemand, les gens sont quand
même quasiment forcés d’adhérer »,
justement parce qu’ils n’ont pas de bénéfice
sinon, et en plus le mot syndicat était très
connoté politiquement.
- Ici ?
- Non, partout. La France, nous ne faisons pas exception à la
règle. Vous avez une exception je pense, avec un syndicat qui
est étonnant parce qu’il est à la foi
clientéliste et contestataire qui est SUD. Clientéliste
parce qu’il s’intéresse beaucoup à tout ce
qui est droit du travail… avec un certain côté
« je me renseigne sur tout ce qu’il est possible
d’obtenir et je peux donner les renseignements aux
salariés », et en même temps très
contestataire, puisque ne signant quasiment rien, ne
s’avançant pas dans la négociation. Sachant
qu’il y a une part terrible de responsabilité dans la
négociation, « si je signe un accord, j’engage ma
crédibilité de syndicat dans cet accord, et je ne peux
plus dire, euh…, je ne peux plus critiquer le patron comme je le
pouvais avant. » Ca c’est une mouture qui est
française et qui n’est pas forcément très,
très juste.(….)
- (….) Sinon, vous avez déjà rencontré
des conflits sociaux depuis que vous travaillez ici ?
- Oui.
- Et ça consistait en quoi ?
- Revendications salariales. C’est ce qui marche le mieux, hein !
- Et ça a connu quelle ampleur ?
- Alors l’année dernière, ça a
été, je dirais, sporadique. C’est à dire au
moment de la négociation sur les salaires, on a des
syndicats… un syndicat SUD ou un CGT qui a demandé 150
euros pour tout le monde. Je vous laisse imaginer la réponse
à ce genre de revendication. Et puis voilà. Et puis du
coup, en fait, ils ont voulu entraîner les autres salariés
dans la grève… et alors chacun se flatte d’avoir
gagné le conflit, mais au bilan la grève n’a pas
été très, très suivie, d’abord parce
que…
- C’était quand ?
- Mars dernier. D’abord la grève a eu des petits
soubresauts violents. On a eu un cocktail molotov qui a
été jeté sur la guérite d’un des
gardes. Le service de sécurité l’a très mal
pris à l’époque. Ils n’ont pas trouvé
ça drôle, je sais pas pourquoi, aucun sens de
l’humour vraisemblablement. Ils aiment pas les jeux des
syndicalistes. Ils l’ont vraiment mal reçu. On a eu
quelques petites irruptions de violence. Mais, j’allais dire au
bilan, on s’est rendu compte, enfin l’impression que
ça donnait c’est que la grève n’était
pas tellement suivie. Alors, c’est notre analyse, si jamais vous
croisez des syndicalistes ils vont vous dire certainement le contraire.
Ce qui se passe, je vous l’ai déjà dit en
introduction, la VPC est un secteur qui est en stagnation, où
les affaires ne vont pas bien. Un de nos concurrents, que je ne citerai
pas, qui est situé pas très loin d’ici, a
même le plan social. Mine de rien ça crée un
contexte. Et ça crée un contexte dans lequel La Redoute
ne va pas si mal que ça. Et c’est le verre à
moitié vide. Parce que tout le problème de la
négociation, si vous voulez c’est que c’est le verre
à moitié vide ou à moitié plein. Notre
raisonnement c’est de dire « Ecoutez, notre verre il est
à moitié plein. C’est peut-être pas terrible,
mais au moins, y a encore un verre, y a encore un peu d’eau
dedans », sachant que les syndicalistes nous disaient «
Non, le verre est à moitié vide, donc c’est tout ce
qui nous manque qui ne va pas. ». Nous on est en train de dire :
« Bin, vous avez déjà gagné
l’essentiel », et pas mal de salariés, en fait, on a
l’impression - c’est toujours des impressions - que du coup
les salariés n’ont pas suivi la grève à
cause de ça. En clair, pour vous donner un ordre
d’idées, La Redoute a accordé 1,4%
d’augmentation générale l’année
dernière répartie 0,8% en mars, 0,6% en octobre. Et la
VPC a du accorder deux fois 0,3 : 0,3 en juillet et 0,3 en
décembre.
- D’accord.
- Donc, l’offre Redoute, faut le comprendre comme ça,
n’était peut-être pas terrible. Mais, un,
c’était toujours mieux, plutôt et plus.
- Et quels étaient les syndicats les plus actifs, à ce
moment-là ?
- La CGT.
- D’accord, OK. C’est à dire les plus actifs, les
plus revendicatifs ?
- Oui, oui, les plus présents dans la grève. ???
- Sinon, j’ai entendu parler qu’y avait un conflit avec
un tout petit syndicat, je sais plus comment, enfin que je connais pas
du tout…
- La CNT.
- C’est ça.
- Alors c’est très simple. D’ailleurs, ça
nous amuse beaucoup parce que ce sont les seuls à voir un
conflit dans cette histoire. C’est un syndicat qui a
désigné… Vous connaissez les règles de la
représentativité en France ? Donc les syndicats
représentatifs ont le droit de désigner dans une
entreprise des délégués syndicaux. La CNT, qui est
un syndicat qui n’existait pas à La Redoute, a
désigné l’année dernière des
délégués syndicaux. Donc ce qui se passe dans ces
cas-là, surtout quand un syndicat qui n’existait pas
à La Redoute, qui apparaissait, les désignations ont
été contestées. Puisque l’employeur
n’a pas le droit de faire autre chose que de contester les
désignations de ces délégués. Bien. Les
désignations ont été annulées, le tribunal
d’instance a décrété que la CNT
n’était pas représentative dans l’entreprise.
Ils ont re-désigné trois fois. En fait, ils ont
désigné trois fois. Une première fois, ils ont
été annulés, une deuxième fois ils ont
retiré au dernier moment devant le juge leur désignation,
et la troisième fois ils ont été à nouveau
annulés. Et cette fois-ci, le juge leur a mis de l’article
700. C’est à dire, il leur a collé une amende, il
les a condamnés à payer des frais à La Redoute.
- Mais comment ça, enfin je comprends pas, comment ils ont pu
retirer au dernier moment leur désignation devant le juge.
- Bin ce qui s’est passé, si vous voulez, c’est que
quand on va devant le juge pour contester quelque chose, il faut
qu’il y ait un objet.
- C’était en appel de la première
décision ?
- Non, non, non, non. Parce que le principe des désignations,
quand vous avez des désignations qui sont annulées, vous
ne pouvez faire qu’un pourvoi en cassation. Or, en
l’occurrence, ils n’ont pas fait de pourvoi sachant que les
procédures en pourvoi ont très peu de chances
d’aboutir de toute façon. Et puis ils sont un peu
embêtés parce que les pourvois en cassation, c’est
des procédures qui sont très longues. Donc, ils ont
employé une vieille technique, qui est de dire vous êtes
annulés, c’est pas grave, on re-désigne. Et on
re-désignera jusqu’à plus soif, c’est
à dire jusqu’à ce qu’on soit reconnus
représentatifs. Deuxième fois, ils ont
re-désigné, ils ont été
re-contestés, et là je sais pas exactement ce qui
s’est passé, toujours est-il qu’à
l’audience, y a leur avocat qui s’est
présenté pour dire ça : « Je retire les
désignations ». Donc le juge a pris acte. Et il a dit :
« Les désignations sont annulées, la demande
devient sans objet. Plus de désignation, plus rien à
contester. » Et alors le lendemain ils ont
re-désigné. Donc là ils ont été
à nouveau contestés, cette fois-ci ils se sont
défendus devant le juge en disant « Si, si, on est
représentatifs » et le juge a à nouveau
annulé les désignations.
- D’accord. Et c’est un syndicat qui est apparu quand ?
- Je sais même plus quand est-ce qu’il est apparu. Il a du
apparaître, je dirais, l’an dernier, mai dernier. La
première décision date de juillet, donc il a du
apparaître en juin. Sachant que c’est un syndicat
typiquement qui confond la notion d’existence du syndicat, qui
est quelque chose qui ne se conteste pas, et sa notion de
représentativité dans l’entreprise. C’est
quelque chose qui est complètement différent puisque la
représentativité dans l’entreprise ça
sous-entend notamment que vous négociez avec l’employeur.
Puisque le principe même du syndicat représentatif
c’est de négocier des accords. Or la CNT, le
côté intéressant de ce syndicat, c’est
qu’ils ont comme vocation de ne jamais négocier.
- Ah bon ?
- Ah oui. Parce que l’employeur c’est un affreux, on ne
négocie pas avec… Evidemment, quand vous vous
présentez devant un tribunal pour dire : « Je suis
représentatif et l’action de mon syndicat c’est de
ne pas négocier », bin…
- Et alors, finalement, vous, vous reconnaissez l’existence de
ce syndicat ?
- Le problème, c’est qu’on a pas à
reconnaître ou à pas reconnaître l’existence
de ce syndicat. C’est comme si je vous demandais : « est-ce
que vous reconnaissez que j’existe ? ». Certainement, je ne
me pose même pas la question et c’est même pas mon
problème. Mon seul problème, c’est qu’on me
demande d’accueillir des gens à ma table entre guillemets
de négociation pour dire : « Voilà, on va discuter
de l’avenir de l’entreprise », et c’est des
gens qui me disent : « Je ne reconnais pas votre existence
». « Bon bin, écoute,z si vous voulez pas
négocier avec moi… ». Du coup, en fait, la querelle
de la représentativité, d’ailleurs la CNT, si vous
vous y intéressez, c’est un syndicat intéressant.
Enfin, si vous vous intéressez à l’histoire des
syndicats, parce que c’est un mouvement qui est anarchiste,
ouvertement. Et qui est issu des mouvements anarcho-syndicalistes, qui
ont toujours été dans les… à la base,
ça fait partie du syndicalisme et vous avez toujours eu un
combat dans les syndicats entre les anarcho-syndicalistes purs,
c’est des gens qui sont là pour tout casser, et puis
d’autres personnes qui disaient « Il faut négocier
». La première grande séparation, c’est entre
la CFTC et la CGT. C’est pas une séparation parce
qu’ils n’ont jamais été liés. Mais
vous aviez deux philosophies. La philosophie de la CGT initiale,
c’est une philosophie contestataire. La CFTC,
c’était plus négociatrice. La CNT
aujourd’hui, ils se sont manifestés à La Redoute,
mais on n’a pas d’activité de la CNT en propre.
J’ai des tracts qui viennent de l’extérieur, de gens
de la CNT qui ne sont pas de La Redoute.
- Ah oui, d’accord…
- Vous avez bien ce flou, si vous voulez, qui est maintenu, entre le
syndicat en lui-même, qui poursuit un but politique au sens noble
du terme qui porte sur l’organisation de la
société, et puis je dirais mon entreprise pour envoyer
des colis à des clients à Macon, c’est pas... Je
vois pas comment… (gestes). ( ….)
UNE
LOI RACOLEUSE ?
Sur
l'initiative du Reichsführer von Sarkowitz, le Reichstag
français vient d'ajouter un nouveau délit pénal :
le "racolage passif" passible de 2 mois de prison et de 3 750 euros
d'amende. D'aucun(e)s voient dans cette disposition et, de façon
générale, dans l'ukase auquel elle s'intègre, une
mesure… racoleuse. Qu'en est-il exactement à ne s'en
tenir qu'à cette disposition ?
Racolage actif ou passif ?
A l'origine, le terme "racoler" signifiait "enrôler par
force ou par ruse, en violation déguisée du principe de
l'engagement volontaire et les "sergents recruteurs" d'alors
étaient des… racoleurs. Au XVIIème siècle,
"racoler" a pris une acception supplémentaire : "attirer par des
moyens publicitaires ou autres". Ce n'est qu'au XIXème
siècle que le terme de "racoler" a pris le sens prostitutionnel
que nous luis connaissons de nos jours pour signifier "faire la
retape", c'est-à-dire "chercher à attirer (un client), en
parlant d'une personne qui se prostitue".
Dans son sens prostitutionnel, le "racolage sur la voie
publique" est devenu un délit dés que des mesures
prohibitionnistes ont été prises à l'encontre de
la prostitution. En tant que tel, ce délit visait les
prostituées et non les proxénètes. Bien que non
qualifié d'"actif", ce racolage visait l'exercice de la
prostitution et, notamment, la "retape" (action "de guetter et
d'accoster le client", autrement dit "de faire le trottoir").
Ce n'est que beaucoup plus tardivement et il y a encore peu
que le droit pénal français a introduit la notion de
"racolage passif"en le distinguant du "racolage actif" [Elle en a
été retirée, sauf erreur de ma part, en
1994].Alors qu'il définissait le "racolage actif" comme "le
fait, par tout moyen, de procéder publiquement au racolage
d'autrui en vue de l'inciter à des relations sexuelles", le
code pénal n'a pas pour autant explicité le "racolage
passif", le laissant ainsi à la seule appréciation de la
Police et, en particulier, de la brigade dite "des mœurs". La
"jurisprudence policière" l'a alors défini comme le fait "de
regarder un passant de manière nullement équivoque quant
à l'intention d'offrir une prestation sexuelle marchande" alors
même qu'en 1997 la Cour de Cassation a considéré
que "le seul fait de déambuler sur la chaussée et de
s'adresser à des automobilistes ou à des piétons
qui se sont arrêtés spontanément à sa
hauteur sans y être invités ne peut constituer à
lui seul l'infraction de racolage actif".
Un texte sans aucune logique abolitionniste
En fait, la nouvelle disposition ne rajoute pas le "racolage passif" au
"racolage actif mais supprime toute distinction entre les deux. Mais
l'essentiel ne se situe pas au niveau des "arguties juridiques" quant
à la qualification du "mode opératoire" du racolage
même si celles-ci ne sont pas sans incidences en terme de
répression.
En effet, ce texte n'obéit à aucune logique
abolitionniste (le contraire eût été
étonnant !) et ne vise aucunement les client(e)s et encore moins
les proxénètes. Il est strictement répressif et
s'inscrit dans cette paranoïa sécuritaire qui consiste
à criminaliser et "punir" les effets de la "misère"
générée par le système
économico-politique en place et aucunement à
prévenir, voire supprimer les causes de cette "misère".
Pour reprendre une image, au lieu de "traiter" les malades et de
prévenir une épidémie à l'aide de la
vaccination, de mesures de prophylaxie, d'hygiène…
on… abat les malades avec toutefois cette nuance "subtile" : il
ne s'agit pas ici de vaches folles et autres ovins tremblotants mais
de… "pauvres", d'être humains : la "punition"
infligée à la misère est bel et bien une
répression qui s'abat sur des individus !
En outre, s'il fait référence à la
"prostitution", les médias et les politicien(ne)s ne parlent que
des… prostituéEs. Si certain(e)s en doutaient encore, ce
discours révèle que le système en place est celui
du patriarcat dans sa posture machiste la plus exacerbée et la
plus… affligeante.
Par ailleurs, et dans la mesure où l'on admettra
qu'un(e) prostitué(e) ne lancera jamais de "regard racoleur"
à quelque flic que ce soit - sauf à faire dans le
"masochisme" (!?!) -, la revendication/justification policière
de pouvoir disposer de "moyens légaux" de qualification du
"flagrant délit" ne tient pas la route. Sans parler des
personnes ayant une vision défectueuse ou faisant tout
simplement preuve de curiosité et qui pourront désormais
être qualifiées de "racoleuses passives", il est
évident que le "regard racoleur" est une notion purement
subjective ouvrant grand la porte à des interprétations
relevant de la représentation de la personne (supposée)
"regardée", de ses préjugés, de ses
fantasmes…
Plus grave encore : d'un point de vue strictement juridique,
l'"intention", même dite "malhonnête" n'est pas un
délit. Pas même une infraction ! Elle peut, tout au plus,
être la "ciconstance agravante" d'un délit ou d'un crime.
Et la Loi ne connaît que l'acte délictuel
"consommé". Or, en admettant qu'il puisse être "racoleur"
à des fins prostitutionnelles, un regard, par définition,
est… silencieux et n'est pas une gestuelle,comme peut
l'être, par exemple, l'arpentage du trottoir, l'"accostage" d'une
voiture ou d'un(e) passant(e) ; il ne peut être qu'abusivement
considéré et, surtout, juridiquement qualifié
d'engagement d'un acte alors même que, selon le Droit en vigueur
(?!?) le "flagrant délit suspect justement un début
d'acte délictuel. Nul(le) n'étant à l'abri d'une
qualification de "racolage passif" pour cause de regard…
racoleur, le libre arbitre policier est désormais triomphant et
la Justice d'autant plus aveugle qu'elle ne participe plus du "pouvoir
judiciaire" mais du "pouvoir policier", ce qui est la
caractéristique d'un régime… totalitaire et, pour
reprendre l'expression des Montagnards, lesquels l'avaient
piquée aux philosophes des Lumières, de la…
tyrannie.
Les punir mais pour les… protéger !
On peut donc s'interroger sur une éventuelle
extrapolation du "racolage passif" à certaines pratiques
"consacrées" comme, par exemple, les images racoleuses de la
publicité incitant à se servir de son
téléphone portable en voiture, à conduire sans
ceinture de sécurité, à consommer de l'alcool
avant de prendre le volant, à transformer les routes, voire les
rues en pistes de Formule 1…qui sont des actes…
délictuels. Ou encore à ses "œillades" racoleuses
que, régulièrement, les politicien(ne)s en mal d'un
permis de tondre le "mouton citoyen" viennent jeter aux quidams…
Oui, on peut s'interroger ou… rêver car, bien entendu, les
publicistes et les politicien(ne)s ne sont pas de la "France d'en-bas"
et la Police n'est pas là pour les réprimer, les punir
mais pour les… protéger !
Certain(e)s pensent (ou… pansent !) que cette mesure,
comme toutes celles mises en œuvre au titre de la Loi sur la
sécurité intérieure [Au fait, la
"sécurité intérieure", cela ne sonne pas comme
"securitat" et autre Guépéou ?], vise à "racoler"
l'électorat de l'extrême droite : c'est oublier que cet
électorat n'a plus besoin d'être racolé puisque,
sous prétexte de "sauver la démocratie et la
république", il a prêté serment d'allégeance
- il s'est… inféodé - à la chiraquie et que
les (pseudo) démocrates, radicaux, socialistes, communistes ou
même… "anarchistes"[Que cela fait mal à dire !] qui
le composent filent le parfait amour avec von Sarkowitz et, non
content(e)s de lui cirer les pompes, le couvent de leur regard
amoureusement… racoleur !
Jean-Charles
PRECARITE
CULTURE
Comme
les intermittents du spectacle, les salariés de la culture en
général sont soumis à précarisation, voient
leur travail marchandisé et par suite souvent le public est
dépossédé aussi de ses droits à
l’information, aux données publiques, au patrimoine, et
à l’action culturelle. ….
Récemment des collègues de deux secteurs
archéologie et patrimoine, se sont rencontrés lors
d’une occupation de la DRAC (Direction Régionale des
Affaires Culturelles) par des archéologues qui a permis une
assemblée générale avec tous les personnels
notamment ceux des monuments historiques, des objets d’art
mobiliers, du patrimoine industriel, de l'architecture, etc. ....
Premier constat d’ évidence qui a été mis en
commun : l’archéologie, le patrimoine comme tous les
autres secteurs de la culture ne peuvent pas être rentable, il ne
sont pas une activité commerciale. Ils ne rapportent pas
d’argent. Ce n’est pas une raison pour en faire une
activité précaire. Suite à cette rencontre il a
été décidé de fédérer les
résistances à la mise à sac et mise à
l’encan des services publics et des richesses collectives (le
patrimoine c’est comme l’ environnement, c’est pas
pour nous, encore moins pour les ancêtres, c’est pour le
transmettre aux ceusses qui sont pas nés et qui en feront leur
profit). Cet article sera une des premières
concrétisations de cette rencontre et d’abord
l’occasion de faire un état des lieux des menaces et des
destructions qui pèse sur les métiers du patrimoine.
précaires de l’archéo,
Depuis
décembre 2002, les archéologues de l’ Institut
National des Recherches Archéologiques Préventives
(INRAP) sont en grève. La raison ? une baisse de 25% de la
redevance qui assure leur financement. Cette redevance est
demandée aux aménageurs afin de permettre une fouille
préalable à la destruction d’un site
archéologique selon le principe « casseur-payeur ».
Était-elle trop élevée ? Qu’on en juge par
ce chiffre : le budget de l’archéologie est égal
à 0.07% du Chiffre d’Affaire du Bâtiment Travaux
Publics en France !
Quels en sont les effets ? Dans l’immédiat, 400 personnes
au chômage (dont une trentaine sur le Nord/Pas-de-Calais), et
dans un futur proche une destruction du système actuel,
né en février 2002 et selon toute vraisemblance
l’entrée de ce secteur dans un système
concurrentiel.
Va-t-on revenir à la situation des années 80 ? A cette
époque, l’archéologie était
considérée comme une activité temporaire par
nature et qui devait donc s’organiser comme un enchaînement
de CDD. Et puis, il fallait être « souple », «
flexible » puisqu’à l’époque le
financement de chaque fouille était l’objet d’une
négociation avec l’ employeur. Être « flexible
», sur le plan de l’emploi, on sait ce que ça veut
dire. Les CDI n’ont été crées
qu’à force de luttes et de recours aux prud’hommes.
Mais les vieilles habitudes ont la vie dure : La création de
l’INRAP en 2002 n’a pas empêché le recrutement
de plus de 400 CDD en lieu et place d’emplois stables.
C’est aujourd’hui bien pratique : Face à ses
difficultés financières, l’INRAP décide de
ne renouveler aucun CDD. Une sorte de plan social, quoi. Mais sans plan
social.
Avec comme perspective un système concurrentiel, la
précarité ne risque pas de se résorber. A des
appels d’offres répondront plusieurs boîtes
d’archéologie, toujours en quête de plus de
flexibilité pour survivre. Les équipes
d’archéologues qui dépendent actuellement des
Municipalités ou des Départements sont des bons exemples
de ce qui nous attends : Un CDI pour le responsable, et une dizaine de
CDD,CES ou d’emploi-jeune, et ce, au mépris des
qualifications et de l’expérience professionnelle.
et de l’ inventaire ,
Dans le bulletin
précarité, le « Collectif des précaires de
l’inventaire » avait présenté son action
menée sur tout le territoire. Sur le Nord-Pas-de-Calais,
précaires ou pas encore précaires, ou un brin moins
précaires, ou titulaires ont rédigé un appel dont
ci-dessous un extrait concerne les menaces de licenciement et de fin de
contrat:
«La décentralisation risque fort d'aboutir à un
démembrement du service régional de l'Inventaire en
raison du statut très disparate de ses personnels. En
Nord-Pas-de-Calais, sur 16 personnes, 7 sont titulaires du
ministère de la Culture, 3 sont contractuels du ministère
(contrat de 3 ans), 2 sont en détachement et 4 sont personnels
associatifs de droit privé. Il faut souligner
l'ancienneté des personnels associatifs qui, dès leur
recrutement, ont rempli des missions d'État pour le SRI et pour
l'ensemble de la DRAC. ». Dessinateur - infographiste, chercheur,
photographes sont employés à la DRAC Nord-Pas-Calais
depuis dix ou plus de quinze ans. « Les perspectives de
décentralisation menacent d'ores et déjà ces
personnels puisque le financement de l’association qui les
emploie dépend pour un tiers du département du Nord. En
cas de décentralisation au niveau régional, ce dernier
pourrait être amené à reconsidérer
rapidement à la baisse le montant de sa participation
financière, ce qui aurait pour effet de menacer directement l'
emploi de ces collaborateurs, dont la présence est absolument
indispensable au fonctionnement du service. Cette disparité des
statuts, si elle n’est pas résolue préalablement
par des mesures de stabilisation dans le long terme de cette
catégorie de personnels, menace le service d' éclatement,
risquant d’ aboutir à un fort ralentissement de ses
missions dans la région. »
précaires de tous services unissez-vous !
Nous n’avons pas parlé dans cet article de la mise en
cause de la loi de 1913 sur la protection des monuments historiques, ni
de la fin de l’inaliénabilité des collections
publiques des musées, ni de la contractualisation de la lecture
publique, ni de la privatisation camouflée de certaines
ressources numérisées des archives …. Nous
n’avons pas parlé de l’efficacité brutale des
lobbies européens : bâtiment et travaux publics,
technologies de la communication, chimie dont le grand point commun
c’est de faire rendre rendement de consommation à la
culture et à l’éducation au sens large :
taylorisation de l’âme et nivellement par la moyenne
statistique … (si encore c’était nivellement par le
bas, là on serait d’accord peut-être …)
Dernière nouvelle : A la mairie de Lille, deux emplois
patrimoniaux contractuels sont menacés de disparition. Deux
personnes licenciées, et on abandonne un projet de mise à
disposition de notre patrimoine urbain. Toujours, destruction des
conditions de travail et précarité vont de pair avec
l'abandon des critères de service public en conservation et
diffusion.
Qu’en est-il ailleurs ? dans les associations et les
collectivités locales ? Ce bulletin peut servir de plateforme
pour dénoncer précarité et marchandisation, pour
informer et fédérer, afin que le prochain article ne soit
pas signé Agnès (CNT-Union locale de Lille, SSEC) et
Kyann (archéologie) mais signé d ’ un collectif
Nord - Pas-de-Calais en construction.. pour la défense des
métiers, des conditions de travail, des salaires (à
travail égal, salaire égal), des statuts (titularisation
sans condition de concours ou nationalité dans les services
publics), des contenus de la culture et du patrimoine
COMPTE-RENDU
DE L'INTERSYNDICALE DU 4 MARS 2003
Ou : de la difficulté de s'asseoir à la table de gens
bien installés ...
Etaient présents environ 15 personnes,
représentant : le SNES, FSU, CGT, CFDT, EIN ? (pour les LP),
SE(fen)UNSA, SNUIPP, SUD (quelques minutes ..), la CNT( d'abord Aldo et
moi, puis David, AE.)
Etaient absents : F.O. (déjà à l'intersyndicale
précédente d'ailleurs), FAEN (excusée), UNEF.
Jean-François Larosière, chef d'orchestre de la
réunion à introduit celle-ci en indiquant qu'il avait
élargi les invitations à l'UNEF qui était
signataire de l'appel des 5 organisations. à la grève du
18/03, ainsi qu'à «AIT» (CNT) du fait de sa
présence remarquée dans la rue ces derniers temps ...
Par ailleurs les invitations étaient faites sur la base
des élus aux commissions paritaires. D'entrée de jeu la
question a été de savoir si l'intersyndicale acceptait de
recevoir le collectif. Parallèlement, les 2 AE du collectif
étaient sommés de rester "dehors !", bien qu'une
"percée" ait été tentée pour essayer de se
présenter ouvertement à la fameuse assemblée.
Les raisons invoquées du refus :
Un tour de table partiel a mis en avant des arguments contre l'accueil
du collectif :
- Le collectif s'inviterait au dernier moment faisant du "forcing" sans
qu'aucun courrier ne soit parvenu au SNES.
- On ne pouvait recevoir à la dernière minute un
collectif dont "on ne savait rien".
-
Le collectif s'invite dans une réunion où l'ordre du jour
évoque la question des AE/MISE mais ce n'est qu'un point parmi
d'autres ! (on verra en effet que dans le déroulement de la
réunion très peu de temps leur sera consacré).
- Ce collectif demande à être reçu par une
assemblée qu'il a ouvertement dénigrée en
dénonçant la position des 5 confédérations
syndicales sur les assistants d'éducation dans l'un de ses
tracts.
- Cette intersyndicale a été conçue dans la
continuité des réunions qui ont eu lieu depuis le 5
août.
- Dernier argument ... : on ne pouvait transformer à
l'emporte-pièce un fonctionnement et un règlement (sur
lesquels reposaient les intersyndicales) qui avaient jusqu'ici
assuré les actions et leur "efficacité"...
Ainsi, il est proposé qu'un compte-rendu de la réunion
soit adressé au collectif.
Chacun se félicitera sans doute de la cohérence et du bon
sens des arguments exposés...
Face à ce consensus défavorable du SNES, CFDT, CGT, FSU,
la CNT et SUD ont réagi en dénonçant la mauvaise
foi de ces positions (Eric de SUD a rappelé que ce collectif
"soudainement sorti de nulle part" comprenait des personnes
liées au SNES, Aldo de la CNT que ce collectif si inconnu avait
pourtant signé une plate-forme nationale à Rennes le 22
et qu'on ne pouvait fermer les yeux sur la mobilisation des collectifs
des AE et MI/SE aujourd'hui et partout à l'échelle
nationale; de mon côté je m'étonnais
(sûrement très naïvement) qu'alors que des gens se
déplaçaient pour présenter leur action,
énoncer leurs difficultés et discuter avec les syndicats
qu'on rechigne à leur accorder le seul temps de se
présenter et qu'on monte en épingles l'histoire du
courrier non reçu dont on voyait mal l'intérêt
qu'aurait ce collectif à ne pas l'avoir envoyé.).
On a vite vu qu'il s'agissait d'un dialogue de sourds, les
vrais arguments auraient sans doute reposé sur des conceptions
différentes du syndicalisme : certains voyant dans la
reconnaissance des collectifs la destruction annoncée des
syndicats.
Suite à cet échange plutôt "vif" .. SUD
décide de ne pas participer à cette intersyndicale, Aldo
de la CNT choisit de laisser sa place à David qui a la double
casquette : AE et CNT afin que le collectif puisse par cette voie
détournée savoir ce qui est discuté pour le 12 et
18 mars, et prendre la parole (en application de la décision
SSEC CNT du samedi précédant).
Après ce début de réunion pas franchement
sympa ( et qui donne plutôt envie de donner un grand coup sur la
table), l'ordre du jour a finalement été rappelé :
il s'agit de construire un appel unitaire pour la journée du 18
mars autour :
- De la carte scolaire,
- Du projet de loi qui sera à l'assemblée le 19/3 sur les
Assistants d'éducation,
- De la plate-forme signée par les organisations fin
février contre la décentralisation.
Un tour de table est fait pour savoir si toutes les organisations
syndicales appellent pour le 18 mars et quels genres de mobilisation
sont préconisés et autour de quelles revendications.
Grosso modo, voici ce qui ressort :
- C'est une manif régionale qui est choisie
-
L'UNSA-éduc. insiste sur l'importance d'une mobilisation contre
la décentralisation et la nécessité d'impliquer
les ATOSS, rappelant que ce transfert des personnels n'est qu'un
première charrette.
- La CGT rejoint l'UNSA en émettant l'idée de laisser
défiler les ATOSS en tête.
- Pour la CNT, j'indique que nos tracts appellent à la
journée du 18 mars ; je rappelle nos revendications qui
dénoncent évidemment la régionalisation, mais
aussi placent le problême de la précarité au centre
de nos luttes, avec la revendication de titularisation de tous les
personnels actuellement en poste (AE, MA, CES, CES), de défense
du statut des MI/SE.; enfin j'indique que la revendication de
départ à la retraite à taux plein sur la base de
37,5 annuités pour le public comme le privé reste un axe
essentiel dans notre mobilisation, dernier point qui va relancer le
débat (les retraites n'ayant été
évoquées par aucun des autres syndicats, la CFDT rappelle
son désaccord, l'ensemble indique qu'il ne faut pas
éparpiller les mots d'ordre pour le 18 mars, et que cette
fois-ci c'est .. la décentralisation ...).
- L'EI N ? R ? L ? (enseignement professionnel ..) : rappelle son
action contre le "lycée des métiers", indiquant que ceux
des LP vont se retrouver soit dans le privé, soit dans la rue.
Ils sont toujours en attente d'un bilan sur les suppression de poste
(qui devait arriver mardi11 mars)
- La CFDT propose de décliner la plate-forme du 18 mars selon le
public que l'on veut toucher (COP, ATOSS).
Lors d'un autre tour de paroles, je rappelle qu'on a beaucoup
parlé de décentralisation mais qu'on n'a pas
évoqué la mobilisation autour de la
précarité qui avait pourtant été
annoncée comme un point de mobilisation important pour la
journée du 18 mars. Aussi je demande ce que les organisations
mettent comme revendications derrière le mot
"précarité". Comme seule réponse, on nous a
photocopié le communiqué de presse du 20 février,
signé par la FAEN,FERC-CGT, FSU, SGEN-CFDT et UNEF, que David et
moi avons lu en aparté, nous étonnant du "vague" des
revendications pour les AE. pour lesquels il est demandé que
"des solutions soient offertes". (voir l'intégralité de
ce papier).
Par ailleurs, dans toutes les interventions, il a souvent
été question de la difficulté de mobiliser, de
construire une identification à la mobilisation, du
problème des journées de grève à
répétition et isolées. Aussi un autre point qui a
été discuté, c'est la gestion du paritarisme.
Plusieurs ont en effet rappelé qu'ils n'étaient
plus du tout écoutés, que la Méthode Raffarin
posait constamment la question de "à quoi servent les syndicats
?" puisqu'on passait outre toutes leurs demandes. Le syndicat de
l'enseignement pro. ( EIN ?) a rappelé que toutes les demandes
sur les GTP (??) avaient été refusées, et ce
même sous Fortier (ancien recteur), ce qui posaient vraiment la
question du rôle des syndicats. Dominique Castelain de la FSU
confirme : "au niveau du paritarisme, on a pris un coup dans la
gueule".
Ainsi plusieurs syndicats majoritaires ont commencé
à boycotter les instances paritaires : pour ne pas "avaliser la
méthode Raffarin". La CFDT a boycotté les CTP (?, il est
aussi question des CTPD et A)) , mais propose de continuer à
aller aux "groupes de travail" (qui ne sont pas des instances
officielles et sont un acquis de la région).
Dernier point évoqué dans cette réunion de 3h .. :
La journée du 12 mars.
La question a été de savoir si l'action
annoncée par la CGT qui a obtenu une audience au rectorat sur la
restructuration pouvait se transformer en journée d'action
unitaire. A ce propos, j'ai rappelé que le bulletin: "Ensemble
contre la précarité" de mars 2203 annonçait cette
journée, l'action du collectif AE-MI/SE, ainsi que l'action de
la CGT. La CGT a alors indiqué qu'il y avait un malentendu sur
cette journée : la CGT ne se mobilisait sur .. la
précarité ... mais sur la suppression des formations; la
CGT ne comprenait donc pas pourquoi ils étaient
évoqués dans notre bulletin !
Au final, la journée du 12/3 resterait une
journée d'action CGT ! (Timing trop court pr s'organiser,
journée pas mobilisatrice ... et patati...).
Un dernier point était de savoir où aurait lieu
la manifestation du 18 mars, bien qu'après discussion
l'idée proposée d'une manifestation décalée
à Bapaume, ville du ministre de la fonction publique ayant en
mains les gros dossiers sur la décentralisation, M. Delevoye,
ait été retenue, le SNES majoritaire après un coup
de fil à ses chefs à indiquer que ...ce serait
plutôt Lille... !
David et moi sommes partis avant les "adieux collectifs",
David a laissé le document du collectif sur leurs
revendications.
Voilà pour un tour d'horizon de cette intersyndicale
qui personnellement m'a beaucoup appris sur le fonctionnement et la
langue de bois des syndicats "représentatifs" et m'a pas mal
sidérée !.
Sophie, David et Aldo
(SSEC-CNT)
METALEUROP
Une
bien sale histoire que celle de Metaleurop … dégueulasse
à tous les niveaux : entourloupe carnassière de la haute
finance, des déjections empoisonnent le voisinage et des
salariés « Kleenex » qu’on jette à la
benne.
TERRORISME BOURSIER
Après les derniers exercices déficitaires et les
coûts engendrés par une mise aux normes européennes
de la production, la sentence tombe : restructuration de Metaleurop
Nord le site de Noyelles-Godault (Pas-de-Calais) doit fermer. A noter
que cette annonce fait monter le cours l’action du groupe. La
réaction de Glencore (multinationale suisse et principal
actionnaire) était prévisible car, ce conglomérat
est connu pour sa vénalité sans états
d’âmes : commerce avec l’Afrique du Sud de
l’apartheid, pillage des stocks de matière première
de l’URSS lors de sa dislocation …
Certains indices laissent quand même paraître que
si la déroute n’était pas prévisible, elle a
été au moins anticipée, voir optimisée. Le
déménagement récent du siège social du
Pas-de-Calais vers Paris évite au groupe Metaleurop
d’avoir à faire à un liquidateur judiciaire local,
donc exclut toute sensibilité dans le traitement social de la
fermeture du site. L'été dernier, le directeur est
remercié quatre semaines après son arrivée alors
qu'il avait réussi à relancer la production de plomb.
Résultat jugé contraire aux intérêts
financiers de Glencore, qui catapulte à la tête de sa
filiale du Pas-de-Calais le directeur technique embauché 15
jours plus tôt.(1)
QUI VA REPARER LE DESASTRE ECOLOGIQUE ?
Complexe métallurgique existant depuis la fin du
XIXème siècle, les cheminées de Metaleurop ont
copieusement déversées leur fumées douteuses
chargées en plomb sur la campagne environnante, en intoxiquant
au passage les populations habitant à proximité ainsi que
bien évidement les travailleurs de l’usine. Si les
plaintes récentes d’une soixantaine de familles
n’ont pas accéléré la fermeture,
l’empoisonneur a très certainement intégré
ce paramètre dans la décision finale (procès aux
lourdes conséquences financières pour
l’empoisonneur) .
L’importante pollution des sols est elle aussi à
souligner. En effet plusieurs maraîchers sont installés
dans les environs et produisent des légumes avec un
assaisonnement aux métaux lourds. Production que nous retrouvons
dans nos assiettes car légalement commercialisée (il
n’existe juste que des recommandations de l’union
européenne sur les seuils de pollution tolérés).
La direction de Metaleurop n’avait-elle pas signé un
accord de dépollution des sols avec les pouvoirs publics ?
Oublions tout ça, on n’est jamais mieux servi que par
soi-même, donc c’est toi le brave citoyen qui va
débourser, comme pour le pétrole sur les plages du
sud-ouest (pétrole venant d’Ukraine et appartenant
à … Glencore).
L’USINE FERME… NO FUTURE !
Les 830 nouveaux sacrifiés sur l’autel de la
rentabilité iront gonfler le taux de chômage du coin qui
se chiffre déjà autour de 25%. Et de fait c’est
toute l’économie locale qui va trinquer, car Metaleurop
est l’employeur principal du secteur. Les gros yeux et autres
gesticulations de nos élus ne vont pas remonter le moral des
ex-salariés de l’usine de Noyelles-Godault. Pire ils se
moquent ouvertement en proposant une création, dans quelques
années, d’une zone franche, dont ont connaît le peu
d’impact , en général, pour l’emploi local.
Le cas Metaleurop n’est pas sans rappeler le cas AZF
à Toulouse où s’oppose la sauvegarde de
l’environnement et le maintien de l’emploi. Les
différents accidents survenus sur le site par le passé
(10 morts en 1993) auraient du pousser le tandem pouvoirs publics -
syndicats à exiger la modernisation du processus de production.
Ils ont préférés rester sur le status-quo et
sauvegarder l’emploi. Ce choix
est souvent socialement désastreux à moyen terme (la
région a une solide expérience en la matière :
mines de charbon, industrie textile, …). La reconversion ou
modernisation des bassins industriels, si elle était
anticipée, pourrait peut-être éviter
l’exportation de nos « industries poubelles » vers le
tiers-monde.
Laurent (Syndicat des
Services et de l’Industrie)
(1) Extrait
d’un article paru dans le Ml du 30/01/2003
Accueil
- Agenda - Actualité
et analyses - Bulletin régional
interpro
- Education - Vidéos - Liens
La CNT
dans la région - Internationalisme
- Orientations générales - Service
"librairie"
Textes
et documents
Syndicats CNT du Nord
Pas-de-Calais
E-mail : ur59-62@cnt-f.org