Extraits du BR n° 15
CONTRAT DE TRAVAIL
TEMPS DE TRAVAIL : LES ENTREPRISES RESTEES A 39 HEURES DOIVENT PAYER !
RECTIFICATIF DES REGLES SOCIALES S'APPLIQUANT AU MONDE ROUTIER
SYNTHESE DE LA FORMATION JURIDIQUE DU 16 MARS 2002 A LILLE (CDI et CDD)
ECRITURE EN ACTION (DIRECTE) : BILAN
MOSSLEY : UN AN DEJA !
SANS-PAPIERS EN DANGER
MANIF AU CENTRE DE RETENTION DE COQUELLES
COMPTE RENDU DU PROCES EN REPRESENTATIVITE DU SYNDICAT CNT-LA REDOUTE
LA “ RESISTIBLE ” ASCENSION DE FRANCOIS PINAULT
LE HARCELEMENT MORAL A TOUJOURS L'AIR DE RIEN !
DEBATTRE... POUR RECOMPOSER LA "GAUCHE" OU PREPARER LES LUTTES D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN ?
BILAN DE LA MOBILISATION ANTI-LE PEN A LA FAC DE LILLE
DROIT A LA LECTURE PUBLIQUE
ECRITURE EN ACTION (DIRECTE) : BILAN
Par le biais de l’actualité, le " salon de
l’écriture en action ", le 27 avril 2002 au
théâtre Massenet (Lille-Fives), s’est tenu dans une
atmosphère propice à des mobilisations en centre-ville.
Cependant, les visiteurs et lecteurs - peut-être entre deux
manifs - sont nombreux, entre 300 et 350, et les éditeurs,
auteurs et militants qui proposent leur production émancipatrice
ont pu largement présenter leur travail.
Un lieu d’échange, de proposition, de découverte
Le salon du livre anarcho-syndicaliste et syndicaliste
révolutionnaire du livre a atteint son but : lieu
d’échange, de proposition, de découverte. Une chose
est certaine, et le salon en sert de témoignage : la
vitalité éditoriale d’écrits qui ne sont ni
consensuels, ni silencieux, ni commerciaux, ni divertissants au sens
étroit. Toute personne qui s’est promenée autour
des tables aurait sans doute les mêmes difficultés
à définir les points communs des ouvrages
présentés : grande variété des genres
(livres d’artistes, romans, BD, essai, manifeste, presse
militante…), grande variété des prises de position
autour des notions d’engagement, de solidarité, de justice
(changer le monde par la convergence des luttes et militantismes, pas
par des modèles tout faits), grande variété des
auteurs représentés, du XIX° siècle à
l’actualité la plus récente. Pensées
ouvertes, internationales, mobiles, vivantes, personnelles et
collectives contre pensée massive. Finalement, le
théâtre Massenet était bel et bien lui aussi un
lieu de mobilisation.
Et nous l’espérons, pour chacun des visiteurs
passés par là, un lieu de création et de dialogue
sur l’écriture en action : chacun à divers moments
de la journée a pu participer et prendre position notamment lors
du débat dont nous souhaiterions, si c’est possible, que
quelqu’un y ayant assisté nous en fasse passer quelques
mots, pas à titre de compte-rendu, mais comme balles à
saisir pour relancer par écrits des pistes de travail et
réflexions.
Théâtre en action
La lecture théâtrale de Gérald Dumont sur la vie de
Benoît Broutchoux, aurait peut-être pu laisser à
ceux qui y ont assisté un rôle plus passif que les
discussions passionnées du débat. Mais tel n’a pas
été le cas. Le texte, pourtant adapté en dehors de
tout contexte au jour le jour, résonnait sur un mode très
mobilisateur, en écho avec les réflexions de chacun sur
la représentativité des aspirations à une vie
collective plus solidaire et plus juste (si ce n’est que les
curés incriminés par Benoît Broutchoux, en
matière de droit divin, peuvent être aujourd’hui
peut-être avantageusement remplacés par les tables
d’airain médiatiques). La lecture de Gérald Dumont
était un cadeau offert au participant vers une reprise de ce
spectacle. Chacun se trouvait alors premier bénéficiaire
d’une interprétation en construction,
bénéficiait à la fois du plaisir d’un
travail abouti et d’un rythme achevé tout en augurant les
possibles de la future ré-écoute dans quelques mois quand
Gérald Dumont proposera sa nouvelle version.
Théâtre en action, vraiment.
Pour en savoir plus sur Benoit Broutchoux, cliquer ici.
Bibliothèque(s) et service librairie
La table de presse proposée par le CCL était
présente sachant qu’on peut retrouver ce fonds tous les
samedis après-midi, 4 rue de Colmar. La
conférence-débat et l’atelier
d’écriture donneront lieu à publication dans un
prochain numéro. La bibliothèque fédérative
en réseau sur internet ( http://jccabanel.free.fr/bibliotheque_virtuelle.htm )
nous a permis des discussions sur le rôle et les possibles
d’internet dans une émancipation et une diffusion plus
proche de nos réels militants : les points de vue étaient
contrastés à cet égard, et ça vaut la peine
de les creuser. Le plus grand troqueur-émancipateur
d’écriture est venu en Arsène Lupin
littéraire de Villeneuve d’Asq pour une fabuleuse histoire
de Monsieur invitant tous les Messieurs (et sans doute aussi toutes les
Dames) à participer aux poésies urbaines
libératoires. La bibliothèque de prêt de la Maison
des syndicats CNT de Lille (1 rue Broca) est aussi aujourd’hui
enrichie d’une nouvelle de science-fiction à la
typographie menaçante pour les pouvoirs en place et d’un
texte théorique sur “ la nocivité de la valeur
d’échanges ”, jolie mise en abyme de nos trocs et
encore de quoi réfléchir…
Ce n’était qu’un début...
Un souci quand même : c’était si bien que
l’année prochaine, faudra qu’on soit très
constructifs pour améliorer. On y arrivera, on s’y
attelle, chacun avec chacun, dés maintenant. Dés le 1er
mai, certains sont allés en complément à Arras, au
premier "Salon de la critique sociale ”,
faire connaître la CNT dans cette partie de la région
où elle est peu implantée. Dans la même semaine, au
“ festival du film de la racaille ”, production
documentaire vidéo de contestation, on s’interrogeait dans
la salle sur des prochains 1er mai qui seraient “ fête du
travail et de la précarité ” avec une double
dimension de militantisme syndical et de production culturelle
émancipatrice… A suivre donc, sachant bien sûr que
grâce au “ service librairie ” de la CNT, qui peut
diffuser le catalogue des livres proposés au salon
(écrire à CNT service librairie, 1 rue Broca, 59800
Lille), l’écriture en action, c’est toute
l’année à votre disposition pour vos lectures et
aussi pour informer sur vos fanzines, samizdats, auto-éditions
en rupture de banc, littérature, grise de nom, et rouge et noire
comme un chat de contenu.
UL-CNT de la métropole lilloise.
L’atelier d’écriture
Comme nous le disions à la page précédente,
l’atelier d’écriture organisé dans le cadre
du salon fera l’objet d’un compte-rendu précis dans
le prochain BR. En attendant, voici un texte produit par l’un des
participants…
TRAVAIL, quand tu nous prends, tu nous mènes au CHôMAGE.
Travail, quand tu nous prends, tu nous voles.
Le réveil retentit d’une sonnerie qui m’affole. Quelle horreur ! 7 h 30. 100ème jour de travail !
Lever : 7 h 30.
Laver : 7 h 40.
Manger : 7 h 50.
Affiner la toilette : 8 h 00.
8 h 15 : sortir de la maison. Marcher.
8 h 30 : prendre le métro . Compresser. La foule compresse les organes vitaux.
8
h 42 : un siège se libère. Tentative pour
l’atteindre. Échec. A peine est-il possible de gagner 50
centimètres. D’autres organes compressés
parviennent à s’abstraire de la foule. Ils se laissent
tomber sur le siège. Rester encore debout. Compressé.
8 h 52: arrêt du métro à la gare. Un flot humain se
déverse. Un flot inverse monte. Se jeter sur une place
libérée. Enfin.
9 h 02 : se lever de son siège. Se frayer un chemin.
9 h 05 : descendre du métro.
9 h 11 : ouvrir la porte principale de l’immeuble des bureaux. 80
mètres de bureaux. En hauteur. 30 mètres de bureaux. En
longueur. 30 mètres de bureaux. En largeur. Entrer. Prendre
l’ascenseur.
9 h 15 : la porte du bureau. Enfin. L’ouvrir. Faire un brin de
causette avec les collègues. Une tasse de café.
Travailler, peiner, masses de dossier à traiter, des
rendez-vous, beaucoup de rendez-vous, ils ne sont pas contents, se
poser. Faire une pause. Re-boire du café. Re-brin de causette
avec les collègues. Re-travailler, re-peiner, re-masses de
dossiers, re-rendez-vous qui ne sont pas contents, trop de dossiers, le
chef n’est pas content, les dossiers ne sont pas terminés
à temps, les dossiers ne seront pas terminés. “
Trop mou, pas assez dynamique, pas assez flexible ”, me
lance-t-il, m’a-t-il lancé à mon entretien “
évaluation ” mensuel, m’avait-il lancé au
précédent entretien “ évaluation ”, et
encore à celui d’avant. Me le lancera-t-il encore ?
12 h 45 : cantine. Manger. Causer avec les collègues.
13 h 15 : Repartir au bureau, re-travailler, re-peiner, re-poser,
re-pause, re-boire du café, re-brin de causette avec les
collègues, l’organe chef n’est pas content, le
café s’est après les dossiers, re-re-travailler,
re-re-peiner.
16 h 45 : sortir du bureau. Non. Pas maintenant. Il faut terminer les
dossiers. Rapidement. Les heures supplémentaires coûtent
chères. Elles ne seront pas payées. Badger mais rester
encore.
18 h 45 : sortir du bureau.
18 h 48 : sortir de l’immeuble des bureaux.
18 h 54 : le métro aspire les organes. Les miens. Ceux des autres. Ceux de la foule. Ils sont compressés.
19 h 0 7: le métro s’épanche d’une partie des organes. D’autres y pénètrent.
19 h 29 : descendre du métro.
19 h 44 : la porte de l’immeuble des appartements. 80
mètres d’appartements. En hauteur. 30 mètres
d’appartements. En longueur. 30 mètres
d’appartements. En largeur. L’ouvrir.
19 h 47 : la porte de l’appartement. Le mien. L’ouvrir.
S’asseoir. Se poser. Se reposer. Un encas. La télé. Manger. La télé.
23 h 00 : dormir.
Le lendemain...
Le réveil retentit d’une sonnerie qui m’affole. Quelle horreur ! 7h30. 101ème jour de travail...
Le surlendemain... 7 h 30. 102ème jour de travail...
Le lendemain du surlendemain...
Weekend. La ville est merveilleuse.
135éme jour de travail.
La santé de l’économie est fragile.
L’entreprise où mes organes travaillent, quant à
elle, se porte bien. Cependant, mieux vaut prévenir que
guérir. La santé de l’entreprise pourrait se
dégrader. A l’avenir. Si nous n’y prenions garde.
Les décideurs. Les dirigeants. Les organes qui servent la
tête de l’entreprise nous ont assuré que cela se
passerait sans douleur. L’entreprise a besoin de se
dégraisser. Elle le nécessite. C’est indispensable.
Disent-ils. Mais cela sera indolore. Les mauvaises graisses se sont accumulées, étaient en train de penser les organes mineurs mais vitaux.
Sans doute.
La restructuration qui s’annonçait n’éliminerait que les non performants. Pensaient les organes mineurs mais vitaux. Disaient les organes de la tête.
C’est après tout normal. C’est le prix à
payer pour la survie de l’entreprise. Sa santé en
dépend. Son avenir. Les meilleurs font avancer
l’entreprise. Disait la tête.
168ème jour... 7 h 30. Le réveil ne retentit pas. Ma
société a remercié les moins performants. Mes
organes se sentent libres. Enfin. Pour une fois. Ils ne sont pas
compressés.
David (CNT-Lille).
MOSSLEY : UN AN DEJA !
À sa manière, une chaîne de
télévision (chose ô combien rare) est venue nous
rappeler dernièrement la lutte âpre mais
déterminée que menèrent et mènent toujours
les salariés de l’usine Mossley d’Hellemmes, dans la
proche banlieue lilloise.
Si la principale qualité du documentaire diffusé
était de nous montrer des salariés (grands dans leur
humanité et leur courage) et des patrons, (petits dans leur
suffisance et leur lâcheté), il venait aussi nous rappeler
le triste anniversaire de la liquidation de l’entreprise.
Cette lutte qui était alors un peu oubliée fut exemplaire
non seulement par la combativité des ouvriers Mossley, mais
aussi par la perte de croyance de différents mythes qui sont
encore la base de la stratégie de l’essentiel du mouvement
syndical français.
Premier mythe à s’effondrer : la représentation
des salariés au comité d’entreprise et de
l’efficacité de celle-ci.
Quelques semaines avant que les salariés n’apprennent la
liquidation de l’entreprise par le tribunal de commerce, une
réunion du CE eut lieu. Aux questions classiques des
délégués salariés sur la situation de
l’entreprise, les représentants de la direction leurs
répondirent que tout était pour le mieux dans la
meilleure des entreprises, que les carnets de commande étaient
pleins, etc… Rappelons ici que l’un des rôles du CE,
du moins tel qu’il est fixé par les textes, est la
consultation des salariés pour toute décision de
licenciement ou de plan social comme on dit aujourd’hui. La
deuxième prérogative des CE est la communication aux
délégués d’informations relatives à
la situation financière et économique de
l’établissement. Mais voilà ! Pour tout cela, il
faut que le patronat accepte de jouer le jeu et comme le dit si bien
l’un de nos camarades : “ Les patrons sont peu joueurs ! ”
Pendant l’occupation de l’usine, les grévistes -
fouillant dans les tiroirs de la comptabilité - furent fort
étonnés de trouver des factures de plusieurs millions de
francs correspondant, ici à la location d’entrepôts
en Turquie, ou là à des factures d’énergie
de sites en Allemagne ; et tout cela transitant le plus simplement du
monde par la comptabilité d’Hellemmes.
Deuxième croyance aban- donnée au fur et à
mesure de la lutte : celle de la justice égale pour tous.
N’ayant obtenu que le minimum prévu par la convention
textile : soit 18 000 francs pour 20 ans de boîte (avec des
salaires inférieurs à 6 000 francs), les salariés
occupent le site pendant plus de 2 mois pour obtenir une rallonge de
leur prime de licenciement. Ne voyant rien venir, ils décident
de durcir le mouvement, s’emparent d’un trésor de
guerre constitué de millier de bobines de fil d’une valeur
marchande de plus de 20 millions et s’introduisent, de nuit et
par surprise, au siège central du groupe pour y maintenir une
occupation musclée. Plusieurs jours d’occupation et la
médiation de la préfecture aboutissent à
l’organisation d’une réunion de négociation
avec le groupe. De longues heures de discussion houleuses se soldent
par un accord que les salariés pensent être une victoire.
Contre la récupération du “ stock de guerre ”
et le démontage des machines, la direction accorde, non sans
mal, une rallonge de 80 000 francs par licencié. Le
démontage des installations ainsi que la
récupération du butin ne tarde pas, les ouvriers -
confiants dans la signature de leur patron - regardent les nombreux
camions emporter leur seul moyen efficace de pression. Les semaines
passent… et toujours pas de primes versées ! Le syndicat
CGT de Mossley saisit alors le tribunal, juridiction qui
reconnaîtra la validité de l’accord et condamnera le
groupe à verser les indemnités prévues. Victoire
devant la justice, mais aucune contrainte n’est mise en place
pour faire appliquer le jugement. Nous pensons ici à notre
camarade Jean Marie Honoret, condamné à une peine de
prison pour s’être opposé à une saisie
d’huissier au domicile d’une famille au chômage.
Saisie ordonnée par décision de justice qui avait
condamné la famille pour le non-paiement de… la redevance
télé !
Dernier mythe que ce conflit a profondément
ébranlé : l’impartialité de
l’état dans la défense de ses administrés.
Pour mémoire, les événements décrits ici
ont eu lieu sous le gouvernement de la “ gauche plurielle
”. Politiciens, élus et notables des différents
partis de “ gauche ” se sont succédés sur le
site d’Hellemmes pour y tenir de forts beaux discours sur la
nécessité d’une intervention de
l’état, oubliant au passage que c’étaient
eux, alors, qui en graissaient les rouages. D’autre part, les
rencontres entre les salariés et la direction furent
convoquées de par la médiation de la préfecture,
soucieuse uniquement de retour à l’ordre public (des
ouvriers bruyants avec banderoles et pétards… ça
fait désordre !). L’accord signé le fut sous les
auspices conjugués de la préfecture et de
l’inspection du travail. Pourtant rien ne fut fait pour le
respect de cet accord. Le retour à l’ordre public reste
très unilatéral…
Aujourd’hui, soit un an plus tard, les salariés de Mossley
n’ont toujours pas obtenu leurs primes de licenciement…
Joao-Manuel (syndicat CNT des services et de l’industrie - Lille).
SANS-PAPIERS EN DANGER
Puisque le gouvernement Jospin a refusé de régulariser
tous les sans-papiers, sachant que ceux qu'il a piégés et
fichés au moyen de la circulaire “ Chevénement
” ne partiraient pas, une question s'impose au-delà des
strictes dimensions humanitaire ou juridique : à quoi servent
les sans-papiers ?
Les patrons sont hostiles à leur régularisation
car chantage et délation sont deux moyens de pression rendant
particulièrement avantageuse leur exploitation. A l'origine de
l'immigration clandestine : la fermeture des frontières sous
Giscard (1974) qui a fabriqué les clandestins, et l'existence
toujours croissante d'un marché du travail clandestin.
L'utilisation des travailleurs en situation irrégulière
permet une "délocalisation sur place" tant que les conditions de
travail des travailleurs en situation régulière
(français ou étrangers) n'auront pas atteint la zone de
non droit à laquelle sont soumis les sans-papiers.
Ainsi les sans-papiers sont bel et bien les premières
victimes de l'insécurité en travaillant
sous-payés, sans sécurité sociale (pas de
protection en cas d'accident du travail, pas de perspective de
retraites ni d'allocation chômage, etc.), à la merci de
licenciements arbitraires, sans droit de syndicat. Les rares poursuites
à l'encontre des employeurs se bornent à des amendes vite
amorties par une surexploitation juteuse. Si les mesures à
l'égard du travail illégal sont volontairement sans
effet, la répression des sans-papiers est terriblement efficace
pour pérenniser l'esclavage moderne. Complaisance
évidente donc de la part de l'État qui, dans le meilleur
des cas attribue au sans-papier une carte de résident d'un an
qui ne se verra renouvelée que si son bénéficiaire
ne gonfle pas les chiffres du chômage… L'immigré
fraîchement régularisé reste donc à la merci
de son employeur et se voit contraint d'accepter les pires conditions
de travail pourvu que son autorisation de séjour soit
renouvelée.
Cette situation permet aux capitalistes de tirer vers le bas
l'ensemble des conditions de travail, que le salarié ait ou non
des papiers. D'où la nécessité de luttes
solidaires pour obtenir la régularisation et l'obtention pour
tous les sans-papiers de la carte de résident de dix ans.
Urgence réaffirmée par les décisions de justice
d'expulser les demandeurs d'asile des foyers d'hébergement sur
engorgés qu'ils refusaient de quitter à Lille et Roubaix.
à Lille, occupations de bâtiments appartenant à la
municipalité ou à la région sont à l'ordre
du jour, pour contraindre les élus à honorer leur
promesse (de décembre 99…) d'attribution d'un local de
lutte.
Mélanie (CNT-Lille).
Rassemblements
à Lille tous les mercredi (18 h sur la place de la
République), samedi (11 h au local d'AC!, 70 bd Victor Hugo) et
dimanche (11 h sur le marché de Wazemmes).
MANIF AU CENTRE DE RETENTION DE COQUELLES
Malgré la grande absence des
militants locaux (humanitaires ou de tendance socialiste), la
manifestation contre l’extension du centre de rétention de
Coquelles a rassemblé près d’une centaine de
personnes samedi 4 mai : des calaisiens, des boulonnais, des lillois,
des dunkerquois, quelques parisiens, plusieurs bruxellois, une
allemande et une vingtaine d’anglais du comité de
défense des réfugiés du Kent. Une manif
très internationale donc et - qui plus est - fortement rouge et
noire !
Deux mille tracts en anglais et français ont
été diffusés lors de la manif. Le cortège a
rencontré les voitures qui bouchonnaient pour se rendre à
la “ Cité de l’Europe ”. Le centre de
rétention est en effet situé à
l’arrière du poste de police, voisin du monstrueux temple
de la consommation. Des tracts en farsi et en anglais avait
été donnés la veille à des groupes de
réfugiés du camp de Sangatte pour les mettre au courant
de l’action. Aucun ne s’est joint à nous, mais
quelques groupes croisés en route nous ont montré leur
amitié.
Au centre de rétention de Coquelles, le rassemblement
s’est fait encore plus bruyant avec mégaphone,
pétards et slogans de solidarité inter- nationale (
papiers pour tous / fermeture des centres de rétention /
c’est pas les immigrés qu’il faut virer, c’est
le capitalisme qu’il faut élimineres personnes enfermées nous ont salué de derrière les fenêtres de leurs chambres.
La presse locale ne s’est pas fait l’écho de notre
alerte à cette extension de 3 850 m2 du centre de
rétention. Elle a préféré donner la parole
au directeur du centre (Dubois) qui a expliqué
l’utilité de ces centres pour lutter contre
l’immigration clandestine... Par contre, les lecteurs calaisiens
ont pu apprendre que la Cité de l’Europe allait avoir de
nouveaux parkings...
Après la manif, une réunion d’une
trentaine de personnes, représentant les différents
groupes présents à la manif, a permis de créer des
liens qui, nous n’en doutons pas, permettront de sortir le
problème du niveau local, de coordonner nos actions et de
chercher des solutions au niveau européen.
Marie (CNT-Calais).
COMPTE RENDU DU PROCES EN REPRESENTATIVITE DU SYNDICAT CNT-LA REDOUTE
Présents
Pour la CNT : Maître Brochen, une dizaine de militants du
syndicat de La Redoute et 6 personnes de l’union locale interpro
de la métropole lilloise.
Pour les divers syndicats de La Redoute : un représentant de la CGT, 4 représentants de la CFDT et 2 représentants de SUD-VPC.
Pour La Redoute (partie contestatrice) : Maître Dovine- vitch, son assistante et un directeur de ressources humaines de l’un des sites de La Redoute.
Pour le tribunal : la juge, l'assesseur et la greffière.
Un appel des personnes convoquées est fait par
l'assesseur. Sur les 10 syndicats de La Redoute convoqués, seuls
la CGT, la CFDT, et SUD-VPC sont présents. Sur les 10 personnes
de la CNT-La Redoute, 6 sont présentes. En ce qui concerne la
partie contestatrice, toutes les personnes convoquées sont
présentes.
Arguments de La Redoute (présentés par Maître D.)
Les trois recours de désignations de
délégués syndicaux sont regroupés en une
seule requête. Maître D. commence par brosser le paysage
syndical de la Redoute. Il y a 5 syndicats reconnus par les
institutions issues de l'après-guerre. Les 5 autres syndicats
sont reconnus par la direction de l'entreprise ou, tel que SUD-VPC, par
voie de justice.
Puis, avec assurance et arrogance, La Redoute pousse la
plaisanterie jusqu'à affirmer la certitude d'une inscription
dans le livre des records pour le nombre de syndicats existant dans
l’entreprise. Pour La Redoute, le maître mot est “ la problématique de ce recours en représentativité ”
; l'un des aspects de cette problématique étant une
atomisation de la représentativité syndicale en
général [note du rédacteur : cet argument
introduisit alors insidieusement dans les débats un
parallèle avec la situation politique des dernières
élections où le nombre de listes a, selon l'avocat de La
Redoute, généré un bordel fonctionnel des
institutions].
La Redoute présente ensuite la création du syndicat CNT
comme issue d'une lutte intestine au sein de la CFDT, sans entrer dans
les détails de cette scission. Elle affirme que, par rapport au
nombre de salariés de La Redoute dans son ensemble et au vu du
nombre de cartes prises par les syndicats non institutionnels, il
serait temps de mettre terme à cette prolifération, afin
d'éviter que Maître D. soit forcé de plaider un
nombre indéfinissable de recours en
représentativité.
Abordant le fond de la démarche (la structure nationale
de la CNT) et s'appuyant sur des textes législatifs et le code
du travail, La Redoute fait la démonstration que la CNT n'est
pas représentative “ de fait ”. Par
conséquent, elle estime que le syndicat CNT des services et de
l’industrie de Lille n'avait pas mandat légal de
désigner des représentants au sein de La Redoute et,
qu’à ce titre, la section de La redoute est non conforme
à la Loi.
En ce qui concerne la représentativité d'un syndicat
“ hors reconnaissance institutionnelle ”, La Redoute
déclare qu’un syndicat doit démontrer son
activité dans l'entreprise : distributions de tracts
revendicatifs, propositions d'aménagement des conditions de
travail, réunions des syndiqués et représentation
auprès de la direction. Pour La Redoute, le fait que des
délégués d'un syndicat changent d'étiquette
ne vient pas remplir les conditions précitées.
D’autre part, toujours d’après elle, les
représentants syndicaux n'avaient mandat de
représentativité que sur leur site de travail et non sur
l'ensemble des sites de La Redoute. De ce fait, la cinquantaine de
salariés syndiqués à la CNT ne représente
selon elle que 1,2 % de l'ensemble des salariés de La Redoute et
il n'y a pas lieu pour le tribunal de donner son aval à la
création de ce nouveau syndicat ; d'autant plus qu'aucune
pièce comptable n'a été produite et que seuls deux
tracts d'ordre général ont été
distribués (dont l’un est antidaté par rapport aux
désignations des délégués).
Contradictions dans cette plaidoirie (relevées par les militants CNT)
Selon la Redoute, un syndicat ne peut représenter qu'un
seul site, mais elle se permet de comparer le nombre d'adhérents
CNT (un peu plus de 50) à toute l'entreprise (50 = 1,2 %). Ces
50 adhérents sont répartis, à ce jour, sur trois
sites ; on rappellera ici le taux de syndicalisation en France (moins
de 10 % et même encore un peu moins dans le secteur
privé). La direction de La Redoute nous dit que le syndicat doit
faire preuve de sa représentativité au sein de
l'entreprise, mais elle refuse toute activité au nom du syndicat
choisi par les employées sous le prétexte qu'il n'est pas
représentatif.
Arguments de la CNT-La Redoute (présentés par Maître B.)
Maître B. fait la démonstration de l'existence
légale de la CNT par le dépôt de ses statuts et son
enregistrement à la Préfecture, en présentant
l'accusé de réception parafé par le préfet.
Il retrace la chronologie et les circonstances de la désignation
des délégués sur les sites de la Redoute par le
syndicat CNT des services et de l’industrie de Lille. Il rappelle
que les organisations syndicales, quelles qu'elles soient, ne sont pas
pourvues des techniciens de la “ langue législative
” et qu'il est de coutume d'employer la méthode
utilisée par la CNT pour désigner des
délégué(e)s.
Sur la scission au sein de la CFDT, Maître B. rappelle
que le groupe Pinault-Printemps-Redoute sort d'un long conflit
où des salariés syndiqués à la CFDT-La
Redoute se sont vus trahis par la signature d'un accord avec la
direction par l'union locale CFDT, accord à l'encontre des
désirs des syndiqués et de leurs représentants.
(augmentation largement inférieure à celle qui
était demandée, versement moindre de 5 % à leur
mutuelle, aucune amélioration dans leurs conditions de
travail…).
Amenés à manifester à Paris avec d'autres
salariés du même groupe, des salariés
syndiqués à la CFDT-La Redoute entrent en relation avec
des salariés du groupe travaillant à la FNAC et leur font
part de leur mécontentement sur la procédure de
supplantation de la section CFDT-La Redoute par les instances
dirigeantes locales. Ces personnes rencontrées sont
syndiquées à la CNT-Fnac. Celles-ci échangent leur
point de vue sur leur lutte et le fonctionnement de leur syndicat. De
retour à Roubaix, les salariés syndiqués à
la CFDT-La Redoute décident de prendre contact avec l'union
locale CNT de la métropole lilloise. Enthousiasmés par la
structure et ses possibilités, ces salariés optent pour
une appartenance à cette confédération et entament
une procédure de création d'un syndicat CNT-VPC à
La Redoute.
Maître B. affirme que la reconnaissance en
représentativité des syndicats non-institutionnels par la
direction de La Redoute ne procède pas des mêmes
critères ; les syndicats n'épousant pas les
stratégies de la direction étant systématique-
ment poursuivis en justice.
Maître B. produit au juge des pièces comptables, sous
confidence, comme la Loi le lui autorise (afin que les salariés
syndiqués - plus d'une cinquantaine confirmée et à
jour de leurs cotisations - ne soient pas inquiétés par
la direction de La Redoute). Il énonce des activités du
syndicat depuis sa création il y a deux mois : distribution
d’un tract de présentations de la CNT, appel à
l'adhésion, participation de deux délégués
du personnel ex-CFDT au comité d'entreprise (avec l'approbation
d'autres syndicats présents, mais sous l'étiquette de
non-inscrits à la demande de la direction de La Redoute).
Maître B. dénonce les allégations des
tracts bidons et précise que, s'il avait voulu adopter ce type
de pratique, il en aurait emmené une valise pleine.
Maître B. demande le débout de la requête de La
Redoute. Il demande de faire droit aux désignations des
délégués et de statuer en première instance
pour ne pas éterniser la procédure (car la CNT-La Redoute
a pour objectif de se développer sur d'autres sites, ce qui
amènerait d'autres recours).
Interrogatoire des syndicats de La Redoute
La CGT, appelée en premier, ne fait part d'aucune
opposition ni approbation et s'en remet à la décision de
la juge.
La CFDT, appelée à témoigner de son
opposition ou de son acquiescement, déclare qu’elle est
offusquée de ne pas avoir pu participer au débat
contradictoire et s’empresse de présenter le dossier
qu'elle a constitué. Ce dossier est accepté par la juge,
mais les pièces ne sont pas présentées aux parties
(la CNT et La Redoute). Dans un long discours brumeux et inaudible, le
mandaté de la CFDT se livre ensuite à une attaque tout
azimut. Selon lui, la CNT est non représentative
institutionnelle- ment, les pièces comptables produites par la
CNT (paiement des cotisations) sont des faux, plusieurs
adhérents CFDT ont été amenés à
démissionner contre leur gré et la CNT a produit au
tribunal des pièces falsifiées à teneur
diffamatoire envers la CFDT. Toujours selon lui, les statuts de la CNT
interdisent la participation de ce syndicat aux élections de
délégués du personnel.
Observations : Il semblerait, à la vue des pièces
produites et des discours tenus, que ce mandaté de la CFDT ait
eu accès à certaines pièces ne pouvant être
produites que par la direction de La Redoute. Nous ne cherchons pas ici
à diffamer la CFDT, mais une forte suspicion de collusion est
évidente entre cette personne et la direction de
l’entreprise. D’autre part, ce militant CFDT - même
s’il s’est planté en ce qui concerne la position de
la CNT sur les élections de DP - nous a paru très bien
documenté sur la CNT (exemple : “ ce syndicat refuse la
collaboration de classes ”). Soit il s’agit d’un
ancien militant cénétiste ayant un compte à
régler (gag !), soit les instances dirigeantes de la CFDT lui
ont monté un dossier à partir des archives qu’elles
possèdent à notre sujet (ce qui est plus probable, vue la
façon dont il lisait un texte qu’il n’avait
manifestement pas rédigé lui-même).
SUD-VPC déclare son approbation à la constitution de tout
syndicat dont les membres désignés sont aptes à
défendre les intérêts des travailleurs. Il affirme
que la direction de La Redoute n'a pas à intervenir dans le
choix de qui est représentatif pour défendre ces
travailleurs et qu'elle devrait arrêter d'ester en justice quand
un syndicat n'a pas l'orientation "maison".
D’après les notes prises par Joël (CNT-Lille) le 13 juin au cours du procès.
Conclusion du procès : mercredi 26 juin à 10 h au tribunal d'instance de Roubaix, 45 rue du grand chemin.
LA “ RESISTIBLE ” ASCENSION DE FRANCOIS PINAULT
La presse de la CNT s’est fait l’écho des luttes qui
ont secoué cet hiver les magasins FNAC ainsi que “ La
Redoute ”, le leader de la VPC. Les bas salaires ne sont pas
l’unique point commun de ces deux entreprises. Elles en comptent
au moins un autre, celui d’appartenir au groupe
Pinault-Printemps-Redoute (PPR pour les initiés), groupe
dirigé par le sieur François Pinault.
François Pinault est un fier breton (nous n’avons
rien, bien entendu, contre les bretons), classé dans les
carrés de tête par les magazines des fan-clubs du patronat
(Challenges, Capital…),
tant pour sa fortune personnelle que professionnelle. Ces saines
lectures nous qualifie F.P., tout comme son frère ennemi Bernard
Arnault, patron de LVMH (li, ch'est un roubaisien), patrons emblématiques des années 80, années dites “ des financiers ”.
Mais petit Pinault est né modeste. Papa est un rude laboureur
qui aménage dans un coin de sa pâture une petite scierie
pour sa distraction. Le sort s’acharne sur la famille, la scierie
devient grande et petit Pinault aussi, qui reprend l’entreprise
familiale. Le milieu du bois apparaît fort rustique à
jeune Pinault qui décide de bousculer les usages et coutumes du
métier. Il organise l’importation de bois des pays
nordiques à vil prix sous la protection de gros bras et au grand
dam des professionnels de la profession. Mais le jeune François
rêve de capitale, de bourse, de finances, d’un appart'
à Paris, d’un chalet en Suisse et de loft à Saint
Trop’ et New York. Donc, adieu amère Bretagne et industrie
du bois ingrate. Monté à Paris dans les années 70,
il ramasse ses premiers millions lors de la fameuse spéculation
sur le sucre dont les anciens se souviendront (pour les plus jeunes, un
film à succès a été tiré de cette
affaire). Mais Pinault attend son heure qui arrive aux affaires avec
son copain de trente ans, Jacques Chirac… Sa relation
privilégiée avec le pouvoir lui ouvre les portes du
Crédit Lyonnais qui devient une vraie mère pour lui. Il
achète, revend, s’enrichit avec l’aide du Lyonnais
qui met à sa disposition crédits et financements en tout
genre. Pour lui, le Lyonnais deviendra investisseur à perte
quand les affaires tournent mal et simple prêteur en cas de
succès où l’emprunteur ramasse le jack pot.
Meilleur client et de loin de la banque, Pinault sera rarement
cité lors des enquêtes qui suivent “ l’affaire
du Lyonnais ”. C’est que F.P. est prévoyant pour ne
pas laisser uniquement ses billes à droite ; il recrute Jean
Paul Huchon, ancien directeur de cabinet de Michel Rocard. En une
décennie, il s’empare du groupe Printemps-Redoute, de Vert
Baudet , de Conforama, rachète la FNAC et le journal “ Le
Point ”, rentre dans le capital de Bouygues, de Saint Laurent,
d’Ipsos, du journal “ Le Monde ”…
Voilà Pinault a son apogée ! Son rêve
d’intégrer les grandes dynasties bourgeoises de France est
réalisé, il assure sa descendance en plaçant son
fiston François-Henri à la tête de la FNAC. Il
possède maintenant son hôtel particulier à Paris,
son château 18ème dans les Yvelines, un autre dans le
Bordelais, avec pinard à la clef et non des moindres
(Château Latour), ainsi que la villa dans le lotissement pour
milliardaires à Saint-Trop.
Tout pour être heureux en somme, mais Pinault souffre de
la névrose du nouveau riche, du parvenu… Il doit se
préoccuper d’être riche dans d’autres domaines
que l’économie afin de rendre légitimes les
milliards accumulés dans les affaires. Sa nouvelle affaire sera
la culture et les arts. Il s’entoure de brillants esprits comme
Bernard-Henri Lévy ou Alain Minc, intarissables poseurs
réactionnaires faisant l’opinion dans les journaux
à Pinault. Il commande à Richard Serra, nouveau pape de
l’abstraction américaine, des sculptures pour son jardin
des Yvelines et remplit les murs de son château bordelais de
toiles de Picasso, Pollock ou Mondrian. Après être devenu
le principal actionnaire de Cristie’s, leader mondial des ventes
aux enchères dans les milieux des arts, il rêve
aujourd’hui d’un grand musée Pinault sur la friche
des usines Renaud-Billancourt où il pourra, pour
l’édification de la jeunesse, montrer ses nombreuses
œuvres que des milliers de petites mains sous payées de
par le monde lui ont offert pour ses étrennes.
Malgré les grandes ambiguïtés de son
ascension, F.P. ne fut que très rarement l’objet de
critiques médiatiques, si ce n’est les
révélations du “ Canard enchaîné
” il y a quelques temps. En 97, F.P. - l’une des plus
grosses fortunes du pays - ne sera pas imposé au titre de
l’ISF ; l’étonnement est grand. Mais Pinault est un
magicien. Par un tour de passe-passe réalisé sous la
forme d’un emprunt pour racheter des actions de son propre
groupe, il échappe au maudit impôt. Plus récemment,
le groupe Pinault a été dénoncé dans un
rapport communiqué par la centrale syndicale américaine
AFL-CIO sur ses pratiques esclavagistes en Inde et en Indonésie.
Travail des enfants de jour comme de nuit, journée de travail de
17 heures et 6 à 7 jours sur 7, logement des ouvriers dans des
bidonvilles et tout ça pour des salaires de moins d’un
dollar par jour… Pinault, tu as de quoi être fier de ta
réussite !
Joao-Manuel (CNT-Lille).
LE HARCELEMENT MORAL A TOUJOURS L'AIR DE RIEN !
On s'en doute, la multiplication des
statuts précaires, y compris dans le secteur public, ouvre grand
la porte, dès la signature du contrat, à des
critères plus qu'aléatoires quant à
l’appréciation de la qualité du travail
effectué par le salarié.
C'est ainsi qu'au sein de l'Éducation nationale, dans
un petit LP de la banlieue lilloise réputé oh combien
convivial (signe avant-coureur ?), j'ai pu constater puis subir - en
tant que surveillante - cette forme "moderne" de management. Tout
commence par des recrutements sur entretien pour emplois-jeunes ou CES
(contrat emploi solidarité). Dans ces entrevues, le verbiage
n'est pas étranger au Nouvel Esprit du Capitalisme assumé
par les DRH. Ainsi, on parle d'autonomie, de capacité
d'adaptation, de souplesse, de rayonnement, de personnalité
innovante, de projet ou d'art du compromis… Autant d’ex-
pressions qui signifient, pour qui est en mesure de décrypter,
l'exigence d'une personnalité la plus malléable possible,
le renoncement au respect du statut vaguement évoqué dans
le contrat de travail.
A "statut" égal dans la précarité,
certains font du zèle (nécessité absolue pour
être valorisé, denrée rare pour qui a
déjà connu plus profond dans la précarité)
et d'autres pointent déjà nombre de dysfonctionnements,
plus ou moins timidement. Ainsi, les uns ramènent fleurs et
gâteaux au proviseur et d'autres se voient calomniés.
Le décor est planté, ça a toujours l'air
de rien… La hiérarchie s'efface (a priori qui s'en
plaindrait ?), mais ses portes- paroles sont dans nos rangs, "vertu" de
l'autocontrôle !
Les affaires se corsent quand emplois-jeunes et surveillants
se voient "fliqués" par "les leurs". Lorsque je me suis
avisée à pointer le fait que je faisais 15 heures par
semaine au lieu des 14 indiquées sur mon contrat, sans
pause-repas alors que tout surveillant a droit à une demi-heure
minimum comprise sur le temps de travail entre 11 h 30 et 14 h, on me
répond que je passe déjà bien assez de temps dans
mes bouquins… Il me semblait effectivement
bénéficier d'un emploi sensé favoriser la
réussite des études. Les textes sont là et on ne
peut contester mes droits. Retour à la norme, formellement, mais
à quel prix ?
S'en suivirent en effet intimidations et tentatives de culpabilisation
au quotidien. Mon statut n'est pas des pires et je suis alors
essentiellement témoin de harcèlements subis par des
collègues précaires.
Au recrutement de ceux-là participe un ancien
surveillant étudiant les ressources humaines… Une
aide-éducatrice "consciencieuse" se plaît à
afficher toutes les semaines dans notre bureau, au vu de tous et
surtout des élèves, les noms du meilleur et du pire
surveillant de la semaine selon l'efficacité de chacun dans le
ramassage des cahiers d'appel ! Là, je râle et la CPE me
rétorque que je manque d'humour et qu'elle trouve l'initiative
plutôt stimulante ! Stoppons là les "anecdotes"…
Depuis plus d'un an, les petits chefs choisissent les membres
du personnel qu'ils daignent saluer, s'autorisent à élire
des complices parmi les élèves, se plaisent à
répéter quotidienne- ment aux "leurs" ce que la
hiérarchie attend d'eux. Une surveillante, intervenue
après des mois pour dénoncer ce qui n'a l'air de rien, a
pris des coups. L'administration l'a "consolée" en lui rappelant
que la "fautive" partait en congé de maternité
incessamment. Six mois plus tard, c'est une autre collègue ne
faisant “ aucun effort d’intégration dans
l'équipe ” qui se voit insultée par ses pairs dans
une salle des profs comble. Elle décide de prendre sa
journée mais la CPE, elle, préconise une démission
en bonne et due forme : “ Tiens, voilà du papier et un
stylo ”. La lettre heureusement n'est pas rédigée
mais, en congé maladie depuis plus d'un mois, cette aide-
éducatrice ne touche que la moitié de son salaire et,
surtout, la rentrée prochaine reste pour elle un mystère.
Elle souhaitait une mise à plat de la situation avec le
chef d'établissement, mais accompagnée. Syndiquée
à la CNT, j'avise le délégué CGT de
l'établissement et ensemble nous demandons une entrevue au
proviseur… Entrevue refusée ! Durant les trois semaines
de préparation d'une heure d’in- formation syndicale
(droit mensuel inusité depuis des années dans
l'établissement), le délégué syndical
détaché à mi-temps à la CGT nous conforte
dans notre analyse et nous encourage à dénoncer un
harcèlement moral. Le jour J, il brille par son absence. La CPE
et ses sbires, quant à eux, n'ont pas manqué le
rendez-vous et arrivent groupés après une
pré-réunion dans le bureau du proviseur. Résultat,
le harcèlement moral n'est plus qu'un “ grand mot pour une
mésentente entre collègues ” et la réunion
une “ basse tentative de règlement de compte ”
mettant en évidence notre “ manque de professionnalisme
dans un lycée particulièrement marqué par
l'échec scolaire ” (argument "émouvant" de la part
d'une CPE dont le leitmotiv est que les parents de ces mêmes
élèves ne les scolarisent qu'en vue des allocations
familiales).
Classique en cas de harcèlement moral… nous ne
le répéterons jamais assez ! Militant-e-s syndicalistes,
restons vigilants et à l'écoute de la moindre souffrance.
Ne leur permettons pas de banaliser un des piliers qui sous-tendent le
processus capitaliste : ce vieux dicton "diviser pour mieux
régner".
Mélanie, CNT- éducation (Lille).
DEBATTRE... POUR RECOMPOSER LA "GAUCHE" OU PREPARER LES LUTTES D'AUJOURD'HUI ET DE DEMAIN ?
Le 6 juin, à la Bourse du travail de Lille, se tenait la seconde
rencontre initiée par la FSU pour définir “
ensemble les conditions du renouvellement d’idées et de
transformations sociales ”. Ceci “ dans un cadre ouvert
à toutes les forces du mouvement social et politique de
progrès, au-delà des désaccords qui existent entre
nous ” (extraits de l’appel FSU).
La CNT n’ayant pas été invitée (
!?), je m’y suis rendu à titre individuel. Étaient
présents : FSU 59, SNES 59, UL-CFDT de Lille, Ras l’Front
(Lille et Roubaix) et ATTAC (4 ou 5 groupes régionaux).
Excusés : Les Alternatifs. Bref, présence surtout du “ mouvement social instumentalisé ”, sauf propositions et questions d’ATTAC.
Les discussions ont tourné sur le thème de la précarité (avec une question : “ que faire? ”)
et les propositions autour de la mise en évidence des attaques
cohérentes “ public / privé ”, de la
mondialisation, de l’Europe, etc... J’ai
présenté les initiatives du “ Réseau régional contre la précarité ”
et proposé un bilan du protocole Sapin. Le thème de la
précarité et des “ sans ”
(précarité au travail et précarité sociale)
a été retenu pour la prochaine
réunion-débat. Mais la FSU semble surtout
intéressée par le débat et peu disposée
à l’action. Exemples d’interventions de la FSU et du
SNES : “ Il faut attendre les résultats des élections ! ” ou “ Il faut renouer les contact entre syndicats et partis ”.
Une discussion eut lieu quand même sur la présence des
partis (l’objectif de la FSU étant de réhabiliter
les partis de gauche). Un membre d’ATTAC-Roubaix est contre (“ ils sont décridibilisés ”) et moi j’argumente sur la “ nécessaire autonomie du mouvement social ”.
Tous les autres sont pour ; évidemment puisque de nombreu(ses)x
syndicalistes et associatifs présent(e)s sont carté(e)s
politiquement. Sur les résultats de l’extrême droite
et l’insécurité sociale, la responsabilité
des partis de gauche est reconnue (“ il faut les aider à réviser leur politique ”),
mais celle des syndicats est peu évoquée. A noter tout de
même : deux ou trois interventions sur l’insuffisance des
réactions syndicales à la précarisation ont lieu.
Par contre, le mot “ grève ” n’est
prononcé qu’une seule fois !
Les syndicats et partis “ progressistes ” sont
relancés par la FSU pour une rencontre-débat mercredi 26
juin à 19 h à la Bourse du travail de Lille (salle
Delory).
Aldo (CNT - Lille).
BILAN DE LA MOBILISATION ANTI-LE PEN A LA FAC DE LILLE
Comme un peu partout, les manifestations du
lendemain des élections et du 1er mai furent les plus
réussies, réunissant plusieurs milliers et dizaines de
milliers de manifestants (40 000). Malgré une mobilisation
quasi-quotidienne jusqu’au 1er mai (manifs…) regroupant
plusieurs centaines d’étudiants et lycéens, le
bilan de ces actions reste mitigé. A Lille III, les
organisations syndicales et associatives, en particulier UNEF et CGT,
organisent avec la présidence de l’université une
série de conférences, avec projection de films sur
l’extrême droite et un débat avec notamment Costa
Gavras (et le président de l’UNEF…). Par contre,
pas de véritable AG où purent s’affronter des
opinions permettant de sortir du discours “ républicain
”. Comme l’UNEF semblait vouloir piloter le mouvement, un
“ collectif d’étudiants anti-fascistes ” se
crée, diffuse des tracts pour porter une critique,
au-delà de Le Pen, sur le néo-fascisme, les politiciens
coupés de la base, le capitalisme. Très minoritaire
à l’université, la CNT a initié en fait ce
(modeste) collectif avec des sympathisants non-syndiqués, mais
même si le tract fut apprécié, les
conséquences sur le contenu du mouvement restèrent
évasives. En ce qui concerne la CNT, nous avons d’ailleurs
pu cristalliser des sympathies par quelques adhésions ou un
soutien actif de militants proches. La semaine suivante, après
le 1er mai (où le cortège interprofessionnel de la CNT
réunit quelques centaines de personnes), la section
universitaire de la CNT, l’AGEL-UNEF(réfractaires à
l’unification) et ATTAC décident d’organiser, en
marge des animations officielles, un débat sur le mouvement et
ses perspectives. Peu de succès : déjà
après le 1er mai, le “ combat antifasciste ”
semblait terminé et c’est peut-être pourquoi,
après le 5 mai, le mouvement étudiant militant
s’est essoufflé, et brille en cette fin
d’année universitaire 2002 par une absence
étincelante et donc…décevante !
Section universitaire CNT de Lille.
DROIT A LA LECTURE PUBLIQUE
En avril 2002, quatre associations professionnelles de la lecture
publique (ABF, ADBU, ABDBP, ADBS), indépendantes des pouvoirs
publics et largement représentatives de ce qu’on pourrait
appeler un militantisme technique des bibliothécaires et
documentalistes, ont signé ensemble un appel à
l’état et aux tutelles. Cet appel communiqué
à la presse et apparemment modeste demande que la France
applique les dérogations prévues par l’union
européenne au droit de prêt :
- exception de copie privée,
- exception aux bibliothèques, établissements d’enseignement, musée et archives,
- exception à des fins pédagogiques ou de recherche,
- exception au bénéfice des personnes handicapées,
- la citation à des fins critiques ou de revue de presse.
On
peut sans doute s’attrister que le droit - dit fondamental -
à la culture ne devienne dans toute l’Europe qu’un
alinéa de bas de page, un vague paragraphe dérogatoire
dans des textes réglementaires commerciaux. Mais si les
bibliothécaires allemands n’avaient réagi les
premiers en 1998, nous n’aurions plus l’occasion, en 2002,
de trouver timorées les revendications des associations
professionnelles ici.
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