Extraits du BR n° 13
BIENVENUE DANS LA CAPITALE DE L’EUROLAND !
DROIT DE PHOTOCOPIE DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES
NOTES DE LECTURE : "Le Fabuliste"
NOTES DE LECTURE : "Les Goûts florissants"
NOTES DE LECTURE : "La dictature du chagrin"
DE VACATAIRES A CONTRACTUEL(LE)S : RESORPTION DE LA PRECARITE ?
BILAN DU CONTRE-SOMMET EUROPEEN DE LAEKEN (BRUXELLES)
LA C.N.T. A VALENCIENNES
ELECTIONS UNIVERSITAIRES
CONGRES CONFEDERAL DE LILLE
CHOMEURS : NOS DROITS
L’ORTHODOXIE CAPITALISTE A L’ECHELLE EUROPENNE
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE : INFO OU INTOX ?
INTERMITTENTS DU SPECTACLE : RETOUR A LA CASE DEPART
REGULARISATION DES SANS-PAPIERS
ROUBAIX : LA POLICE CENSURE LE JOURNAL DES JEUNES
MEGRET A SANGATTE !
PORTRAIT D’UN SYMPATHISANT
EDITO : LE PASSAGE A L’EURO
Le passage à l’euro au 1er janvier 2002 fait couler
beaucoup d’encre et agite les milieux politiques. Pour ou contre,
le débat tourne en rond et chacun campe sur ses positions. Il
convient de ne pas nous laisser berner par cette mascarade.
L’euro ne change rien et ne changera rien au système
capitaliste européen et à la situation des travailleurs.
L’euro est devenue la monnaie officielle de la France et de
ses onze partenaires de la zone euro depuis le 1er janvier 1999. Depuis
cette date, les paiements entre banques, les dettes des États,
le cours des actions, des obligations et des SICAV sont
libellées en euros. Autrement dit, les marchés financiers
ont depuis trois ans adopté la monnaie unique. Le grand
bouleversement de l’euro s’est opéré à
ce moment là. Il n’y aura rien à observer à
partir du 1er janvier 2002 qu’un simple changement du nom et de
la couleur des pièces et des billets.
Certains essayent de nous vendre la monnaie unique comme «
un symbole exceptionnel d’identité européenne au
quotidien », « un élément fondamental de la
construction politique de l’Europe »… Qui veut-on
tromper ?
La monnaie unique n’est qu’un instrument économique
mis en place pour satisfaire le capital. L’euro doit stabiliser
les taux de change afin de favoriser les échanges internationaux
et imposer une contrainte monétaire sévère sur les
gouvernements afin d’éviter les dérives
inflationnistes des pays membres.
Les sociaux-démocrates se défendent de ne promouvoir
l’euro qu’à la seule fin de satisfaire le capital.
« L’identité européenne sera forgée
derrière l’euro »… nous promettent-ils. Une
communauté unie grâce à des échanges dans
une même monnaie ? Allez donc demander aux milliers de
travailleurs licenciés dernièrement dans la région
et ailleurs s’ils se sentent identiques et unis aux patrons qui
leur ont versé un salaire ! En francs, en marks ou en euros, il
n’y a pas de communauté européenne. Un travailleur,
quelque soit sa nationalité, n’aura jamais
d’intérêt commun avec son patron. Il n’y a que
des communautés de classe. Les capitalistes, les patrons et
leurs valets gouvernementaux, l’ont déjà bien
compris : FMI, OCDE, Union européenne…
L’internationale capitaliste est en place. Ne nous laissons pas
berner par leur discours inter-classiste et organisons la riposte.
Il n’y aura d’unité des peuples que dans
l’unité des travailleurs et des chômeurs face au
capital, jamais au travers d’un échange monétaire. Union régionale CNT.
PS :
La construction de l’Europe, qui s’est
accélérée depuis la ratification du traité
de Maastricht, ne se fait qu’au seul service des marchés
et de ses lois. Rappelons une nouvelle fois que l’Union,
c’est « Schengen » et l’Europe-forteresse.
C’est l’euro conçu pour le seul profit du patronat
européen et non pour améliorer la vie des gens comme on
tente de nous le vendre. C’est une politique militaire commune
devant donner naissance à « l’Euro corps »
(une belle armée pour piller encore quelque richesse dans le
monde). C’est la remise en cause du service public avec une
libéralisation à outrance. C’est une Europe au
service des patrons avec une flexibilité accrue, une
précarité développée et des salaires qui ne
sont pas augmentés.
S’opposer à cette Europe là, c’est
s’opposer parallèlement aux tenants de la cogestion, de
l’aménagement du libéralisme et du contrôle
social. C’est s’opposer aux orientations prises par la
« Confédération européenne des syndicats
» (CES), organisation qui ne cherche qu’à brider les
luttes et dont l’objectif est d’obtenir un strapontin au
sein des instances européennes afin de discuter avec les patrons
(réunis quant à eux au sein de l’UNICE).
Qu’elles sont loin les trompettes guerrières de la
grève de Vilvoorde et de l’émergence d’un
euro-syndicalisme combatif ! Alors que les plans de licenciements se
multiplient partout, les grandes confédérations laissent
leurs sections locales de démener chacune dans leur coin. Elles
organisent des journées nationales d’action sans lendemain
et ne cherchent surtout pas à coordonner les luttes sur le plan
inter-professionnel. Quand on sait que Nicole Notat (papesse de la
cogestion) envisage de remplacer Emilio Gabaglio à la tête
de la CES, on se dit que l’euro-syndicalisme a des jours
merveilleux devant lui ! Le renforcement de la CNT et du syndicalisme
de qu’elle incarne (un syndicalisme de combat, résolument
anti-bureaucratique et anti-capitaliste) est plus que jamais
d’actualité…
DROIT DE PHOTOCOPIE DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES
Petite liste de déclarations
péremptoires (classées par état d’âme)
pour en finir provisoirement avec les rumeurs sur les photocopies en
établissements scolaires.
Etat d’âme d’une ex-documentaliste du secondaire public
Tout ce qu’il y a savoir sur le sujet est écrit dans le BO du 6 janvier 2001 accessible en ligne sur
avec comme mot-clef de recherche « photocopie » (les autres
textes officiels privilégiant le mot « reprographie
»).
Evidemment, les productions pédagogiques, personnelles et
collectives des enseignants (dite littérature grise), ainsi que
les documents internes, administratifs, formulaires,
législatifs, etc.. ne sont absolument et en rien
concernés par ce texte. Ca va sans dire, mais ça va mieux
en le disant.
Je trouve ce texte magnifiquement résumé à
partir d’un article de périodique par un(e)
collègue (anonyme ?) à l’adresse suivante
(consulté le 30/11/2001) :
http://savoirscdi.cndp.fr/CulturePro/actualisation/Droit/droitbiblio.htm
Immédiatement, je pille, je plagie, je vole, je reproduis
son résumé (consulté le 05/12/2001), me permettant
même de souligner les informations très exactes qui
relèvent selon moi de la langue de bois institutionnelle (et
comprenons-nous bien, en aucun cas ni de l’auteur de
l’article, ni de l’ auteur du résumé).
Laurier, E. - Reprographie : mode d’emploi : reproduction
par reprographie régulière d’ouvres
protégées : solution contractuelle au
bénéfice des EPLE.- LIJ. Lettre d’information
juridique, 12/1999, 040, p. 24-28 - Résumé : Un protocole
d’accord qui permet d’effectuer en toute
sécurité des copies d’ouvres
protégées dans les EPLE, a été signé
le 17 novembre 1999 entre le ministère de l’Education
nationale, de la Recherche et de la Technologie, et le Centre
français d’exploitation du droit de copie. La
société des éditeurs et des auteurs de musique,
co-signataire de ce protocole d’accord, autorise la reproduction
par reprographie de partition d’ouvres musicales.
Etat d’âme d’une paresseuse, énervée de surcroît
Y’en a marre (vous ne pouvez pas savoir à quel point)
des tentatives désespérées,
désespérantes d’explication sur les rumeurs. Donc
pour en finir une fois pour toutes avec les argumentations incomprises,
je vous jure d’ abord que je ne suis subventionnée par
aucun fonds occulte : ni Microsoft, ni l’association des
défenseurs du subjonctif passé, ni le cercle secret de
principaux d’établissement, ni même par une nouvelle
mouture de l’ Internationale Situationniste si curieusement (ou
pas curieusement du tout) à la mode en ce moment, ni par
l’amicale des pauvres auteurs décharnés, ni par le
lobby puissant (puissant, mon oeil, si vous me permettez) des
écrivains de best-sellers (les plus mal barrés dans
l’histoire, à mon avis, mais on verra ça durant
l’année Hugo).
Bref, si vous vous méfiez, vous tournez la page, de
l’autre côté y’a peut-être un dessin de
Babouse, pour ma part je continue d’affirmer apparemment
péremptoirement, mais pas si péremptoirement que
ça, au fond.
Enseignants, vous n’avez jamais eu le droit (légal,
je veux dire) de photocopier du Balzac pour vos élèves,
et l’on se contrefichait et l’on se contrefiche encore de
savoir si Balzac est mort avant ou après la der des ders, il y a
plus ou moins de tant d’années. Sauf à aller
recopier le manuscrit à la bibliothèque nationale
s’il s’y trouve.
Enseignants, il y a dix ans, vous auriez voulu avoir une
information claire sur le droit de la propriété
littéraire et distinguer dans la jurisprudence ce qui
relève du droit moral et ce qui relève du droit de
propriété, vous auriez travaillé une petite
dizaine d’heures et auriez pu être assuré de votre
information. Vous auriez donc appris vivre en situation de
tolérance et d’usage très largement accepté
(à juste titre) quand vous diffusiez gratuitement des documents.
Mais cette pratique est depuis longtemps illégale (et amorale en
terme de propriété littéraire) stricto sensu. Ce
n’ est pas le droit de la propriété
littéraire qui a changé mais :
- la valeur marchande de l’information,
- les supports techniques de la reproduction,
- la ventilation des responsabilités auteur dans la production culturelle.
(D’ailleurs, - c’est
perfide je sais - mais il y a dix ans, ce thème ne vous
intéressait pas trop, ni toujours, de référencer
les documents que vous proposiez. Et les plus émancipateurs
institutionnels qui criait haro sur le manuel n’étaient
pas toujours les plus précis en cette matière : la
source, bon sang, la source ! Histoire de dire aux élèves
que tout n’est pas pure matière et support scolaire, que
y’a de la vie, du récit, du beau et du peut-être
vrai un peu partout et que le monde se construit par échanges).
Aujourd’hui, le sujet (et pour cause) vous intéresse,
mais vous pouvez y passer 10 heures, 10 ans ou 100 ans, vous ne pourrez
jamais être au clair juridiquement sur cette question. Dans un
cadre de déréglementation européenne (pour le
mieux) et multinationale (pour le pire), seuls des avocats
d’affaires hautement spécialisés et quelques
conseillers recrutés par les entreprises et les institutions
peuvent avoir une vision d’ensemble solide sur le sujet sur le
plan légal et commercial.
(Quand on nous dit et nous répète que
l’éducation et la culture, c’est la mine d’or
marchande du XXI° siècle, soit nous finirons par le croire
et à déclarer collectivement que nous n’avons rien
à vendre ; soit nous resterons dans notre contexte «
service public » en naufrage à produire avec les dits
« usagers » de l’intelligence, du savoir, du partage,
de la mise à disposition culturelle tandis que, petit bout par
petit bout, de façon complexe, fragmentaire, contradictoire,
avec des résistances et des prises d’élan, on nous
numérise, brevette, copyrighte, contractualise nos grottes
préhistoriques, nos façades urbaines, nos idées,
notre « par tous et pour tous »).
Etat d’âme apocalyptique
BO du 6 janvier 2001 : résumé documentaire de politique-fiction datée de 2063.
Texte officiel du début du siècle émanant
d’un collectif indiscernable d’ auteurs, tout
d’extrême bonne volonté quand à la diffusion
culturelle. Ce collectif d’auteur pris dans une structure de
pensée idéologique en anachronisme avec les faits de la
réalité et dans une fragmentation extrême des
représentation sociales cherchaient des solutions
administratives à des problèmes de type
schizophrénique très courants à
l’époque dite de la grande névrose sociale. Les
solutions trouvées sont d’une très grande
beauté en rhétorique « tête de pipe ».
On y trouve par exemple un usage élégant de la figure de
style des « dix francs » (voir bibliothèque
publique) qui fut remplacée par celle des 3 euros qui perdura
plus longtemps.
(Copyright : consortium des grands penseurs universels CGPU. Nous
rappelons à notre client, usager de notre banque de
données, qu’en lecture tous les mots de ce
résumé lui sont accessibles, mais qu’en expression
personnelle (écrite ou orale), il ne peut employer que les
verbes d’action et le vocabulaire antérieur à 1951,
à condition que son assureur minimum vie-consommation ait
adhéré à la charte internationale de 2022
concernant la défense du droit universel langagier, option
langues francophones, option combinatoire morphèmo syntaxique,
option identité culturelle.)
Etat d’âme d’une paresseuse constructive
Plutôt que de crier haro sur la hiérarchie, (coupable
de mondialisation des ressources culturelles autant que nous), de se
voir en prison pour extrait de vidéo, plutôt que de
mesurer en centimètres un « droit de citation » ou
d’ effacer des logos au « blanco », plutôt que
de se bramer victime ou rebelle, d ‘incriminer le Pouvoir, les
éditeurs, le ministère, le capitalisme, Vivendi et
j’en oublie (tous exactement et également coupables, mais
ça nous fait la jambe belle au moment où on nous dit, de
façon apparemment arbitraire, à 8 h moins le quart que
« Non on peut pas avoir nos vingt-sept fonds de carte du canal de
l’Escaut pour les 4ème 3 à 8 h 05 et que
c’est bien entendu notre faute (on vous l’avait bien dit )
», plutôt que de ressortir la vieille ronéo à
alcool (même si le bleu pâle sent bon), plutôt que de
mépriser les « ceusses » qui appliquent sans
comprendre ce que personne n’a cherché à
comprendre, sachez que la hiérarchie, les « ceusses
» qui appliquent, ne sont pas plus au fait que vous, ni complices
de quoique ce soit. La circulaire, elle, est sur le BO. Elle est
inintéressante en tant que telle, mais comme outil de travail en
équipe, elle permet de (re)poser des questions de fonds sur la
liberté pédagogique, la gratuité scolaire, la
laïcité économique .
Paresseuse mais constructive, je vous donne quelques pistes de
lecture et pistes dérivées, cette fois-ci non
péremptoires :
- Tiens, mais quel est notre fournisseur de manuels au collège ? depuis quand ? et pourquoi ?
- Comment ça fonctionne un système de codes de photocopieuse ? Qui programme ? Selon quelles consignes ?
- C’est quoi un texte
pour le prof de français ? C’est quoi un document en
histoire-géographie ? C’est quoi une source en
économie ? C’est quoi une image en arts plastiques et en
sciences de la vie et de la terre ? C’est quoi une donnée
en mathématique ? Tiens mais c’est intéressant
cette discussion entre collègues ; ça donnerait presque
envie de faire du transdisciplinaire autour de nos outils et de notre
artisanat (en voie de disparition ?).
- Répartition de
crédits par têtes d’élèves, par
disciplines, par projets. ça signifie quoi exactement au niveau
économique, politique, culturel ? (question subsidiaire :
ça fait quoi à l’école publique en 2005
quand on globalise l’enveloppe budgétaire des
enseignements en collège à la rentrée 2001 ?)
- Pourquoi, après les
profs principaux, c’est aux coordinateurs de disciplines à
qui l’on attribue maintenant des compétences comptables ?
(et pourquoi ce statut devient-il si prégnant surtout dans les
questions de formation continue ?)
- Et si on essayait de transformer ces compétences comptables en choix pédagogiques ?
- Qu’est-ce
qu’elle dit exactement la circulaire quant aux
responsabilités du chef d’établissement ? Où
a été mis au point le fonctionnement des photocopies chez
nous ? En CA, par voie d’affichage impromptu, en travail de
coordination disciplinaire, par le biais du projet
d’établissement ?
- Qu’est ce qui
relève de l’usage, de l’arbitraire, de la loi, des
principes, de l’absurde, dans ce fonctionnement ? Demandons
à qui de droit (et qui au fait ?) les photocopies des sources
écrites officielles ou non qui le justifient.
Etat d’âme militant
Et si on se mettait à auto-gérer la photocopieuse :
pragmatiques dans l’ action et libertaires dans nos aspirations ?
Libertaires, on va y arriver. Mais des profs à qui il resterait
des forces de pragmatisme en dehors de leurs engagements
d’enseignant et de leurs engagements militants. c’est
complètement utopique et vou pieux. (C’est pourquoi,
j’insiste, il s’agit bien d’un engagement militant et
enseignant)
Etat d’âme sadiqueVous voulez que la prochaine fois
je vous parle du petit site en intranet que vos collègues
d’éco ont composé l’année
dernière à partir de recherches en autonomie documentaire
sur internet (thème mondialisation) avec la 2nde 3 ? Ou des
trois TPE en ligne dont celui dont vous êtes si fier,
pédagogiquement parlant, qui va être hébergé
sur le site associatif de la commune, non pardon sur le serveur de la
mairie, à part que c’est l’ association qui
gère ; qui gère quoi donc ?
Agnès, syndicat santé-social-éducation-culture (CNT-Lille).
NOTES DE LECTURE : "Le Fabuliste"
Que dire d'une société
où les historiens racontent des histoires plutôt que
l'Histoire ; où il faut une autorisation pour plaisanter ;
où, " Quand c'est mal, c'est interdit, quand c'est bien, c'est obligatoire ",
réfléchir, c'est interdit ; où il n'y a ni riches,
ni pauvres, mais on reconnaît les riches quand même.
Tout le monde applaudit le « grand gouvernement ».
Normal, toutes celles ou ceux, qui n'ont pas applaudi, ont disparu. Et
vivement mes dix ans pour revêtir l'uniforme bleu des jeunesses
réelles.
A Lorifan, le farfadet, l'enfant invente des bonnes nouvelles, les
vraies sont mauvaises. Avec son père, il rêve d'un pays
où les facteurs livrent des œufs en chocolat, où
les fleuristes partagent le pouvoir. Son père est un drôle
d'oiseau qui ne vole pas droit. Après une période
d'observation, on l'enfermera dans une volière. Lui, au prochain
blâme, on le transférera dans un centre pour
inadaptés à la réalité (CPIR).
Thierry Maricourt nous a ficelé un petit bijou sous la
forme d'un conte. Cela nous change du discours crypto-intellectuel et,
après sa lecture, on se sent bien.
« Le Fabuliste », le livre de Thierry Maricourt
(éditions Sansonnet), illustré par Fabian et
préfacé par Sébastien Doubinski, est disponible au
service librairie de l'union locale CNT de Lille au prix de 4 €.
Pierre (CNT-Lille).
NOTES DE LECTURE : "Les Goûts florissants"
Deux histoires, à grands coups de
serpe, on suit les cheminements. J'applaudis, je souffle, je me
demande. Dans tous les cas, je ne suis pas indifférent.
Dans la première histoire, David Kupfermann traverse la
vie à la recherche de son Graal ou, comme son homonyme le
peintre, de ses « horizons nouveaux ». Les personnes qu'il
admire sont bien dans leurs bottines, ancrées dans leurs
certitudes de castes. Elles regardent avec condescendance ce petit
être qui voudrait entrer dans la cour des grands. On l'accepte au
bord, fait-il un pas qu'il est de travers. Alors, croyez-vous qu'on le
renvoie ? Non ! On l'ignore, on se gausse, on persifle. Il reste au
bord de la cour.
Vers la fin de sa vie, il ne va pas se défaire des sa
« dépouille opime ». Néanmoins, il se
retourne et, à chacun sa révolution, il achète une
robe de chambre 100 % laine des Pyrénées. En signant le
chèque, il se demande comment il va pouvoir se
débarrasser du papier cadeau.
La seconde histoire, est l'histoire d'un couple de couples. Au
début, il y a deux hommes, puis les femmes de ces hommes. Oh,
rassurez-vous, nous n'avons pas affaire à des partouzeurs ou
à des échangistes. Chacun, mais côte à
côte, se marie, a un enfant (une fille et un garçon qui se
marieront, mais cela frise l'inceste), construit sa maison,
achète - à tempérament - une Renault.
Un jour, cependant, à force de tout faire pareil. Ils
ne sont pas dépaysés. Daniel Zimmermann n'est plus. Il a
déposé son arme : son stylo. Avec « Les Goûts florissants » (suivi de « Paul et Constant »), il nous laisse le goût de lire.
« Les Goûts florissants », le livre de Daniel
Zimmermann (éditions Sansonnet), illustré par Maud
Lenglet, est disponible au service librairie de l'union locale CNT de
Lille pour le prix de 6 €.
Pierre (CNT-Lille).
NOTES DE LECTURE : "La dictature du chagrin"
La semaine qui vient de s’écouler a été
riche en enseignements dans la mesure où, pour la
première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre
pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque,
dans une société moderne, tous les moyens
d’information sont mis en même temps au service d’une
seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe. [...]
D’une part, elle a confirme ce que l’on soupçonnait
depuis longtemps, à savoir que notre démocratie est
dépourvue de tout sentiment du sens profond de la
démocratie. [...] Enfin, elle a révélé que,
chez la plupart de ceux qui façonnent l’opinion
démocratique de ce pays, il n’y a pas plus
d’instinct démocratique que dans une bordure de
trottoir... »
Stig Dagerman - 1950 (à l’occasion de la mort du roi Gustave IV, roi de Suède ).
C’est l’extrait que les revues ont publié dans les
semaines qui ont suivi le 11 septembre 2001 pour souligner
l’actualité des écrits de Stig Dagerman. Celui qui
inaugura la rubrique culturelle d’ « Arbetaren »,
la revue de la SAC (centrale anarcho-syndicaliste suédoise),
aborde dans ce recueil de textes beaucoup d’autres sujets et en
particulier celui du rôle social de l’écrivain
militant (voir aussi l’article de Greg dans le « Combat syndicaliste » de décembre 2001). J’ai retenu ici trois textes : « La culture », « L’écrivain et la conscience » et « Le rôle de la littérature est de faire comprendre le sens de la liberté » qui renvoient à des discussions déjà engagées dans le BR n° 12 (« Culture pour tous et par tous »),
mais aussi à la journée que l’union locale CNT de
la métropole lilloise organise le samedi 27 avril à la
maison de quartier de Lille-Fives (théâtre Massenet) sur
le thème de l’écriture populaire et de la
littérature engagée socialement (un programme
précis de cette journée sera publié dans le
prochain BR).
Guerre froide : au royaume suédois de « l’hypocrisie », du « mensonge »
et des prix Nobel, Stig Dagerman se dresse contre le pouvoir des blocs,
des partis et des églises qui nie la capacité des groupes
sociaux et des individus à disposer de leurs destins et qui
ruine leur sens de la responsabilité collective et individuelle.
Il insiste sur la violence psychique exercée par
l’État, capitaliste ou marxiste : à l’Ouest
le fatalisme et les complexes assortis au confort matériel
concédé par l’Etat-providence, à l’Est
d’autres résignations et névroses plombées
par la terreur physique institutionnalisée par le socialisme
autoritaire.
Au royaume du modèle démocratique, social et
neutraliste, Stig Dagerman est saisi en tant qu’humaniste,
anarcho-syndicaliste et écrivain par l’inassouvissement du
désir individuel et collectif de liberté. Contre les
sociaux-démocrates, mais aussi les marxistes staliniens, qui
enferment les masses dans le matérialisme, « l’alcool, les feuilletons, les paris et une sexualité morose »,
il rappelle que la conquête de la dignité humaine ne se
réduit pas à lutte pour la satisfaction des besoins
matériels. Elle exige aussi la critique des idéologies,
des morales imposées par l’État et les classes
dominantes. Ses éditoriaux participent à l’action
directe culturelle contre « la misère spirituelle »
entretenue par les politiciens et intellectuels, y compris ceux qui
prétendent conduire les masses vers le bien être et
l’émancipation.
Comme individu confronté à ces « deux lieux d’exécution », Est-Ouest, de la responsabilité humaine, Il s’agrippe au projet anarcho-syndicaliste, «
seule solution psychologique possible dans un monde
névrosé ou le poids de la superstructure politique fait
chanceler l’individu ». Entre pessimisme et ferveur révolutionnaire, il s’efforce de concilier son feu intérieur (sa « conscience artistique » d’écrivain) et son engagement collectif (sa « conscience sociale »). Il assume les doutes et les « contraintes » qui l’envahissent de manière récurrente au sujet de la contribution de son oeuvre à une « culture prolétarienne » émancipatrice.
Car, comme écrivain engagé dans la lutte sociale, il
revendique la complexité, l’abstraction, voire
l’hermétisme de certaines de ses oeuvres. Aux « petits entrepreneurs en matière de bonheur », les « marxistes doctrinaires »
gardiens d’une littérature prolétarienne
réaliste et accessible aux masses, qui lui reprochent parfois
son « formalisme », il oppose
l’irréductible liberté de l’écrivain
dans sa quête solitaire et subjective d’une justesse de
forme et de fond. Pour Stig Dagerman la poésie n’est pas
une petite annonce publicitaire, un slogan ou une résolution de
congrès. Sans autre boussole que sa conscience, il progresse
dans « la forêt des paradoxes » culturels.
« La littérature est indispensable à la vie et
le poète doit travailler comme si elle était
indispensable à la vie de tous » (Stig Dagerman).
« La dictature du chagrin & autres écrits politiques (1945-1950) »
(Editions Agone / Comeau & Nadeau), de Stig Dagerman, traduit du
suédois par Philippe Bouquet, est disponible au service
librairie de l’union locale CNT de Lille au prix de 12, 50
€.
Aldo, syndicat santé-social-éducation-culture (CNT-Lille).
DE VACATAIRES A CONTRACTUEL(LE)S : RESORPTION DE LA PRECARITE ?
Si les mobilisations locales et
isolées contre la précarité ne permettent pas
d’infléchir les politiques du ministère
(c’était l’argument de SUD-éducation / Lille
pour décliner nos invitations en juin dernier), elles permettent
au moins de mobiliser les précaires et d’obtenir des
améliorations sensibles comme le prouve la lutte que les
vacataires en langues du 1er degré mènent depuis un an
dans l’académie.
Les conditions de cette rentrée furent d’autant
plus difficiles pour les vacataires en langues qu’ils/elles ne
savaient ni si leur réemploi serait garanti, ni quel volume
horaire ils/elles assureraient. En effet le ministère planchait
depuis l’été sur leur nouveau « statut
» et la publication des textes tardait. Embauche gelée !
Fallait il chercher du travail ailleurs (boulot
complémentaire aux 9 heures imposées l’année
précédente) ou se libérer pour les 18 heures
annoncées ? Suite aux rassemblements et manifestations de
l’année dernière en février, mars et juin,
le collectif des vacataires du 1er degré et la CNT se sont donc
mobilisés pour dénoncer la situation, rappeler au
rectorat leurs revendications et demander des précisions sur les
nouveaux contrats.
Après relance par le collectif et plusieurs courriers
et coups de fil de la part de la CNT, deux DRH cette fois ci nous ont
reçu(e)s, celui du Rectorat qui se débarrassait de
l’affaire, et celui de l’Inspection Académique qui
la récupérait. Etaient présent(e)s, 4
représentantes (dont une CNT) pour le collectif et un
représentant pour la CNT. Nous avions privilégié
la multiplicité des mandaté(e)s, après
concertation et mandat à 2 personnes qui connaissaient bien le
dossier « technique », pour éviter la
personnalisation et favoriser la liberté et la
spontanéité des échanges. Notre objectif
étant de toujours garantir aux salariés le contrôle
de leur lutte et de ne pas singer les commissions paritaires ! Les
nouveaux textes nous ont été présentés au
rectorat par les DRH ; ces textes sont depuis parus au BO.
Les vacataires en langues deviennent donc contractuel(le)s
avec un salaire mensualisé. Donc les « petites vacances
» sont payées ainsi que les congés maladie.
Ils/elles peuvent désormais bosser jusqu’à un
équivalent plein temps de 18 heures. Les contrats sont de 12
mois, sauf pour cette année puisque les intervenant(e)s
n’ont repris le travail que mi-octobre (au mieux) en raison des
interminables hésitations du ministère au sujet de la
rédaction des nouveaux contrats. Ces contrats devraient donc
tous se terminer au 31 août, et les contractuel(le)s du 1er
degré devraient bénéficier des congés
payés pendant l’été. Cela dépend de
rallonges budgétaires en cours de négociation (les
contractuels sont payé(e)s sur fonds locaux) et il faut veiller
à ce que les contrats se prolongent bien jusqu’en
août, car ils sont rédigés « jusqu’au
31 août au plus tard ». A nous de maintenir la pression et
d’envisager des actions régulières
jusqu’à la fin juin sur cette question. Pour cela, il faut
diffuser les informations pour inciter les contractuel(le)s à la
vigilance. Sur 300 à 400 salarié(e)s concerné(e)s,
un petit nombre seulement est connu du collectif et de la CNT. Sur les
salaires systématiquement payés en retard en 2000-2001,
des avances de 80 % sont « garanties », mais il semble que
les premiers salaires aient été versés cette fois
dès la fin novembre.
Quelques réflexions sur la lutte
Nous n’abordons
pas ces rencontres avec la hiérarchie (trois depuis
février) comme des commissions paritaires ou des rencontres ou
l’on négocierait les conditions de la
précarité. Ni la CNT ni les collectifs ne sont de toute
façon habilités en la matière par le rectorat ou
le ministère. Cela nous permet de conserver une totale
liberté de parole et de revendications sans nous tenir au cadre
contraignant du « possible » co-gestionnaire ou aux «
compétences » des interlocuteurs (ceux-ci sont
d’ailleurs souvent désarçonnés par les
revendications « anti-statutaires » des membres du
collectif ou de la CNT : « titularisation » ou «
garantie de réemploi », en langage paritaire, pour des
contractuels, ça n’existe pas). Nous y présentons
nos revendications de salarié(e)s et soulignons les injustices,
contradictions au regard du code du travail ou de nos convictions.
Lorsque nos interlocuteurs nous renvoient à la «
fatalité » des textes ou soulignent leur
incompétence en la matière, nous argumentons selon notre
point de vue et leur demandons de transmettre au ministère.
Sur les questions par exemple des congés payés,
des salaires ou de la validation des années de vacataires,
aucune négociation n’est engagée. Nos positions
sont juste rappelées et commentées. S’il y a des
avancées sur les revendications intermédiaires ou
immédiates, elles sont dues aux dispositions du ministère
et du rectorat qui assument seuls la nouvelle condition sociale faite
aux précaires. Elles sont le résultat de nos
mobilisations passées et futures fondées sur le mot
d’ordre de titularisation, et non de négociations qui
pourraient laisser penser que nous nous satisfaisons de quelques
améliorations.
En revanche, le rectorat ou l’IA sont libres de ne pas
nous recevoir, de rester sourds à nos revendications et de nous
cacher des infos (les listes des personnels précaires par
exemple ; mais en disposent-t-ils d’une réellement
exhaustive). Tout est question de rapport de force et de
persévérance, d’où la
nécessité de programmer les actions comme
l’année dernière jusqu’à la fin de
l’année scolaire pour marquer notre détermination.
Facile à dire !
Si elles peuvent un temps démobiliser les
précaires lorsqu’elles sont satisfaites, les
revendications immédiates associées à la
titularisation nous permettent de montrer que la lutte collective paye
et que la titularisation est non seulement une juste revendication,
mais aussi un instrument de lutte indispensable qui permet de relancer
et fédérer les revendications des différentes
catégories de précaires (potentiellement 15 000 dans
l’académie). Ces arguments nous ont aidé(e)s
à convaincre sur la durée les membres du collectif,
plutôt sceptiques à l’origine.
Le « collectif des vacataires » devient donc
« collectif des contractuel(le)s » et continue de se
mobiliser, car si ces nouveaux contrats peuvent représenter une
avancée pour les ex-vacataires, ils signalent aussi la
volonté du ministère de continuer à recourir
à la précarité pour couvrir les besoins. Les
nouveaux contrats d’ATEN pour le second degré (Agents
Temporaires Education Nationale : précaires recruté(e)s
pour 3 ans et hop dehors) prouvent en effet que les politiques du
ministère restent inchangées et que le protocole «
Sapin - CFDT - FO - FSU - UNSA » sur la résorption de la
précarité n’est qu’un leurre. Les mots
d’ordre de titularisation et d’arrêt du recrutement
de personnels précaires sont plus que jamais
d’actualité. Il faut multiplier le travail de terrain pour
sensibiliser les titulaires, les aides-éducateurs, CES , MA,
vacataires et contractuel(le)s du second degré. C’est en
ce sens que la CNT a pris contact avec SUD, le G10 et la CGT (cf.
compte-rendu ci-dessous *) pour envisager des actions contre la
précarité dans l’éducation, mais aussi dans
toute la fonction publique.
Yasmina et Aldo.
*
Une réunion inter-syndicale sur le thème de la
précarité a eu lieu mercredi 28 novembre au local de
l’UL-CNT de Lille.
Présents : CGT-éducation, CNT-éducation, G10, SUD-éducation.
Absents : FO, FSU, SGEN-CFDT, SNUipp-FSU, SNES-FSU, UNSA-éducation.
Le principe d’une action contre la
précarité dans l’éducation nationale a
été décidé. L’idéal serait de
faire coïncider cette action avec la mobilisation contre les
suppressions de postes et fermetures de classes (carte scolaire),
mobilisation qui ne manquera pas de voir le jour fin janvier /
début février. En cas de grève sur le thème
de la carte scolaire, une action anti-précarité pourrait
par exemple être organisée le matin. Si pas de
grève, voir la possibilité de déposer un
préavis de grève spécifique..
D’autre part, les syndicats présents se sont
engagés à se transmettre des infos sur les
problèmes rencontrés par les précaires, les
mobilisations locales, etc. Cet échange d’infos pourrait
être synthétisé sous la forme d’ un bulletin
ou d’un 4 pages inter-syndical spécial
précarité (la CGT doit contacter ses instances à
ce sujet).
Dans le cas où nous n’arriverions pas à
mobiliser suffisamment pour faire un rassemblement conséquent,
SUD souhaiterait qu’on réfléchisse à la
visibilité de notre action (SUD est favorable à une
action « spectaculaire »).
En ce qui concerne l’élargissement
interprofessionnel de notre combat, c’est à étudier
avec les structures locales et régionales de la CGT, de la CNT
et du G10.
Dans notre matériel de propagande, ne pas
hésiter à rappeler que la titularisation des
précaires n’est pas une utopie (des plans de
titularisation ont déjà été
organisés dans le passé).
Prochaine réunion : mercredi 9 janvier à 15 h au local de l’UL-CNT de Lille, 1 rue Broca.
BILAN DU CONTRE-SOMMET EUROPEEN DE LAEKEN (BRUXELLES)
MARDI 11 ET MERCREDI 12 DECEMBRE
Participation de la CNT-Valenciennes aux assises des « marches européennes contre le chômage, la précarité et l’exclusion ».
JEUDI 13 DECEMBRE
Initialement, la CNT avait prévu d’être présente à la manif de la « Confédération européenne des syndicats »
(CES) pour dénoncer le syndicalisme de connivence incarné
par cette organisation à laquelle, rappelons-le, sont
adhérents les principaux syndicats français (cf. BR
n° 12). Compte-tenu de la date (un jeudi) et compte-tenu de
l’existence d’autres manifestations le vendredi et le
samedi, cette apparition n’a été possible que de
manière très symbolique. A étudier pour la
prochaine fois : l’organisation d’une GREVE…
à l’appel de l’internationale rouge et noire !
VENDREDI 14 DECEMBRE
Participation de la CNT à la manifestation contre la
mondialisation capitaliste initiée par le « D14 »
(collectif large rassemblant des libertaires, des mouvements
d’extrême-gauche, des associations comme ATTAC, etc.). Si
le cortège CNT a rassemblé plusieurs centaines de
personnes, on peut regretter que cette manif n’ait pas
été organisée le lendemain (c’est à
dire le samedi), ce qui aurait sans doute permis une mobilisation
internationale beaucoup plus grande (en ce qui concerne la CNT par
exemple, difficile pour de nombreux militants et sympathisants de se
déplacer en Belgique un vendredi ; notamment lorsqu’on
refuse le syndicalisme « professionnel » et les permanents
!).
Participation du syndicat CNT-éducation de Lille à une
commission de travail réunissant la fédération CGT
de l’enseignement (Espagne), la SAC (Suède), la FAU
(Allemagne) et bien sûr la fédération CNT des
travailleurs de l’éducation (France).
SAMEDI 15 DECEMBRE
Présence de plusieurs militants et sympathisants CNT
à la rencontre internationale mise en place par le collectif
« D14 ». On peut regretter que le panel des organisations
invitées n’ait pas été plus large (forte
coloration marxiste-léniniste !) et que la structuration de la
rencontre n’ait pas permis de donner la parole à la
salle…
Participation de la CNT à la marche contre la guerre
proposée par le « D14 ». La CNT était le seul
syndicat présent, exceptés plusieurs camarades de la CGT
(Espagne), de la SAC (Suède), de la FAU (Allemagne) et de
SUD-étudiants (France) qui ont d'ailleurs manifesté avec
nous. Notre cortège (800 personnes, dont le groupe « Act
Up » de Bruxelles et un certain nombre de belges ayant
répondu à l’appel du « D14 » et qui,
séduits par notre cortège, nous ont rejoint au fur et
à mesure que nous avancions) était le plus important de
toute la manif. On peut regretter que cette manif ait été
littéralement boycottée par la plupart des organisations
belges et étrangères (de la région Nord-Pas de
Calais, seul ATTAC et la CNT et quelques militants d’AC ! avaient
fait le déplacement). On peut également regretter le
caractère excentré du parcours et le fait qu’une
jonction n’ait pas été possible avec la
coordination anarchiste européenne * qui avait
décidé d’organiser une manif au même moment
mais à un endroit différent (signalons à ce propos
que plusieurs camarades de la CNT, de la SAC, de la CGT espagnole et de
la FAU allemande avaient choisi d’y être présents
et, inversement, que de nombreux libertaires ont manifesté avec
la CNT dans la manif du D14).
CNT - union locale interpro de la métropole lilloise.
*
Éléments de réponse à la question «
Pourquoi la CNT n’a-t-elle pas manifesté avec la
coordination anarchiste européenne ? » :
Il y a quelques mois, la CNT avait demandé au centre libertaire
de Bruxelles de poser des jalons pour l’organisation le 15
décembre d’une manif susceptible de rassembler à la
fois les libertaires, les anarcho-syndicalistes, les syndicalistes
révolutionnaires et les courants anti-capitalistes proches des
idées autogestionnaires que nous défendons.
Suite à des problèmes d’incompréhension
mutuelle et de communication, ce projet n’a pas abouti. En lieu
et place, une coordination anarchiste européenne a
été constituée sur des bases idéologiques
et une manifestation spécifiquement anarchiste a
été mise sur pieds.
La CNT, n’étant pas un groupe spécifique et
affinitaire fonctionnant sur des bases strictement idéologiques
ou philosophiques (mais une organisation de classe dont les
références sont l’anarcho-syndicalisme et le
syndicalisme révolutionnaire), nous avons été dans
l’obligation - en vertu des principes mêmes de
l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire
- de décliner l’invitation à rejoindre cette
manifestation.
A contrario, nous pensions que la manif du « D14 »
rassemblerait de manière importante un public non exclusivement
militant et qu’elle serait donc plus intéressante pour la
diffusion de nos idées. Enfin, rappelons que nous avions
affrété un bus au départ de Lille (en lien avec le
« Comité des sans ») et que la moitié des
personnes voyageant avec nous ne se définissaient pas
politiquement avec précision (bien qu’au final la plupart
d’entre elles ait manifesté derrière les banderoles
de la CNT).
On a manifesté… et puis après ?
Nice, Göteborg, Gênes, Bruxelles… autant de
rendez-vous qui ont leur importance. Mais n’oublions pas
qu’un rassemblement international (aussi intéressant et
aussi beau soit-il) ne remplace pas l’action au quotidien sur nos
lieux de travail et dans nos quartiers. Combattre l’Europe des
États et des patrons, lutter contre la mondialisation
capitaliste… implique aussi un travail de fourmi auprès
des travailleurs, des chômeurs, des précaires, etc. Une
tâche, bien souvent ingrate et peu spectaculaire, qui seule
permettra pourtant à nos idées et à nos pratiques
de s’enraciner solidement et durablement au sein de la
société (et notamment des couches les plus populaires) !
LA C.N.T. A VALENCIENNES
Le syndicat, qui s’est
créé le 21 juillet 2001, consacrera essentiellement son
activité locale au chômage, compte tenu de la
réalité professionnelle de ses adhérents. Nous
devons donc envisager l'aspect politique de notre discours et
considérer la faiblesse théorique du débat sur
cette question.
La réalité locale
La réalité locale et concrète de la lutte
contre le chômage est quasi inexistante à Valenciennes. La
CGT-chômeurs reste peu active sur le terrain valenciennois et,
à part quelques organisations caritatives qui servent dans les
ordres humanitaires, la question de l'emploi n'est que rarement
posée. Pas de contestation mais un discours de
légitimation unique qui fait dire à la plupart des
RMistes que « 2 500 francs sans travailler, c'est déjà bien » et aux travailleurs sociaux que le PARE va motiver les chômeurs.
Sur le terrain politique
Certains discours qui proposent d'agir ensemble pour des alternatives
révèlent à leur façon des contradictions
importantes. Ils traduisent une apparente cécité et, en
tout cas, une déconnexion profonde avec les
réalités du monde du travail. On ne s'étonnera
donc pas de voir ces contradictions nourrir des projets de société parfois élitistes : des
chômeurs heureux, payés par des allocations universelles
suffisantes, auraient tout le loisir de s'adonner à des
divertissements artistiques ou citoyens pendant que d'autres,
malchanceux ou stupides travailleurs, continueraient à produire
dans des conditions inchangées. La citoyenneté,
déconnectée de la sorte de la production, doit alors
trouver le chemin de son exercice à travers des voies plus ou
moins détournées. Un point commun parmi d'autres avec la
droite libérale qui applaudit la participation actionnariale
comme support de la médiation démocratique. Mais les
similitudes ne s'arrêtent pas là. Elles touchent à
des raisons plus profondes. La réduction du « coût
du travail » pour les employeurs, autorisé par l'extension
des minima sociaux reposant sur la fiscalité (RMI, Allocation
Spécifique de Solidarité, Allocation Parent Isolé,
Contrat Emploi Solidarité, CEJ...) qui les dégage de
l'obligation de compter ces allocations dans les salaires qu'ils
versent (au titre des « charges »), éclaire
une autre similitude. Elle fait par exemple demander des choses
identiques à M. Madelin (Droite libérale) et à AC
! (anti-libéraux) concernant le revenu garanti. C'est bien la
diminution des « charges » pour les employeurs que
l'on inspire, quand c'est l'augmentation des minima sociaux que l'on
demande. Dans cette logique, ce qui n'ira pas au travail… ira
forcément aux revenus du capital (captation de la richesse
à travers la détention de titres financiers en
finalité).
On ne peut évidemment se passer de considérer
l'urgente nécessité dans laquelle se trouvent les
demandeurs d'emploi dans l'attente d'un revenu minimum qui ne leur
permettra pas de s'insérer. Toutefois nous n'irons pas dans le
sens du capital et ne couperons jamais nos revendications des
intérêts de classe qui prévalent. Le fonctionnement
du « salaire socialisé » 1 en France nous dit de quel côté du rapport capital / travail
nous nous trouvons. Il nous dit aussi que la seule manière
valable d'augmenter les revenus des chômeurs, de les
insérer, ne consiste pas à répartir
équitablement l'impôt que le capital nous laisse 2, mais
de les payer avec du salaire.
Nous ne pouvons nous joindre à certaines propositions
tant elles démissionnent de ce qu'elles veulent combattre. La
rupture avec la lutte anti-capitaliste est définitivement
consommée ici et nous refusons de déposer les armes du
combat autogestionnaire pour une question impérieuse
d'égalité économique et sociale.
Pascal (CNT - Valenciennes).
Notes :
1.
Lire à ce propos dans « Les temps maudits » n°
11 (octobre 2001) l’article sur le revenu garanti. Lire aussi
« Et la cotisation sociale créera l'emploi » de
Bernard Friot (éditions « La dispute », 2000).
2. L'impôt en France touche à 80 % des salariés.
ELECTIONS UNIVERSITAIRES
Ne votez pas pour nous ! *
Action concrète contre verbiage électoraliste…
Tous les deux ans, l’administration rappelle aux étudiants
qu’ils doivent voter pour élire des «
représentants » aux CA (conseil d’administration),
CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), CS
(conseil scientifique) et conseil des UFR, tandis que la
quasi-totalité des syndicats nous font savoir qu’ils
existent encore par de vibrants appels à voter pour eux. Car ces
élections leur permettront de toucher des subventions qui,
à défaut de militant(e)s, leur permettront de continuer
leur inexistence tranquille.
Une parodie de démocratie
La CNT défend une toute autre conception du syndicalisme
et c’est pourquoi elle n’essaiera pas de se faire la plus
belle pour aller danser au bal électoral. Ces élections
sans enjeux ne font que masquer l’absence de démocratie
réelle à l’université. Depuis au moins 1968,
il s’agit de gérer toute contestation éventuelle en
l’intégrant d’office dans les limites
étroites du système établi avec le concours de
syndicats bureaucratiques unanimes pour considérer les vrais
luttes syndicales du passé comme un mauvais cauchemar.
Est-on en démocratie quand la majorité ignore le
rôle des conseils et ne connaît, de ceux pour qui il va
voter, qu’un tract publicitaire ? Quand les élus une fois
en place en viennent finalement à décider à la
place des étudiants, sans mandat précis,
irrévocables jusqu’à la prochaine foire
électorale, finalement irresponsables de leurs faits et gestes ?
La démocratie réside-t-elle dans l’absence totale
de pouvoir de ces conseils sur les politiques universitaires, quand le
ministère et l’administration ont de toute manière
toujours le dernier mot ? Nous faudra-t-il vraiment applaudir cette
démocratie où une minorité décide tout le
temps à notre place ?
La démocratie, c’est la participation directe de
la collectivité aux décisions qui la concernent (soit la
coordination de conseils à la base). C’est ce que le
système actuel ne tolère pas. Dans ces conditions, mener
un combat syndical autogestionnaire, c’est à dire lutter
authentiquement en veillant à ce que le mouvement reste sous le
contrôle de ceux qui agissent et non de quelconques directions
politiques ou syndicales, c’est se réapproprier ensemble
un bout de cette liberté qui nous a été
volée.
L’essentiel n’est pas de voter mais de lutter
Face au pouvoir dérisoire des représentants aux
CA, CEVU, CS, conseils d’UFR, le verbiage électoraliste
alterne encore une fois entre démagogie qui ne coûte rien
(promettons la lune même si ça n’a rien à
voir) et « réalisme » consciencieux qui ne fera rien
mais qui le dit (bravo !). Et pour cause : seule la lutte permet et a
toujours permis d’arracher de véritables acquis sociaux.
Or, force est de constater que la CNT, quoique encore minoritaire, est
un des rares syndicats à être actif dans ce domaine. Et
quand les autres syndicats se réveillent, c’est pour
dominer et contrôler le mouvement en fonction de leurs buts
propres, sans respect du pouvoir décisionnel des
Assemblées Générales. Le syndicat reste le
meilleur outil pour lutter efficacement au quotidien là
où on se trouve, solidairement avec partout ailleurs, tant les
raisons de lutter sont nombreuses : manques connus de moyens (bourse,
cités U, locaux, personnels…), discrimination envers les
étudiants étrangers des pays pauvres, plan «
vigipirate » et dérive sécuritaire à Lille
III (caméras et clôture vont être
installées), réformes universitaires ( réformes
Lang, plan U3M…) visant à inféoder toujours plus
la fac aux intérêts patronaux à court terme
(étudiant = main d’œuvre mobile et corvéable
en devenir psychologiquement préparée par les stages
gratuits des licences et maîtrises professionnelles), question
aussi de la remise en cause des méthodes de
l’éducation (pour une participation réelle des
étudiants à la détermination de ce qu’ils
vont étudier et du mode d’évaluation, pour une
pédagogie anti-autoritaire qui réclame aussi plus de
moyens), de ses liens forcés avec un système
économique capitaliste inique et imbécile
(inégalités et course à la consommation) et la
bureaucratie d’État qu’il s’agit aussi de
combattre. Ce type de syndicalisme est nécessaire qui permette
de gérer nous-même nos luttes, pour améliorer
aujourd’hui notre vie quotidienne, retrouver le goût de la
liberté en solidarité avec les travailleurs
salariés (la CNT syndique étudiants, IATOSS et
enseignants), imposer une transformation radicale de la
société. Cela ne dépend que de nous…
Section universitaire de la CNT (Lille).
* Sur la question des élections syndicales (note du claviste), rappelons que la CNT ne participe à aucunes d’entre elles dans la fonction publique.
En ce qui concerne le secteur privé, elle refuse de
présenter des candidats au comité d’entreprise (le
CE étant non seulement une structure de collaboration de classes
mais aussi une structure éloignant les militants syndicalistes
de leurs tâches revendicatives).
Par contre, lorsque c’est nécessaire à son
développement et à l’exercice de ses droits, la CNT
se donne la possibilité de participer sous contrôle du
syndicat aux élections de DP (délégués du
personnel). C’est particulièrement vrai dans les
entreprises de moins de 50 salariés où la fonction de
délégué syndical (DS) est obligatoirement
assuré par un DP. Enfin, en ce qui concerne les réunions
du CE (là où cette structure existe), la CNT mandate un
délégué syndical pour y assister à titre
d’observateur (précisons que le DS n’est pas
élu par l’ensemble du personnel mais par les
adhérents du syndicat).
CONGRES CONFEDERAL DE LILLE
Sous le titre « Réhabiliter le syndicalisme de terrain »,
la Voix du Nord a publié un article sur le congrès
confédéral de la CNT organisé à Lille les
10 et 11 novembre. En voici quelques extraits…
Il fallait dépoussiérer. Les statuts de la
Confédération Nationale du Travail, syndicat
révolutionnaire, datant de 1946, il était temps de les
remettre en phase avec la société. Depuis deux ans, une
commission de militants a mené cette réflexion. Ce
week-end, dans le cadre d’un congrès national
extraordinaire qui se tient à la Maison de
l’éducation permanente à Lille, il s’agit de
valider. « Bien entendu, le projet de la CNT ne change pas,
souligne Jean-François Grezes, secrétaire
confédéral. Nous voulons au contraire mettre en place les
moyens adéquats pour parvenir à l’autogestion des
luttes, notre principe de base ». (…) Reconnaissance,
représentativité? Des questions souvent posées...
« A remettre dans le contexte actuel : le taux de syndicalisation
en France est de 6 % dans le privé... Peut-on parler de
sous-représentativité de la CNT ? Et de toute
façon, nous souhaitons redonner l’image d’un
syndicalisme, outil des travailleurs », explique encore le
secrétaire confédéral de la CNT. D’où
la pertinence de rajeunir les statuts. (…) A Lille et dans la
région aussi, la Confédération Nationale du
Travail retrouve des couleurs. « Surtout depuis le mouvement de
1995, éclaire Joao Manuel Gama, secrétaire de
l’union locale de Lille. Beaucoup de jeunes et de
déçus de la CGT nous ont rejoints à cette
époque. Depuis, dans les principales villes de la région,
la CNT est représentée. Et pratiquement dans tous les
secteurs socio-professionnels. Ici aussi, nous avons pour ambition de
réhabiliter le syndicalisme de terrain, abandonné par les
grandes confédérations ».
De son côté, France 3 nord-pas de calais a diffusé
un excellent reportage sur le congrès, reportage
agrémenté d’images d’archives qui nous a
permis de revoir avec plaisir plusieurs des cortèges rouges et
noirs du 1er mai à Lille ainsi que les camarades de la CNT
béthunoise en pleine réunion de travail dans leur local
de la « Maison des syndicats », rue de Lille à
Béthune.
UL - CNT de Lille.
CHOMEURS : NOS DROITS
Dans son édition du 8
décembre 2001, « Fémina »(le
supplément gratuit de la « Voix du Nord ») titre sa
rubrique « vos droits » : « Le Pare, vous avez tout à y gagner »
! Certes, si vous avez signé le PARE et le PAP, vos allocations
chômage, appelées « aide au retour à
l’emploi » (ARE), ne diminueront plus tous les six mois
comme c’était le cas avec l’AUD (allocation unique
dégressive)… du moins tant qu’il y aura de
l’argent dans les caisses de l’ASSEDIC !!! En effet, le
volet financier du PARE prévoit déjà que le
montant des caisses ira aux employeurs sous forme
d’exonérations alors que 60 % des chômeurs ne sont
pas indemnisés. La non-dégressivité ne durera
visiblement pas très longtermps !
En contrepartie, vous allez devoir accepter un emploi ou une
formation non choisi(e), à n’importe quelles conditions et
à n’importe quel salaire pourvu qu’ils soient
suffisamment précaires et permettent aux patrons de vous payer
le moins possible. Si vous refusez un temps partiel ou un CES, le PARE
/ PAP prévoit que vous soyez radié et que vous ne
perceviez plus d’allocations.
Dans les années 70, les chômeurs percevaient pendant un an
90 % de leur dernier salaire brut sans dégressivité.
Aujourd’hui, la richesse produite et les profits ont
considérablement augmentés… et on voudrait nous
faire croire que la société n’a plus les moyens de
payer correctement les demandeurs d’emploi !?
Nous demandons :
que tous les chômeurs soient payés suffisamment pour
pouvoir vivre comme n’importe quel citoyen et ne soient pas
réduits à la charité associative (foyers, accueils
de jour, soupes populaires),
qu’ils soient payés par
des cotisations patronales comme le veut le mode de financement de
l’ASSEDIC et non par des impôts prélevés aux
contribuables comme c’est le cas avec le RMI ou de l’ASS,
que le versement immédiat de leurs allocations ne connaisse ni
dégressivité, ni interruption tant qu’ils
n’ont pas retrouvé un travail correspondant à leurs
souhaits,
que les sites internet des associations de chômeurs et syndicats
soient accessibles gratuitement depuis l’ANPE ou l’ASSEDIC
comme l’est celui du ministère de l’emploi et de la
solidarité,
que les syndicats et associations de chômeurs disposent de tables de presse dans les ANPE et ASSEDIC,
qu’on réduise suffisamment le temps de travail (sans
baisse de salaire ni flexibilité) pour qu’enfin tout le
monde puisse travailler.
Union régionale CNT du Nord - Pas de Calais.
L’ORTHODOXIE CAPITALISTE A L’ECHELLE EUROPENNE
Ce texte a été rédigé à partir de l’appel pour une autre Europe
publié par « Euromarches News » (décembre
2001 - n° 20). Il expose la position de la CNT - Valenciennes pour
une intervention au cours de la journée des marches
européennes contre le chômage et la
précarité organisée à Bruxelles le 11
décembre .
L’orthodoxie capitaliste qui guide les décisions de
l’Europe “n’ignore” pas les droits des
populations. Au contraire. Sous sa forme néo-libérale,
elle s’attache concrètement, pour chaque pays
européen, à définir le partage de la richesse en
faveur des classes dominantes. L’orthodoxie capitaliste veut
imposer un modèle de développement économique
unique qui pose, pour tout le continent européen, le capitalisme
comme horizon indépassable. Réduction du coût du
travail et remise en cause des services publics, mais plus
généralement refus systématique pour les
détenteurs du capital de payer le temps occupé ou libre
des travailleurs (salariés, retraités ou chômeurs),
deviennent les postulats du discours dominant à partir desquels
nous devrions négocier.
Faire entendre une autre Europe, une Europe de la
solidarité et des droits demande d’abord une analyse
concrète des situations pour chaque pays et une
évaluation des moyens d’action pertinents. Le tout
guidé par la définition d’un projet de
société qui s’appuie sur
l’émancipation et l’égalité
économique et sociale de toute la population. Opposer un
contre-modèle unique et valable pour toute l’Europe en
réponse au modèle capitaliste ignorerait les deux
premières étapes de notre réflexion (analyse de la
situation et évaluation des moyens) et demanderait
d’élire un « mieux disant » social pour toute
l’Europe faisant abstraction des traditions de chaque État
membre.
A titre indicatif, l’OMS (Organisation mondiale de la
santé) a déclaré (enquête 2000) la France
comme disposant du meilleur système de protection au monde. Dans
cette logique, ce « mieux disant » social reviendrait donc
au système français. Mais, en dehors du fait que cette
enquête peut être contestée, deux grands
systèmes (continental et béveridgien) cohabitent
déjà en Europe et ils se déclinent
différemment selon les régions. De plus, ils peuvent se
révéler contre nos intérêts à partir
du moment où on tente de les amalgamer. Mieux vaut donc
s’appuyer, en intégrant leurs particularités
locales, sur les institutions sociales existantes en Europe pour faire
advenir tout leur potentiel égalitaire et faire revenir aux
travailleurs la totalité de la richesse qu’ils produisent.
A moins d’être solidaires avec notre propre exploitation,
notre seul intérêt commun tient dans l’appropriation
et la définition de la richesse que nous produisons, avons
produite ou produirons. Quant aux moyens d’y parvenir, à
nos revendications donc, elles varient selon le cadre politique dans
lequel elles s’expriment. La demande d’un revenu garanti,
par exemple, dépasse largement l’aire géographique
de la France ou de la Norvège. Toutefois, il faut rester clair
sur leur application locale. Si le système de prise en charge
social norvégien repose sur la fiscalité et
l’assurance privée, la Norvège donne les moyens de
fonctionner de la sorte en fixant des salaires de base
élevés et en prélevant un impôt fort. La
tradition française, quant à elle, repose sur une autre
logique. Elle finance sa sécurité sociale sur les
salaires versés par les employeurs (ce qu’ils appellent
communément les « charges »), l’impôt ne
devant servir qu’à assurer les services publics de
l’État. Et si une partie des demandeurs d’emploi
sont maintenant payés par de la fiscalité (RMI...), il
faut y voir une véritable régression de notre condition.
Pascal, CNT - chômeurs (Valenciennes).
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE : INFO OU INTOX ?
Aujourd’hui, la question du partage de la richesse garde toute
son efficience. Le rapport de force qui a été
établi à travers un siècle de luttes populaires et
syndicales résiste et se veut un solide rempart aux attaques du
patronat et à la perfidie des syndicats
sociaux-démocrates comme la CFDT. Mais l'argument du « ralentissement de la croissance économique »
invoqué dans le journal « Le Monde » du 25 octobre
par Monsieur le baron Ernest-Antoine Seillère (patron du MEDEF,
c’est à dire du grand patronat de France) nous rappelle
que si la lutte historique des classes antagonistes
(exploités/exploiteurs) semble complètement
dépassée pour certains, elle reste d'actualité
pour d'autres… tant ils y voient la solution à leurs
intérêts bien compris.
C'est donc ici que l'argument de la croissance, cette phase
qui doit nous mener à la prospérité
définitive, cet équilibre économique parfait,
entre en jeu. La croissance se pose comme un mouvement perpétuel
d'augmentation de la richesse et permet, définie de cette
manière libérale et vaporeuse, de ne pas poser la
question de la répartition de ce qu'elle augmente. Unique chemin
devant nous mener à la béatitude, elle se maintiendrait
hors de portée et justifierait des mesures
d'austérité, sorte de sacrifice, pour enfin vivre une
humanité réconciliée et heureuse. Nous laissons ce
discours aux catholiques et autres libéraux et il est fort
à parier que, même avec un taux de croissance de 20 % au
lieu de 2 % aujourd'hui, il y aura toujours du chômage, de la
pauvreté et du boulot pour les « inséreurs ».
Peu importe d'ailleurs la croissance. La seule chose qui
intéresse notre lutte, c'est la quantité, la nature et
les conditions de production et d'échange de la valeur produite
par les travailleurs. Elle leur appartient intégralement et
n'admet aucun partage ou rééquilibrage entre l'entreprise
comme entité indépendante et autonome, presque hors de
portée humaine tant elle veut transcender les hommes pour
diriger leur intérêt, et les salariés qui
viendraient y vendre leur force de travail.
Lorsque Monsieur Seillère parle de "conditions favorables à l'initiative entreprenariale et au développement de l'entreprise",
il faut garder à l'esprit que le développement de
l'entreprise capitaliste ne se fait qu'à travers l'augmentation
des profits et donc la réduction du « coût »
du travail et des prélèvements de l'État. Ceci
explique l'existence d'exonérations patronales diverses à
l'occasion de l'emploi de certaines catégories de
salariés qui se mettent souvent à exister
spontanément sur décision gouvernementale.
Cette courroie de transmission qui veut cacher la véritable
nature de notre régime n'a de toute façon plus de raison
d'être et le MEDEF revendique dans le même article du
« Monde » sa place sur l'échiquier politique. Cette
mégalomanie affirmée à travers le "Nous autres, les entrepreneurs"
de Monsieur Seillère cherche, à l'instar d'ATTAC, une
légitimité qui veut inscrire le phénomène
capitaliste d'appropriation de la richesse comme élément
incontournable du débat citoyen et donner au MEDEF toute son
aura citoyenne. C'est ce que signifie cette assertion de Monsieur
Seillère : "Tout ce qui est bon pour l'entreprise est bon pour la France".
Et de partir pour une véritable campagne électorale, avec
son programme, ses lieux (dont Lille il y a quelques semaines) et ses
dates. "La place la plus large possible" pour continuer des
mesures régressives initiées dans les années 80
où le choc pétrolier fut invoqué pour justifier le
commencement de la crise.
Il s'agit de nous faire oublier une chose qui jusqu'ici a
orienté le mouvement global de la société. Rien ne
doit revenir à ceux qui détiennent des capitaux et
s'engraissent en toute bonne conscience en les faisant "fructifier". Ce
sont nos ennemis parce qu'ils se les sont appropriés en
exploitant nos amis, parents ou camarades... et continuent à le
faire avec nous. Ce sont ces "salauds inutiles d'actionnaires",
de patrons scélérats et d'élus corrompus soutenus
par les organisations caritatives ou solidaires qui nous
détournent de notre but ultime : les détruire et en finir
avec l'exploitation, les licenciements, les dividendes à la
richesse de ceux qui nous dirigent, nous conseillent, nous consolent,
nous administrent ou nous réconfortent en nous parlant de
dignité. Notre dignité est là où
Seillère n'est plus. Elle passe par l'extermination radicale et
sans concessions de toute forme d'exploitation à laquelle nous
devons proposer un système qui satisfasse notre
intérêt matériel général.
Pascal (CNT-Valenciennes).
INTERMITTENTS DU SPECTACLE : RETOUR A LA CASE DEPART
Suite à l’entrée en
vigueur de la nouvelle convention chômage (PARE), les
intermittents du spectacle (artistes et techniciens) n’ont plus
de régime légal d’assurance chômage (cf.
annexes 8 et 10).
Le 12 décembre 2001, l’Assemblée Nationale a
discuté un projet de loi autorisant le gouvernement (s’il
le veut bien) à mettre un terme à ce vide juridique.
Cependant aucune décision n’a été prise ce
jour-là. En effet, cet examen est soumis, de par la
constitution, à une discussion au Sénat et ensuite, le
projet doit revenir en deuxième lecture à
l’Assemblée (lors de la session de printemps).
Nous en sommes donc à peu près à la case
départ, à savoir : ouverture de négociations et
sur quelles bases ? En d’autres termes : que vont devenir les
annexes 8 et 10, et que voulons-nous (nous, salarié(e)s
intermittent(e)s du spectacle) qu’elles deviennent ? C’est
la question. Elle doit être réglée, sauf si nous
tenons à revenir dans la rue dans six mois ou un an.
Il est question, il est vrai, de l’accord de branche
signé le 15 juin 2000, dit accord « FESAC ». Hormis
la timidité de l’avancée de celui-ci, il est
à remarquer que d’une part les salarié(e)s
n’ont pas été franchement consulté(e)s,
d’autre part que les confédérations
légalement représentatives sont divisées sur la
question.
La CNT est persuadée que c’est aux salarié(e)s du
spectacle de décider ensemble de ce que nous devons imposer,
dans l’unité, par des assemblées
générales organisées dans tout le pays. Pour cela,
plus que jamais, nous devons garder le contact, rassembler nos
informations et affirmer des axes de lutte unitaires, avec le soutien
du plus grand nombre possible de salarié(e)s. La mobilisation
est effective, nous sommes des milliers dans la lutte, il faut
s’en servir. Nous avons les moyens de gagner.
Nos propositions sont :
Ouverture immédiate de négociations sur les
annexes du spectacle en vue de leur amélioration, et maintien
juridique de celles-ci pendant les pourparlers.
Mise à plat des vrais problèmes auxquels sont
confrontées nos professions, c’est-à-dire, au
niveau de l’assurance chômage :
1. Arrêt de la dégressivité des allocations.
2. Arrêt du transfert des intermittents vers les « statuts » saisonniers, intérimaires ou autres.
3.
Abrogation des mesures ineptes prises les années
précédentes et qui n’ont résorbé
aucun déficit prétendu ou réel.
4. Application des 35 heures, tant sur le plan de l’indemnisation
chômage (455 h au lieu de 507 h pour ouvrir des droits) que sur
le plan du travail salarié.
5. Prise en compte des congés payés dans le calcul de nos
ouvertures de droits (congés payés = feuille de paie,
donc cotisations !).
6. Extension du champ d’application des annexes 8 et 10 à
tous les précaires, notamment ceux de la culture et du spectacle
(vacataires, CES, CDD d’usage ou de droit commun.) Ouverture des
droits « Assedic » pour 3 mois de travail salarié
(juste retour à la convention chômage d’origine, de
1959 au début des années 80) !
7. Prise en compte des heures passées à enseigner nos métiers.
8. Application des mêmes règles de calcul des
indemnités quelles que soient la profession et
l’ancienneté.
9. Mise en place d’un seuil de revenu mensuel maximum
au-delà duquel il n’y a pas de versement
d’allocation, ainsi qu’un vrai plancher minimal
d’allocation.
Et au-delà de l’UNEDIC :
1. Arrêt de la multiplication des CDD (Contrats à
Durée Déterminée) pour les transformer en vrais
CDI (Contrats à Durée Indéterminée). Un
poste en CDI correspond à des recettes en cotisations
chômage et évite des dépenses en allocations
(d’où réduction du déficit, s’il y a
!).
2. Suppression du budget de l’UNEDIC réservé au
contrôle social des chômeurs. Réinvestissement de
ces sommes afin de contrôler le versement des cotisations
sociales avant versement de subventions.
3. Renforcement du contrôle sur les conditions de travail
(ajouter un inspecteur du travail aux commissions de contrôles de
sécurité dans les salles de spectacle).
4. Taxation du show-business. Prélèvement d’un
pourcentage supplémentaire sur le ticket d’entrée
des spectacles de masse (+ de 2 000 spectateurs).
Prélèvement sur la vente de produits culturels (disques,
TV, etc.), et ce afin de financer l’aide à la
création artistique, à l’emploi et à
l’accès de tous à la culture. Mise en place
généralisée d’organismes de type C.N.C. (ou,
pourquoi pas, une caisse de type « mutuelle »
gérée directement par les artistes ?).
5. Contrôle de la compétence réelle des structures de formations.
CNT - secteur spectacle.
Contact national :
Tél / rép. : 01 43 72 21 67
Fax : 01 43 72 95 34 E-mail : comm.rp@cnt-f.org
Site web : http://cnt-f.org/comm.rp
REGULARISATION DES SANS-PAPIERS
Depuis 1996, les gouvernements successifs n’apportent pas les
réponses aux revendications de la lutte des sans-papiers. Aussi
nous tenons à dire au gouvernement, qui doit en partie son
élection à cette lutte, qu’ensemble (sans-papiers
et soutiens), aujourd’hui et demain, notre lutte se poursuit pour
que soient régularisés tous les sans-papiers ainsi
injustement rejetés après avoir fait confiance aux
promesses électorales de 1997. Nous restons mobilisés
pour que s’ouvre dans l’espace public un débat sur
l’immigration nécessaire à la remise en question de
l’Ordonnance de 1945. Nous dénonçons ainsi
l’arbitraire de la loi Chevènement, conçue dans la
même logique que les législations antérieures sur
les étrangers.
Sur le plan national
Le pays, berceau des droits de l’Homme, après les
avoir ratifiés, ne respecte ni le droit d’asile, ni les
droits de l’Homme. Ainsi, le Ministère de
l’Intérieur et l’OFPRA continuent de fabriquer des
sans-papiers… En 1995 : sur 20 000 demandes d’asile, 15
268 refus (76%) ! En 1998 : sur 22 375, 18 063 refus (81%) ! En 2000 :
sur 38 747, 33 622 refus (87%) !
L’espérance suscitée par l’asile
territorial est déçue. En 1999, sur 3 888 demandes,
seules 8 ont été obtenues (0,2%
régularisés). Conséquence de « Vipirate
renforcé « , la CIMADE dénonce la hausse
récente de plus de 30% des détentions de sans-papiers
dans les centres de rétention.
Dans le département du Nord
Le bilan des rencontres mensuelles de janvier à octobre
2001 avec la Préfecture est négatif. Sur 208 dossiers
présentés, seuls 45 ont obtenu satisfaction (21,63%) et
163 (78,37%) sans-papiers ont été déboutés.
Sans local de lutte et donc sans visibilité collective, les
sans-papiers sont à la merci de l’arbitraire.
Ainsi, des centaines de sans-papiers
régularisés ont renouvelé plus de trois fois leur
titre d’un an et n’obtiennent pas la carte de 10 ans
à laquelle ils ont droit. D’autres renouvellent plusieurs
fois leur récépissé de 3 mois et parfois se
retrouvent avec une convocation. Ces situations sont ensuite
opposées aux sans-papiers par certains patrons pour les
maintenir en CDD. Ce qui est une infraction totale à la
législation du travail. Ces ex sans-papiers sont aussi exclus de
tous les droits sociaux pour lesquels ils cotisent par ailleurs. Mrs
Chirac / Jospin : régularisez !
ROUBAIX : LA POLICE CENSURE LE JOURNAL DES JEUNES
Le journal « Alerte ! »,
publié par la Fédération des associations de
jeunesse de Roubaix (FAJ), a vu ses subventions suspendues suite
à la publication au printemps dernier d’un numéro
hors-série intitulé « A la mémoire de Riad, de Sydney et de tous les autres - Impunité policière : basta ! ».
Ce numéro, co-édité avec la
Fédération des associations de solidarité avec les
travailleurs immigrés (FASTI) / commission jeunesse, comprend
des coups de gueule de jeunes de Roubaix, Lille, Nantes, Le Havre,
Toulouse, Nantes, Nice et des contributions de personnalités
comme Maurice Rajsfus, Clément Schouler (SM), Saïd
Bouamama, Magyd Cherfi (Zebda), Bernadette Hetier (MRAP) ou Mogniss H.
Abdallah (IM’média).
La préfecture aurait considéré ce dossier « carrément diffamatoire », dixit le journal Nord-Eclair,
et a décidé de suspendre la subvention de 43 000 F
alloué dans le cadre d’un contrat de ville «
préfecture - mairie - FAS ». Depuis, ce journal
d’expression pour les jeunes a cessé sa parution faute de
moyens, et son équipe est traumatisée.
Lors d’une conférence de presse le 5 décembre 2001, les responsables de la FAJ ont répondu que «
si certains estiment avoir été diffamés dans une
de nos publications, qu’ils usent de leur droit en
déposant plainte, et non de leur pouvoir en supprimant des
subventions ».
Cette nouvelle atteinte à la liberté
d’expression, qui intervient dans un climat
délétère où des notions inédites de
« légitime panique » ou d’« homicide excusable »
font florès dès lors qu’il s’agit de mort de
jeunes des quartiers tués par des policiers, a provoqué
l’indignation de la FASTI et des contributeurs à ce
numéro qui se réservent la possibilité de
réagir en conséquence et de faire savoir sur la place
publique ce qu’ils en pensent. Dans un premier temps, ils
entendent faire connaître davantage encore ce numéro
d’Alerte !, demandent la levée immédiate de
la décision de suspension des subventions et resteront vigilants
pour que le journal ne subisse pas ultérieurement les
contre-coups de leur mobilisation.
Source / auteur : Agence IM’média
MEGRET A SANGATTE !
Avertis de la venue de Bruno Mégret (MNR) à Sangatte,
huit copains et copines de Calais (dont 2 militants de la CNT) sont
allés l’attendre à l’arrivée du train
avec des bombes à eau et de la crème chantilly…
cachés dans un gros sac poubelle laissé à
l’entrée de la gare et que la police a
dédaigné pendant une heure et demi (bravo « vigipirate »).
Mais ils n’ont vu arriver qu’un bus de Lille avec une
cinquantaine de mégrétistes qui n’ont pas
osé approcher de nos 8 valeureux camarades (ils devaient penser
qu’ils n’étaient qu’une avant-garde !).
Mégret ayant changé son programme et se
rendant directement au centre de réfugiés de Sangatte,
les 8 ont pris un raccourci et sont arrivés avant lui et le bus.
Postés devant la grille d’entrée, ils ont
assisté au discours du petit facho. Ont suivi des
échanges de mots tendres sous le regard des CRS… A
présent, en germe, l’idée de créer un groupe
« No pasaran » sur Calais.
CNT - Calais.
PORTRAIT D’UN SYMPATHISANT
A 36 ans, Thierry Bracquart se définit volontiers comme un « compagnon de route »
de la CNT. Pendant quelques mois, il a même adhéré
au syndicat des sans-emplois et précaires de Béthune et
environs. Aujourd’hui sympathisant, il envisage volontiers de
continuer à se battre avec cette organisation, la
première à laquelle il n’a jamais appartenu. Pour « changer le monde » tout simplement ! Portrait.
C’est un peu par hasard que Thierry Bracquart à découvert la CNT de Béthune. «
Une amie m’a fait connaître un militant du syndicat CNT des
sans-emplois et précaires de Béthune avec qui j’ai
sympathisé. Ma curiosité a été
éveillée. Très vite, j’ai voulu en savoir
plus sur cette organisation que je ne connaissais pas du tout », explique volontiers Thierry.
Se situant à l’ultra-gauche sur
l’échiquier politique, attaché à
l’idéal libertaire, il manifeste des dispositions
idéologiques extrêmement favorables. Nous sommes à
la fin de l’année 1999. Pendant quelques mois, il prend
même sa carte au syndicat des sans-emploi de Béthune et
environs...
« J’apprécie la CNT parce qu’il
n’y a pas de chef. Au syndicat, un homme ne profite pas de sa
situation pécuniaire ou du fait d’être
détenteur d’une parcelle de savoir pour mettre son
vis-à-vis en position d’infériorité. Tous
les syndiqués sont traités sur un pied
d’égalité », explique Thierry qui apprécie aussi qu’ « à la CNT, les décisions soient prises en assemblée générale ».
En janvier 2000, il participe à une action “péage gratuit” sur une autoroute de l’Arrageois.
Une action limitée dans le temps mais plutôt spectaculaire qui ne lui laisse que de bons souvenirs ! « C’était une façon de défier le Pouvoir »,
poursuit celui qui apprécie aussi l’intervention de la CNT
à la salle Olaf-Palme à Béthune aux vœux de
Bernard Seux, le maire de Béthune, en janvier 2000.
L’action directe comme méthode !
« Nous voulions lui signifier notre désaccord avec sa façon d’agir (NDLR
: Bernard Seux avait porté plainte contre un militant de la CNT
qu’il avait accusé d’avoir
détérioré le mobilier municipal). C’était
très chaud. A tout moment, l’action pouvait
dégénérée. Cela reste aussi un bon souvenir
», poursuit notre interlocuteur qui proposera plus tard
au syndicat des sans-emplois d’intervenir auprès des
bénéficiaires des Restos du cœur «
afin d’exiger tous ensemble l’augmentation du montant des
bons de pain offerts par la mairie de Béthune ».
« L’idée des Restos est noble à
l’origine. Elle a été dévoyée par la
suite », confie Thierry qui pense que l’association
caritative joue aujourd’hui le rôle d’une soupape de
sécurité. « On donne quelques choses aux
plus démunis pour qu’ils se taisent, pour les
empêcher de se révolter... Le tout avec la
complicité de l’État qui en matière de
solidarité n’assume pas ses responsabilités », fait encore remarquer celui qui, cette année, a refusé de faire la queue aux Restos.
Et notre homme de souligner que son rêve est désormais de rassembler en mairie des personnes en difficulté. «
Il ne s’agirait même pas de demander quoi que ce soit aux
élus, mais de leur montrer que nous sommes capables de faire
bloc et de résister ! ». L’ennui, c’est que rien n’est gagné d’avance ! «
Au départ, souvent on est d’accord avec moi pour
“monter” en mairie. Mais lorsqu’il s’agit de
passer à l’acte, beaucoup se rétractent », explique encore celui qui ne désespère pas pour autant de changer le monde, « avec la CNT bien entendu dont j’apprécie la philosophie et les combats » même si « mon amour de la liberté me pousse à lutter à ses côtés et non en son sein ».
Jacques (CNT - Béthune).
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