Extraits du BR n° 13


BIENVENUE DANS LA CAPITALE DE L’EUROLAND !
DROIT DE PHOTOCOPIE DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES
NOTES DE LECTURE : "Le Fabuliste"
NOTES DE LECTURE : "Les Goûts florissants"
NOTES DE LECTURE : "La dictature du chagrin"
DE VACATAIRES A CONTRACTUEL(LE)S : RESORPTION DE LA PRECARITE ?
BILAN DU CONTRE-SOMMET EUROPEEN DE LAEKEN (BRUXELLES)
LA C.N.T. A VALENCIENNES
ELECTIONS UNIVERSITAIRES
CONGRES CONFEDERAL DE LILLE
CHOMEURS : NOS DROITS
L’ORTHODOXIE CAPITALISTE A L’ECHELLE EUROPENNE
RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE : INFO OU INTOX ?
INTERMITTENTS DU SPECTACLE : RETOUR A LA CASE DEPART
REGULARISATION DES SANS-PAPIERS
ROUBAIX : LA POLICE CENSURE LE JOURNAL DES JEUNES
MEGRET A SANGATTE !
PORTRAIT D’UN SYMPATHISANT



EDITO : LE PASSAGE A L’EURO


Le passage à l’euro au 1er janvier 2002 fait couler beaucoup d’encre et agite les milieux politiques. Pour ou contre, le débat tourne en rond et chacun campe sur ses positions. Il convient de ne pas nous laisser berner par cette mascarade. L’euro ne change rien et ne changera rien au système capitaliste européen et à la situation des travailleurs.
L’euro est devenue la monnaie officielle de la France et de ses onze partenaires de la zone euro depuis le 1er janvier 1999. Depuis cette date, les paiements entre banques, les dettes des États, le cours des actions, des obligations et des SICAV sont libellées en euros. Autrement dit, les marchés financiers ont depuis trois ans adopté la monnaie unique. Le grand bouleversement de l’euro s’est opéré à ce moment là. Il n’y aura rien à observer à partir du 1er janvier 2002 qu’un simple changement du nom et de la couleur des pièces et des billets.
Certains essayent de nous vendre la monnaie unique comme « un symbole exceptionnel d’identité européenne au quotidien », « un élément fondamental de la construction politique de l’Europe »… Qui veut-on tromper ?
La monnaie unique n’est qu’un instrument économique mis en place pour satisfaire le capital. L’euro doit stabiliser les taux de change afin de favoriser les échanges internationaux et imposer une contrainte monétaire sévère sur les gouvernements afin d’éviter les dérives inflationnistes des pays membres.
Les sociaux-démocrates se défendent de ne promouvoir l’euro qu’à la seule fin de satisfaire le capital. « L’identité européenne sera forgée derrière l’euro »… nous promettent-ils. Une communauté unie grâce à des échanges dans une même monnaie ? Allez donc demander aux milliers de travailleurs licenciés dernièrement dans la région et ailleurs s’ils se sentent identiques et unis aux patrons qui leur ont versé un salaire ! En francs, en marks ou en euros, il n’y a pas de communauté européenne. Un travailleur, quelque soit sa nationalité, n’aura jamais d’intérêt commun avec son patron. Il n’y a que des communautés de classe. Les capitalistes, les patrons et leurs valets gouvernementaux, l’ont déjà bien compris : FMI, OCDE, Union européenne… L’internationale capitaliste est en place. Ne nous laissons pas berner par leur discours inter-classiste et organisons la riposte.
Il n’y aura d’unité des peuples que dans l’unité des travailleurs et des chômeurs face au capital, jamais au travers d’un échange monétaire.

Union régionale CNT.

PS :
La construction de l’Europe, qui s’est accélérée depuis la ratification du traité de Maastricht, ne se fait qu’au seul service des marchés et de ses lois. Rappelons une nouvelle fois que l’Union, c’est « Schengen » et l’Europe-forteresse. C’est l’euro conçu pour le seul profit du patronat européen et non pour améliorer la vie des gens comme on tente de nous le vendre. C’est une politique militaire commune devant donner naissance à « l’Euro corps » (une belle armée pour piller encore quelque richesse dans le monde). C’est la remise en cause du service public avec une libéralisation à outrance. C’est une Europe au service des patrons avec une flexibilité accrue, une précarité développée et des salaires qui ne sont pas augmentés.
S’opposer à cette Europe là, c’est s’opposer parallèlement aux tenants de la cogestion, de l’aménagement du libéralisme et du contrôle social. C’est s’opposer aux orientations prises par la « Confédération européenne des syndicats » (CES), organisation qui ne cherche qu’à brider les luttes et dont l’objectif est d’obtenir un strapontin au sein des instances européennes afin de discuter avec les patrons (réunis quant à eux au sein de l’UNICE). Qu’elles sont loin les trompettes guerrières de la grève de Vilvoorde et de l’émergence d’un euro-syndicalisme combatif ! Alors que les plans de licenciements se multiplient partout, les grandes confédérations laissent leurs sections locales de démener chacune dans leur coin. Elles organisent des journées nationales d’action sans lendemain et ne cherchent surtout pas à coordonner les luttes sur le plan inter-professionnel. Quand on sait que Nicole Notat (papesse de la cogestion) envisage de remplacer Emilio Gabaglio à la tête de la CES, on se dit que l’euro-syndicalisme a des jours merveilleux devant lui ! Le renforcement de la CNT et du syndicalisme de qu’elle incarne (un syndicalisme de combat, résolument anti-bureaucratique et anti-capitaliste) est plus que jamais d’actualité…




DROIT DE PHOTOCOPIE DANS LES ETABLISSEMENTS SCOLAIRES


Petite liste de déclarations péremptoires (classées par état d’âme) pour en finir provisoirement avec les rumeurs sur les photocopies en établissements scolaires.
Etat d’âme d’une ex-documentaliste du secondaire public Tout ce qu’il y a savoir sur le sujet est écrit dans le BO du 6 janvier 2001 accessible en ligne sur avec comme mot-clef de recherche « photocopie » (les autres textes officiels privilégiant le mot « reprographie »).
Evidemment, les productions pédagogiques, personnelles et collectives des enseignants (dite littérature grise), ainsi que les documents internes, administratifs, formulaires, législatifs, etc.. ne sont absolument et en rien concernés par ce texte. Ca va sans dire, mais ça va mieux en le disant.
Je trouve ce texte magnifiquement résumé à partir d’un article de périodique par un(e) collègue (anonyme ?) à l’adresse suivante (consulté le 30/11/2001) : http://savoirscdi.cndp.fr/CulturePro/actualisation/Droit/droitbiblio.htm
Immédiatement, je pille, je plagie, je vole, je reproduis son résumé (consulté le 05/12/2001), me permettant même de souligner les informations très exactes qui relèvent selon moi de la langue de bois institutionnelle (et comprenons-nous bien, en aucun cas ni de l’auteur de l’article, ni de l’ auteur du résumé).
Laurier, E. - Reprographie : mode d’emploi : reproduction par reprographie régulière d’ouvres protégées : solution contractuelle au bénéfice des EPLE.- LIJ. Lettre d’information juridique, 12/1999, 040, p. 24-28 - Résumé : Un protocole d’accord qui permet d’effectuer en toute sécurité des copies d’ouvres protégées dans les EPLE, a été signé le 17 novembre 1999 entre le ministère de l’Education nationale, de la Recherche et de la Technologie, et le Centre français d’exploitation du droit de copie. La société des éditeurs et des auteurs de musique, co-signataire de ce protocole d’accord, autorise la reproduction par reprographie de partition d’ouvres musicales.
Etat d’âme d’une paresseuse, énervée de surcroît
Y’en a marre (vous ne pouvez pas savoir à quel point) des tentatives désespérées, désespérantes d’explication sur les rumeurs. Donc pour en finir une fois pour toutes avec les argumentations incomprises, je vous jure d’ abord que je ne suis subventionnée par aucun fonds occulte : ni Microsoft, ni l’association des défenseurs du subjonctif passé, ni le cercle secret de principaux d’établissement, ni même par une nouvelle mouture de l’ Internationale Situationniste si curieusement (ou pas curieusement du tout) à la mode en ce moment, ni par l’amicale des pauvres auteurs décharnés, ni par le lobby puissant (puissant, mon oeil, si vous me permettez) des écrivains de best-sellers (les plus mal barrés dans l’histoire, à mon avis, mais on verra ça durant l’année Hugo).
Bref, si vous vous méfiez, vous tournez la page, de l’autre côté y’a peut-être un dessin de Babouse, pour ma part je continue d’affirmer apparemment péremptoirement, mais pas si péremptoirement que ça, au fond.
Enseignants, vous n’avez jamais eu le droit (légal, je veux dire) de photocopier du Balzac pour vos élèves, et l’on se contrefichait et l’on se contrefiche encore de savoir si Balzac est mort avant ou après la der des ders, il y a plus ou moins de tant d’années. Sauf à aller recopier le manuscrit à la bibliothèque nationale s’il s’y trouve.
Enseignants, il y a dix ans, vous auriez voulu avoir une information claire sur le droit de la propriété littéraire et distinguer dans la jurisprudence ce qui relève du droit moral et ce qui relève du droit de propriété, vous auriez travaillé une petite dizaine d’heures et auriez pu être assuré de votre information. Vous auriez donc appris vivre en situation de tolérance et d’usage très largement accepté (à juste titre) quand vous diffusiez gratuitement des documents. Mais cette pratique est depuis longtemps illégale (et amorale en terme de propriété littéraire) stricto sensu. Ce n’ est pas le droit de la propriété littéraire qui a changé mais :

(D’ailleurs, - c’est perfide je sais - mais il y a dix ans, ce thème ne vous intéressait pas trop, ni toujours, de référencer les documents que vous proposiez. Et les plus émancipateurs institutionnels qui criait haro sur le manuel n’étaient pas toujours les plus précis en cette matière : la source, bon sang, la source ! Histoire de dire aux élèves que tout n’est pas pure matière et support scolaire, que y’a de la vie, du récit, du beau et du peut-être vrai un peu partout et que le monde se construit par échanges).
Aujourd’hui, le sujet (et pour cause) vous intéresse, mais vous pouvez y passer 10 heures, 10 ans ou 100 ans, vous ne pourrez jamais être au clair juridiquement sur cette question. Dans un cadre de déréglementation européenne (pour le mieux) et multinationale (pour le pire), seuls des avocats d’affaires hautement spécialisés et quelques conseillers recrutés par les entreprises et les institutions peuvent avoir une vision d’ensemble solide sur le sujet sur le plan légal et commercial.
(Quand on nous dit et nous répète que l’éducation et la culture, c’est la mine d’or marchande du XXI° siècle, soit nous finirons par le croire et à déclarer collectivement que nous n’avons rien à vendre ; soit nous resterons dans notre contexte « service public » en naufrage à produire avec les dits « usagers » de l’intelligence, du savoir, du partage, de la mise à disposition culturelle tandis que, petit bout par petit bout, de façon complexe, fragmentaire, contradictoire, avec des résistances et des prises d’élan, on nous numérise, brevette, copyrighte, contractualise nos grottes préhistoriques, nos façades urbaines, nos idées, notre « par tous et pour tous »).
Etat d’âme apocalyptique
BO du 6 janvier 2001 : résumé documentaire de politique-fiction datée de 2063.
Texte officiel du début du siècle émanant d’un collectif indiscernable d’ auteurs, tout d’extrême bonne volonté quand à la diffusion culturelle. Ce collectif d’auteur pris dans une structure de pensée idéologique en anachronisme avec les faits de la réalité et dans une fragmentation extrême des représentation sociales cherchaient des solutions administratives à des problèmes de type schizophrénique très courants à l’époque dite de la grande névrose sociale. Les solutions trouvées sont d’une très grande beauté en rhétorique « tête de pipe ». On y trouve par exemple un usage élégant de la figure de style des « dix francs » (voir bibliothèque publique) qui fut remplacée par celle des 3 euros qui perdura plus longtemps.
(Copyright : consortium des grands penseurs universels CGPU. Nous rappelons à notre client, usager de notre banque de données, qu’en lecture tous les mots de ce résumé lui sont accessibles, mais qu’en expression personnelle (écrite ou orale), il ne peut employer que les verbes d’action et le vocabulaire antérieur à 1951, à condition que son assureur minimum vie-consommation ait adhéré à la charte internationale de 2022 concernant la défense du droit universel langagier, option langues francophones, option combinatoire morphèmo syntaxique, option identité culturelle.)
Etat d’âme d’une paresseuse constructive
Plutôt que de crier haro sur la hiérarchie, (coupable de mondialisation des ressources culturelles autant que nous), de se voir en prison pour extrait de vidéo, plutôt que de mesurer en centimètres un « droit de citation » ou d’ effacer des logos au « blanco », plutôt que de se bramer victime ou rebelle, d ‘incriminer le Pouvoir, les éditeurs, le ministère, le capitalisme, Vivendi et j’en oublie (tous exactement et également coupables, mais ça nous fait la jambe belle au moment où on nous dit, de façon apparemment arbitraire, à 8 h moins le quart que « Non on peut pas avoir nos vingt-sept fonds de carte du canal de l’Escaut pour les 4ème 3 à 8 h 05 et que c’est bien entendu notre faute (on vous l’avait bien dit ) », plutôt que de ressortir la vieille ronéo à alcool (même si le bleu pâle sent bon), plutôt que de mépriser les « ceusses » qui appliquent sans comprendre ce que personne n’a cherché à comprendre, sachez que la hiérarchie, les « ceusses » qui appliquent, ne sont pas plus au fait que vous, ni complices de quoique ce soit. La circulaire, elle, est sur le BO. Elle est inintéressante en tant que telle, mais comme outil de travail en équipe, elle permet de (re)poser des questions de fonds sur la liberté pédagogique, la gratuité scolaire, la laïcité économique .
Paresseuse mais constructive, je vous donne quelques pistes de lecture et pistes dérivées, cette fois-ci non péremptoires :

Etat d’âme militant
Et si on se mettait à auto-gérer la photocopieuse : pragmatiques dans l’ action et libertaires dans nos aspirations ? Libertaires, on va y arriver. Mais des profs à qui il resterait des forces de pragmatisme en dehors de leurs engagements d’enseignant et de leurs engagements militants. c’est complètement utopique et vou pieux. (C’est pourquoi, j’insiste, il s’agit bien d’un engagement militant et enseignant)
Etat d’âme sadiqueVous voulez que la prochaine fois je vous parle du petit site en intranet que vos collègues d’éco ont composé l’année dernière à partir de recherches en autonomie documentaire sur internet (thème mondialisation) avec la 2nde 3 ? Ou des trois TPE en ligne dont celui dont vous êtes si fier, pédagogiquement parlant, qui va être hébergé sur le site associatif de la commune, non pardon sur le serveur de la mairie, à part que c’est l’ association qui gère ; qui gère quoi donc ?

Agnès, syndicat santé-social-éducation-culture (CNT-Lille).



NOTES DE LECTURE : "Le Fabuliste"


Que dire d'une société où les historiens racontent des histoires plutôt que l'Histoire ; où il faut une autorisation pour plaisanter ; où, " Quand c'est mal, c'est interdit, quand c'est bien, c'est obligatoire ", réfléchir, c'est interdit ; où il n'y a ni riches, ni pauvres, mais on reconnaît les riches quand même.

Tout le monde applaudit le « grand gouvernement ». Normal, toutes celles ou ceux, qui n'ont pas applaudi, ont disparu. Et vivement mes dix ans pour revêtir l'uniforme bleu des jeunesses réelles.

A Lorifan, le farfadet, l'enfant invente des bonnes nouvelles, les vraies sont mauvaises. Avec son père, il rêve d'un pays où les facteurs livrent des œufs en chocolat, où les fleuristes partagent le pouvoir. Son père est un drôle d'oiseau qui ne vole pas droit. Après une période d'observation, on l'enfermera dans une volière. Lui, au prochain blâme, on le transférera dans un centre pour inadaptés à la réalité (CPIR).

Thierry Maricourt nous a ficelé un petit bijou sous la forme d'un conte. Cela nous change du discours crypto-intellectuel et, après sa lecture, on se sent bien.

« Le Fabuliste », le livre de Thierry Maricourt (éditions Sansonnet), illustré par Fabian et préfacé par Sébastien Doubinski, est disponible au service librairie de l'union locale CNT de Lille au prix de 4 €.

Pierre (CNT-Lille).



NOTES DE LECTURE : "Les Goûts florissants"


Deux histoires, à grands coups de serpe, on suit les cheminements. J'applaudis, je souffle, je me demande. Dans tous les cas, je ne suis pas indifférent.

Dans la première histoire, David Kupfermann traverse la vie à la recherche de son Graal ou, comme son homonyme le peintre, de ses « horizons nouveaux ». Les personnes qu'il admire sont bien dans leurs bottines, ancrées dans leurs certitudes de castes. Elles regardent avec condescendance ce petit être qui voudrait entrer dans la cour des grands. On l'accepte au bord, fait-il un pas qu'il est de travers. Alors, croyez-vous qu'on le renvoie ? Non ! On l'ignore, on se gausse, on persifle. Il reste au bord de la cour.

Vers la fin de sa vie, il ne va pas se défaire des sa « dépouille opime ». Néanmoins, il se retourne et, à chacun sa révolution, il achète une robe de chambre 100 % laine des Pyrénées. En signant le chèque, il se demande comment il va pouvoir se débarrasser du papier cadeau.

La seconde histoire, est l'histoire d'un couple de couples. Au début, il y a deux hommes, puis les femmes de ces hommes. Oh, rassurez-vous, nous n'avons pas affaire à des partouzeurs ou à des échangistes. Chacun, mais côte à côte, se marie, a un enfant (une fille et un garçon qui se marieront, mais cela frise l'inceste), construit sa maison, achète - à tempérament - une Renault.

Un jour, cependant, à force de tout faire pareil. Ils ne sont pas dépaysés. Daniel Zimmermann n'est plus. Il a déposé son arme : son stylo. Avec « Les Goûts florissants » (suivi de « Paul et Constant »), il nous laisse le goût de lire.

« Les Goûts florissants », le livre de Daniel Zimmermann (éditions Sansonnet), illustré par Maud Lenglet, est disponible au service librairie de l'union locale CNT de Lille pour le prix de 6 €.

Pierre (CNT-Lille).



NOTES DE LECTURE : "La dictature du chagrin"


La semaine qui vient de s’écouler a été riche en enseignements dans la mesure où, pour la première fois, elle nous a permis de constater dans notre propre pays quelles forces effroyables se déchaînent lorsque, dans une société moderne, tous les moyens d’information sont mis en même temps au service d’une seule et unique fin : organiser le chagrin, construire un mythe. [...] D’une part, elle a confirme ce que l’on soupçonnait depuis longtemps, à savoir que notre démocratie est dépourvue de tout sentiment du sens profond de la démocratie. [...] Enfin, elle a révélé que, chez la plupart de ceux qui façonnent l’opinion démocratique de ce pays, il n’y a pas plus d’instinct démocratique que dans une bordure de trottoir... »

Stig Dagerman - 1950 (à l’occasion de la mort du roi Gustave IV, roi de Suède ).

C’est l’extrait que les revues ont publié dans les semaines qui ont suivi le 11 septembre 2001 pour souligner l’actualité des écrits de Stig Dagerman. Celui qui inaugura la rubrique culturelle d’ « Arbetaren », la revue de la SAC (centrale anarcho-syndicaliste suédoise), aborde dans ce recueil de textes beaucoup d’autres sujets et en particulier celui du rôle social de l’écrivain militant (voir aussi l’article de Greg dans le « Combat syndicaliste » de décembre 2001). J’ai retenu ici trois textes : « La culture », « L’écrivain et la conscience » et « Le rôle de la littérature est de faire comprendre le sens de la liberté » qui renvoient à des discussions déjà engagées dans le BR n° 12 (« Culture pour tous et par tous »), mais aussi à la journée que l’union locale CNT de la métropole lilloise organise le samedi 27 avril à la maison de quartier de Lille-Fives (théâtre Massenet) sur le thème de l’écriture populaire et de la littérature engagée socialement (un programme précis de cette journée sera publié dans le prochain BR).

Guerre froide : au royaume suédois de « l’hypocrisie », du « mensonge » et des prix Nobel, Stig Dagerman se dresse contre le pouvoir des blocs, des partis et des églises qui nie la capacité des groupes sociaux et des individus à disposer de leurs destins et qui ruine leur sens de la responsabilité collective et individuelle. Il insiste sur la violence psychique exercée par l’État, capitaliste ou marxiste : à l’Ouest le fatalisme et les complexes assortis au confort matériel concédé par l’Etat-providence, à l’Est d’autres résignations et névroses plombées par la terreur physique institutionnalisée par le socialisme autoritaire.

Au royaume du modèle démocratique, social et neutraliste, Stig Dagerman est saisi en tant qu’humaniste, anarcho-syndicaliste et écrivain par l’inassouvissement du désir individuel et collectif de liberté. Contre les sociaux-démocrates, mais aussi les marxistes staliniens, qui enferment les masses dans le matérialisme, « l’alcool, les feuilletons, les paris et une sexualité morose », il rappelle que la conquête de la dignité humaine ne se réduit pas à lutte pour la satisfaction des besoins matériels. Elle exige aussi la critique des idéologies, des morales imposées par l’État et les classes dominantes. Ses éditoriaux participent à l’action directe culturelle contre « la misère spirituelle » entretenue par les politiciens et intellectuels, y compris ceux qui prétendent conduire les masses vers le bien être et l’émancipation.

Comme individu confronté à ces « deux lieux d’exécution », Est-Ouest, de la responsabilité humaine, Il s’agrippe au projet anarcho-syndicaliste, « seule solution psychologique possible dans un monde névrosé ou le poids de la superstructure politique fait chanceler l’individu ». Entre pessimisme et ferveur révolutionnaire, il s’efforce de concilier son feu intérieur (sa « conscience artistique » d’écrivain) et son engagement collectif (sa « conscience sociale »). Il assume les doutes et les « contraintes » qui l’envahissent de manière récurrente au sujet de la contribution de son oeuvre à une « culture prolétarienne » émancipatrice.

Car, comme écrivain engagé dans la lutte sociale, il revendique la complexité, l’abstraction, voire l’hermétisme de certaines de ses oeuvres. Aux « petits entrepreneurs en matière de bonheur », les « marxistes doctrinaires » gardiens d’une littérature prolétarienne réaliste et accessible aux masses, qui lui reprochent parfois son « formalisme », il oppose l’irréductible liberté de l’écrivain dans sa quête solitaire et subjective d’une justesse de forme et de fond. Pour Stig Dagerman la poésie n’est pas une petite annonce publicitaire, un slogan ou une résolution de congrès. Sans autre boussole que sa conscience, il progresse dans « la forêt des paradoxes » culturels.

« La littérature est indispensable à la vie et le poète doit travailler comme si elle était indispensable à la vie de tous » (Stig Dagerman).

« La dictature du chagrin & autres écrits politiques (1945-1950) » (Editions Agone / Comeau & Nadeau), de Stig Dagerman, traduit du suédois par Philippe Bouquet, est disponible au service librairie de l’union locale CNT de Lille au prix de 12, 50 €.

Aldo, syndicat santé-social-éducation-culture (CNT-Lille).



DE VACATAIRES A CONTRACTUEL(LE)S : RESORPTION DE LA PRECARITE ?


Si les mobilisations locales et isolées contre la précarité ne permettent pas d’infléchir les politiques du ministère (c’était l’argument de SUD-éducation / Lille pour décliner nos invitations en juin dernier), elles permettent au moins de mobiliser les précaires et d’obtenir des améliorations sensibles comme le prouve la lutte que les vacataires en langues du 1er degré mènent depuis un an dans l’académie.

Les conditions de cette rentrée furent d’autant plus difficiles pour les vacataires en langues qu’ils/elles ne savaient ni si leur réemploi serait garanti, ni quel volume horaire ils/elles assureraient. En effet le ministère planchait depuis l’été sur leur nouveau « statut » et la publication des textes tardait. Embauche gelée !

Fallait il chercher du travail ailleurs (boulot complémentaire aux 9 heures imposées l’année précédente) ou se libérer pour les 18 heures annoncées ? Suite aux rassemblements et manifestations de l’année dernière en février, mars et juin, le collectif des vacataires du 1er degré et la CNT se sont donc mobilisés pour dénoncer la situation, rappeler au rectorat leurs revendications et demander des précisions sur les nouveaux contrats.

Après relance par le collectif et plusieurs courriers et coups de fil de la part de la CNT, deux DRH cette fois ci nous ont reçu(e)s, celui du Rectorat qui se débarrassait de l’affaire, et celui de l’Inspection Académique qui la récupérait. Etaient présent(e)s, 4 représentantes (dont une CNT) pour le collectif et un représentant pour la CNT. Nous avions privilégié la multiplicité des mandaté(e)s, après concertation et mandat à 2 personnes qui connaissaient bien le dossier « technique », pour éviter la personnalisation et favoriser la liberté et la spontanéité des échanges. Notre objectif étant de toujours garantir aux salariés le contrôle de leur lutte et de ne pas singer les commissions paritaires ! Les nouveaux textes nous ont été présentés au rectorat par les DRH ; ces textes sont depuis parus au BO.

Les vacataires en langues deviennent donc contractuel(le)s avec un salaire mensualisé. Donc les « petites vacances » sont payées ainsi que les congés maladie. Ils/elles peuvent désormais bosser jusqu’à un équivalent plein temps de 18 heures. Les contrats sont de 12 mois, sauf pour cette année puisque les intervenant(e)s n’ont repris le travail que mi-octobre (au mieux) en raison des interminables hésitations du ministère au sujet de la rédaction des nouveaux contrats. Ces contrats devraient donc tous se terminer au 31 août, et les contractuel(le)s du 1er degré devraient bénéficier des congés payés pendant l’été. Cela dépend de rallonges budgétaires en cours de négociation (les contractuels sont payé(e)s sur fonds locaux) et il faut veiller à ce que les contrats se prolongent bien jusqu’en août, car ils sont rédigés « jusqu’au 31 août au plus tard ». A nous de maintenir la pression et d’envisager des actions régulières jusqu’à la fin juin sur cette question. Pour cela, il faut diffuser les informations pour inciter les contractuel(le)s à la vigilance. Sur 300 à 400 salarié(e)s concerné(e)s, un petit nombre seulement est connu du collectif et de la CNT. Sur les salaires systématiquement payés en retard en 2000-2001, des avances de 80 % sont « garanties », mais il semble que les premiers salaires aient été versés cette fois dès la fin novembre.

Quelques réflexions sur la lutte
Nous n’abordons pas ces rencontres avec la hiérarchie (trois depuis février) comme des commissions paritaires ou des rencontres ou l’on négocierait les conditions de la précarité. Ni la CNT ni les collectifs ne sont de toute façon habilités en la matière par le rectorat ou le ministère. Cela nous permet de conserver une totale liberté de parole et de revendications sans nous tenir au cadre contraignant du « possible » co-gestionnaire ou aux « compétences » des interlocuteurs (ceux-ci sont d’ailleurs souvent désarçonnés par les revendications « anti-statutaires » des membres du collectif ou de la CNT : « titularisation » ou « garantie de réemploi », en langage paritaire, pour des contractuels, ça n’existe pas). Nous y présentons nos revendications de salarié(e)s et soulignons les injustices, contradictions au regard du code du travail ou de nos convictions. Lorsque nos interlocuteurs nous renvoient à la « fatalité » des textes ou soulignent leur incompétence en la matière, nous argumentons selon notre point de vue et leur demandons de transmettre au ministère.

Sur les questions par exemple des congés payés, des salaires ou de la validation des années de vacataires, aucune négociation n’est engagée. Nos positions sont juste rappelées et commentées. S’il y a des avancées sur les revendications intermédiaires ou immédiates, elles sont dues aux dispositions du ministère et du rectorat qui assument seuls la nouvelle condition sociale faite aux précaires. Elles sont le résultat de nos mobilisations passées et futures fondées sur le mot d’ordre de titularisation, et non de négociations qui pourraient laisser penser que nous nous satisfaisons de quelques améliorations.

En revanche, le rectorat ou l’IA sont libres de ne pas nous recevoir, de rester sourds à nos revendications et de nous cacher des infos (les listes des personnels précaires par exemple ; mais en disposent-t-ils d’une réellement exhaustive). Tout est question de rapport de force et de persévérance, d’où la nécessité de programmer les actions comme l’année dernière jusqu’à la fin de l’année scolaire pour marquer notre détermination. Facile à dire !

Si elles peuvent un temps démobiliser les précaires lorsqu’elles sont satisfaites, les revendications immédiates associées à la titularisation nous permettent de montrer que la lutte collective paye et que la titularisation est non seulement une juste revendication, mais aussi un instrument de lutte indispensable qui permet de relancer et fédérer les revendications des différentes catégories de précaires (potentiellement 15 000 dans l’académie). Ces arguments nous ont aidé(e)s à convaincre sur la durée les membres du collectif, plutôt sceptiques à l’origine.

Le « collectif des vacataires » devient donc « collectif des contractuel(le)s » et continue de se mobiliser, car si ces nouveaux contrats peuvent représenter une avancée pour les ex-vacataires, ils signalent aussi la volonté du ministère de continuer à recourir à la précarité pour couvrir les besoins. Les nouveaux contrats d’ATEN pour le second degré (Agents Temporaires Education Nationale : précaires recruté(e)s pour 3 ans et hop dehors) prouvent en effet que les politiques du ministère restent inchangées et que le protocole « Sapin - CFDT - FO - FSU - UNSA » sur la résorption de la précarité n’est qu’un leurre. Les mots d’ordre de titularisation et d’arrêt du recrutement de personnels précaires sont plus que jamais d’actualité. Il faut multiplier le travail de terrain pour sensibiliser les titulaires, les aides-éducateurs, CES , MA, vacataires et contractuel(le)s du second degré. C’est en ce sens que la CNT a pris contact avec SUD, le G10 et la CGT (cf. compte-rendu ci-dessous *) pour envisager des actions contre la précarité dans l’éducation, mais aussi dans toute la fonction publique.

Yasmina et Aldo.

* Une réunion inter-syndicale sur le thème de la précarité a eu lieu mercredi 28 novembre au local de l’UL-CNT de Lille.

Présents : CGT-éducation, CNT-éducation, G10, SUD-éducation.

Absents : FO, FSU, SGEN-CFDT, SNUipp-FSU, SNES-FSU, UNSA-éducation.

Le principe d’une action contre la précarité dans l’éducation nationale a été décidé. L’idéal serait de faire coïncider cette action avec la mobilisation contre les suppressions de postes et fermetures de classes (carte scolaire), mobilisation qui ne manquera pas de voir le jour fin janvier / début février. En cas de grève sur le thème de la carte scolaire, une action anti-précarité pourrait par exemple être organisée le matin. Si pas de grève, voir la possibilité de déposer un préavis de grève spécifique..

D’autre part, les syndicats présents se sont engagés à se transmettre des infos sur les problèmes rencontrés par les précaires, les mobilisations locales, etc. Cet échange d’infos pourrait être synthétisé sous la forme d’ un bulletin ou d’un 4 pages inter-syndical spécial précarité (la CGT doit contacter ses instances à ce sujet).

Dans le cas où nous n’arriverions pas à mobiliser suffisamment pour faire un rassemblement conséquent, SUD souhaiterait qu’on réfléchisse à la visibilité de notre action (SUD est favorable à une action « spectaculaire »).

En ce qui concerne l’élargissement interprofessionnel de notre combat, c’est à étudier avec les structures locales et régionales de la CGT, de la CNT et du G10.

Dans notre matériel de propagande, ne pas hésiter à rappeler que la titularisation des précaires n’est pas une utopie (des plans de titularisation ont déjà été organisés dans le passé).

Prochaine réunion : mercredi 9 janvier à 15 h au local de l’UL-CNT de Lille, 1 rue Broca.


BILAN DU CONTRE-SOMMET EUROPEEN DE LAEKEN (BRUXELLES)


MARDI 11 ET MERCREDI 12 DECEMBRE

Participation de la CNT-Valenciennes aux assises des « marches européennes contre le chômage, la précarité et l’exclusion ».

JEUDI 13 DECEMBRE

Initialement, la CNT avait prévu d’être présente à la manif de la « Confédération européenne des syndicats » (CES) pour dénoncer le syndicalisme de connivence incarné par cette organisation à laquelle, rappelons-le, sont adhérents les principaux syndicats français (cf. BR n° 12). Compte-tenu de la date (un jeudi) et compte-tenu de l’existence d’autres manifestations le vendredi et le samedi, cette apparition n’a été possible que de manière très symbolique. A étudier pour la prochaine fois : l’organisation d’une GREVE… à l’appel de l’internationale rouge et noire !

VENDREDI 14 DECEMBRE

Participation de la CNT à la manifestation contre la mondialisation capitaliste initiée par le « D14 » (collectif large rassemblant des libertaires, des mouvements d’extrême-gauche, des associations comme ATTAC, etc.). Si le cortège CNT a rassemblé plusieurs centaines de personnes, on peut regretter que cette manif n’ait pas été organisée le lendemain (c’est à dire le samedi), ce qui aurait sans doute permis une mobilisation internationale beaucoup plus grande (en ce qui concerne la CNT par exemple, difficile pour de nombreux militants et sympathisants de se déplacer en Belgique un vendredi ; notamment lorsqu’on refuse le syndicalisme « professionnel » et les permanents !).

Participation du syndicat CNT-éducation de Lille à une commission de travail réunissant la fédération CGT de l’enseignement (Espagne), la SAC (Suède), la FAU (Allemagne) et bien sûr la fédération CNT des travailleurs de l’éducation (France).

SAMEDI 15 DECEMBRE

Présence de plusieurs militants et sympathisants CNT à la rencontre internationale mise en place par le collectif « D14 ». On peut regretter que le panel des organisations invitées n’ait pas été plus large (forte coloration marxiste-léniniste !) et que la structuration de la rencontre n’ait pas permis de donner la parole à la salle…

Participation de la CNT à la marche contre la guerre proposée par le « D14 ». La CNT était le seul syndicat présent, exceptés plusieurs camarades de la CGT (Espagne), de la SAC (Suède), de la FAU (Allemagne) et de SUD-étudiants (France) qui ont d'ailleurs manifesté avec nous. Notre cortège (800 personnes, dont le groupe « Act Up » de Bruxelles et un certain nombre de belges ayant répondu à l’appel du « D14 » et qui, séduits par notre cortège, nous ont rejoint au fur et à mesure que nous avancions) était le plus important de toute la manif. On peut regretter que cette manif ait été littéralement boycottée par la plupart des organisations belges et étrangères (de la région Nord-Pas de Calais, seul ATTAC et la CNT et quelques militants d’AC ! avaient fait le déplacement). On peut également regretter le caractère excentré du parcours et le fait qu’une jonction n’ait pas été possible avec la coordination anarchiste européenne * qui avait décidé d’organiser une manif au même moment mais à un endroit différent (signalons à ce propos que plusieurs camarades de la CNT, de la SAC, de la CGT espagnole et de la FAU allemande avaient choisi d’y être présents et, inversement, que de nombreux libertaires ont manifesté avec la CNT dans la manif du D14).

CNT - union locale interpro de la métropole lilloise.

* Éléments de réponse à la question « Pourquoi la CNT n’a-t-elle pas manifesté avec la coordination anarchiste européenne ? » :

Il y a quelques mois, la CNT avait demandé au centre libertaire de Bruxelles de poser des jalons pour l’organisation le 15 décembre d’une manif susceptible de rassembler à la fois les libertaires, les anarcho-syndicalistes, les syndicalistes révolutionnaires et les courants anti-capitalistes proches des idées autogestionnaires que nous défendons.

Suite à des problèmes d’incompréhension mutuelle et de communication, ce projet n’a pas abouti. En lieu et place, une coordination anarchiste européenne a été constituée sur des bases idéologiques et une manifestation spécifiquement anarchiste a été mise sur pieds.

La CNT, n’étant pas un groupe spécifique et affinitaire fonctionnant sur des bases strictement idéologiques ou philosophiques (mais une organisation de classe dont les références sont l’anarcho-syndicalisme et le syndicalisme révolutionnaire), nous avons été dans l’obligation - en vertu des principes mêmes de l’anarcho-syndicalisme et du syndicalisme révolutionnaire - de décliner l’invitation à rejoindre cette manifestation.

A contrario, nous pensions que la manif du « D14 » rassemblerait de manière importante un public non exclusivement militant et qu’elle serait donc plus intéressante pour la diffusion de nos idées. Enfin, rappelons que nous avions affrété un bus au départ de Lille (en lien avec le « Comité des sans ») et que la moitié des personnes voyageant avec nous ne se définissaient pas politiquement avec précision (bien qu’au final la plupart d’entre elles ait manifesté derrière les banderoles de la CNT).

On a manifesté… et puis après ?

Nice, Göteborg, Gênes, Bruxelles… autant de rendez-vous qui ont leur importance. Mais n’oublions pas qu’un rassemblement international (aussi intéressant et aussi beau soit-il) ne remplace pas l’action au quotidien sur nos lieux de travail et dans nos quartiers. Combattre l’Europe des États et des patrons, lutter contre la mondialisation capitaliste… implique aussi un travail de fourmi auprès des travailleurs, des chômeurs, des précaires, etc. Une tâche, bien souvent ingrate et peu spectaculaire, qui seule permettra pourtant à nos idées et à nos pratiques de s’enraciner solidement et durablement au sein de la société (et notamment des couches les plus populaires) !


LA C.N.T. A VALENCIENNES


Le syndicat, qui s’est créé le 21 juillet 2001, consacrera essentiellement son activité locale au chômage, compte tenu de la réalité professionnelle de ses adhérents. Nous devons donc envisager l'aspect politique de notre discours et considérer la faiblesse théorique du débat sur cette question.

La réalité locale

La réalité locale et concrète de la lutte contre le chômage est quasi inexistante à Valenciennes. La CGT-chômeurs reste peu active sur le terrain valenciennois et, à part quelques organisations caritatives qui servent dans les ordres humanitaires, la question de l'emploi n'est que rarement posée. Pas de contestation mais un discours de légitimation unique qui fait dire à la plupart des RMistes que « 2 500 francs sans travailler, c'est déjà bien » et aux travailleurs sociaux que le PARE va motiver les chômeurs.

Sur le terrain politique

Certains discours qui proposent d'agir ensemble pour des alternatives révèlent à leur façon des contradictions importantes. Ils traduisent une apparente cécité et, en tout cas, une déconnexion profonde avec les réalités du monde du travail. On ne s'étonnera donc pas de voir ces contradictions nourrir des projets de société parfois élitistes : des chômeurs heureux, payés par des allocations universelles suffisantes, auraient tout le loisir de s'adonner à des divertissements artistiques ou citoyens pendant que d'autres, malchanceux ou stupides travailleurs, continueraient à produire dans des conditions inchangées. La citoyenneté, déconnectée de la sorte de la production, doit alors trouver le chemin de son exercice à travers des voies plus ou moins détournées. Un point commun parmi d'autres avec la droite libérale qui applaudit la participation actionnariale comme support de la médiation démocratique. Mais les similitudes ne s'arrêtent pas là. Elles touchent à des raisons plus profondes. La réduction du « coût du travail » pour les employeurs, autorisé par l'extension des minima sociaux reposant sur la fiscalité (RMI, Allocation Spécifique de Solidarité, Allocation Parent Isolé, Contrat Emploi Solidarité, CEJ...) qui les dégage de l'obligation de compter ces allocations dans les salaires qu'ils versent (au titre des « charges »), éclaire une autre similitude. Elle fait par exemple demander des choses identiques à M. Madelin (Droite libérale) et à AC ! (anti-libéraux) concernant le revenu garanti. C'est bien la diminution des « charges » pour les employeurs que l'on inspire, quand c'est l'augmentation des minima sociaux que l'on demande. Dans cette logique, ce qui n'ira pas au travail… ira forcément aux revenus du capital (captation de la richesse à travers la détention de titres financiers en finalité).

On ne peut évidemment se passer de considérer l'urgente nécessité dans laquelle se trouvent les demandeurs d'emploi dans l'attente d'un revenu minimum qui ne leur permettra pas de s'insérer. Toutefois nous n'irons pas dans le sens du capital et ne couperons jamais nos revendications des intérêts de classe qui prévalent. Le fonctionnement du « salaire socialisé » 1 en France nous dit de quel côté du rapport capital / travail nous nous trouvons. Il nous dit aussi que la seule manière valable d'augmenter les revenus des chômeurs, de les insérer, ne consiste pas à répartir équitablement l'impôt que le capital nous laisse 2, mais de les payer avec du salaire.

Nous ne pouvons nous joindre à certaines propositions tant elles démissionnent de ce qu'elles veulent combattre. La rupture avec la lutte anti-capitaliste est définitivement consommée ici et nous refusons de déposer les armes du combat autogestionnaire pour une question impérieuse d'égalité économique et sociale.

Pascal (CNT - Valenciennes).

Notes :


ELECTIONS UNIVERSITAIRES


Ne votez pas pour nous ! *
Action concrète contre verbiage électoraliste…


Tous les deux ans, l’administration rappelle aux étudiants qu’ils doivent voter pour élire des « représentants » aux CA (conseil d’administration), CEVU (conseil des études et de la vie universitaire), CS (conseil scientifique) et conseil des UFR, tandis que la quasi-totalité des syndicats nous font savoir qu’ils existent encore par de vibrants appels à voter pour eux. Car ces élections leur permettront de toucher des subventions qui, à défaut de militant(e)s, leur permettront de continuer leur inexistence tranquille.

Une parodie de démocratie

La CNT défend une toute autre conception du syndicalisme et c’est pourquoi elle n’essaiera pas de se faire la plus belle pour aller danser au bal électoral. Ces élections sans enjeux ne font que masquer l’absence de démocratie réelle à l’université. Depuis au moins 1968, il s’agit de gérer toute contestation éventuelle en l’intégrant d’office dans les limites étroites du système établi avec le concours de syndicats bureaucratiques unanimes pour considérer les vrais luttes syndicales du passé comme un mauvais cauchemar.

Est-on en démocratie quand la majorité ignore le rôle des conseils et ne connaît, de ceux pour qui il va voter, qu’un tract publicitaire ? Quand les élus une fois en place en viennent finalement à décider à la place des étudiants, sans mandat précis, irrévocables jusqu’à la prochaine foire électorale, finalement irresponsables de leurs faits et gestes ? La démocratie réside-t-elle dans l’absence totale de pouvoir de ces conseils sur les politiques universitaires, quand le ministère et l’administration ont de toute manière toujours le dernier mot ? Nous faudra-t-il vraiment applaudir cette démocratie où une minorité décide tout le temps à notre place ?

La démocratie, c’est la participation directe de la collectivité aux décisions qui la concernent (soit la coordination de conseils à la base). C’est ce que le système actuel ne tolère pas. Dans ces conditions, mener un combat syndical autogestionnaire, c’est à dire lutter authentiquement en veillant à ce que le mouvement reste sous le contrôle de ceux qui agissent et non de quelconques directions politiques ou syndicales, c’est se réapproprier ensemble un bout de cette liberté qui nous a été volée.

L’essentiel n’est pas de voter mais de lutter

Face au pouvoir dérisoire des représentants aux CA, CEVU, CS, conseils d’UFR, le verbiage électoraliste alterne encore une fois entre démagogie qui ne coûte rien (promettons la lune même si ça n’a rien à voir) et « réalisme » consciencieux qui ne fera rien mais qui le dit (bravo !). Et pour cause : seule la lutte permet et a toujours permis d’arracher de véritables acquis sociaux.

Or, force est de constater que la CNT, quoique encore minoritaire, est un des rares syndicats à être actif dans ce domaine. Et quand les autres syndicats se réveillent, c’est pour dominer et contrôler le mouvement en fonction de leurs buts propres, sans respect du pouvoir décisionnel des Assemblées Générales. Le syndicat reste le meilleur outil pour lutter efficacement au quotidien là où on se trouve, solidairement avec partout ailleurs, tant les raisons de lutter sont nombreuses : manques connus de moyens (bourse, cités U, locaux, personnels…), discrimination envers les étudiants étrangers des pays pauvres, plan « vigipirate » et dérive sécuritaire à Lille III (caméras et clôture vont être installées), réformes universitaires ( réformes Lang, plan U3M…) visant à inféoder toujours plus la fac aux intérêts patronaux à court terme (étudiant = main d’œuvre mobile et corvéable en devenir psychologiquement préparée par les stages gratuits des licences et maîtrises professionnelles), question aussi de la remise en cause des méthodes de l’éducation (pour une participation réelle des étudiants à la détermination de ce qu’ils vont étudier et du mode d’évaluation, pour une pédagogie anti-autoritaire qui réclame aussi plus de moyens), de ses liens forcés avec un système économique capitaliste inique et imbécile (inégalités et course à la consommation) et la bureaucratie d’État qu’il s’agit aussi de combattre. Ce type de syndicalisme est nécessaire qui permette de gérer nous-même nos luttes, pour améliorer aujourd’hui notre vie quotidienne, retrouver le goût de la liberté en solidarité avec les travailleurs salariés (la CNT syndique étudiants, IATOSS et enseignants), imposer une transformation radicale de la société. Cela ne dépend que de nous…

Section universitaire de la CNT (Lille).


* Sur la question des élections syndicales (note du claviste), rappelons que la CNT ne participe à aucunes d’entre elles dans la fonction publique.

En ce qui concerne le secteur privé, elle refuse de présenter des candidats au comité d’entreprise (le CE étant non seulement une structure de collaboration de classes mais aussi une structure éloignant les militants syndicalistes de leurs tâches revendicatives).

Par contre, lorsque c’est nécessaire à son développement et à l’exercice de ses droits, la CNT se donne la possibilité de participer sous contrôle du syndicat aux élections de DP (délégués du personnel). C’est particulièrement vrai dans les entreprises de moins de 50 salariés où la fonction de délégué syndical (DS) est obligatoirement assuré par un DP. Enfin, en ce qui concerne les réunions du CE (là où cette structure existe), la CNT mandate un délégué syndical pour y assister à titre d’observateur (précisons que le DS n’est pas élu par l’ensemble du personnel mais par les adhérents du syndicat).


CONGRES CONFEDERAL DE LILLE


Sous le titre « Réhabiliter le syndicalisme de terrain », la Voix du Nord a publié un article sur le congrès confédéral de la CNT organisé à Lille les 10 et 11 novembre. En voici quelques extraits…

Il fallait dépoussiérer. Les statuts de la Confédération Nationale du Travail, syndicat révolutionnaire, datant de 1946, il était temps de les remettre en phase avec la société. Depuis deux ans, une commission de militants a mené cette réflexion. Ce week-end, dans le cadre d’un congrès national extraordinaire qui se tient à la Maison de l’éducation permanente à Lille, il s’agit de valider. « Bien entendu, le projet de la CNT ne change pas, souligne Jean-François Grezes, secrétaire confédéral. Nous voulons au contraire mettre en place les moyens adéquats pour parvenir à l’autogestion des luttes, notre principe de base ». (…) Reconnaissance, représentativité? Des questions souvent posées... « A remettre dans le contexte actuel : le taux de syndicalisation en France est de 6 % dans le privé... Peut-on parler de sous-représentativité de la CNT ? Et de toute façon, nous souhaitons redonner l’image d’un syndicalisme, outil des travailleurs », explique encore le secrétaire confédéral de la CNT. D’où la pertinence de rajeunir les statuts. (…) A Lille et dans la région aussi, la Confédération Nationale du Travail retrouve des couleurs. « Surtout depuis le mouvement de 1995, éclaire Joao Manuel Gama, secrétaire de l’union locale de Lille. Beaucoup de jeunes et de déçus de la CGT nous ont rejoints à cette époque. Depuis, dans les principales villes de la région, la CNT est représentée. Et pratiquement dans tous les secteurs socio-professionnels. Ici aussi, nous avons pour ambition de réhabiliter le syndicalisme de terrain, abandonné par les grandes confédérations ».

De son côté, France 3 nord-pas de calais a diffusé un excellent reportage sur le congrès, reportage agrémenté d’images d’archives qui nous a permis de revoir avec plaisir plusieurs des cortèges rouges et noirs du 1er mai à Lille ainsi que les camarades de la CNT béthunoise en pleine réunion de travail dans leur local de la « Maison des syndicats », rue de Lille à Béthune.

UL - CNT de Lille.


CHOMEURS : NOS DROITS


Dans son édition du 8 décembre 2001, « Fémina »(le supplément gratuit de la « Voix du Nord ») titre sa rubrique « vos droits » : « Le Pare, vous avez tout à y gagner » ! Certes, si vous avez signé le PARE et le PAP, vos allocations chômage, appelées « aide au retour à l’emploi » (ARE), ne diminueront plus tous les six mois comme c’était le cas avec l’AUD (allocation unique dégressive)… du moins tant qu’il y aura de l’argent dans les caisses de l’ASSEDIC !!! En effet, le volet financier du PARE prévoit déjà que le montant des caisses ira aux employeurs sous forme d’exonérations alors que 60 % des chômeurs ne sont pas indemnisés. La non-dégressivité ne durera visiblement pas très longtermps !

En contrepartie, vous allez devoir accepter un emploi ou une formation non choisi(e), à n’importe quelles conditions et à n’importe quel salaire pourvu qu’ils soient suffisamment précaires et permettent aux patrons de vous payer le moins possible. Si vous refusez un temps partiel ou un CES, le PARE / PAP prévoit que vous soyez radié et que vous ne perceviez plus d’allocations.

Dans les années 70, les chômeurs percevaient pendant un an 90 % de leur dernier salaire brut sans dégressivité. Aujourd’hui, la richesse produite et les profits ont considérablement augmentés… et on voudrait nous faire croire que la société n’a plus les moyens de payer correctement les demandeurs d’emploi !?

Nous demandons :

Union régionale CNT du Nord - Pas de Calais.


L’ORTHODOXIE CAPITALISTE A L’ECHELLE EUROPENNE


Ce texte a été rédigé à partir de l’appel pour une autre Europe publié par « Euromarches News » (décembre 2001 - n° 20). Il expose la position de la CNT - Valenciennes pour une intervention au cours de la journée des marches européennes contre le chômage et la précarité organisée à Bruxelles le 11 décembre .

L’orthodoxie capitaliste qui guide les décisions de l’Europe “n’ignore” pas les droits des populations. Au contraire. Sous sa forme néo-libérale, elle s’attache concrètement, pour chaque pays européen, à définir le partage de la richesse en faveur des classes dominantes. L’orthodoxie capitaliste veut imposer un modèle de développement économique unique qui pose, pour tout le continent européen, le capitalisme comme horizon indépassable. Réduction du coût du travail et remise en cause des services publics, mais plus généralement refus systématique pour les détenteurs du capital de payer le temps occupé ou libre des travailleurs (salariés, retraités ou chômeurs), deviennent les postulats du discours dominant à partir desquels nous devrions négocier.

Faire entendre une autre Europe, une Europe de la solidarité et des droits demande d’abord une analyse concrète des situations pour chaque pays et une évaluation des moyens d’action pertinents. Le tout guidé par la définition d’un projet de société qui s’appuie sur l’émancipation et l’égalité économique et sociale de toute la population. Opposer un contre-modèle unique et valable pour toute l’Europe en réponse au modèle capitaliste ignorerait les deux premières étapes de notre réflexion (analyse de la situation et évaluation des moyens) et demanderait d’élire un « mieux disant » social pour toute l’Europe faisant abstraction des traditions de chaque État membre.

A titre indicatif, l’OMS (Organisation mondiale de la santé) a déclaré (enquête 2000) la France comme disposant du meilleur système de protection au monde. Dans cette logique, ce « mieux disant » social reviendrait donc au système français. Mais, en dehors du fait que cette enquête peut être contestée, deux grands systèmes (continental et béveridgien) cohabitent déjà en Europe et ils se déclinent différemment selon les régions. De plus, ils peuvent se révéler contre nos intérêts à partir du moment où on tente de les amalgamer. Mieux vaut donc s’appuyer, en intégrant leurs particularités locales, sur les institutions sociales existantes en Europe pour faire advenir tout leur potentiel égalitaire et faire revenir aux travailleurs la totalité de la richesse qu’ils produisent. A moins d’être solidaires avec notre propre exploitation, notre seul intérêt commun tient dans l’appropriation et la définition de la richesse que nous produisons, avons produite ou produirons. Quant aux moyens d’y parvenir, à nos revendications donc, elles varient selon le cadre politique dans lequel elles s’expriment. La demande d’un revenu garanti, par exemple, dépasse largement l’aire géographique de la France ou de la Norvège. Toutefois, il faut rester clair sur leur application locale. Si le système de prise en charge social norvégien repose sur la fiscalité et l’assurance privée, la Norvège donne les moyens de fonctionner de la sorte en fixant des salaires de base élevés et en prélevant un impôt fort. La tradition française, quant à elle, repose sur une autre logique. Elle finance sa sécurité sociale sur les salaires versés par les employeurs (ce qu’ils appellent communément les « charges »), l’impôt ne devant servir qu’à assurer les services publics de l’État. Et si une partie des demandeurs d’emploi sont maintenant payés par de la fiscalité (RMI...), il faut y voir une véritable régression de notre condition.

Pascal, CNT - chômeurs (Valenciennes).


RALENTISSEMENT DE LA CROISSANCE ECONOMIQUE : INFO OU INTOX ?


Aujourd’hui, la question du partage de la richesse garde toute son efficience. Le rapport de force qui a été établi à travers un siècle de luttes populaires et syndicales résiste et se veut un solide rempart aux attaques du patronat et à la perfidie des syndicats sociaux-démocrates comme la CFDT. Mais l'argument du « ralentissement de la croissance économique » invoqué dans le journal « Le Monde » du 25 octobre par Monsieur le baron Ernest-Antoine Seillère (patron du MEDEF, c’est à dire du grand patronat de France) nous rappelle que si la lutte historique des classes antagonistes (exploités/exploiteurs) semble complètement dépassée pour certains, elle reste d'actualité pour d'autres… tant ils y voient la solution à leurs intérêts bien compris.

C'est donc ici que l'argument de la croissance, cette phase qui doit nous mener à la prospérité définitive, cet équilibre économique parfait, entre en jeu. La croissance se pose comme un mouvement perpétuel d'augmentation de la richesse et permet, définie de cette manière libérale et vaporeuse, de ne pas poser la question de la répartition de ce qu'elle augmente. Unique chemin devant nous mener à la béatitude, elle se maintiendrait hors de portée et justifierait des mesures d'austérité, sorte de sacrifice, pour enfin vivre une humanité réconciliée et heureuse. Nous laissons ce discours aux catholiques et autres libéraux et il est fort à parier que, même avec un taux de croissance de 20 % au lieu de 2 % aujourd'hui, il y aura toujours du chômage, de la pauvreté et du boulot pour les « inséreurs ».

Peu importe d'ailleurs la croissance. La seule chose qui intéresse notre lutte, c'est la quantité, la nature et les conditions de production et d'échange de la valeur produite par les travailleurs. Elle leur appartient intégralement et n'admet aucun partage ou rééquilibrage entre l'entreprise comme entité indépendante et autonome, presque hors de portée humaine tant elle veut transcender les hommes pour diriger leur intérêt, et les salariés qui viendraient y vendre leur force de travail.

Lorsque Monsieur Seillère parle de "conditions favorables à l'initiative entreprenariale et au développement de l'entreprise", il faut garder à l'esprit que le développement de l'entreprise capitaliste ne se fait qu'à travers l'augmentation des profits et donc la réduction du « coût » du travail et des prélèvements de l'État. Ceci explique l'existence d'exonérations patronales diverses à l'occasion de l'emploi de certaines catégories de salariés qui se mettent souvent à exister spontanément sur décision gouvernementale.

Cette courroie de transmission qui veut cacher la véritable nature de notre régime n'a de toute façon plus de raison d'être et le MEDEF revendique dans le même article du « Monde » sa place sur l'échiquier politique. Cette mégalomanie affirmée à travers le "Nous autres, les entrepreneurs" de Monsieur Seillère cherche, à l'instar d'ATTAC, une légitimité qui veut inscrire le phénomène capitaliste d'appropriation de la richesse comme élément incontournable du débat citoyen et donner au MEDEF toute son aura citoyenne. C'est ce que signifie cette assertion de Monsieur Seillère : "Tout ce qui est bon pour l'entreprise est bon pour la France". Et de partir pour une véritable campagne électorale, avec son programme, ses lieux (dont Lille il y a quelques semaines) et ses dates. "La place la plus large possible" pour continuer des mesures régressives initiées dans les années 80 où le choc pétrolier fut invoqué pour justifier le commencement de la crise.

Il s'agit de nous faire oublier une chose qui jusqu'ici a orienté le mouvement global de la société. Rien ne doit revenir à ceux qui détiennent des capitaux et s'engraissent en toute bonne conscience en les faisant "fructifier". Ce sont nos ennemis parce qu'ils se les sont appropriés en exploitant nos amis, parents ou camarades... et continuent à le faire avec nous. Ce sont ces "salauds inutiles d'actionnaires", de patrons scélérats et d'élus corrompus soutenus par les organisations caritatives ou solidaires qui nous détournent de notre but ultime : les détruire et en finir avec l'exploitation, les licenciements, les dividendes à la richesse de ceux qui nous dirigent, nous conseillent, nous consolent, nous administrent ou nous réconfortent en nous parlant de dignité. Notre dignité est là où Seillère n'est plus. Elle passe par l'extermination radicale et sans concessions de toute forme d'exploitation à laquelle nous devons proposer un système qui satisfasse notre intérêt matériel général.

Pascal (CNT-Valenciennes).


INTERMITTENTS DU SPECTACLE : RETOUR A LA CASE DEPART


Suite à l’entrée en vigueur de la nouvelle convention chômage (PARE), les intermittents du spectacle (artistes et techniciens) n’ont plus de régime légal d’assurance chômage (cf. annexes 8 et 10).

Le 12 décembre 2001, l’Assemblée Nationale a discuté un projet de loi autorisant le gouvernement (s’il le veut bien) à mettre un terme à ce vide juridique. Cependant aucune décision n’a été prise ce jour-là. En effet, cet examen est soumis, de par la constitution, à une discussion au Sénat et ensuite, le projet doit revenir en deuxième lecture à l’Assemblée (lors de la session de printemps).

Nous en sommes donc à peu près à la case départ, à savoir : ouverture de négociations et sur quelles bases ? En d’autres termes : que vont devenir les annexes 8 et 10, et que voulons-nous (nous, salarié(e)s intermittent(e)s du spectacle) qu’elles deviennent ? C’est la question. Elle doit être réglée, sauf si nous tenons à revenir dans la rue dans six mois ou un an.

Il est question, il est vrai, de l’accord de branche signé le 15 juin 2000, dit accord « FESAC ». Hormis la timidité de l’avancée de celui-ci, il est à remarquer que d’une part les salarié(e)s n’ont pas été franchement consulté(e)s, d’autre part que les confédérations légalement représentatives sont divisées sur la question.

La CNT est persuadée que c’est aux salarié(e)s du spectacle de décider ensemble de ce que nous devons imposer, dans l’unité, par des assemblées générales organisées dans tout le pays. Pour cela, plus que jamais, nous devons garder le contact, rassembler nos informations et affirmer des axes de lutte unitaires, avec le soutien du plus grand nombre possible de salarié(e)s. La mobilisation est effective, nous sommes des milliers dans la lutte, il faut s’en servir. Nous avons les moyens de gagner.

Nos propositions sont :

Ouverture immédiate de négociations sur les annexes du spectacle en vue de leur amélioration, et maintien juridique de celles-ci pendant les pourparlers.

Mise à plat des vrais problèmes auxquels sont confrontées nos professions, c’est-à-dire, au niveau de l’assurance chômage :

1. Arrêt de la dégressivité des allocations.
2. Arrêt du transfert des intermittents vers les « statuts » saisonniers, intérimaires ou autres.
3. Abrogation des mesures ineptes prises les années précédentes et qui n’ont résorbé aucun déficit prétendu ou réel.
4. Application des 35 heures, tant sur le plan de l’indemnisation chômage (455 h au lieu de 507 h pour ouvrir des droits) que sur le plan du travail salarié.
5. Prise en compte des congés payés dans le calcul de nos ouvertures de droits (congés payés = feuille de paie, donc cotisations !).
6. Extension du champ d’application des annexes 8 et 10 à tous les précaires, notamment ceux de la culture et du spectacle (vacataires, CES, CDD d’usage ou de droit commun.) Ouverture des droits « Assedic » pour 3 mois de travail salarié (juste retour à la convention chômage d’origine, de 1959 au début des années 80) !
7. Prise en compte des heures passées à enseigner nos métiers.
8. Application des mêmes règles de calcul des indemnités quelles que soient la profession et l’ancienneté.
9. Mise en place d’un seuil de revenu mensuel maximum au-delà duquel il n’y a pas de versement d’allocation, ainsi qu’un vrai plancher minimal d’allocation.

Et au-delà de l’UNEDIC :

1. Arrêt de la multiplication des CDD (Contrats à Durée Déterminée) pour les transformer en vrais CDI (Contrats à Durée Indéterminée). Un poste en CDI correspond à des recettes en cotisations chômage et évite des dépenses en allocations (d’où réduction du déficit, s’il y a !).
2. Suppression du budget de l’UNEDIC réservé au contrôle social des chômeurs. Réinvestissement de ces sommes afin de contrôler le versement des cotisations sociales avant versement de subventions.
3. Renforcement du contrôle sur les conditions de travail (ajouter un inspecteur du travail aux commissions de contrôles de sécurité dans les salles de spectacle).
4. Taxation du show-business. Prélèvement d’un pourcentage supplémentaire sur le ticket d’entrée des spectacles de masse (+ de 2 000 spectateurs). Prélèvement sur la vente de produits culturels (disques, TV, etc.), et ce afin de financer l’aide à la création artistique, à l’emploi et à l’accès de tous à la culture. Mise en place généralisée d’organismes de type C.N.C. (ou, pourquoi pas, une caisse de type « mutuelle » gérée directement par les artistes ?).
5. Contrôle de la compétence réelle des structures de formations.

CNT - secteur spectacle.
Contact national :
Tél / rép. : 01 43 72 21 67
Fax : 01 43 72 95 34 E-mail : comm.rp@cnt-f.org Site web : http://cnt-f.org/comm.rp


REGULARISATION DES SANS-PAPIERS


Depuis 1996, les gouvernements successifs n’apportent pas les réponses aux revendications de la lutte des sans-papiers. Aussi nous tenons à dire au gouvernement, qui doit en partie son élection à cette lutte, qu’ensemble (sans-papiers et soutiens), aujourd’hui et demain, notre lutte se poursuit pour que soient régularisés tous les sans-papiers ainsi injustement rejetés après avoir fait confiance aux promesses électorales de 1997. Nous restons mobilisés pour que s’ouvre dans l’espace public un débat sur l’immigration nécessaire à la remise en question de l’Ordonnance de 1945. Nous dénonçons ainsi l’arbitraire de la loi Chevènement, conçue dans la même logique que les législations antérieures sur les étrangers.

Sur le plan national

Le pays, berceau des droits de l’Homme, après les avoir ratifiés, ne respecte ni le droit d’asile, ni les droits de l’Homme. Ainsi, le Ministère de l’Intérieur et l’OFPRA continuent de fabriquer des sans-papiers… En 1995 : sur 20 000 demandes d’asile, 15 268 refus (76%) ! En 1998 : sur 22 375, 18 063 refus (81%) ! En 2000 : sur 38 747, 33 622 refus (87%) !

L’espérance suscitée par l’asile territorial est déçue. En 1999, sur 3 888 demandes, seules 8 ont été obtenues (0,2% régularisés). Conséquence de « Vipirate renforcé « , la CIMADE dénonce la hausse récente de plus de 30% des détentions de sans-papiers dans les centres de rétention.

Dans le département du Nord

Le bilan des rencontres mensuelles de janvier à octobre 2001 avec la Préfecture est négatif. Sur 208 dossiers présentés, seuls 45 ont obtenu satisfaction (21,63%) et 163 (78,37%) sans-papiers ont été déboutés. Sans local de lutte et donc sans visibilité collective, les sans-papiers sont à la merci de l’arbitraire.

Ainsi, des centaines de sans-papiers régularisés ont renouvelé plus de trois fois leur titre d’un an et n’obtiennent pas la carte de 10 ans à laquelle ils ont droit. D’autres renouvellent plusieurs fois leur récépissé de 3 mois et parfois se retrouvent avec une convocation. Ces situations sont ensuite opposées aux sans-papiers par certains patrons pour les maintenir en CDD. Ce qui est une infraction totale à la législation du travail. Ces ex sans-papiers sont aussi exclus de tous les droits sociaux pour lesquels ils cotisent par ailleurs. Mrs Chirac / Jospin : régularisez !


ROUBAIX : LA POLICE CENSURE LE JOURNAL DES JEUNES


Le journal « Alerte ! », publié par la Fédération des associations de jeunesse de Roubaix (FAJ), a vu ses subventions suspendues suite à la publication au printemps dernier d’un numéro hors-série intitulé « A la mémoire de Riad, de Sydney et de tous les autres - Impunité policière : basta ! ».

Ce numéro, co-édité avec la Fédération des associations de solidarité avec les travailleurs immigrés (FASTI) / commission jeunesse, comprend des coups de gueule de jeunes de Roubaix, Lille, Nantes, Le Havre, Toulouse, Nantes, Nice et des contributions de personnalités comme Maurice Rajsfus, Clément Schouler (SM), Saïd Bouamama, Magyd Cherfi (Zebda), Bernadette Hetier (MRAP) ou Mogniss H. Abdallah (IM’média).

La préfecture aurait considéré ce dossier « carrément diffamatoire », dixit le journal Nord-Eclair, et a décidé de suspendre la subvention de 43 000 F alloué dans le cadre d’un contrat de ville « préfecture - mairie - FAS ». Depuis, ce journal d’expression pour les jeunes a cessé sa parution faute de moyens, et son équipe est traumatisée.

Lors d’une conférence de presse le 5 décembre 2001, les responsables de la FAJ ont répondu que « si certains estiment avoir été diffamés dans une de nos publications, qu’ils usent de leur droit en déposant plainte, et non de leur pouvoir en supprimant des subventions ».

Cette nouvelle atteinte à la liberté d’expression, qui intervient dans un climat délétère où des notions inédites de « légitime panique » ou d’« homicide excusable » font florès dès lors qu’il s’agit de mort de jeunes des quartiers tués par des policiers, a provoqué l’indignation de la FASTI et des contributeurs à ce numéro qui se réservent la possibilité de réagir en conséquence et de faire savoir sur la place publique ce qu’ils en pensent. Dans un premier temps, ils entendent faire connaître davantage encore ce numéro d’Alerte !, demandent la levée immédiate de la décision de suspension des subventions et resteront vigilants pour que le journal ne subisse pas ultérieurement les contre-coups de leur mobilisation.

Source / auteur : Agence IM’média


MEGRET A SANGATTE !


Avertis de la venue de Bruno Mégret (MNR) à Sangatte, huit copains et copines de Calais (dont 2 militants de la CNT) sont allés l’attendre à l’arrivée du train avec des bombes à eau et de la crème chantilly… cachés dans un gros sac poubelle laissé à l’entrée de la gare et que la police a dédaigné pendant une heure et demi (bravo « vigipirate »). Mais ils n’ont vu arriver qu’un bus de Lille avec une cinquantaine de mégrétistes qui n’ont pas osé approcher de nos 8 valeureux camarades (ils devaient penser qu’ils n’étaient qu’une avant-garde !).

Mégret ayant changé son programme et se rendant directement au centre de réfugiés de Sangatte, les 8 ont pris un raccourci et sont arrivés avant lui et le bus. Postés devant la grille d’entrée, ils ont assisté au discours du petit facho. Ont suivi des échanges de mots tendres sous le regard des CRS… A présent, en germe, l’idée de créer un groupe « No pasaran » sur Calais.

CNT - Calais.


PORTRAIT D’UN SYMPATHISANT


A 36 ans, Thierry Bracquart se définit volontiers comme un « compagnon de route » de la CNT. Pendant quelques mois, il a même adhéré au syndicat des sans-emplois et précaires de Béthune et environs. Aujourd’hui sympathisant, il envisage volontiers de continuer à se battre avec cette organisation, la première à laquelle il n’a jamais appartenu. Pour « changer le monde » tout simplement ! Portrait.

C’est un peu par hasard que Thierry Bracquart à découvert la CNT de Béthune. « Une amie m’a fait connaître un militant du syndicat CNT des sans-emplois et précaires de Béthune avec qui j’ai sympathisé. Ma curiosité a été éveillée. Très vite, j’ai voulu en savoir plus sur cette organisation que je ne connaissais pas du tout », explique volontiers Thierry.

Se situant à l’ultra-gauche sur l’échiquier politique, attaché à l’idéal libertaire, il manifeste des dispositions idéologiques extrêmement favorables. Nous sommes à la fin de l’année 1999. Pendant quelques mois, il prend même sa carte au syndicat des sans-emploi de Béthune et environs...

« J’apprécie la CNT parce qu’il n’y a pas de chef. Au syndicat, un homme ne profite pas de sa situation pécuniaire ou du fait d’être détenteur d’une parcelle de savoir pour mettre son vis-à-vis en position d’infériorité. Tous les syndiqués sont traités sur un pied d’égalité », explique Thierry qui apprécie aussi qu’ « à la CNT, les décisions soient prises en assemblée générale ».

En janvier 2000, il participe à une action “péage gratuit” sur une autoroute de l’Arrageois.

Une action limitée dans le temps mais plutôt spectaculaire qui ne lui laisse que de bons souvenirs ! « C’était une façon de défier le Pouvoir », poursuit celui qui apprécie aussi l’intervention de la CNT à la salle Olaf-Palme à Béthune aux vœux de Bernard Seux, le maire de Béthune, en janvier 2000.

L’action directe comme méthode !

« Nous voulions lui signifier notre désaccord avec sa façon d’agir (NDLR : Bernard Seux avait porté plainte contre un militant de la CNT qu’il avait accusé d’avoir détérioré le mobilier municipal). C’était très chaud. A tout moment, l’action pouvait dégénérée. Cela reste aussi un bon souvenir », poursuit notre interlocuteur qui proposera plus tard au syndicat des sans-emplois d’intervenir auprès des bénéficiaires des Restos du cœur « afin d’exiger tous ensemble l’augmentation du montant des bons de pain offerts par la mairie de Béthune ».

« L’idée des Restos est noble à l’origine. Elle a été dévoyée par la suite », confie Thierry qui pense que l’association caritative joue aujourd’hui le rôle d’une soupape de sécurité. « On donne quelques choses aux plus démunis pour qu’ils se taisent, pour les empêcher de se révolter... Le tout avec la complicité de l’État qui en matière de solidarité n’assume pas ses responsabilités », fait encore remarquer celui qui, cette année, a refusé de faire la queue aux Restos.

Et notre homme de souligner que son rêve est désormais de rassembler en mairie des personnes en difficulté. « Il ne s’agirait même pas de demander quoi que ce soit aux élus, mais de leur montrer que nous sommes capables de faire bloc et de résister ! ». L’ennui, c’est que rien n’est gagné d’avance ! « Au départ, souvent on est d’accord avec moi pour “monter” en mairie. Mais lorsqu’il s’agit de passer à l’acte, beaucoup se rétractent », explique encore celui qui ne désespère pas pour autant de changer le monde, « avec la CNT bien entendu dont j’apprécie la philosophie et les combats » même si « mon amour de la liberté me pousse à lutter à ses côtés et non en son sein ».

Jacques (CNT - Béthune).


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