Extraits du BR
n° 12
BIENVENUE DANS LA CAPITALE DE L’EUROLAND !
LA C.E.S. ET LE SYNDICALISME EUROPEEN DE CONNIVENCE
BETHUNE : DE L’EXPLOITATION POLITICIENNE DE LA
MISERE HUMAINE
NON AU NUCLEAIRE !
ARGENT PUBLIC POUR LA PROPAGANDE ET LE MENSONGE !
MANIF ANTI-NUCLÉAIRE À LILLE : BILAN
MITIGÉ
CHASSE : LES TERRORISTES FONT LA LOI !
DROIT DU TRAVAIL : LES CONDUCTEURS ROUTIERS
FACE A L’INSTITUTION UNIVERSITAIRE ET SES
REFORMES : LES RAISONS D’UNE LUTTE
NOTES DE LECTURE
NON AUX ESSAIS DE CULTURES TRANSGÉNIQUES !
JOURNEES DU PATRIMOINE
FILATURE MOSSLEY
CULTURE POUR TOUS ET PAR TOUS : CONVERSATIONS DE
JUILLET
NON A L’IMPASSE DE LA GUERRE !
POUR LA LAICITE… EN ECONOMIE !
PRECARITE : EXPLOITATION ET CONTRÔLE SOCIAL !
A TRAVERS LA PRESSE POUR ENFANTS
LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE
REFUGIES DE SANGATTE
LA SODEXHO
BIENVENUE DANS LA CAPITALE DE L’EUROLAND !
Les 14 et 15 décembre, Bruxelles accueillera un sommet
décisif des chefs d'états européens: "Charte
des droits fondamentaux européens",
élargissement de l'Union, services publics et privatisations,
droit d'asile, immigration, chômage et enseignement seront
notamment à l'ordre du jour de ce sommet.
Obsédée par le profit, fermée aux
étrangers (sauf s'ils représentent une main d'œuvre
bon marché) et toujours plus éloignée des
populations qu'elle prétend représenter, l'Union
Européenne est un pouvoir opaque géré par des
commissaires non-élus et des "technocrates" retranchés
dans une tour d'ivoire.
Aujourd'hui, les décideurs européens ne se
contentent plus de confondre les citoyens avec des lobbyies et les
êtres humains avec des marchandises : ils s'attèlent
désormais à criminaliser toute forme de contestation. Des
mesures hors du commun sont annoncées pour le sommet
européen de Laeken en décembre (interdiction de
manifester dans le centre-ville, infiltrations et surveillances,
arrestations préventives, création d'une cellule
anti-terroriste spéciale, etc.). Les laisser se mettre en place
une première fois, c'est laisser se créer une situation
dangereuse sous nos yeux et en notre nom. C'est aussi condamner
Bruxelles à devenir, dans un avenir proche, une forteresse
où seuls certains circuleront à leur guise.
En effet, à partir de 2004, tous les sommets
européens se dérouleront à Bruxelles et leur
cadence deviendra trimestrielle ! Grâce à ce joli "cadeau"
que le gouvernement belge a rapporté du sommet de Nice en 2000,
combien de chantiers vont-ils être à nouveau
entamés en pleine ville, combien de quartiers
théoriquement dédiés au logement vont-ils en fait
voir s'ériger de nouvelles forteresses entièrement
composées de bureaux ?
Bruxelles, zone neutre ou zone libre ? !
Le collectif "BruXXel" (www.bruxxel.org)
veut profiter de l'occasion pour faire entendre d'autres voix que
celles déjà relayées à longueur
d'années par les médias.
Dans un contexte sécuritaire et immobilier dont nous sommes tous
potentiellement les cibles, son objectif est de créer les
conditions d'une information critique. Mais aussi de mettre l'accent
sur des initiatives qui construisent quotidiennement une Europe
généreuse, sans frontières, basée sur des
pratiques égalitaires et solidaires.
Les moyens développés par "BruXXel" sont notamment
l'ouverture de lieux d'expression libre, l'organisation d'actions dans
l'espace public (par exemple : création d'un "info-point"
alternatif dans l'ancienne gare du quartier Léopold, mise en
place d'une radio éphémère du 13 au 16
décembre, forums, street - party le 15 décembre, etc.) et
ses interventions porteront sur des thèmes aussi divers que la
mobilité, la culture, l'immigration, l'urbanisme.
Une ancienne gare de Bruxelles transformée en espace
d’information, de réflexion et d’action…
Depuis le samedi 13 octobre, l'ancienne gare du quartier
Léopold est investie par le collectif "BruXXel". A l'occasion de
la présidence belge de l'Union Européenne, celui-ci
propose d'en faire un espace d'information, de réflexion et
d'action, tant autour des enjeux européens que de
différentes initiatives qui inventent de nouvelles pratiques
culturelles, sociales ou politiques.
La gare du quartier Léopold était un lieu
idéal pour lancer ce projet. Symbole d'un quartier en
résistance, dont beaucoup d'habitants ont déjà
été délogés et de maisons détruites
à cause de l'implantation du Parlement Européen, elle est
directement menacée par l'extension probable des bâtiments
européens. En l'investissant, nous entendons donc travailler en
lien avec les habitants, contre la concrétisation de ces projets
mégalomaniaques et la transformation du quartier en "zone
neutre", surveillée par une "police européenne".
Depuis le 13 octobre, différentes activités ont
d’ores et déjà été organisées
dans le buffet de la gare et dans la salle des pas perdus :
conférences, débats, ateliers, infothèque, tables
d'hôtes, spectacles. Quant à l’info-point, il ouvre
régulièrement ses portes tous les midis.
Une radio éphémère
L'objectif de ce projet radiophonique est de rendre compte de tous
les enjeux du sommet et de sa contestation, sans pour autant se limiter
aux strictes questions européennes. Il ne s'agira pas de faire
entendre une voix anti-européenne, mais plutôt de mettre
en avant des initiatives qui construisent au quotidien une "autre
Europe". Souvent définie par rapport à ce contre quoi
elle est opposée ("antimondialisation"…), cette "autre
Europe" est pourtant avant tout basée sur des propositions et
des expériences concrètes (et dans des domaines aussi
divers que l'immigration et l'asile, le travail, la culture,
l'information, l'agriculture, l'économie etc.) qui constituent
localement de réelles alternatives au rouleau-compresseur
marchand.
Lancée par un collectif de radios (Air Libre, Campus,
Panik…) et d'associations bruxelloises (Indymedia,
Nova…), "Radio BruXXel" veut associer et impliquer d'autres
partenaires dans sa conception : radios ou animateurs
d'émissions d'autres villes et d'autres pays, collectifs
sonores, producteurs indépendants, sound-systems…
Concrètement, "Radio BruXXel" émettra pendant 4
jours : du 13 au 16 décembre 2001. Son studio sera basé
au cinéma Nova, lieu central et ouvert (qui accueillera quelques
jours auparavant, une rencontre de télévisions
indépendantes). Ses émissions seront diffusées
principalement en direct, sur la FM bruxelloise grâce à
des fréquences déjà existantes : celles des
différentes radios partenaires à Bruxelles. L'idée
est aussi que plusieurs lieux publics à Bruxelles rediffusent
les émissions en permanence. Mais encore, la diffusion se fera
en streaming sur internet, ce qui ouvre la possibilité de relais
par d'autres radios libres en Europe.
Tout au long de ces 4 jours, les émissions seront
rythmées chaque heure par un flash d'information de 10 minutes
et présenté en plusieurs langues. Pour le reste, les
programmes seront principalement conçus en tranches de 50 et de
25 minutes… Des modules radiophoniques aussi différents
que complémentaires se succèderont sur antenne.
Documentaires et reportages, débats, analyses, interviews ; mais
aussi revues de presse, cartes blanches, interventions satiriques,
jingles, fausses pubs, etc. Le tout avec une programmation musicale
mélangeant les genres, les styles et les origines, en
privilégiant bien sûr les créations originales
(notamment sound-systems en direct et retransmissions de concerts).
Le collectif “
BruXXel ”, Ancienne gare, Place du Luxembourg, 1050 Bruxelles
LA C.E.S. ET LE SYNDICALISME EUROPEEN DE
CONNIVENCE
Depuis sa fondation en 1973, la CES (Confédération
européenne des syndicats), ETUC en anglais (European trade union
confederation) cherche à nouer des relations avec le patronat et
les instances politiques européennes par le biais du “
dialogue social européen ”.
De Nice à Bruxelles
A Nice, en décembre 2000, la CES demandait que la charte des
droits fondamentaux soit intégrée aux traités tout
en évoquant les limites de cette charte (avec cette charte, en
fait, l'Union européenne réécrit nos droits
sociaux et les réduit à une peau de chagrin, un
véritable instrument de régression sociale).
A Bruxelles, le comité exécutif de la CES a
décidé d’organiser une mobilisation syndicale
revendicative le 13 décembre 2001 à la veille du sommet
européen de Laeken. Cette nouvelle "euro-manif " portera sur
l'emploi, sur la “nouvelle gouvernance”
et sur l'avenir de l'Europe. Le sommet organisé en
décembre à Laeken (près de Bruxelles) lancera un
nouveau processus de réformes et la CES veut “y
être associés avec les autres organisations de la
société civile mais surtout avec le poids de ses 70
millions d’affiliés en Europe ”. Soixante-dix
millions… quel gâchis ! Une nouvelle fois, la CES a choisi
d’accompagner les projets et les démarches des
institutions européennes.
En effet, la CES se positionne sur une “politique de
modération salariale compatible avec la stabilité
monétaire”
prônée par la commission. Si son secrétaire E.
Gabaglio considère que la stabilité monétaire “ne
peut être une fin en soi", il n'en a pas moins estimé
qu'elle reste “la
pré-condition à la réalisation, au travers de la
coordination des politiques budgétaires d'investissement et
fiscales des États membres, du "plus" de croissance qui nous
fait défaut". En clair : pas touche aux profits et aux
équilibres macro- économiques, quelques miettes pour les
salarié(e)s !
Les communiqués et les résolutions de la CES sont
très caractéristiques de cette tendance à
accompagner les directives européennes pour donner des gages de
respectabilité et de représentativité. Ils sont
rédigés dans une langue alambiquée qui atteste de
ses accointances avec les eurocrates de la commission.
Les orientations de la CES sont donc au mieux, sur le terrain
économique et social, les mêmes que celles des militants
politiques d’ATTAC (la taxe Tobin est intégrée aux
revendications de la CES à Laeken) qui prônent le
libéralisme réformé ou l’humanisation du
capitalisme, le dialogue social contre de la lutte des classes. Comment
en serait-il autrement, puisque la CES s’est constituée
pendant la guerre froide en s’appuyant sur les
confédérations liées à la
social-démocratie et à la démocratie
chrétienne, pour s’élargir ensuite par cooptation
à d’autres confédérations (CFDT, CFTC, CGT,
FO, UNSA, CSC, FGTB, UGT, CISL, CGIL, DGB…) dont nous
connaissons l’incapacité et la répugnance à
organiser les grèves et la grève générale,
seules capables de remettre en cause durablement la logique du patronat
et des pouvoirs nationaux. De sommet en sommet, la CES continue donc
d’entretenir le mythe du capitalisme à visage humain.
Comme si nos maigres acquis (retraites, congés payés,
santé, éducation ou droits syndicaux) étaient le
résultat d’un élan humaniste du patronat et de
l’Etat et non des luttes sociales.
Vers une nouvelle donne paritaire et co-gestionnaire
Si pour l’heure, les moyens d’action de la CES sont
plutôt le lobbying auprès de la commission et les
rencontres avec des parlementaires… sa stratégie (et
celle des syndicats nationaux qui la composent) est de décrocher
une participation aux décisions de la commission et des
organismes sociaux européens. La cogestion et l'association
salariés-patrons ! C’est cette stratégie du
syndicalisme de connivence et de proposition qui a provoqué des
débats sans lendemain au sein de la CGT française lors de
son ralliement à la CES et de son rapprochement préalable
avec la CFDT.
Les stratégies de course à la
représentativité de la CES sont déjà
soutenues par les Etats nationaux qui, par les lois Lols, Bassanninni
et Perben (en Espagne, en Italie et en France) concourent à
l’élimination des syndicats anti-capitalistes de base pour
ne tolérer que ceux affiliés à la
Confédération européenne des syndicats. La
nouvelle donne paritaire et co-gestionnaire implorée par la CES
pour mieux confisquer l’expression des revendications des
salarié(e)s, lui procurerait aussi de nouvelles subventions.
Les manifestations européennes de la CES sont toujours
programmées en semaine, mais jamais accompagnées
d’appels à la grève qui permettraient aux
salariés de se mobiliser. Elle prennent donc la forme de
promenades bien encadrées par les permanents des directions
syndicales. Cela n’est pas une originalité
européenne , nous sommes habitué(e)s aux “
journées d’action ” nationales, alibis de nos
confédérations réformistes nationales. Ces
manifestations médiatisées à grand renfort de
subventions européennes et patronales, permettent de
détourner les salariés des véritables luttes en
leur présentant le spectacle d’une contestation de
façade et d’un internationalisme au rabais, plutôt
du type “ Europe forteresse ”. Les régressions
sociales peuvent s’opérer sous le contrôle syndical
de la CES et de ses spectacles européens. Pendant ce temps
là, les licenciements se multiplient et, malgré les CE
(comités d’entreprise) européens, aucune action
sociale d’envergure n’est organisée pour
s’opposer à la lutte des classes que le patronat nous
livre tambour battant.
La C.E.S. dans la lutte à Bruxelles ?
La participation de la CES au contre-sommet de Bruxelles est donc
totalement négociée par avance avec la Commission
Européenne et le gouvernement belge, tant sur la forme que sur
le fond. La connivence est totale avec les États et les
bureaucrates européens qui y trouvent aussi prétexte
à entretenir l’illusion de la participation
démocratique et de la “ nouvelle gouvernance ”,
version européenne et sociale de la “ démocratie de
proximité ”. Les représentants de la Commission
européenne, MM. Santer et Prodi, ont d’ailleurs
déjà évoqué le rôle qu'ils assignent
à la Confédération européenne des
syndicats. M. Santer a notamment souligné “le
soutien des partenaires sociaux au processus de l'Union
économique et monétaire et la poursuite de la
modération salariale, qui ont été un facteur
clé pour la réussite de l'UEM ”.
L’internationale rouge et noire
L’internationale rouge et noire renforce sa présence aux
contre-sommets, elle y porte d’autres analyses et d’autres
stratégies tout en rappelant que les luttes sociales ne se
gagnent pas sur les boulevards d’Amsterdam, de Cologne, Nice,
Göteborg ou Bruxelles, mais sur le lieu de travail. De plus en
plus, notre présence doit permettre aux salariés de la
base, qui refusent que leurs vies soient régentées par
des autorités bureaucratiques politiques ou syndicales, de
choisir aussi leur cortège lors de ces manifs
européennes.
A Bruxelles et tous les jours sur nos lieux de travail et de vie,
c'est l'internationalisme anarcho-syndicaliste et syndicaliste
révolutionnaire qu'il faut construire pour mettre fin à
la domination et à l’exploitation. Plutôt que
d'attendre les éventuelles avancées sociales ou
réformes démocratiques proposées par la CES, la
Commission européenne ou le parlement de Strasbourg, la CNT
encourage les travailleurs à se réapproprier leurs
revendications en organisant eux-mêmes leur lutte.
Aldo (CNT-Lille)
BETHUNE : DE L’EXPLOITATION POLITICIENNE DE
LA MISERE HUMAINE
En mars 1999, le syndicat CNT des sans-emplois et précaires de
Béthune et environs réagissait avec indignation devant
l’attitude de la municipalité de Béthune qui
obligeait les bénéficiaires du Centre communal
d’action sociale (CCAS) à s’inscrire sur les listes
électorales. Notre organisation évoquait alors une mise
en fiche de la population à des fins purement
électorales. Une lettre ouverte était aussitôt
envoyée à Bernard Seux, le maire de la cité de
Buridan, dénonçant ces pratiques, illégales de
surcroît.
Les récents démêlés judiciaires de
Bernard Seux confirment malheureusement notre appréciation de
l’époque. Ainsi, le 13 septembre, examinant un recours en
vue de l’annulation de l’élection municipale de
Béthune de mars dernier, le commissaire de la république
a rappelé que la veille du second tour, au CCAS, Bernard Seux
n’a pas hésité à faire distribuer “ 20
000 francs de bons de secours en une seule matinée ; autant
qu’en 6 mois ! ”. Une largesse motivée par de
sombres considérations politiciennes. Une honte pour un homme
qui s’honore du titre de magistrat ! Bernard Seux, qui en
novembre 1999 n’avait pas hésité à
maltraiter une délégation de chômeurs venue lui
exposer ses revendications, révèle ainsi sa
véritable nature de politicien sans scrupules
obsédé par le pouvoir. Un politicien véreux qui se
sert de la misère humaine pour assouvir de vils instincts. Le
syndicat CNT des sans-emplois et précaires de Béthune et
environs l’assure de son mépris le plus sincère et
appelle les bénéficiaires du CCAS à
considérer comme un acquis les “ largesses ” du
maire de Béthune et donc à exiger leur dû…
NON AU NUCLEAIRE !
A cette période charnière
où se pose le problème du renouvellement du parc
nucléaire français, la CNT exige la sortie
immédiate du nucléaire (sortie immédiate,
car l’arrêt différé
tel que le préconise le réseau “ Sortir du
nucléaire ” signifierait prolonger la durée de vie
des centrales, d’où un accroissement des risques
d’accident majeur...). La CNT exprime cette détermination
en fonction des dangers sociaux et politiques que
représente la filière nucléaire.
Rappelons que la région est dotée de deux sites :
le Centre Nucléaire de Production d’Electricité
(CNPE) de Gravelines, comportant trois paires de réacteurs de
900 MW électriques, ainsi que la SOciété de
MAintenance NUcléaire (SOMANU) de Maubeuge qui dispose
d’un atelier permettant de réaliser des travaux de
maintenance sur des matériels en provenance
d’installations nucléaires. Sans parler des transits de
déchets et matériels contaminés…
Danger social
L’industrie nucléaire merde partout en France. Ce
n’est pas toujours dit, mais il y a des incidents et des
accidents toutes les semaines (que ce soit sur les centrales, les
centres de retraitement ou les installations militaires). Le risque
d'accident majeur est possible. Ce risque n'est pas
écarté par les progrès de l'industrie
nucléaire. Il augmente au contraire avec la complexité
croissante des techniques mises en œuvre et avec la course
à la productivité. Ce risque augmente aussi avec le
vieillissement des installations nucléaires déjà
existantes, sachant qu'EDF envisage d'aller toujours plus loin dans le
maintien de ces installations (durée de vie prévue au
départ de 20 à 25 ans et rallongée à 40 ans
pour des raisons uniquement d'ordre capitaliste).
Le problème des déchets radioactifs n'est toujours pas
résolu, plus de vingt ans après le lancement du programme
nucléaire civil en France. L'accumulation de ces déchets
et le renvoi de leur gestion aux générations futures est
proprement irresponsable. A ce propos, signalons qu’une partie de
nos déchets va bientôt être envoyée en Russie
(accord récent entre la France et ce pays) : ce sont les
travailleurs russes qui vont morfler !
Les risques pour la santé liés à la pollution
radioactive sont toujours présents et touchent notamment
l'ensemble des travailleurs et des populations en contact avec
l'industrie nucléaire, comme l'ont montré les divers
incidents liés aux transports des déchets ou aux
différents types de sites nucléaires : centrales,
unités de stockage et de retraitement mais aussi mines
d'uranium. A propos de ces dernières, rappelons que si
l’extraction de l’uranium nécessaire au
fonctionnement des centrales ne se fait plus en France (et on nous
parle “ d’indépendance énergétique
” !), il se fait dans les pays pauvres. Ainsi, ce sont 200 000
personnes à travers le monde qui meurent chaque année par
contamination. En ce qui concerne les salariés de la
filière nucléaire en France, précisons que ce sont
les intérimaires d’EDF qui sont particulièrement
touchés. Les normes de sécurité, quand bien
même elles seraient suffisantes, ne sont pas du tout
respectées, ce qui implique des travailleurs parfois
irradiés, en tout cas jetables après 5 ou 6 ans de
travail !
Danger politique
Projet d'essence étatique et technocratique, le
nucléaire a été imposé sur la base du
secret d'État et du mensonge délibéré, sans
débat réel au niveau des populations concernées
(et, en fait, de l'ensemble de l'humanité… au regard des
conséquences planétaires de tout accident majeur).
Dans une société où la production vise moins les
réels besoins des individus que la constitution de plus-value
pour les riches, le mythe d'une énergie abondante et peu
chère (mythe véhiculé par les nucléocrates)
a occulté les questions essentielles sur les conséquences
sociales et environnementales, de l'emploi de cette énergie,
faisant passer les besoins de l'industrie capitaliste avant toute autre
considération.
La décision de favoriser l'énergie nucléaire
correspond ainsi à un mode de gestion autoritaire de la
société (par le biais de l'État et de ses
comparses capitalistes) à l'opposé d'un mode
autogestionnaire de fonctionnement (tel que le défend la CNT).
Imposer le nucléaire nous dépossède de nos moyens
de décision un peu plus, confiant la “ chose ”
à des “ experts ”. Nous, “ simples ”
consommateurs et / ou travailleurs, n’avons pas notre mot
à dire.
Il correspond aussi à un modèle économique
où le développement à outrance de la production ne
répond pas aux besoins et à la finalité de
bien-être des individus, mais bien à la soif de profits
d'une minorité de riches.
Enfin, et ce n'est pas le moindre des dangers, le maintien de la
filière nucléaire favorise la prolifération
nucléaire à des fins militaires.
La sortie du nucléaire est possible aujourd'hui. Elle repose
sur le recours, en phase transitoire, aux techniques de production
énergétique les moins néfastes pour
l'environnement et les individus (centrales au gaz et
cogénération prioritaires). Elle doit favoriser le
développement des énergies renouvelables et de toutes les
possibilités d'économie d'énergie.
La sortie immédiate du nucléaire n’implique pas
la mise au chômage des personnels. Il faut exiger la retraite
anticipée avec plein salaire et primes pour les personnels les
plus exposés aux risques cancérigènes (cancers du
poumon, du larynx, des os) et le maintien sur les sites de ceux et
celles qui le désirent pour assurer à long terme les
démantèlements, les réhabilitations et les
rénovations dans les meilleures conditions.
Site du syndicat CNT de l’énergie : http://assoc.wanadoo.fr/energie
ARGENT PUBLIC POUR LA PROPAGANDE ET LE MENSONGE !
Si bon nombre de personnes pensent que, sans le nucléaire, il
serait inconcevable de satisfaire la demande en
électricité de la population et que les factures seraient
plus élevées, c’est “ grâce ” au
travail intense de lobbying et de désinformation d’EDF.
Rappelons qu’EDF est un service public qui détient le
monopole de la distribution d’électricité en France
et que, par conséquent, nous finançons à notre
insu sa propagande en faveur de l’électricité
nucléaire. Après la campagne publicitaire “Marie-Amélie
”, EDF en remet une couche avec “Vivrélec
”
et tente de séduire les ménages : une maison douillette,
suréclairée, surchauffée, des serviettes toujours
chaudes, etc... L’idée est d’inciter à la
surconsommation, au gaspillage d’énergie et
d’argent.
La désinformation et les pressions exercées par EDF
ne se limitent pas à la publicité. Son travail de
lobbying consiste également à “ promouvoir ”
l’installation de cumulus et chauffages électriques dans
les logements en construction, y compris dans les logements sociaux.
Cette attitude scandaleuse et irresponsable conduit des familles
à l’impossibilité de régler leurs factures,
à subir des coupures de courant l’hiver et à
s’endetter.
Le nucléaire est donc tout, sauf bon marché. Le
budget annuel (subventions + aides), consacré à la
recherche nucléaire et financé par l’argent public,
représente 27 milliards de francs, soit 440 francs par an et par
habitant. Le budget de la recherche énergétique favorise
le nucléaire à hauteur de 95 %, au détriment des
énergies renouvelables non-polluantes. A cela, il faut ajouter
tout ce qui ne figure pas sur notre facture EDF, toutes les phases
invisibles et coûteuses du nucléaire et de ses
déchets : les pertes, le transport, le retraitement, le stockage
et l’enfouissement. Oui, ils nous doivent plus que la
lumière...
Virginie (CNT - Lille)
MANIF ANTI-NUCLÉAIRE À LILLE :
BILAN MITIGÉ
Dans le cadre de la journée nationale anti-nucléaire du
20 octobre lancée par le réseau “Sortir du
nucléaire”,
environ 1 000 personnes ont manifesté à Lille pour
réclamer la fin différée (comme le
préconise le réseau) ou immédiate (pour la CNT par
exemple) de l’âge du nucléaire.
Bien que la mobilisation ait été plus faible
à Lille qu’à Colmar, Toulouse, Nantes ou Lyon, on
peut considérer que le nombre de manifestants était
honorable compte tenu de la pluie battante et des multiples
manifestations organisées ce jour-là (soutien aux
réfugiés de Sangatte, contre la guerre, etc...).
En tête du cortège, des membres d’associations
adhérant au réseau ont défilé sous la
même banderole, alors que d’autres tendaient une toile
géante représentant le célèbre soleil “Nucléaire
: non merci ! ”.
Au centre de la toile, tintaient des boîtes de conserves jaunes
fluo symbolisant les fûts de déchets radio-actifs qui
pourriront des dizaines de milliers d’années durant la vie
des générations futures... si aucune catastrophe
nucléaire ne les empêche de connaître ces
problèmes de gestion d’ici-là. En vrac, on a pu
voir déambuler le cortège conséquent des militants
ou élus Verts de la région et de Paris, des
bénévoles des groupes locaux Greenpeace de Lille et Paris
vêtu(e)s de combinaisons blanches, des membres de Nord Nature,
du Mouvement des écologistes indépendants
(MEI), des Alternatifs (venus en masse avec camionnette, sono et moult
drapeaux rouge et vert), de l’Organisation communiste libertaire
(OCL de Boulogne et Reims), d’Alternative libertaire et des syndicats
CNT
(de l’UL de Lille, nous n’étions qu’une
quinzaine car également présent(e)s à Sangatte, au
CCL ou ailleurs !).
Ajoutons que cette manifestation prévue de longue date a servi
le parti des Verts qui en a profité pour récupérer
l’évènement et choisir (comme par hasard) ce
jour-là pour lancer officiellement la campagne à
l’élection présidentielle de leur candidat
Noël Mamère (à moins que ce ne soit Alain Lipietz).
Qu¹importe, ils étaient là tous les deux à 14
h tapantes, s’accaparant les médias et feignant
d’être les meilleurs amis du monde... Le message de la
manifestation, la question du nucléaire et la promotion des
énergies renouvelables ont ainsi été
effacés par la présence des deux starlettes qui, une fois
les médias repus, se sont purement et simplement barrées
sans même avoir la décence de poursuivre la manifestation
jusqu’au bout !
Sur le parcours de la manif, des militant(e)s de l’OCL collaient
des affiches rouges et noires “Le nucléaire tue,
arrêt immédiat ! ”.
C’est en posant une affiche sur un mur à l’abandon
couvert d’autres affiches que l’un des colleurs s’est
retrouvé brusquement à terre, malmené par
plusieurs CRS, alors que les manifestants de l’OCL, de la CNT et
d’AL protestaient vigoureusement contre cette interpellation
gratuite et injustifiée. Sous les “Police partout !
Justice nulle part !” et “Relâchez nos
camarades !”,
les CRS arrivés en renfort l’ont traîné
jusqu’à leur panier et embarqué sans
ménagement. Plusieurs interrogations persistent à ce jour
: pourquoi les CRS s’en sont-ils pris à ce colleur
plutôt qu’à un autre ? Son arrestation a-t-elle un
rapport avec le fait qu’il soit connu de la police et des RG et
le collage était-il un prétexte pour lui tomber dessus de
la sorte ? Est-ce que coller pacifiquement des affiches justifie
qu’on bouscule et qu’on arrête une personne ?
Ces questions ne préoccupaient pas en tous cas une partie
du cortège qui a contourné l’attroupement dans
l’indifférence. Selon un témoin, un
représentant local des “Verts”
aurait même passé la consigne de ne pas s’en
mêler et d’avancer comme si de rien n’était.
Enfin, comme Mamère et Lipietz étaient partis, il
n’y avait plus de caméra ou de photographe pour
témoigner de l’arrestation arbitraire...
So-so-so-solidarité !!!
De retour place de la République, la foule a empilé
les mini-fûts de déchets, plusieurs intervenants ont pris
la parole et une actrice a joué une pièce, “La
supplication”,
inspirée d’un témoignage sur Tchernobyl.
Personnellement, j’en suis restée un peu
“bredouille”, pas convaincue de l’impact de
l’évènement (hormis la récupération
réussie de Mamère) et confuse quant à la
désunion au moment de “ l’incident ”. Mais
comme l’a dit quelqu’un après la manif, “la
mésaventure du camarade a accompli un exploit en formant
l’unité du mouvement libertaire au moins pour quelques
heures” !
Virginie (CNT - Lille)
CHASSE : LES TERRORISTES FONT LA LOI !
A quelques mois de la campagne des présidentielles, les menaces
physiques et les pressions électorales des chasseurs
s’intensifient à l’encontre du gouvernement et de
ses représentants, ainsi qu’auprès des associations
de protection de la nature. Dans le Nord / Pas-de-Calais, les
écologistes ont eu affaire par deux fois aux chasseurs cet
été. La première concerne la reprise du braconnage
sur la réserve naturelle du Platier d’Oye,
constatée par une délégation d’associations
écologistes (Nord Nature, ROC, ODAS, GON, LPO) le 11 août
dernier. En effet, l’ouverture de la chasse au gibier
d’eau, fixée au 1er septembre par la directive
européenne pour la protection des oiseaux migrateurs, a
été avancée au 10 août par un
arrêté préfectoral.
La manifestation, largement médiatisée, avait pour but de
dénoncer une fois encore la complicité scandaleuse entre
le Préfet du Pas-de-Calais et les braconniers de la
région. Depuis des années, on trouve à
l’entrée de l’observatoire principal de la
réserve un tableau encadré et grillagé, donnant
quelques consignes aux chasseurs : éviter de laisser
traîner les cartouches de leurs armes ou leurs déchets sur
les lieux, alors que la chasse y est interdite depuis 12 ans...
C’est sous “ l’escorte ” des gendarmes (et oui,
voilà une des rares occasions où leur présence est
“ rassurante ” !) que les manifestants ont conduit les
journalistes aux huttes illégales, avant de quitter les lieux
sous les insultes de quelques Cromagnons en treillis. C’est un
tout autre genre de chasseurs auquel nous étions opposés
une semaine plus tard…
Jeudi 16 août : nous sommes au tribunal administratif de
Lille. Dans le hall, des chasseurs attendent. Ce ne sont pas des
individus manipulés, mais des notables représentants des
fédérations de chasse et des préfets. Leurs
costards, cravates, chaussures, attachés-cases, montres et
gourmettes respirent le fric à plein nez. Certains ressemblent
aux caricatures des gorilles du DPS (1) ou de caïds :
baraqués, crânes (presque) rasés. Et lorsque tout
ce beau monde prend place dans la salle d’audience, la
complicité des notables tirés à quatre
épingles ne fait plus aucun doute : Philippe Bettig
(président de la Fédération Départementale
des Chasseurs du Pas-de-Calais) siège aux côtés du
représentant du Préfet et de Didier Frémaux,
conseiller régional CPNT (2), comme cul et chemise.
Contrairement à la fédération des chasseurs,
l’association écologiste n’a pas les moyens
d’être représentée par un avocat, c’est
donc Robert Biermant de Nord Nature qui prend la parole. Il explique en
quoi l’anticipation des dates d’ouverture de la chasse au
gibier d’eau “ porte des préjudices
irrémédiables à la nature ”
et notamment aux oiseaux migrateurs qui n’ont pas achevé
leur nidification. Il rapporte les observations du GON (Groupe
Ornithologique du Nord) selon lesquelles la pluviométrie
exceptionnelle de ces derniers mois “a fait monter les eaux
et détruit les nichées. Les ponte s de remplacement ont
été tardives et le nombre d’oiseaux non-volants
encore relativement importants ” (3). Chiffres et
observations niés par l’avocat des chasseurs et un
représentant de leur fédération qui avance des
arguments abracadabrantesques tels que “les canards de
surface du Nord / Pas-de-Calais sont plus précoces de 3 semaines
que les canards des autres départements où les
arrêtés des Préfets ont été
cassés ” (sic) ! A 16 heures, le Tribunal
Administratif a annoncé l’annulation de
l’arrêté préfectoral et donné raison
aux écologistes. Quelques minutes plus tard, Nord Nature
recevait des insultes et menaces téléphoniques à
son local à la MNE (4) de Lille.
La victoire est purement symbolique puisque dès l’annonce
de cette décision, les braconniers ont affirmé devant les
caméras que cela ne les empêcherait pas de chasser avant
le 1er septembre. Dans la Somme, où la situation est identique,
le président de la Fédération des Chasseurs de la
Somme et député européen CPNT Yves Butel a
officiellement appelé les chasseurs à ne pas respecter la
décision du Tribunal Administratif, incitant publiquement au
braconnage. Le Préfet du Pas-de-Calais, lui, n’a toujours
pas l’intention d’intervenir, sous prétexte de
préserver l’ordre public. “
La chasse est illégale jusqu’au 1er septembre, mais ici
les passions sont échauffées. C’est de la sagesse,
pas de la faiblesse ” (5) a-t-il déclaré
courageusement. A ce jour, aucun procès verbal n’a
été établi. On aimerait voir autant de “
sagesse ” de sa part lorsqu’il s’agit des
Sans-Papiers par exemple. Mais les Sans-Papiers ne votent pas, il est
vrai. Car une fois n’est pas coutume, la question de la chasse se
résume à des intérêts électoraux et,
disons-le, préfets et élus ont la trouille ! Le 23
août, des chasseurs du Pas-de-Calais ont manifesté
à Saint-Venant, et déclaré ouverte “la
chasse aux ministres ”. Puis dans un communiqué de
presse ils ont “informé
toute personnalité de la gauche plurielle amenée à
se déplacer dans le département qu’elle y est
indésirable ; ils se chargeront de le lui rappeler si besoin
” (6). Dans un tel climat, il est clair que même si le
Préfet décidait de faire suivre aux communes
concernées l’ordonnance du Tribunal, les maires
n’oseraient pas les afficher en mairie. La situation restera
bouchée de la sorte tant que les politiques ne s’armeront
pas d’un peu de courage pour faire face aux adeptes d’un
“ loisir ” devenu un enjeu de fric et de pouvoir fascisant.
Virginie D. (syndicat CNT
des services et de l’industrie - Lille)
PS : Une nouvelle manifestation contre
le braconnage sur la réserve du Platier d’Oye (près
de Calais) aura lieu dimanche 18 novembre en fin de matinée. Des
bus seront probablement organisés au départ de Lille.
Notes :
1. Département Protection Sécurité (structure du
FN).
2. Chasse Pêche Nature et Traditions.
3. Maison de la Nature et de l’Environnement (23 rue Gosselet -
59000 Lille).
4. “ Nord Littoral ” du 17/08/01.
5. “ La Voix du Nord ” du 23/08/01.
6. “ Nord Littoral" du 23/08/01.
DROIT
DU TRAVAIL : LES CONDUCTEURS ROUTIERS
Attention : Certaines dispositions du décret auquel fait
référence cet article ont été
annulées par le conseil d'Etat. Un nouveau texte est en
préparation.
Il est de fait que le monde routier échappe en grande partie aux
règles sociales et que les conducteurs routiers se trouvent
surexploités par des patrons qui se croient permis de tout.
Pourtant il existe des lois qui limitent un peu cette monarchie
patronale…
Décompte des heures sup’
Sauf dérogation accordée par l’inspection
du travail autorisant le calcul au mois ou sauf accord
d’entreprise permettant l’annualisation du temps de
travail, les heures supplémentaires se décomptent
à la semaine selon les majorations suivantes depuis le premier
janvier 2001.
Personnel de conduite faisant plus de 6 découchés par
mois :
- de la 36ème heure à la
39ème : 25%.
- de la 40ème heure à la
43ème : 25%.
- à partir de la 44ème
heure : 50%.
Si dérogation au mois (accordée par l ’inspection
du travail) :
- de la 153ème heure à
la 169ème heure : 25%.
- de la 170ème heure à
la 190ème heure : 25%.
- à partir de 191ème
heure : 50%.
La durée légale,
c’est à dire la durée minimale à
rémunérer sauf absences injustifiées ou absences
maladies ou contrat à temps partiel, reste à 39 heures
(169 heures mensuelles). Ainsi, un conducteur ayant effectué
dans une semaine donnée 30 heures de travail est
légalement payé 39 heures dont 4 heures majorées
à 25%.
Personnels de conduite effectuant moins de 6 découchés
par mois :
- de la 36ème heure à la
43ème heure : 25%.
- à partir de la 44ème
heure : 50%.
Si dérogation au mois :
- de la 153ème heure à
la 190ème heure : 25%.
- à partir de la 191ème
heure : 50%.
La durée légale du travail est de 160 heures mensuelles
(37 heures par semaine).
Repos compensateur - Repos récupérateur
Les heures supplémentaires effectuées par les
salariés donnent lieu à l’attribution de repos.
Pour le personnel de conduite “ grands routiers ”, il
s’agit…
soit de repos récupérateur calculé de la
manière suivante :
- 0,5 jours de 190 à 204 heures
par mois,
- 1 jour de 205 à 214 heures
par mois,
- 1,5 jours de 215 à 219 heures
par mois,
- 2 jours pour 220 heures par mois.
soit de repos compensateur.
Dans ce dernier cas, les heures effectuées dans la
limite du contingent de 130 heures supplémentaires par an
donnent droit à un repos compensateur de 10% des heures
effectuées au delà de 46 heures par semaine (200heures si
dérogation au mois). Les heures effectuées au delà
du contingent annuel de 130 heures par an donnent droit à un
repos compensateur de 50% des heures effectuées au delà
de 39 heures par semaine (169 heures par mois si dérogation).
Le choix entre repos récupérateur et repos
compensateur doit se faire selon le dispositif le plus favorable au
salarié. Seul un accord d’entreprise (donc signé
avec un délégué syndical) peut déterminer
une autre modalité de choix et préciser dans ce cas les
contreparties accordées aux salariés.
Pour les conducteurs non classés “ grands
routiers ”, le droit à repos compensateur se calcule de la
manière suivante :
les heures effectuées dans la limite du contingent de 130 heures
supplémentaires par an donnent droit à un repos
compensateur égal à 10% des heures effectuées au
delà de 37 heures par semaine ou 160 par mois ( si
dérogation au mois). Les heures effectuées au delà
du contingent annuel de 130 heures supplémentaires par an
donnent droit à un repos compensateur égal à 50%
des heures effectuées au delà de 37 heures par semaine
(160 heures par mois). Petite précision : sont
comptabilisées dans le cumul annuel des heures
supplémentaires (pour apprécier le contingent annuel de
130 heures supplémentaires) les heures effectuées
à partir de 37 heures par semaine.
Modalités de prise des repos compensateurs :
Le repos compensateur est pris au choix du salarié, par
journée ou demi-journée, dans le délai de 2 mois
suivant l’ouverture du droit. L’absence de demande de prise
de repos par le salarié n’entraîne pas la perte du
droit au repos. Dans ce cas, l’employeur est tenu de demander de
prendre effectivement ces repos dans le délai d’un an.
Indemnisation des repos :
L’attribution de repos doit donner lieu au versement
d’une indemnisation qui ne doit entraîner aucune diminution
par rapport à la rémunération qui aurait
été perçu par le salarié s’il avait
travaillé. Ainsi, l’indemnité doit être
calculée en tenant compte des majorations heures
supplémentaires et doit être basée sur la
durée de travail journalière habituellement accompli
(soit plus de 8 heures).
Jours fériés
Indemnisation du chômage des jours fériés :
En application de la loi de mensualisation du 19 janvier 1978,
les salariés disposant de 3 mois d’ancienneté
bénéficient de l’indemnisation du chômage de
l’ensemble des jours fériés (1er mai + 10 jours
fériés légaux).
La convention collective nationale des transports routiers peut
prévoir des dispositions plus favorables pour les
salariés, notamment le paiement de jours fériés
correspondant à des jours de repos hebdomadaire.
Modalités d’indemnisation du chômage des jours
fériés :
La
loi du 19.1.78 prévoit que le chômage des jours
fériés ne pourra être la cause d’une
réduction de la rémunération. Afin de respecter le
principe énoncé par la loi et la convention collective,
prévoyant l’indemnisation à hauteur du salaire qui
aurait été perçu s’il avait
travaillé, il doit être fait application des deux formules
suivantes :
- La durée à indemniser
doit correspondre à la durée qui aurait été
accomplie en cas d’activité ; vous devez donc
définir la durée journalière moyenne de travail en
divisant la durée mensuelle par le nombre de jours de travail.
- La durée devant être
rémunérée au titre du jour férié
doit éventuellement entrer en compte pour le calcul du nombre
d’heures sup’ à rémunérer.
Les congés payés
L’indemnité des congés payés peut être
calculée selon deux méthodes (L233-11 du Code du Travail)
:
- La méthode du 1/10ème
:
l’indemnité de congés payés est égale
au dixième de la rémunération totale perçue
au cours de la période de référence, c’est
à dire du 1er juin de l’année
précédente au 31 mai de l’année en cours
(1er avril au 31 mars pour les entreprises affiliées à
une caisse de congés payés).
- La méthode de maintien du
salaire ; l’indemnité ne peut être inférieure
à la rémunération que le salarié aurait
perçue s’il avait travaillé pendant sa
période de congés.
L’employeur doit procéder à une comparaison entre
les deux méthodes de calcul afin d’appliquer la plus
favorable.
Durée maximale de travail effectif
Pour les personnels roulants “ marchandises ” et
“ grands routiers ”, la durée du travail est
limitée à 56 heures par semaine isolée et 50
heures en moyenne mensuelle (soit 220 heures si autorisation de
déroger au décompte hebdomadaire). Pour les autres
personnels roulants “ marchandises ”, la limite est
à 48 heures (208 si dérogation sur le mois).
La durée maximale de travail journalier est
fixée à 10 heures ou à 12 heures (1 à 2
fois par semaine).
Décret n° 83-40 de janvier 1983
Les conducteurs ont le droit d’obtenir communication des
disques ainsi que de tout autre document ayant servi de base à
l’élaboration de leur bulletin de salaire. Le
décompte journalier, hebdomadaire et mensuel des heures à
rémunérer en distinguant les heures de conduite des
autres temps d’activité doit être annexé au
bulletin de salaire. Les délégués du personnel
peuvent également consulter ces documents.
Bulletin de paie
En plus de ces informations, doivent figurer sur les bulletins de paie
:
- les heures payées au taux
normal et les heures majorées,
- les informations relatives au repos
compensateur ou au repos récupérateur (cumul annuel des
heures supplémentaires, droit au RC ou RR acquis, les RC et RR
pris au cours du mois, le solde annuel).
AFFICHAGE
Le code du travail rend obligatoire l’affichage de certaines
informations :
- les noms, adresses et numéro
de
téléphones suivants (inspecteur du travail,
médecin du travail et secours d’urgence),
- les références
précises de la convention collective applicable (et
l’endroit où elle est consultable),
- l’horaire de travail en
vigueur (personnels sédentaires),
- du règlement intérieur
(si + de 20 salariés),
- l’ordre des départs en
congés et de la période ordinaire des vacances.
Convention collective nationale des routiers
Obligation d’en tenir un exemplaire à la disposition des
salariés.
Contient notamment :
- le barème des minima
conventionnels,
- frais de déplacement,
- délais en cas de licenciement
ou de démission,
- congés exceptionnels
payés et fractionnement des congés payés,
- conditions du maintien de
rémunération par l’employeur en cas
d’arrêts maladie ou d’accident de travail.
Par ailleurs, il est bon de rappeler que le salarié a la
possibilité de saisir le tribunal des prud’hommes,
compétent en matière de litige individuel entre un
salarié et un employeur, dans un délai de 5 ans, pour
toute question regardant le salaire.
Sachez en outre qu’un salarié n’est pas
tenu par un employeur qui ne paie pas l’ensemble des heures de
travail (pénalement il s’agit d’un délit de
travail dissimulé). En clair, un salarié peut
démissionner et faire requalifier en licenciement sa
démission si l’employeur ne paie pas la totalité
des heures supplémentaires.
Sachez aussi qu’un employeur aura des difficultés
à invoquer comme “ cause réelle et sérieuse
” de licenciement le refus par un salarié
d’exécuter un ordre illégal au regard du code du
travail, par exemple le refus de travailler plus que la loi ne
l’autorise.
Pour aller devant les prud’hommes, je vous conseille en
outre d’être défendu par votre syndicat, c’est
à dire la CNT. Cependant, avant ou après avoir saisi les
prud’hommes, vous avez également la possibilité
d’agir directement contre votre employeur, seul et/ou
collectivement ( en cas d’échec par exemple de
l’intervention individuel). Dernière recommandation dans
cette hypothèse, n’oubliez pas de viser les endroits du
corps où les coups ne laissent pas de traces et
d’être discret quand vous quittez une entreprise en y
oubliant des cocktails molotovs.
David (syndicat CNT des
services et de l’industrie de Lille).
FACE A L’INSTITUTION UNIVERSITAIRE ET SES
REFORMES : LES RAISONS D’UNE LUTTE
C’est la rentrée et le temps pour l’étudiant
de retrouver ou découvrir (plus ou moins ?) ses cours et sa fac
dans l’idée, pour la plupart, de “ passer ”
tant bien que mal son année. Pour beaucoup, la fac ne serait
donc qu’une sorte de centre de consommation du savoir, où
des élèves consommateurs et dociles chercheraient, chacun
pour soi et aveugle à ce qui les entoure, à “
s’en sortir ”. Refusant cette vision de cauchemar
d’une société basée sur
l’indifférence polie et le pseudo-individualisme
conformiste, les militants et militantes du syndicat CNT, affirmant
leurs valeurs de solidarité, d’égalité et de
liberté, ont une tout autre vision de la fac et y voient
d’abord la multitude des injustices qui y règnent,
l’évolution dangereuse qu’on veut lui faire jouer au
sein de la société. Contre tout cela, nous disons
qu’il faut se rassembler pour se défendre,
s’organiser, lutter et ce, dès cette rentrée, en
faisant un mouvement de grève générale avec toutes
les autres facs. Mais peut-être te demandes-tu : “Quels
sont ces problèmes ? La vie de la fac ne serait-elle pas -
méchante désillusion - ce long fleuve tranquille que nous
vante les médias, nos gouvernants et nos présidents
d’université ? ”. Belle perspicacité,
mais là n’est pas la question la plus importante : “
Laisseras-tu faire cette situation que nous dénonçons,
ces problèmes que nous allons tout de suite
énumérer ? ”
Vous avez dit manque de moyens ?
Dans la série “On le sait, mais pourquoi s’en
faire ? ”,
la dégradation des locaux, leur non respect des consignes de
sécurité (BU de Lille III en cas d’incendie par
exemple), le nombre insuffisant de Resto U, de cités U (et la
piètre qualité de leurs chambres), de bourses,
d’enseignants, bref en un mot les manques de moyens sont ou
devraient être connus. C’est ce manque de moyens qui nous
oblige par exemple à assister à des cours impersonnels
où des masses d’étudiants agglutinés
écoutent le prof parler tout seul de manière dogmatique.
Plus de profs, c’est aussi moins d’élèves par
cours et une possibilité accrue pour chaque élève
de s’exprimer et de faire de l’éducation quelque
chose d’enrichissant ; un premier pas donc vers une
éducation comme nous la voulons, qui ne fonctionnerait pas
à l’autorité mesquine de la carotte et du
bâton (élève craintif qui n’a pas
réellement participé à la décision de ce
qu’il allait étudier et donc, pour une part importante,
s’en fout), mais au développement de notre
réflexion personnelle, de notre culture, de nos connaissances et
de notre esprit critique dans un cadre où il s’agit
d’étudier ensemble, d’égal à
égal, donc librement (“ prof coopérateur ” et
“ autogestion ”).
Exploitation de travailleurs !?
Une fac n’est pas seulement un lieu où des
étudiants vont assister à des cours. C’est aussi
pour qui veut bien le voir un lieu où des ouvriers ATOSS et des
enseignants se font exploiter (la CNT syndique toutes ces
catégories sans discrimination). Cela est surtout vrai de ce
qu’on appelle les “ précaires ” : CES,
emplois-jeunes, contractuels, ATER… tous ces noms barbares
désignent des situations où des gens qui font le
même travail que les autres sont moins payés et ont moins
de droits sociaux (plus de la moitié dans certains UFR de Lille
III, 75 % du personnel administratif au Havre) pour cette simple raison
que l’Etat a décidé d’économiser son
argent en bradant les acquis sociaux et économiques. Mais
qu’on se rassure : il lui en reste pour l’armée et
ses engins de mort, le patronat et les banquets
ministériels…
Discrimination envers certains étudiants ?!
Certains d’entre nous sont des étudiants
étrangers. Si tu en es un, toi qui lis ce tract, et que tu as le
malheur de venir d’un pays où règne la
pauvreté, tu sais combien l’Etat français ne te
fait pas de cadeaux. Depuis la circulaire Sauvé-Marchand de
1991, la préfecture se permet de juger elle-même de la
réalité du contenu de tes études. Un
redoublement… et c’est l’expulsion possible (ce qui
ne permet évidemment pas de travailler dans des conditions
normales, surtout quand la fac refuse en plus de donner leur carte
d’étudiant à ceux que la préfecture a
déjà privé de papiers). Comment ose-t-on parler
d’égalité ici ? C’est
l’exécrable loi du fric et des riches qui permet à
certains de s’instruire, même en faisant des erreurs et
à d’autres… non. Nous revendiquons avec force
l’égalité “ français / étranger
”.
Une fac bientôt réformée en pire
Il est normal dans les conditions actuelles de vouloir trouver
un travail. Mais si on y réfléchit un peu, on conviendra
qu’il ne peut pas être question de travailler
n’importe comment pour n’importe quoi. C’est
hélas précisément ce vers quoi nous tendons de
plus en plus. En effet, si dans son principe, l’économie
capitaliste qui est la nôtre ne se donne pas pour but de choyer
ceux qu’elle emploie, mais plutôt d’en tirer autant
qu’elle peut et par tous les moyens un maximum de profit, elle
avait dû dans le passé se mesurer à des luttes de
travailleurs qui permirent l’acquisition de droits sociaux et de
services publics. Le “ dépolitisation ” massive des
gens d’aujourd’hui entraîne donc un regain de
puissance des capitalistes et la remise en cause des services publics,
donc de l’université comme lieu de connaissance telle
qu’elle était classiquement définie. Avant,
c’était loin d’être génial ; mais
maintenant, ça va être pire. Rapport Attali, Plan U3M,
réformes Lang sont les étapes d’une volonté
d’accommoder les étudiants et l’université
à cette logique de profit par tous les moyens. Divers
diplômes existent déjà qui fournissent une main
d’œuvre gratuite aux entreprises (maîtrise et licence
professionnelles par exemple). On supprime petit à petit les
filières non “ rentables ” (histoire de l’art,
philosophie…). On compte régionaliser les financements
(région riche = fac riche, région pauvre = fac pauvre).
Et avec l’ “ ECTS ” de Lang, remplacer les
diplômes classiques et leurs sessions de rattrapage par des
points à capitaliser et où les stages en entreprise
valent leur part de points… Sous prétexte
d’unification européenne, cela remet en cause le
caractère national des diplômes et les rend donc plus
flexibles vis à vis du patronat. Comme déjà dit
nous ne sommes pas contre le fait de travailler ; ce que nous refusons,
c’est de le faire gratuitement ou pour un salaire
dérisoire, de même que la fac n’est pas pour nous un
lieu où on doit enseigner de près ou de loin le culte de
l’entreprise. Avoir un travail, soit ! Mais qui est du sens pour
nous, pas celui qu’on veut nous imposer (chacun pour soi, du fric
et je t’écrase… mais de manière cool, tu
vois) sous prétexte fallacieux de “ réalisme
”.
Lutter aussi pour s’émanciper
Contre tout cela, les syndicats de la CNT affirment partout en France,
avec quelques autres, qu’il ne faut pas laisser faire et
qu’il faut réagir par l’organisation
d’assemblées générales (AG) et par la
décision de faire grève. Des grèves ont
d’ailleurs déjà eu lieu l’année
dernière (Metz, Aix…), grèves où la CNT a
joué tout son rôle. De manière quasi permanente,
nous soutenons de plus les étudiants étrangers en
difficulté avec l’administration. Mais ce qui importe
n’est pas ce que nous faisons, mais ce que nous pouvons faire
ensemble : à l’intérieur du syndicat, certes, mais
aussi plus simplement au cours des AG dans lesquelles nous pouvons nous
retrouver. Pour nous, et contrairement à d’autres
syndicats que nous ne nommerons pas, ces AG doivent décider
toutes seules de manière libre et démocratique en
rejetant les manœuvres manipulatrices des politiciens ou
bureaucrates en herbe. Cela en pleine conformité avec notre
volonté de généraliser la démocratie
directe et l’autogestion dans tous les domaines (politique,
économique, éducatif…), pour une
société d’individus également critiques,
réflexifs et émancipés, prenant en main
l’organisation d’une économie égalitaire
à leur service (aussi éloignée donc de
l’horreur capitaliste que de la boucherie “ made in URSS
”) et rejetant les hiérarchies, c’est-à-dire
toute domination de l’homme sur l’homme. Certains esprits
finauds crieront peut-être à l’utopie :
répondons, d’abord, que des expériences historiques
certes méconnues ont déjà vu de larges pans de
population s’organiser de cette manière (Espagne 1936,
Hongrie 1956…) ; ensuite, qu’en ce qui nous concerne, nous
ne cherchons décidément pas de mauvaises excuses pour
justifier la domination, l’exploitation et l’oppression.
CNT - section
universitaire de Lille.
NOTES DE LECTURE
a) “ Bilan pertes & profits ” (catalogue)
L’exposition “ Bilan pertes et profits ” en question,
je ne l’ai pas vue : je n’ai en main que le catalogue. Il
laisse peut-être des regrets d’avoir loupé
l’expo, mais en soi il est déjà source de
contentement dans sa dimension parodique, quasi blasphématoire.
Imaginons que ceux qui n’y connaissent rien, des artistes, vous,
moi, décident de donner un point de vue péremptoire,
scientifique et averti sur les processus économiques en
fonctionnement dans notre société. Comment il ne serait
plus nécessaire d’être responsable du service des
ressources humaines d’une multinationale pour produire des
courbes de Gauss statistique en pleine expansion ? Comment un
pickpocket Lambda pourrait analyser avec des outils
prévisionnels les incidences sociales du vol à
l’étalage ? Comment une hôtesse d’accueil
pourrait estimer la plus-value sexuelle qu’elle amène
à son service avec comme outil de travail, son sourire ? Nous
pourrions introduire des items aussi économiquement valides que
les notions de travail vivant, travail mort ; introduire la fin du
travail en la décomposant comme suit : chômage,
érotisme, plaisir, temps libre, retraite. Bref, nous pourrions
récupérer, revendiquer, manipuler à notre profit
(tout justement), les outils de pouvoir des gestionnaires qui ne
servaient jusqu’à présent qu’à nous
laminer cruellement dans nos vies et nos esprits.
Je crois que sur nos lieux de travail, le langage gestionnaire,
malgré nos résistances et notre esprit critique,
s’introduit subrepticement dans nos mœurs et façons
pour tayloriser nos psychés tandis que nos corps sont depuis
longtemps bien dressés. Je peux y opposer des certitudes
politiques mais comment résistent-elles dans l’implicite,
le quotidien et le minuscule par exemple à l’effet
régulateur de la pause-café et plus encore de la machine
à café ? Tous les gestionnaires, tous les publicitaires,
tous les vendeurs du monde exploitent, consciemment ou non, les acquis
des sciences sociales : vol et détournement de pensée,
exploitation d’une force de travail intellectuel.
Récupérons donc notre bien, les outils de pensée
nous appartiennent : c’est à nous de les moquer, de les
légitimer, de les choisir, de les sélectionner, de les
modifier, de les utiliser, de les offrir en partage. Telle est la
lecture que j’ai faite de ce catalogue qui m’a
émoustillé et fait plaisir (fin du travail) comme tous
les jeux très sérieux.
Une autre lecture pourrait être de se dire que dans ce vide
parfois pénible qu’il y a entre réalité et
langage, fabriquer des modélisations exacerbées, des
caricatures graphiques stylisées à l’extrême,
des organigrammes non perfectibles en rationalité
affichée, des schémas imparables de description
achevée c’est fabriquer une espèce de baroque du
XXIe siècle, lequel parfois, à force de profusion,
d’emphase, et d’exagération fait tomber les dieux
dans l’humain.
L’expo le plus sérieusement du monde était
fondée sur cinq protocoles d’échanges: en quatre
zones : vol, troc, gratuité, emprunt, vente. (Je vous laisse
anticiper les sous-ensembles entre les cinq procédés
d’échanges et les quatre zones). Les artistes proposaient
à la fois des produits et des transactions, le public pouvait
faire de même, et bien entendu, situation piégée de
libre consommateur, ne pas faire, ne pas participer. Dans ces quatre
zones les propositions que je ne détaillerai pas plus avant
(d’autant que je ne les ai pas toutes comprises mais les ai
trouvées toutes intéressantes : oui, c’est
possible, bien sûr) allait de l’anecdotique au
blasphématoire si je reprends mon terme de départ :
blasphème en économie, blasphème en art
contemporain : de l’art brut conceptuel, une esthétique du
n’importe quoi : merde quoi, un porte bouteille, c’est pas
de l’art et le chômage, c’est pas de l’art.
Agnès
“ Bilan pertes & profits
” - Rapport d’activités : Jean-Claude Lefevre -
Notes : Smaïn Laacher - CNEAI (2000). A commander au CNEAI (Centre
national de l’estampe et de l’art imprimé), Ile des
Impressionnistes, 78400 Chatou. Tél : 01 39 52 45 35. Prix : 70
francs + 16 francs de port.
b) “ La Police des caractères : chroniques ”
(recueil)
Quand le texte est prosodie de libération
Francis Marmande est un chroniqueur musical, un militant et un
écrivain. La vingtaine de chroniques (1994 - 2000) qu'il propose
dans ce recueil associent ces trois facettes : les points de
départ de sa réflexion sont des "classiques" de la
position de contestation en politique autour de l'aliénation, de
l'injustice, du déni de liberté. Ces "classiques" sont
nourris par une violence contenue et une tristesse qui n'est pas
résignation mais révolte. Ainsi sa description des
banlieues favorisées, des faits-divers ou crimes de
consommation, ses allers-retours entre le passé militant et
l'actualité au jour le jour mènent du constat à
l'intégrité intérieure et partagée. Ce
syncopé de la surface des apparences, cette rigueur politique,
cette tension et exigence sont peut-être comme une musique du
refus et rythme de lutte.
Parlant de son style Marmande, d'un ton manifeste, revendique
comme outil de lutte à la fois la distance au monde de
l'intellectuel et son obstination dans la recherche formelle. Il
écrit : "là sont les décisions esthétiques,
donc politiques : il faut savoir de quel côté on
est.[…] tel est l'entretien de la langue, modeste façon
de défaire ce à quoi s'appliquent les
désocialisations par réseaux, l'hystérie
d'individualisme, l'atomisation des corps, la perte des plaisirs, les
nouvelles techniques de la mort ce qu'on nomme la police des
caractères.
Agnès (syndicat CNT
santé-social-éducation-culture - Lille).
“ La Police des caractères
: chroniques ” - Francis Marmande - Paris - Descartes & Cie
(2001). ISBN : 2-84446-024-0.
c) “ La grève des bàttu ” (roman)
Afin de préserver “l’hygiène public et
l’économie nationale ”,
Mour Ndiaye, directeur de la salubrité publique, fait chasser
les “ boroom bàttu ” de la ville (Dakar ou Saint
Louis ; c’est non dit mais Aminata Saw Fall connaît bien
ces deux villes *). Les “ boroom bàttu ”, mendiants
qui tendent aux passants leurs bàttu (calebasses), sont
accusés d’assaillir sans relâche les “ toubabs
blancs ” aux portes des hôtels et sur les places. De fait,
la misère qui s’expose à tous les carrefours
indispose aussi les “ toubabs noirs ”, parvenus ou
bureaucrates des ministères.
Pour Mour Ndiaye qui ne badine pas avec l’autorité de son
ministère, le “désencombrement humain ”
est aussi une mission de confiance qui peut le promouvoir au rang de
vice-président pour services rendus au tourisme national,
à l’Etat et au parti au pouvoir. Il consulte les meilleurs
marabouts et leurs auspices confortent ses ambitions politiques.
Raflé(e)s, tabassé(e)s et humilié(e)s, ceux et
celles que le journal local qualifie “ d’encombrements
humains ”
se replient à la périphérie de la ville.
Après avoir enterré Madiabel et pansé leurs
blessures, Gorgui Diop Nguirane Sarr, Salla Niang et les autres
palabrent pour évacuer la détresse et retrouver leur
dignité humaine.
Au cours des récits de leurs épreuves, les humbles
guidés par une sagesse concrète qui s'aguerrit,
saisissent l’aberration de leur sujétion aux dogmes
spirituels et matériels de la société. Le constat
s’impose : le prétexte humaniste et altruiste de la
charité relève de l’imposture, il assure aux nantis
la “ tranquillité d’esprit, longue vie,
prospérité et bonheur ” et perpétue en
fait leur soumission à un ordre économique féroce
et individualiste.
Forts de leur nouvelle conscience collective, les “ombres
d’hommes ”
décident de mener la grève des bàttu, la
grève de la mendicité, qui retourne à leur
avantage les contradictions d’une société
régentée par les bureaucrates, les affairistes et les
marabouts. Un rapport de force s’engage alors entre deux camps et
les femmes y prennent leur part, à double titre, en
défiant l’autorité de Mour Ndiaye, directeur de la
salubrité publique et polygamme.
Les enjeux matériels et spirituels du conflit se mêlent et
se démêlent à en donner parfois le tournis au
lecteur anarcho-syndicaliste occidental . Pourtant le foisonnement et
la justesse des paroles, sonorités, postures et figures qui
animent ce roman, finissent par le convaincre de la vraisemblance de
cette lutte pour la dignité, quelque en soient les fabuleuses
méthodes. Un autre monde est concevable à Dakar ou Saint
Louis, comme ailleurs !
Et à Lille ? On se souvient qu’à la veille de
Noël 2000, la mairie de Lille avait décidé par
arrêté municipal d’exclure du centre ville les
vagabonds et de “mettre
fin à cette attitude dégradante pour notre ville
d’individus en état d’ébriété
notoire qui porte atteinte à l’ordre public ” .
A Lille aussi, le développement du tourisme incite les
commerçants et les autorités municipales, à
procéder au “désencombrement humain". La
mondialisation capitaliste engendre partout des citoyens de seconde
zone et le rejet d’une partie de la population par une autre.
Depuis le procès, mardi 16 octobre 2001, d’un camarade
membre de la CNT et de la FA pour “consommation
d’alcool sur la voie publique”,
(acte militant accompli pendant une manifestation contre
l’arrêté bien sur), on reparle de cet “
arrêté anti SDF”. Affaire à suivre !
Aldo (CNT - Lille).
“ La grève des bàttu
” d’Aminata Saw Fall, Ed. Le serpent à plumes (168
pages).
* Aminata Sow Fall est professeur de Lettres. Elle est née
à Saint Louis (ville jumelée à Lille) et vit
à Dakar où elle dirige le Centre Africain
d’Animation et d’Echanges Culturels. Je cherche à
lui transmettre pour information le dossier du “
désencombrement humain ” lillois.
NON
AUX ESSAIS DE CULTURES TRANSGÉNIQUES !
A l’initiative de la
Confédération Paysanne du Nord / Pas-de-Calais, une
cinquantaine d’activistes anti-OGM a procédé dans
la matinée du samedi 15 septembre à Avelin à une
récolte “ préventive ” de betteraves
sucrières génétiquement modifiées .
Le commando, composé de militants syndicalistes
(Confédération Paysanne et CNT), écologistes
(membres de “ Greenpeace ” participant à titre
individuel), associatifs (AC et ATTAC), citoyens sans étiquette
et élus politiques (2 Verts), a donc arraché des
betteraves sur une parcelle d’environ 3 000 m2.
Les quelques gendarmes qui assistaient à
l’arrachage n’ont eu d’autre choix que celui de
laisser faire. Ils ont relevé les numéros des plaques
d’immatriculation des véhicules stationnant sur le chemin,
et quelques minutes après le départ des manifestants,
deux paniers à salade se dirigeaient vers le champ.
L’affaire est à suivre, puisque le groupe Adventa a
déposé une plainte à la gendarmerie de
Pont-à-Marcq et les participants sont facilement identifiables
par le biais des images des médias présents (France 3,
Nord Eclair et Voix du Nord).
Si l’action, organisée essentiellement de bouche
à oreille, était réussie et a connu de nombreuses
retombées médiatiques, certains ont regretté sa
récupération politique ainsi que l’accaparement des
médias par la Confédération Paysanne (une douzaine
de militants) et les Verts (2 personnes sur 50) pendant que les autres
s’activaient à arracher les plantes. On a même pu
lire dans la presse régionale que “les
Verts, accompagnés de quelques militants écologistes, ont
mené une nouvelle action contre les OGM ” (1) !
D’autres ont déploré le fait que personne
n’ait demandé de comptes à la Préfecture et
à la Mairie (des maires ont interdit les cultures OGM dans leur
commune) et que la récolte n’ait pas été
déversée dans un lieu symbolique.
Le site d’expérimentation, contrôlé par la
multinationale Adventa, avait été repéré
par les agriculteurs et on ne peut s’empêcher
d’être frappé par le fait que les betteraves
transgéniques poussent en plein air, non loin des betteraves
“ traditionnelles ”. Pas de séparation entre les
deux espèces cultivées ! Aucun dispositif pour
prévenir les risques de pollution génétique !
Un militant de la Confédération Paysanne a
d’ailleurs trouvé des betteraves “ montées
” au milieu des betteraves génétiquement
modifiées. La betterave est une plante qui pousse sur une
période de deux ans. La première année sert
à former sa tubercule qui constitue ses réserves pour
l’hiver. Pendant la seconde, la tige se forme grâce aux
réserves ; des graines et des fleurs apparaissent. Lorsque les
entreprises de biotechnologies organisent des essais de betteraves
transgéniques, elles prétendent qu’il n’y a
pas de risque de dissémination dans l’environnement
puisque les plantes sont dans leur première année, et que
par conséquent il n’y a pas de graine, donc pas de
pollénisation possible. Or s’il y avait des betteraves
“ montées ” (donc avec tiges et graines) dans la
parcelle d’essai à Avelin, il existe de fortes “
chances ” pour que les éléments naturels (vent,
animaux, chaîne alimentaire, etc...) aient contaminé les
champs voisins non-transgéniques. Les risques
imprévisibles, incontrôlables et irréversibles dont
les OGM pourraient être responsables sur l’environnement
à long terme sont, avec le scandale du brevetage du vivant et la
dépendance des paysans de la planète aux firmes
multinationales, l’une des préoccupations essentielles des
opposants aux manipulations génétiques dans
l’agriculture. Rappelons qu’il ne s’agit plus
d’améliorer des variétés de plantes, fruits
ou légumes en les croisant, mais de franchir les
barrières entre les espèces animales,
végétales ou humaines, et que les conséquences
à moyen et long terme n’ont pas été
évaluées ! Selon une enquête de l’AFSSA
(agence française de sécurité sanitaire des
aliments), 41% des semences sont d’ores et déjà
contaminées par les OGM.
Le 17 août dernier, le “ Journal européen
des technologies et recherche alimentaire ” a
révélé, dans un soja de Monsanto, la
présence d’un ADN inconnu de 530 paires de gènes ne
correspondant pas au dossier transmis par Monsanto pour obtenir une
autorisation de commercialisation en 1996 (2).
Personne n’est capable de fournir d’explication
à ce phénomène, et cela appuie les protestations
des chercheurs anti-OGM lorsqu’ils craignent des mutations
génétiques incontrôlables et imprévues.
Face à ces risques pour la planète, face
à l’asservissement qui guette les paysans du monde entier
(pour les Etats-Unis et le Canada, c’est en partie fait ), face
à l’appropriation et la commercialisation du patrimoine
génétique des être humains au profit des
multinationales des bio-technologies et de l’industrie
pharmaceutique, refusons les OGM et agissons !
Virginie D. (CNT - Lille).
(1) “ La Voix du Nord ” du
16/09/2001.
(2) “ Silence ” d’octobre 2001.
JOURNEES DU PATRIMOINE
A celui qui me lit, s’il existe, j’aimerais demander une
minute de silence en hommage aux ouvriers et compagnons de France, de
Navarre et d’ailleurs, morts pour la gloire et la beauté
de la France... et pour les journées du patrimoine ! En effet,
à l’heure où j’écris, sont
célébrées les “ journées du
patrimoine ”, fin de semaine durant laquelle le patrimoine de
France est ouvert au public.
Quelque temps avant cet événement, il me revient
à l’esprit que, profitant du week-end religieux de la
mi-août, je parcourais dans sa longueur notre grand et beau pays
pour montrer les beautés de notre belle et douce France à
ma femme qui vient d’ailleurs. Plein de naïveté, je
voulais lui faire admirer les châteaux de Fontainebleau et de
Blois. Sans arrière-pensée.
Quoique frappée par leur architecture, leur
monumentalité, son jugement fut, à peu près dans
ces termes, celui-ci : “Je
n’aime pas. Combien d’esclaves sont morts pour permettre
à ces rois, ces hommes comme tout le monde, de rester dans
l’histoire, de servir leur gloire, d’être immortels ?
”.
Il est en effet important de rappeler, à une époque
où le tourisme rapporte des milliards de francs (aux
investisseurs s’entend), que les beautés touristiques
(dont les monuments historiques) sont des arguments à
faire-valoir pour attirer les décideurs (pour reprendre
l’expression pudique qui sert aujourd’hui à
désigner les patrons et les exploiteurs), que - derrière
ces beautés - des millions de gouttes de sueur et de sang ont
perlées, coulées, tombées, mouillées et
souillées le sol de cette belle et douce France et
d’ailleurs.
Souvenez-vous de ce qu’un tyran (Bonaparte) disait
à ses esclaves (ses soldats) qui s’apprêtaient
à lutter et à mourir pour lui en Egypte : “Trente
siècles vous contemplent ”
(ce sont approximativement les termes qu’il a du employer).
Voyaient-ils la sueur et le sang de ces autres esclaves qui ont
lutté et sont morts pour l’immortalité d’un
pharaon ?
Ce n’est pas une des moindres caractéristiques de
notre civilisation que, derrière ses propres mystifications, se
cachent d’autres mystifications. Derrière les
mystifications touristiques - vendre une région et des lieux
comme des boîtes de conserve, de les figer dans un passé
rêvé à des consommateurs médusés
(évidemment au nom du Bien de ces travailleurs mis au
chômage et à qui on propose une solution pour les remettre
au travail, pour le plus grand profit des “ décideurs
”) - se cache une autre mystification : la mise au travail de
millions d’esclaves (nourris, blanchis et logés, il est
vrai) au péril de leur vie, pour la mégalomanie
d’une personne ou de plusieurs, pour le délire mystique
des religieux, les deux étant intimement liés (les
pyramides d’Egypte en sont l’exemple caricatural)…
puis, plus tard, la mise au travail d’ouvriers qui,
puisqu’ils n’étaient plus nourris, blanchis et
logés par leurs maîtres, n’avaient pas
d’autres choix que de se vendre à ces mêmes
maîtres pour gagner leur pain et leur toit, afin de servir la
mégalomanie et le délire religieux des “
décideurs ” de l’époque (cathédrales,
châteaux, lmonuments papaux, Venise, Florence...).
Aujourd’hui la situation a-t-elle changé ? Oui.
Il ne s’agit plus de servir la mégalomanie et le
délire religieux d’un ou plusieurs “ Grands Hommes
” mais celle d’une ville, d’une région,
d’un pays, du “ Progrès ” (regardez les
nouveaux centres villes, souvent monumentaux, la Tour Eiffel, la
Bibliothèque de France ou le quartier de La Défense par
exemple). Il peut s’agir, aussi, plus simplement de faire revivre
le glorieux passé de ces grands tyrans et grands esclavagistes.
Non pas naïvement pour lui-même (ils sont tout de même
réellement morts), mais pour le glorieux portefeuille des
actionnaires et/ou pour leur offrir un cadre de vie glorieux.
Certes la social-démocratie a mis des règles
à cette mystification. Avec réussite, puisque le sang
coule moins qu’auparavant. Les employés et salariés
de France continuent cependant à offrir gracieusement leur sueur
et leur existence pour servir leurs maîtres. Il est vrai aussi
que ceux-ci continuent de leur offrir gracieusement de quoi se payer
pain et toit... et même un peu du passé glorieux de notre
belle et douce France.
La grande interrogation reste néammoins de savoir quand
les travailleurs se décideront enfin à occuper leur temps
aux loisirs qu’ils veulent bien se donner, à offrir leur
temps à eux-mêmes et non à leurs maîtres,
à enfin ouvrir les yeux pour ne plus être dupes des
mystifications que les maîtres de tous les temps ont eu
l’imagination d’inventer, au fur et à mesure que
l’histoire s’écoule comme un long fleuve de sang et
de sueurs.
DavidH. (CNT - Lille).
FILATURE MOSSLEY
Le 23 juin 2001, brutalement, la dernière filature de Lille a
été mise en liquidation. Motif avancé par le
groupe textile français Mossley : “la décision
de Damart [principal client] de ne plus passer de commandes
”.
Décision probablement “ arrangée ” avec ce
client en vue d’une délocalisation en Turquie… !
>Animés du sentiment d’avoir été
trahis (la direction s’étant en plus volatilisée
peu après l’annonce de la fermeture), les ouvriers ont
multiplié les opérations- commandos et occupé
l’usine pendant plus de deux mois pour obtenir un meilleur
“ plan social ” que celui, misérable, qui
était prévu initialement. Pour cela, ils ont aussi
menacé de faire flamber leur “ trésor de guerre
” (700 tonnes de fil présentes dans l’usine et
évaluées à 20 millions de francs).
Une rencontre entre ouvriers et artistes
Le 6 septembre, dans l’usine occupée, “J’m’excuse
” et “501 blues ”
ont été joués en soutien aux 123 ouvriers et
ouvrières. Donner la parole est en effet l’une des
fonctions, majeures, du théâtre. Et des artistes
travaillant dans le Nord et le Pas-de-Calais avaient
décidé d’aller à la rencontre de ces
ouvriers, sur le lieu même de leur travail, un grand
bâtiment de briques sur trois hectares, et d’y jouer
bénévolement.
“ 501 Blues ”
Il y a deux ans, un peu plus au sud, à La Bassée
près de Lens, les 541 dernières couturières
françaises du jean 501 ont été licenciées
par la multinationale Levi’s. Avec cinq d’entre elles,
devenues comédiennes, le metteur en scène Bruno Lajara a
monté “ 501 blues ”, évocation de leur vie,
dans l’usine et en dehors, et de leur licenciement (1).
Créée le 8 mars à La Bassée, mais pas dans
l’usine de Levi’s (qui voulait pour cela un droit de regard
sur la pièce), “ 501 blues ” tournera toute la
saison 2001 / 2002, et notamment du 31 octobre au 4 novembre aux
Rencontres de La Villette à Paris.
“ J’ m’excuse ”
Né au fil de conversations entre Guy Alloucherie, metteur en
scène, et Kader Baraka, comédien, tous deux fils de
mineurs de fond, “ J’ m’excuse ”
souligne l’importance de la parole. Histoires enfouies de coron,
de famille, de racisme ordinaire, d’amour (2).
Notes :
1) Compagnie “Hendrich van Der Zee”, “Culture
commune” (scène nationale), 62750 Loos en Gohelle.
Tél : 03 21 14 25 35.
2) Compagnie “ Vies à vies ”, 7 rue A Casse, 59800
Lille. Tél : 03 20 04 98 26
CULTURE POUR TOUS ET PAR TOUS : CONVERSATIONS DE
JUILLET
Au début de l’été, les vendredis 7 et 13
Juillet à 18 h 30, se sont tenues à la CNT rue Broca,
deux réunions d’interrogation et de rencontre sur le
thème de la création et de la diffusion culturelle et
artistique. Une douzaine de personnes d’horizons divers y ont
participé pour tenter de poser des jalons, des points de vue,
peut-être des définitions ; pour échanger notamment
sur les liens entre militantisme et création.
Un point de départ fédérateur : “
culture pour tous et par tous ”. Mais quand il s’agit de
s’accorder sur ce que signifie “ culture ”, et sur
comment viser au “ par tous ” et “ pour tous ”,
nous sommes entrés dans une dispersion passionnante et sans
doute constructive.
La première réunion a été
introduite par la transmission de la vidéo de Jean-Louis
Accettone, “ Modèles ”
(1994), qui présentait l’intérêt de poser ces
questions de départ sur un mode esthétique. Avec son
œuvre, nous entrions dans le vif du sujet de la création,
de la reproduction, de la passivité normative et de la rupture
avec les dominantes et les conformismes.
Nous avons plus évoqué, lors des deux réunions,
les complémentarités, contradictions, manipulations entre
politique culturelle et politique éducative (comment y trouver
sa place ? faut-il la trouver ? liberté de création,
liberté pédagogique ? pratiques émancipatrices ?
question des subventions : s’y soumettre, les détourner de
leur objets officiels, les refuser…).
Des réflexions variées demandent à
être formalisées à l’écrit ou à
être transformées en actions concrètes
(intermittents du spectacle, enseignements artistiques, art collectif
…). Le mieux est sans doute de mener de pair le travail en
commun et les idées en commun. Le compte-rendu des deux
réunions de l’été (à votre
disposition) peut-être un brouillon pour tout plein d’art
et d’engagement, cet automne.
En attendant, un petit résumé d’un premier jalon
:
La culture appartient à ceux qui la produisent :
définition d’une culture non centrée sur le
patrimoine académique, ni uniquement sur l’expression de
type artistique. Contre une logique de la spécialisation ou de
la division des tâches, contre une logique dévalorisant
des formes et des langages, contre une culture commerciale que ce soit
celle de la grande distribution ou celle du marché de
l’art.
Beaucoup de définition par la négative, ce pourquoi
j’ajoute ces deux phrases, cueillies au vol des conversations : “
Pour une culture où chacun puisse prendre parole (ou image ou
son) ”, “ Si l’humanisme est une valeur bourgeoise,
il faut le transformer en valeur libertaire ”.
Agnès (syndicat CNT
santé-social-éducation-culture).
NON A L’IMPASSE DE LA GUERRE !
Si les attentats odieux récemment accomplis à New York
ont légitimement suscité une importante émotion,
rien ne justifie l’absence d’une analyse lucide des
problèmes qu’ils impliquent et des solutions à leur
apporter. En ces temps de manipulation médiatique et de
pollution intellectuelle, c’est pourtant ce que l’on serait
tenté de croire quand on essaie de nous faire ingurgiter
qu’aujourd’hui la réponse au terrorisme, c’est
le bombardement du peuple afghan. Cela a certes le mérite de la
simplicité…
On aimerait croire que l’Etat américain et ses
alliés sont les défenseurs de la justice et de la
liberté. Mais au cas où le ridicule tuerait encore, nous
préférons rappeler ces faits plus réels que la
politique étrangère de ces Etats n’a jamais
été que la froide mise en œuvre d’une
domination et d’un impérialisme capitaliste bafouant les
droits des peuples (peuple palestinien ou peuple irakien qui subit
toujours l’embargo… et Saddam Hussein, merci pour lui),
soutenant les dictatures si besoin et formant, comme on le sait, un Ben
Laden au moment où cela les arrangeait.
Alors qu’on ne vienne pas nous chanter la chanson des justiciers
qui vont nous débarrasser des méchants talibans. Si le
régime des talibans est en effet infâme, le but de la
guerre n’a rien à voir avec, par exemple, les
problèmes de l’émancipation féminine en
Afghanistan. A moins qu’on estime que le meilleur moyen
d’aider un peuple à se débarrasser du joug de ses
oppresseurs ou simplement de libéraliser ses mœurs,
c’est… le bombarder, détruire ses conditions
matérielles de vie ou provoquer des morts innocentes. Il
n’y a pas de “ guerre propre ” même si on aime
dire le contraire ! On veut nous faire croire que démanteler un
réseau terroriste, ou simplement réussir à
s’en défendre efficacement, revient à attaquer tout
un peuple. Mais la guerre, c’est une injustice de plus que ce
peuple subit et, pour nous, la certitude idiote et patriotique que les
Etats s’occupent de justice quand ils restreignent nos
libertés et aggravent une situation internationale
déjà tendue par leurs manœuvres guerrières.
Pour nous, syndicalistes révolutionnaires et
anarcho-syndicalistes de la CNT, l’internationalisme reste
d’une brûlante actualité. Nous n’avons pas la
naïveté de croire que les peuples s’émancipent
des fanatismes religieux, de la pauvreté, des capitalistes et
des Etats par le bon vouloir de ces même Etats (américain
ou “ taliban modéré ”) : tous nos droits et
nos mœurs plus libres ont été acquis par
l’histoire des luttes du peuple lui-même. Considérer
avec sérieux la situation actuelle, c’est refuser de
croire qu’on règle des problèmes profonds par une
guerre inutile, spectaculaire ou sanglante. Au contraire, travaillons
nous-même, comme on essaye de le faire à la CNT, à
une action en profondeur, par l’établissement de rapports
égalitaires entre les peuples laborieux victimes des exploiteurs
et des dominants, par notre action directe, l’union
internationale à la base, le soutien aux déserteurs, sans
illusion sur les gouvernements qui ne nous défendent que pour
mieux décider de nos vies à notre place.
UL - CNT de Lille.
POUR LA LAICITE… EN ECONOMIE !
“Le capitalisme n’est pas condamnable parce qu’il
fait travailler des enfants pour une misère ; cet acte-là
est condamnable au nom de valeurs qui n’ont rien à voir
avec un raisonnement économique. Le capitalisme est condamnable
parce que, quelque soit le secteur où le capital est investi,
secteur légal ou secteur mafieux, il fait travailler des
êtres humains pour une valeur inférieure à ce
qu’ils créent, sans que ceux-ci aient une quelconque
maîtrise du surplus ”.
Bertrand Larsabal
La religion et l’intégrisme ne sont plus là
où on les croit. En tout cas, ils ne sont pas dans le tchador.
La religion se tapit dans les formes les plus ordinaires du discours
économique et celui-ci a pris les atours les plus typiques du
discours religieux : incontestable et incontesté, il
s’impose d’autant plus au commun des mortels que nous
croyons en sa scientificité. Mais qu’est-ce que
l’économie ? Un discours pour initiés, une
technique de prestidigitation, des fables pour grands enfants, ou une
nouvelle forme de rationalisation du pouvoir ? Quelles lois la
prétendue science économique a-t-elle
dégagées depuis qu’elle prétend à la
scientificité ?
Le discours économique dominant, celui qui se
réfère au paradigme libéral et qui pose le
capitalisme comme horizon indépassable, se présente comme
un discours scientifique et use (et abuse) de la caution de la science
pour se transformer en discours d’autorité. De ce fait,
personne - en dehors de quelques hérétiques - n’ose
le contester. Or, il y a tout lieu de penser que ce discours a pris la
place du discours religieux, prétendant à la
vérité de ce monde et sur ce monde, tout comme le
discours religieux il y a quelques siècles.
Et l’analogie avec un système de croyances et de
pratiques religieuses s’applique assez bien à cet univers
que l’on pourrait décliner comme une véritable
institution (politico) religieuse, avec son Dieu (le Capital), son
Eglise (FMI, Banque Mondiale…), ses divinités
mystérieuses et menaçantes (“ les marchés
”, “ les marchés ne sont pas contents ”,
“ les marchés sont inquiets ”), ses dogmes (les
“ taux d’intérêts ”, les “
déficits publics ”, “ l’inflation ”),
ses clercs et ses grands prêtres (Walras, Von Hayek, Friedman,
Aglietta…), sa cléricature financière (ses
actionnaires), ses évangélistes (Alain Minc, Marc
Silvestre…), ses curés (journalistes et enseignants
acquis à cette croyance) et enfin les croyants-crédules
que nous sommes tous plus ou moins.
L’utilité de la croyance
Si tout le monde s’accorde pour reconnaître que les
capitalistes sont des salauds, on leur reconnaît aussi
généralement une certaine utilité. Ben oui !
C’est qu’ils sont utiles quand même, puisque
c’est eux qui avancent le capital, qui investissent et qui
risquent gros, non ?
Pour le sens commun, c’est à dire pour l’ensemble
des croyants que nous sommes tous, les actionnaires détiennent
le capital et l’investissent (ce qui est déjà
largement faux, puisque sur les 3 500 milliards de francs de
plus-value, ils ne réinvestissent que 1 500 milliards et que 2
000 milliards se volatilisent dans l’accumulation
financière...). Qui dit actionnaire, pense capital. C’est
une relation d’identité. L’actionnaire naît
avec le capital, puis il avance le capital. C’est son rôle,
donc il investit, il prend le risque, car c’est un
amoureux-né du risque, et puis il en retire le légitime
coût sous forme de profit. Plus prosaïquement,
l’actionnaire avance le capital et met les gens au travail,
qu’il paie en-dessous de la valeur qu’ils produisent. Et
ceci dans une chaîne sans fin : “ J’avance le capital
- j’investis - je fais suer le bournou - que je paie en-dessous
de la valeur de son travail - ce qui dégage de la plus-value -
que je récupère - et qui vient s’ajouter à
mon capital - et ainsi de suite… ”. En d’autres
termes, l’actionnaire, ce passionné du risque, spolie le
salarié, ce trouillard.
Bien sûr cette plus-value, d’abord exprimée en
monnaie, est aussitôt convertie (sont pas bêtes les
actionnaires, mettez quelques millions de francs dans une lessiveuse,
retirez-les au bout de 20 ans et vous verrez ce que ça donne !)
en titres financiers (en actions), c’est à dire en droits
de tirage sur la valeur future créée par autrui. Donc la
valeur prélevée sur le travail par ces aventuriers est
convertie en bouts de papiers. De quel droit ce droit de tirage sur la
valeur produite par autrui ? Au titre du droit de la
propriété lucrative, c’est à dire du droit
du plus fort. C’est lui qui permet à certains individus
d’en virer d’autres en toute légalité, et
donc en toute impunité, et de les priver à terme de toute
ressource si ces salariés ne produisent plus la quantité
de plus-value désirée. Donc le fait de détenir ces
bouts de papier et de les ressortir au moment voulu du fond de mon
chapeau me donne le droit, magique mais très concret, de
ponctionner la valeur crée par autrui.
Pour l’ensemble des croyants que nous sommes, les
actionnaires sont des salauds d’accord, mais des salauds utiles,
sans lesquels il n’y aurait pas d’investissement. Or il y
là une astuce qu’il convient d’énoncer : le
capital fait croire qu’il avance et qu’il risque quelque
chose qui lui appartiendrait en propre, alors qu’il ne fait
qu’avancer ce qu’il vient de spolier à autrui.
Les actionnaires n’avancent jamais que la valeur
produite par le travail avec laquelle ils financent
l’investissement. Non seulement le capital ne produit rien, il ne
fait pas de petits tout seul, mais en plus il n’avance rien !
A quoi servent donc les actionnaires ?
Ils ne servent à rien. Non seulement ce sont des salauds,
mais en plus ce sont des salauds inutiles ! Jusqu’à quand
va-t-on laisser ces détenteurs de bouts de papiers
décider d’une manière totalement
antidémocratique, puisqu’il n’y a aucune
délibération politique dans la finance, de ce qui doit
être investi, de la nature et de l’orientation des
investissements, bref de la marche du monde et de la
société ?
Chasser le clerc, il revient au galop
Pendant des siècles, l’Eglise a réfuté la
théorie héliocentrique et l’interprétation
laïque du monde. La laïcité, en physique, en biologie,
en psychologie, etc… a dû s’imposer contre le
pouvoir des clercs et des religieux.
La Terre tourne autour du soleil (Copernic) contre le
théisme et l’anthropocentrisme. L’homme est le
produit d’un long et complexe processus évolutif (Darwin)
contre la théorie créationniste. L’individu est en
partie dominé par son inconscient (Freud) contre le libre
arbitre. La violence symbolique redouble la violence économique
(Bourdieu ) contre le mythe du don et du mérite. La finance
n’est qu’un tour de passe-passe qui occulte les rapports
sociaux de domination (Marx) contre le fétichisme du capital.
Chercher le clérical et le religieux en économie
aujourd’hui… et vous serez proche des nouvelles formes
d’obscurantisme. Les hommes n’arrêtent pas de se
raconter des histoires. Mais il y en a qui ont plus
intérêt aux fables que d’autres. Cet
intérêt est immédiat et matériel, car leur
statut et leurs privilèges en dépendent.
Mais pourquoi croyons-nous en toutes ces histoires ? Pourquoi
contribuons-nous à notre propre servitude ? La domination
économique tient en partie dans la croyance, religieuse, en
cette discipline qu’on appelle science économique, et qui
n’est que la nouvelle forme de rationalisation du pouvoir.
C’est la caution scientifique qui sert à légitimer
l’ordre économique établi. Or, il n’y aura
pas de mise en cause du pouvoir ni de l’ordre social sans mise en
cause de ce nouveau discours religieux qu’est le discours
économique. Détenteurs d’un véritable
pouvoir symbolique, les économistes et leurs vulgarisateurs
fournissent au Prince et au Peuple les fables nécessaires au
maintien de l’ordre social et politique.
Aucun pouvoir ne tient longtemps par l’exercice de la
violence pure. En l’occurrence, le pouvoir capitaliste et la
violence sociale constitutive de ce système ne tiendraient pas
longtemps sans une dose de mystification, sans la croyance en sa
nécessité et sans toutes les fables qu’on nous
raconte à son propos. Comme tous les pouvoirs fondés sur
la violence, le capitalisme a besoin d’une légitimation
spirituelle et symbolique. Et cette légitimation symbolique,
véritable exercice de violence symbolique, passe par la
diffusion des croyances et des fables économiques. Cette
légitimation et cette violence restent d’autant plus
inaperçues que nous les croyons fondées en raison,
c’est à dire dans la science.
Démasquer cette violence symbolique, dévoiler
l’imposture du discours économique qui se donne à
lire comme science, relève de l’exercice de
salubrité publique. Jusqu’à quand continuerons-nous
à croire en la nécessité de la finance,
jusqu’à quand cette infantile remise de soi entre les
mains de la cléricature financière ?
Joaquim (CNT -
Valenciennes).
TOBIN OR NOT TOBIN ?
James Tobin accuse les militants d’Attac de détourner son
nom (cf. “ Le Monde ” du 04.09.01). A 83 ans,
l’économiste américain, qui avait proposé en
1972 de taxer les mouvements de fonds monétaires internationaux,
accuse tous ceux qui, à Seattle ou à Gênes, ont
manifesté pour la “ taxe Tobin ” d’avoir
“ détourné (son) nom ”. Confortablement assis
face à un lac, dans le Wisconsin, l’économiste
keynésien a déclaré : “Je
suis partisan du libéralisme, du Fonds monétaire
international, de la Banque mondiale et de l’Organisation
mondiale du commerce ”.
CNT - Lille
PRECARITE
: EXPLOITATION ET CONTRÔLE SOCIAL !
Dans l’éducation comme à la poste, à
l’hôpital, à la SNCF et dans les boîtes
privées, la précarité et la flexibilité
imposent de nouvelles normes de travail à tous les personnels.
Les droits du salarié et les principes fondamentaux du code du
travail, maigres acquis des luttes passées, sont bafoués
(les vacataires sont privé-e-s de congés payés et
congés maladie). Sous prétexte de lutter contre le
chômage, l’État expérimente même de
nouveaux contrats de travail que les patrons du privé lui
envient (CDD de 5 ans pour les emplois jeunes).
Dans l’éducation comme ailleurs, la
précarité contribue aussi à renforcer le
contrôle sur les salarié(e)s. Lorsque des précaires
refusent de se résigner et s’organisent dans les
collectifs et au côté des titulaires comme à la
CNT, la répression anti-syndicale est souvent le dernier recours
de l’administration et de ses petits chefs. Les scandaleuses (et
répréhensibles souvent) méthodes patronales de
l’intimidation, du harcèlement, de la mise à pied
et du licenciement se multiplient au sein du service public contre ces
personnels les plus exposés aux caprices de la
hiérarchie.
Un cas d'école : Pascal, contractuel au CRDP de Calais !
Après l'attente d'une décision d'indemnisation
chômage du rectorat qui tarde depuis 3 mois, et donc sans revenu
depuis, Pascal (documentaliste de formation et secrétaire de la
CNT - Valenciennes) saisit une offre de travail du CDDP (Centre
Départemental de Documentation Pédagogique) de Calais.
Signé rapidement et sans entretien, le contrat de travail ne
mentionne pas le profil du poste à occuper. Pour un salaire net
de 6300 francs et pour une durée de 10 mois, il sera question
d'assurer un travail de documentaliste certifié et de tenir un
certain nombre de responsabilités (gestion de la
médiathèque et encadrement de personnel en C.E.S. !).
D'où ses réclamations légitimes : un salaire de
certifié et un panneau d'affichage syndical.
Ces revendications lui valent, 15 jours après son embauche et
pour un motif aussi douteux qu'illégal, une mesure de mise
à pied conservatoire signée par Monsieur le Directeur du
CRDP du Nord Pas de Calais... et probablement la mesure de licenciement
qui suivra. Un acte de répression syndicale rondement
mené par ceux qui un jour pourtant furent les initiateurs de la
protection sociale des travailleurs !
Actions et appel à l’unité syndicale contre la
précarité
Une quinzaine de cénétistes du syndicat de
l’éducation et des unions locales CNT de Lille,
Béthune et Calais sont intervenu(e)s dès le vendredi 5
octobre au matin dans les locaux du CRDP de Lille (c’est le
directeur de Lille qui a signé la lettre de mise à pied
conservatoire) pour exiger la levée de la mise à pied de
notre camarade Pascal, le respect de ses droits syndicaux et la
reconnaissance de sa fonction par un salaire et des horaires
décents. Le directeur étant absent, nous avons
occupé les lieux et signalé notre passage par un courrier
(RDV proposé au directeur pour le mercredi 10 octobre à
15 h ) et une diffusion de tracts. A cette occasion, des contacts ont
été pris avec les salariés et les
représentant(e)s des sections FSU et FEN du CRDP pour organiser
la lutte à la base.
Un second rassemblement a été organisé le
mercredi 10 octobre à 15 h devant le CRDP de Lille après
contact par le bureau du syndicat CNT-éducation de Lille des
organisations syndicales du Nord - Pas de Calais (CGT- SGEN CFDT - SNES
- SNIUPP- SUD - FO). Les premières pétitions de soutien
à Pascal ont été remises au CRDP à cette
occasion. Aucun(e) représentant(e) de ces organisations
n’étant présent(e) ce mercredi devant le CRDP
(soutien en revanche de copains et copines de la FA), nous avons
décidé de relancer les syndicats pour les inviter
à soutenir Pascal, mais aussi pour leur proposer des rencontres
afin de mobiliser et d’agir ensemble contre toutes les formes de
précarité dans l’éducation et les services
publics.
Depuis l’entretien du jeudi 11 octobre avec le directeur
(qui a confirmé ses intentions), Pascal prépare un
dossier prud’homal pour contester le licenciement.
La lutte continue…
L’État, la fonction publique et pour le cas qui nous
intéresse, l’Éducation Nationale, refusent de
garantir les droits et la dignité de leurs travailleurs.
Réduction budgétaires dans le public mais aussi
augmentation des profits dans le privé riment partout avec
déréglementation, licenciement et baisse des salaires.
Le capitalisme est un système rationnel
d’appropriation de la richesse produite par les travailleurs.
Leurs salaires et leurs droits sont autant d’obstacles à
ce processus d’enrichissement unilatéral. Et si certains
sont dépossédés massivement, c’est que
d’autres accumulent outrageusement. Nous devons dénoncer
cette logique qui ici encore veut taire notre révolte.
Bientôt nos écoles, nos hôpitaux et
déjà nos services postaux ne seront plus que des
marchandises échangées au profit
d’intérêts financiers étroitement
partagés et mondialisés.
Sommes nous ces investisseurs qui s’engraissent ou ce
personnel qu’on dégraisse ? La régression de nos
conditions de vie et de travail est déjà ratifiée
si nous ne luttons pas ! Tous les combats que nous ne menons pas
renforcent ceux que nous combattons ! Ensemble, précaires et
titulaires, nous devons diffuser la revendication de titularisation
sans conditions de concours et de nationalité (travail
égal, salaire égal), faire respecter les droits syndicaux
et renforcer le rapport de force avec l’administration pour en
finir avec la précarité.
CNT - éducation
(Lille / Calais / Valenciennes).
A TRAVERS LA PRESSE POUR ENFANTS
Le groupe “Play Bac Presse” possède (en plus
de la série “Les incollables”) 3 gros titres
: “L’actu”, “Mon quotidien”
et “Le petit quotidien”,
régulièrement envoyés en envois dits promotionnels
dans les écoles aussi bien privées que publiques.
Lorsque nous travaillons sur de tels envois concernant
spécifiquement des écoles privées, il nous est
interdit lorsque le sujet s’y prête, de parler de
prévention du sida par le port du préservatif ou, pour
d’autres sujets, de cautionner l’avortement, de critiquer
certaines positions du Vatican, de parler de tolérance envers
des minorités sexuelles, etc...
La plupart des articles écrits notamment dans “Mon
quotidien” et “L’actu”
relève purement et simplement du publi-reportage sous couvert
d’information (voir l’apologie de la “Playstation
2 ”, du portable multi-fonctions de SFR, les
nouveautés “Pokémons”, le dernier
modèle de “Nike”,
etc...), ce qui va totalement à l’encontre de la
déontologie du journaliste, la direction n’hésitant
pas à négocier avec certaines entreprises de produits
destinés aux enfants et ados, des envois “
d’échantillons gratuits ” mis sous plis avec des
numéros de ces journaux (exemple : des cartes à jouer en
jeux de rôle).
La direction, à l’encontre de toutes les
dispositions légales très strictes régissant les
publications destinées à la jeunesse, allant même
jusqu’à revendre ses listes d’abonnés
à différentes entreprises ciblant le marché de la
jeunesse (ce qui vous expliquera pourquoi un petit questionnaire est
souvent joint à tout formulaire d’abonnement).
Nombre de journalistes désireux d’accomplir
correctement leur travail en accord avec leur conscience sont
outrés par de telles pratiques, mais la répression
syndicale et le harcèlement moral au sein de “Play Bac
Presse ” est tel que, jusqu’à présent,
rien n’a pu y être changé...
Pif et Hercule.
Boycott :
Pour dénoncer cette situation et protester contre le
licenciement - pour “ incompatibilité d’humeur
” (sic !) - de Babouse(notre camarade de Boulogne-sur-Mer,
reporter et dessinateur à “ L’actu ”), des
enseignants et des
parents d’élèves ont décidé de
boycotter les publications de “ Play Bac Presse ”. Si telle
est votre intention, n’oubliez pas de prévenir le
rédac’ chef et le gérant en écrivant
à l’adresse suivante :
Play Bac Presse
21 rue du petit musc - 75004 Paris
Tél : 01 53 01 23 60. Fax : 01 53 01 23 99
E-mail du rédac’ chef : f.dufour@playbac.fr
E-mail du gérant : j.saltet@playbac.fr
LUTTE CONTRE L’HOMOPHOBIE
Il existe une loi de 1992 qui permet de défendre les homosexuels
de licenciement du fait de leur homosexualité. En effet, le
motif de l’orientation sexuelle a été
rajouté, dans la lutte contre les discriminations, à ceux
des opinions politiques ou religieuses et du sexe. Ceci permet par
exemple de pénaliser un employeur qui refuserait
d’embaucher, harcèlerait ou licencierait un homosexuel en
raison ou sans autre raison que sa propre homophobie (cf. articles
225-2 du code pénal et 122-45 du code du travail).
Isabeth
Contacts :
- Flamands Roses (groupe d’expression gay et lesbienne de
Lille) : permanence le mardi à partir de 20 h au 03 20 52 28 68.
- SOS homophobie : 01 48 06 42 41.
- ProChoix (peut représenter des salarié(e)s
discriminé(e)s sur leur lieu de travail) : 14 rue Saulnier,
75009 Paris.
REFUGIES DE SANGATTE
SOLIDARITE AVEC LES DEMANDEURS D’ASILE !
Voici plus de deux ans que des centaines d’hommes, de femmes et
d’enfants de divers pays et nationalités s’entassent
dans un camp surpeuplé géré par la Croix Rouge
à Sangatte (près de Calais) et tentent
désespérément de traverser le détroit pour
atteindre le Royaume Uni où ils croient avoir une vie meilleure.
Qui peut sérieusement penser que des êtres
humains quittent leurs villes ou villages, leurs familles et amis,
parcourent des milliers de kilomètres dans des conditions
souvent terribles S’ILS NE SE SENTENT PAS OBLIGES DE LE FAIRE ?
Qui peut sérieusement penser que des êtres humains, sur la
côte française, tentent de passer en Grande Bretagne au
péril de leur vie (et il y a déjà plusieurs morts)
S’ILS NE SE SENTENT PAS OBLIGES DE LE FAIRE ?
- Ces gens sont victimes de
l’exploitation, de l’oppression, de la misère, de
guerres internes ou externes, de régimes corrompus et
totalitaires, trop souvent soutenus par les nations occidentales.
- Ils sont aussi victimes de mafias,
de gangs et autres passeurs peu scrupuleux.
- De plus, ils sont victimes
d’Etats soi-disant “ socialistes ” en France et au
Royaume Uni qui n’ont d’autre réponse à
apporter que la répression policière, tout en laissant
des sociétés multinationales voraces tirer
d’énormes profits de ceux qui n’ont plus rien
à perdre.
En d’autres termes, ils sont - eux
aussi - victimes de la globalisation capitaliste. A titre
d’exemple de ces pratiques scandaleuses, nous citons la
multinationale d’origine française SODEXHO, mais elle
n’est pas la seule à profiter de la misère humaine.
A la CNT, nous disons clairement que le Royaume Uni est loin
d’être un paradis pour les réfugiés et
demandeurs d’asile. Néanmoins, en tant
qu’anticapitalistes et internationalistes, nous estimons que les
êtres humains - à commencer par ceux qui fuient toute
forme de persécution - devraient avoir le droit de circuler et
de s’installer là où ils le veulent.
Avant de porter des jugements subjectifs sur les
exilés, avant de faire signer des pétitions demandant la
fermeture du camp de Sangatte (ou d’autres), il est indispensable
de bien comprendre à quoi sont confrontés ces personnes
et ce d’autant plus que les récents
événements internationaux ne peuvent qu’aggraver la
situation.
Travailleurs et exploités du monde entier, unissons nous !
Coordination des syndicats
CNT de la côte d’Opale.
LA SITUATION AU ROYAUME UNI
Pourquoi le Royaume Uni ?
- Beaucoup de réfugiés
viennent de pays de l’ex-empire britannique et maîtrisent
plus ou moins la langue anglaise.
- Ils espèrent être
aidés par les communautés de leurs pays d’origine
déjà installées en Grande Bretagne.
- Ils comptent sur une
législation qui, jusqu’à présent, se voulait
un peu plus humaine que dans d’autres pays, leur permettant au
moins d’avoir un logement et des allocations de survie.
- Il n’existe pas de carte
d’identité, donc pas de contrôle dans les rues au
Royaume Uni.
- On y trouve facilement des petits
boulots, très mal payés et au noir.
Le mythe du “ paradis pour
réfugiés ”
Jusqu’à une époque récente, toute personne
ayant réussi à entrer sur le sol britannique pouvait
faire une demande d’asile et était prise en charge par les
autorités locales (aide sociale des municipalités,
organismes agréés, etc…). En théorie, une
réponse positive ou négative devait être
donnée dans les six mois. Mais, dans la pratique, ces
délais ne sont pas respectés vu le nombre de demandes.
Bien souvent, au bout de trois mois, certains demandeurs trouvent un
emploi au risque de perdre leur chance d’obtenir le statut de
demandeur d’asile.
Le 1er mai 2000, le gouvernement néo-travailliste de
Tony Blair introduisait une réforme qui n’a pas fait rire
grand monde : la création du “ National Asylum Support
Service ” (NASS). Le NASS est sous contrôle direct du Home
Office (ministère de l’intérieur) et sa
création marque un très net durcissement de la condition
des immigrants.
- D’abord, ils ne peuvent plus
choisir où ils veulent s’installer et sont
dispersés arbitrairement dans tout le pays.
- Suivant les cas, ils sont
logés
dans des “ Council Flats ” (appartements souvent
dégradés appartenant aux municipalités), dans des
habitations insalubres pour le plus grand profit de
propriétaires privés ou encore dans des camps de
rétention qui, le plus souvent, sont des prisons qui cachent
leur nom.
- Le système d’allocation
est lui aussi entièrement modifié. Désormais, ces
allocations sont versées sous forme de bons d’achat
“ Vouchers ” de 50 pence, 1 £ et 5 £ suivant un
barème qui était le suivant au moment de la
création du NASS :
Personne de 18 à 24 ans : £
28,95 par semaine
Personne de plus de 25 ans : £ 36,54
Couple : £ 57,37
Parent isolé : £ 36,54
Enfant < de 16 ans : £ 26,60
Enfant de 16 à 17 ans : £ 31.75
Ces sommes comprennent un bon d’achat spécial de 10
£ qui peut être échangé contre de
l’argent liquide et qui est destiné à payer les
transports en commun, le téléphone, etc… Le reste
ne peut servir qu’à payer des achats dans des
chaînes de magasins ayant conclu des accords particuliers avec
les autorités. Ces bons ne peuvent qu’être
utilisés pour acheter des produits dits de luxe, comme
l’alcool, le tabac, les jouets pour enfant, etc…
Ces mesures ont un but clairement avoué : disperser, isoler,
humilier et faire survivre les demandeurs d’asile au dessous du
seuil de pauvreté pour tenter de décourager
l’immigration.
A qui profite la misère ?
Les même politiciens qui ont concocté ces mesures pour
soi-disant lutter contre “ l’invasion de la Grande
Bretagne ”
ont confié la gestion de tout le système à une
douzaine de sociétés privées qui se partagent un
marché juteux.
Poursuivant la politique de privatisation de Margaret Thatcher, le
gouvernement social-démocrate de Blair a laissé les
prisons aux mains de compagnies comme “ Group 4 ”, “
Premier Prison Service ” (du groupe américain “
Wackenhut ”) et autres. A ce titre, ces sociétés
interviennent également dans les centres de rétentions
pour réfugiés.
Même si, de l’aveu du Home Office, le système des
bons d’achat coûte beaucoup plus cher que l’ancienne
réglementation, des millions de livres ont été
versées au UK Détention Service (UKDS). Si le montant
exact est officiellement tenu secret, on sait que le principal
actionnaire du UKDS est la multinationale d’origine
française SODEXHO. Et que c’est cette même
société qui a conçu et fait imprimer des bons
d’achat après avoir remporté le marché.
Ainsi la SODEXHO a créé une véritable monnaie
parallèle, que l’on appelle déjà
l’ASYLO par dérision, à usage des nouveaux “
sous hommes ” que sont les réfugiés.
Mais il n’y a jamais assez de profit pour les requins du
Capital. La SODEXHO veut en plus que les réfugiés
prennent eux même en charge l’entretien
(réparations, nettoyage, confection de repas, etc…) des
centres de rétention pour 34 pences de l’heure (3 F 40),
soit à peu près 12 £ par semaine. C’est
à dire, par dérogation du gouvernement, 1/10ème du
salaire minimum légal au Royaume Uni ! S’ils refusent de
travailler mais acceptent un “ programme d’activités
”, ils recevront 6 £ par semaine. Et s’ils refusent
totalement de coopérer, 4 £ pour nettoyer leurs chambres.
Pour la SODEXHO, “ … cela va permettre
d’économiser des millions de livres en personnel…
”.
Si l’on ajoute à cela que les patrons qui
embauchent des clandestins ne sont pas poursuivis, on ne peut que
constater la duplicité d’un système qui, d’un
côté réprime les demandeurs d’asile, et de
l’autre en profite largement.
Laissons le mot de la fin au député
libéral-démocrate (donc peu suspect d’être un
révolutionnaire) Norman Baker : “
... Ceci n’est pas le genre de traitement que l’on peut
attendre d’une démocratie civilisée…
ça ressemble aux goulag soviétiques ou chinois…
C’est une honte que le gouvernement soit prêt à
verser des millions de livres à une compagnie qui, elle, est
prête à exploiter les demandeurs d’asile d’une
manière si cruelle… ”.
CNT - octobre 2001
(sources principales : Direct action, The guardian, The observer)
LE COLLECTIF DE SOUTIEN AUX REFUGIES DE SANGATTE :
- nécessité d’agir ensemble
- problèmes rencontrés dus aux différences
Il y a deux ans, le collectif “ CSUR ”,
majoritairement composé d’humanitaires et de catholiques
(plus “ AC ! ” et “ Les Verts ”) avait obtenu
la création d’un centre d’accueil géré
par la “ Croix Rouge ”. Les réfugiés,
arrivant en masse à Calais, dormaient jusque là dans un
parc public du centre ville et sur des terrains autour de
l’hoverport… Le hangar utilisé pour l’accueil
appartenait à la compagnie “ Eurotunnel ” qui,
depuis, a réclamé régulièrement la
fermeture du centre.
Dans le village de Sangatte, un collectif s’est
créé sous l’égide du maire (inspecteur de
l’éducation nationale) et d’un médecin, pour
réclamer également la fermeture du centre
d’accueil, avec des discours incitant à la haine raciale.
Il y a un mois, un autre collectif s’est mis en place
à Calais, en réaction à la montée de propos
haineux vis à vis des réfugiés et pour
dénoncer l’impasse de la situation. Rapidement, des
associations et groupes très divers (*) se sont retrouvés
pour organiser un weekend d’actions qui montrerait notre
solidarité avec les réfugiés. L’appel commun
réclame un statut européen pour tous les migrants ainsi
que leur libre circulation au sein de l’Union Européenne.
Des contact sont pris avec des groupes d’autres régions.
Les messages de soutien arrivent de toutes parts. Le CSP de Lille, les
CAE (comités anti-expulsion) de Paris et de Bruxelles, Droits
Devant, Act Up, FTCR, Mrap, Gisti, Cimade… qui diffusent
l’appel à la mobilisation pour le 20 octobre à
Calais.
Etant donné la diversité des groupes composant
le collectif local (humanitaires, libertaires, catholiques,
associatifs, politiques) et la volonté de respecter les
façons de faire de chacun, l’organisation sera quelque peu
cahotique.
Une célébration multireligieuse, indiquée
dans le programme officiel du weekend, n’aura pas
été au goût des libertaires de la CNT et de la FA.
Les affichages sauvages et leurs messages seront
considérés, par les humanitaires, préjudiciable au
sérieux de l’action. La volonté d’impliquer
ou du moins de prévenir les réfugiés des actions
prévues par le collectif ne feront pas l’unanimité
; les humanitaires estimant qu’il ne faut pas inciter les
migrants à se joindre à nous pour ne pas les exposer
à des représailles policières ou
d’extrême droite. Ils ne voyaient pas non plus d’un
très bon œil l’implication de groupes non
calaisiens, ne voyant pas la nécessité
d’élargir la mobilisation au niveau national et
européen.
Malgré leurs freins (et la pression des RG qui
annonçait la venue de groupes d’extrême droite),
nous déciderons :
- d’organiser un concert dans le
centre de la Croix Rouge,
- d’appeler à une marche
solidaire de nuit sur la route “ Sangatte-Coquelles ”,
- de traduire en farsi et en anglais
le
programme du weekend pour l’afficher sous le hangar et affirmer
aux réfugiés qu’une partie de la population
française est avec eux, prête à les soutenir.
Malheureusement, le directeur de la Croix
Rouge, sous l’influence des humanitaires du collectif, fera en
sorte d’annuler le concert et de ne diffuser aucune
information…
Nous doutions donc de pouvoir rencontrer des
réfugiés sur le chemin (le samedi étant un jour
où les tentatives de passage en Angleterre sont réduites)
et nous craignions que la symbolique solidaire ne soit pas
perçue…
Pourtant, la venue de français à
l’entrée du centre (une grille à 300 m du hangar,
gardée en permanence par un car de CRS qui filtrent les
entrées) se propagea rapidement et la présence d’un
ancien réfugié permettra d’expliquer aux migrants
les raisons de notre venue.
Nous pensions n’être qu’une dizaine à
marcher… Nous nous retrouverons à une cinquantaine
d’occidentaux, accompagnés d’environ 200
migrants…
Les discutions ne seront pas faciles étant donné
le peu de migrants parlant anglais, mais ceux-ci nous ont bien fait
entendre qu’ils appréciaient notre démarche. Ils
ont profité de la venue d’une journaliste locale
(appelée à la dernière minute) pour
dénoncer leur condition de vie dans le centre d’accueil,
les incidents et agressions racistes, et leur volonté
d’organiser eux même une action.
A la fin de la marche, la majorité des migrants
présents avec nous sur la route décidèrent de
tenter leur chance pour gagner l’Angleterre. Et nous sommes
repartis avec la détermination de les soutenir dans les actions
et manifestations qu’ils souhaiteront organiser prochainement.
Les soutenir… et non se substituer à eux ! Nous impliquer
avec eux… et non les infantiliser à la manière des
humanitaires !
Quand le collectif se réunira pour un bilan et
décider des suites de la mobilisation, nous affirmerons notre
volonté de continuer la lutte sur tous les fronts. Humanitaires,
politiques, religieux, libertaires, associatifs… nous avons tous
un rôle à jouer. Etablissons des réseaux avec tous
ceux qui veulent lutter pour le respect des droits fondamentaux. Les
collectifs de sans-papier, anti-expulsion, anti-fascistes… sont
nombreux en Europe. Nous devons créer un rapport de force et ne
plus compter sur les élus qui ont démontré leur
impuissance ou leur culpabilité dans la situation des migrants.
Marie (CNT - Calais).
* AC